Affaire Giroud: les questions

Puisque le Valais officiel tente d’imposer une chape de plomb sur l’affaire Giroud et ne s’exprime qu’au compte-gouttes, si possible dans les médias locaux uniquement, continuons de poser des questions à la cantonade.

A Dominique Giroud d’abord. D’où vient l’argent qui vous a permis de développer vos affaires de manière aussi fulgurante? On vous dit travailleur, entreprenant, mais cela n’explique pas tout. Avec quel argent avez-vous construit une cave dont on dit qu’elle a coûté 13 millions de francs? Avec quel argent pouvez-vous débouler dans les ventes de terrains en surenchérissant sur vos concurrents?"Je gagne bien ma vie", dit l’un d’entre eux, "je n’ai pas à me plaindre mais je connais les marges dans le secteur. Celles de Dominique Giroud sont incompréhensibles."

A Dominique Giroud encore. Quels sont vos liens avec Peter Hess? Ce Zougois de 65 ans figure comme administrateur unique de Torcularia, la holding créée en 2003 qui est au coeur des sociétés du groupe Giroud et de leurs montages fiscaux, selon Le Matin Dimanche. Grand collectionneur de conseils d’administration, Peter Hess fut un politicien important: conseiller national et même candidat au Conseil fédéral en 1999, où il ne fut battu que d’une voix par Joseph Deiss. Sa carrière prit fin abruptement deux ans plus tard quand on apprit qu’il avait caché un mandat d’administrateur chez British American Tobacco, alors pris la main dans le sac pour avoir organisé un trafic de contrebande de cigarettes à grande échelle via sa filiale suisse (j’ai retrouvé l’article que j’avais rédigé alors). Il était fortement question de blanchiment dans l’enquête sur BAT. Peter Hess a prestement remis ses mandats politique et d’administrateur chez BAT dès que le pot-aux-roses a été dévoilé mais ne s’est jamais expliqué sur son rôle dans un scandale qui portait sur des sommes très importantes.

A Dominique Giroud toujours. Vous semblez qualifier vos problèmes fiscaux de peccadille et dites qu’ils sont en voie d’être réglés. Avec qui? Cela nous intéresse beaucoup: les noms, à Berne et en Valais. S’agit-il de simple soustraction fiscale? Ou alors, comme le laissent entendre les arrêts du Tribunal fédéral disponibles en lien sur mon précédent billet ainsi que les montants en jeu - 7 millions de francs, une amende qui pourrait atteindre le triple - s’agit-t-il de fraude fiscale, avec faux dans les titres? Pouvez-vous jurer qu’aucune enquête pénale n’est ouverte contre vous? (Interrogé à ce sujet par la RTS, le procureur Nicolas Dubuis, un des hommes qui détient les clés du dossier, répond qu’à ce jour, il ne peut "ni confirmer, ni infirmer l’existence d’une procédure judiciaire".)

Et maintenant, quelques questions au conseiller d’Etat Maurice Tornay, l’homme qui avant son élection au Conseil d’Etat en 2009 dirigea pendant vingt ans la fiduciaire Alpes Audit, spécialisée notamment dans les "conseils fiscaux lors de constitution d’entités juridiques, holdings, groupe de sociétés". C’était la fiduciaire de Dominique Giroud, chez qui il a fêté son élection.

Monsieur Tornay, quand avez-vous réellement appris l’enquête lancée par l’Administration fédérale des contributions contre Dominique Giroud? D’abord, vous avez fait celui qui ne savait rien. Maintenant que Le Matin a révélé que vous saviez en fait depuis trois ans, vous déclarez sur Rhône FM que "bien sûr", vous êtiez au courant de l’affaire depuis que la police a perquisitionné les locaux de la société de révision Alpes Audit, en août 2010. Vos deux neveux et votre fils ont été "un peu perturbés" par cette visite inopinée, précisez-vous.

Faut-il comprendre que vos neveux et/ou fils vous ont averti, vous l’ancien directeur de la fiduciaire, aujourd’hui conseiller d’Etat? Ce faisant, n’ont-ils pas violé le secret professionnel auquel ils étaient tenus et commis ce que le député valaisan Philippe Nantermod qualifie d’"affaire Kopp à l’envers"? C’est bien ce qui semble s’être produit, à vous écouter sur Rhône FM. Vos neveux et fils ont informé "non pas le conseiller d’Etat, mais l’ancien patron qui les avait engagés", ajoutez-vous. Le joli sophisme! Il se trouve que l’ancien patron d’Alpes Audit ne fait qu’un avec le conseiller d’Etat Maurice Tornay, qui est en plus le supérieur direct du chef de l’administration cantonale des contributions. Le conflit d’intérêts ne vous a-t-il pas explosé aux yeux, Maurice Tornay? Le réalisant, n’était-il pas de votre devoir le plus urgent et élémentaire d’avertir vos collègues du gouvernement et de prendre les devants en informant officiellement toute personne éventuellement impliquée dans l’enquête - du côté des chasseurs comme des chassés - que vous ne vous en mêleriez en aucun cas et souhaitiez que toute la lumière fût faite? Avez-vous entrepris la moindre démarche dans ce sens, et si oui laquelle?

Dans l’interview à Rhône FM, décidément instructive, vous ajoutez que "le fait que j’avais la puce à l’oreille (sic) dès le 30 août 2010 ne me permet… et, je le dis… ni ne m’a incité à agir d’une quelconque manière dans mon domaine de compétence comme chef du département des finances, et là je considère que je suis…, non seulement je considère, non seulement j’ai la conviction mais j’ai la certitude après toutes ces enquêtes que je suis blanc". Cette phrase d’anthologie mérite d’être décortiquée. On observera d’abord comment Maurice Tornay, interrogé sur son rôle de chef de département, godille en douce vers son rôle de directeur de fiduciaire pour dire qu’il est "blanc". On notera ensuite qu’il considère - pardon: qu’il a la conviction; pardon: qu’il a la certitude - de n’être en rien concerné par ces enquêtes, dont il affirme ailleurs ne pas vouloir se mêler le moins du monde. Etrange, non, d’être aussi péremptoire à propos de quelque chose dont on ignore tout?

Suit un autre morceau d’anthologie: quand le journaliste lui demande s’il n’est pas au courant de ce qui se passe dans ses services, Maurice Tornay s’exclame: "mais évidemment!" Une soustraction ou fraude fiscale de sept millions? Simple détail, peanuts, on ne va quand même pas déranger le chef pour ça, d’ailleurs il n’a pas le droit de savoir. Ca sort de son "champ de compétences". Un champ si étriqué, à entendre Maurice Tornay, qu’on n’y mettrait même pas paître un veau rachitique. Il invente d’ailleurs à ce propos un nouveau concept de séparation des pouvoirs assez original. On connaissait le principe classique d’indépendance des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire; il faut y ajouter, selon lui, celui de l’indépendance de l’administration publique par rapport à son chef. On se demande bien pourquoi on élit encore des conseillers d’Etat…

Maurice Tornay poursuit en disant qu’il n’est même pas compétent pour fixer un montant d’amende. Encore une fois, ce n’est pas à propos de l’amende qu’on l’interroge. Compte tenu des liens politiquement explosifs de l’affaire Giroud, la question est: a-t-il agi en amont en informant le Conseil d’Etat ainsi que son chef de l’administration des contributions qu’il avait eu connaissance de l’enquête fédérale (forcément liée à une enquête cantonale); qu’il voulait que celle-ci suive son cours normalement; et, pour prouver sa bonne foi, qu’il confiait le suivi de l’enquête à quelqu’un d’autre - dans les limites des compétences légales, bien sûr? Quand Maurice Tornay dit qu’il se récusera le jour où Dominique Giroud viendra déposer une réclamation contre le montant de l’amende qui lui a été infligée, il doit faire de l’humour valaisan au troisième degré.

L’affaire Giroud est grave, quoi qu’en dise un autre conseiller d’Etat valaisan, Oskar Freysinger. Ce dernier a parlé d’"un litige sur les impôts comme cela arrive tous les jours en Suisse". Sept millions d’impôts non payés, un litige quotidien? A ce tarif, le Valais serait déjà en cessation de paiement. "J’attends des preuves, ajoute Oskar Freysinger. Si c’est de l’évasion fiscale et non une fraude, alors c’est une affaire administrative comme dans n’importe quelle entreprise." Là aussi, notez la subtile dérive de la phrase: le conseiller d’Etat ne sait rien, n’a aucune preuve mais privilégie déjà un scénario, celui de la simple évasion fiscale, de la bagatelle (à 7 millions). Faut-il rappeler qu’Oskar Freysinger a été, comme Maurice Tornay, un hôte choyé des caves Giroud? Quels sont vos liens réels avec Dominique Giroud, Oskar Freysinger? A-t-il financé votre campagne politique, à quelle hauteur?

Puisque la fin de l’année approche, prenons un peu de recul. Le mécène Daniel Salzmann donnait récemment une interview au Temps à propos du musée d’art qu’il ouvre à Lens (Crans-Montana). «La plus grande difficulté des Valaisans, c’est de penser en termes de bien commun», y relève cet homme qui connaît le canton pour avoir longuement pratiqué ses milieux d’affaires et politiques. Bien vu. Les solidarités valaisannes sont familiales, communales, liées aux factions plus qu’aux partis. L’intérêt général, c’est bien loin.

Le résultat de cette attitude est que le Valais se chipote sur l’aérodrome de Sion, le retour des concessions hydrauliques, la 3è correction du Rhône, la promotion touristique. Pendant ce temps, les trains lui passent sous le nez et de temps un temps, un express percute ses certitudes, comme celui de la Lex Weber qu’il n’avait pas vu venir. Le Valais est mal barré pour affronter les défis des prochaines décennies parce que son élite politique continue de fonctionner comme au temps de grand-papa.

Outre la difficulté résumée par Daniel Salzmann, le Valais souffre d’un autre réflexe: la théorie du complot. Je connais peu de cantons où chaque problème donne lieu à autant d’accusations chuchotées, inspirées par les micro-affinités évoquées plus haut. L’affaire Giroud? Peu importe de savoir si un contribuable en vue a volé sept millions de francs à la collectivité publique, il est bien plus important, n’est-ce-pas, de savoir qui a cafté. Ne serait-ce pas Brigitte Hauser, jadis adversaire de Dominique Giroud sur la question de l’interruption de grossesse, aujourd’hui collaboratrice d’Eveline Widmer-Schlumnpf? EWS, l’administration fédérale des impôts (AFC),Brigitte Hauser…: suivez mon regard, suggère d’emblée Le Nouvelliste, alors qu’il n’a quasiment rien publié sur le fond de l’affaire à part deux interviews peu critiques des intéressés. (On peut écouter un autre extrait d’interview de Maurice Tornay sur Rhône FM où le conseiller d’Etat dit avoir "des convictions" sur les fuites, sans préciser leur origine).

La théorie du complot mène aussi au président du PDC Christophe Darbellay: n’a-t-il pas été évincé par Maurice Tornay en 2008? N’a-t-il pas annoncé qu’un siège au Conseil d’Etat valaisan l’intéresse? Cherchez à qui profite le crime, sourient ceux "qui savent".

Or le seul crime qui nous intéresse en l’état, celui sur lequel l’AFC a réuni des éléments assez percutants est, n’en déplaise aux comploteurs, celui d’un homme d’affaires valaisan qui n’aurait pas payé des millions de francs dus à l’Etat. C’est un délit sérieux, une des manifestations les plus lamentables de l’égoïsme, source d’injustice sociale, même si en Suisse certains continuent de n’y voir qu’une forme un peu plus sophistiquée du poker menteur. Ce délit soulève aussi la question des connivences entre un vigneron-négociant en vins dont l’origine des fonds reste mystérieuse et au moins deux conseillers d’Etat en exercice. Le Valais va-t-il réellement s’asseoir sur les questions que l’affaire soulève et continuer, business as usual, chacun tenant l’autre par la barbichette? Ce serait triste pour le canton.

Actualisation le 27 décembre: Le conseiller d’Etat Maurice Tornay a publié une mise au point où il écrit ne jamais avoir été "complice ou instigateur d’une quelconque fraude fiscale". Il joint à son communiqué la copie de la lettre de l’Administration fédérale des contributions datée du 31 octobre 2013 dans laquelle Emanuel Lauber, chef de l’AFC, écrit qu’"aucune procédure pénale fiscale n’est ouverte à votre encontre, à quelque titre que ce soit".

C’est bien aimable de répéter cela (M. Tornay ne nous apprend rien de neuf par ce communiqué), mais au risque de paraître insistant, ce n’est pas suffisant et ce n’est pas ce qu’on lui demande. Certes, le rôle d’une fiduciaire (la sienne, dans l’affaire Giroud) n’est pas de déceler la soustraction fiscale, mais quand un montage sophistiqué avec holding zougoise et société-boîte aux lettres à l’étranger porte sur un montant de sept millions de francs - pour une PME valaisanne, ne l’oublions pas - cela doit bien se manifester par quelques petites bizarreries comptables, non? Que pense l’ex-directeur de fiduciaire Maurice Tornay d’être passé au travers d’un tel montage comme réviseur des comptes?

Dans son communiqué, Maurice Tornay insiste une fois de plus sur la marge de manoeuvre "extrêmement réduite" qui l’empêche d’informer (décidément commode, le secret fiscal) et écrit qu’une société de révision "n’a pas le droit de s’exprimer sur quelque dossier que ce soit d’un client". Mais alors, comment concilie-t-il cette règle absolue de discrétion avec le téléphone qu’il a reçu de son fils ou de ses neveux (selon son interview à Rhône FM) à propos des perquisitions effectuées dans les sociétés du groupe Giroud? Le secret fiscal serait-il à géométrie variable?

Enfin, il ne dit toujours rien des mesures qu’il a prises pour assurer la transparence face à ses collègues du gouvernement et à l’administration cantonale des impôts dès qu’il a été mis au courant de la perquisition des sociétés Giroud, en août 2010 rappelons-le. Le seul document officiel qu’il brandit est la lettre de l’AFC datée du 31 octobre 2013, soit trois ans plus tard et deux jours après la parution du premier article sur l’affaire Giroud dans Le Temps. Comme si cette lettre avait été réclamée en extrême urgence, dans la panique pour ainsi dire.

L’autre élément d’actualité est le communiqué du PDC réclamant une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Giroud. Pourquoi pas, si cette commission est vraiment indépendante et pose TOUTES les questions que les Valaisans se posent? Un léger doute s’insinue toutefois quand on voit que le PDC a déjà rédigé dans son communiqué les conclusions auxquelles il souhaite visiblement que la commission d’enquête parvienne:

"Laisser entendre que les institutions du Canton dysfonctionnent est dommageable à l’image du Valais. Le PDC défend des valeurs de transparence, d’égalité de traitement des citoyennes et des citoyens et de respect du droit et des institutions. Laisser entendre que Maurice Tornay aurait aidé d’une quelconque façon à frauder le fisc valaisan n’est également pas conforme à la vérité. Une enquête approfondie de l’Administration fédérale des contributions a conclu qu’aucune faute ne pouvait lui être reprochée."

Soyons précis avec les mots. L’AFC a simplement attesté du fait qu’aucune "enquête pénale fiscale" n’est ouverte contre Maurice Tornay. Elle n’écrit nullement qu’"aucune faute ne peut lui être reprochée", comme le fait le PDC. Quant au bon fonctionnement des institutions valaisannes, c’est précisément à l’enquête de l’établir. A moins que l’hypothèse même du dysfonctionnement soit à exclure d’emblée parce que "dommageable à l’image du Valais"?

Ici, l’émission de la RSR consacrée à ces développements.

Affaire Giroud: les liens pour s’informer

topelement"L’affaire Giroud" qui secoue le Valais depuis quelques jours me paraît importante. Elle concerne une des plus grandes entreprises de vins du Valais, dont le patron Dominique Giroud fait preuve à la fois d’un fort dynamisme et d’un sens médiatique aigu, comme en témoignent divers articles (ici, ici et ici par exemple). Dominique Giroud est orienté très à droite politiquement, ce qui est son droit. Frauder le fisc de plusieurs millions de francs par des montages de sociétés dignes des filouteries bancaires les plus sophistiquées est en revanche un délit.

Il est significatif que l’enquête qui fait tant de bruit aujourd’hui n’a pas été déclenchée par le canton du Valais, pourtant le mieux placé pour connaître la situation financière de l’empire Giroud, mais directement par la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf sur demande de l’Administration fédérale des contributions (AFC), "en raison de soupçons de graves infractions fiscales", comme le soulignent plusieurs arrêts du Tribunal fédéral pénal, qu’on peut trouver ici, ici et ici.

L’affaire a une dimension politique puisque les comptes de Giroud Vins SA étaient vérifiés par la fiduciaire de Maurice Tornay, aujourd’hui conseiller d’Etat en charge des finances valaisannes. Certes, il n’appartient pas aux fiduciaires de traquer les montages fiscaux de leurs clients, seulement de vérifier la bonne tenue des comptes. Maurice Tornay a beau jeu de dire qu’il n’est impliqué dans aucune des enquêtes pénales fiscales diligentées par l’AFC. Toutefois, comme le relève le site l’1dex, s’il apparaît qu’il y a eu faux dans les titres au sens de l’article 251 du Code pénal, la responsabilité de la fiduciaire Tornay pourrait être plus engagée que ce qui a été dit jusqu’ici. Par ailleurs, Maurice Tornay doit gérer un conflit d’intérêts: comment peut-il, en tant que chef du Département des finances et des institutions, à ce titre chef de l’administrati0n cantonale des contributions, assumer la responsabilité politique d’une enquête qui pourrait mettre en cause la fiduciaire qu’il dirigeait jusqu’à son élection? Il ne suffit pas de faire savoirqu’il se désistera au cas où, la situation doit être éclaircie immédiatement.

Interviewé mardi par Le Nouvelliste, Dominique Giroud minimise les faits qui lui sont reprochés et reste dans le vague (voir les articles ici et ici). N’ayant pas enquêté sur le sujet, je me garde de toute conclusion à ce stade et salue le travail de mes collègues Marie Parvex au Temps (article payant), la première à évoquer l’affaire le 29 octobre, et de Yves Steiner à la Télévision romande (voir ici, ici, ici et ici).

P.S.: Par rapport à l’ampleur de la fraude fiscale présumée, l’éventualité que la maison Giroud ait en outre commercialisé sous l’étiquette de Saint-Saphorin du vin qui n’en était pas me paraît certes digne d’intérêt, mais d’un degré de gravité inférieur, malgré tout le respect que je porte au chansonnier Gilles. La question qui se pose à propos de ces faits remontant à 2010 selon la TSR est: pourquoi faut-il autant de temps à la justice vaudoise pour déboucher une bouteille de Saint-Saph’ et en analyser le contenu? On a connu les Vaudois plus lestes au concours Jean-Louis. Mais il est vrai que le Comptoir suisse n’est plus l’ombre de ce qu’il fut et qu’il faut aller à Martigny pour l’ambiance. Vous avez dit ambiance?

P.P.S.: Le silence des politiciens valaisans sur l’affaire est, jusqu’ici, assourdissant. La TSR a tout juste déniché une députée suppléante pour dire que oui, peut-être, quand même, il y aurait éventuellement des questions à se poser. Où sont les ténors, les grandes gueules qui ne manquent pourtant pas dans ce beau canton du Valais? Tiens, un Oskar Freysinger par exemple. Il pourrait saisir cette occasion en or de dénoncer les connivences de l’Etat-PDC. A moins que le conseiller d’Etat néo-promu se sente lui-même redevable vis-à-vis de Dominque Giroud, qui offrait sa cave il y a deux ans, suite à une interdiction de la commune de Savièse, pour une conférence du leader d’extrême-droite Geert Wilders sur "L’islamisation rampante", invité par… Oskar Freysinger. Un parlementaire rencontré au Palais fédéral s’étonne que les médias focalisent leur attention sur Maurice Tornay et ne se demandent pas si Dominique Giroud n’a pas financé la campagne d’Oskar Freysinger (il serait intéressant de sonder tous les partis politiques du canton sur ce point)."Demandez-vous aussi à qui profite le crime", ajoute-t-il mystérieusement à propos de l’origine des fuites qui ont déclenché l’affaire. C’est une bonne question, si quelqu’un a une réponse, il peut la laisser sur un commentaire. Un autre parlementaire s’interroge sur sur la brusque montée en puissance de Giroud, qui avait une petite cave, et parle de liens avec un homme d’affaires zougois.

Giroud vins est par ailleurs un sponsor très actif, il a été pendant plusieurs années le principal soutien du FC Sion.

Cher Peter Rothenbühler,

Tu permettras que j’utilise, par clin d’oeil, la forme épistolaire qui a été la tienne ces dernières années au Matin Dimanche, pour répondre à ton dernier billet adressé aux "Chères Jurassiennes, chers Jurassiens". Toi, "l’enfant de Porrentruy", penses qu’ils "s’ennuient sec" en attendant de mettre en urne comme on met en terre, le 24 novembre prochain, la très soporifique "question jurassienne". Tu vois une "sorte de mélancolie" planer au-dessus de ces "funérailles", de cette "liquidation douce par étapes".

Au fait, de quand date ton dernier reportage dans le Jura? Qui as-tu vu et entendu ces derniers temps sur la question? Je t’écris d’une chambre d’hôtel à Tavannes d’où, c’est vrai, je ne vois pas les banderoles, les affiches lacérées, les graffitis rageurs et la foule grondante qui donnaient du relief à la question jurassienne quand il s’agissait de s’arracher de la patte de "l’ours bernois". Le débat est dans l’ensemble poli et policé, c’est-à-dire un peu emmerdant. On dit que les jeunes ne s’y intéressent pas, ceux que j’ai vus haussent effectivement les épaules, mais quelle question politique les passionne?

Tu te plains du manque de "grandes personnalités". Ah c’est vrai, Béguelin est mort et Lachat se fait vieux. Mais je ne suis pas vraiment d’accord. Si les personnalités qui s’expriment dans ce débat sont moins flamboyantes que par le passé, je trouve que certaines ne manquent pas de calibre. Un Maxime Zuber énerve, mais il faut lui laisser sa maîtrise des joutes oratoires. La conseillère d’Etat Elisabeth Baume-Schneider sort du lot par sa tranquille détermination. Dans le Jura bernois, le maire de Saint-Imier Stéphane Boillat prend de l’assurance et ne manque pas de panache dans les échanges. Il y a aussi des gens étonnants dans les deux camps comme ces deux jeunes chefs d’entreprise quasiment voisins, Nicolas Curty (de chez Affolter à Malleray, belle société) dans le camp du non et Vincent Charpilloz de chez Helios SA à Bévilard dans le camp du oui. La syndicaliste Emilie Moeschler sait aussi ce qu’elle se veut.

Tu connais les Jurassiens mieux que moi et tu sais que ceux du Sud ne sont pas les champions pour improviser des discours de cantine. Mais ce sont des gens sérieux qui se posent des questions sérieusement. Mon sentiment, très pifométrique je l’admets, est qu’une partie d’entre eux est quand même en train de réfléchir, au-delà des blessures du passé, de quel côté leur avenir est le plus prometteur. On ne leur demande rien de plus pour l’instant.

L’Histoire peut être lue de maintes façons. J’ai dans mes bagages deux analyses, l’une "prouvant" que les Jurassiens du nouveau canton et les Jurassiens bernois n’ont jamais vraiment partagé de destin commun, l’autre expliquant exactement le contraire. Peut-être ces interprétations divergentes seront-elles solubles dans une entité plus vaste, une grande région Berne-Fribourg-Arc jurassien, concept très à la mode dans les années 90, qui a permis à la région des Trois-Lacs de décrocher l’exposition nationale de 2002. J’observe néanmoins que cette vision un peu technocratique de l’organisation du territoire peine à s’imposer dans l’esprit des gens et que l’ancien maire de la Neuveville, qui en était un défenseur, milite aujourd’hui pour un Jura réunifié.

Voilà, je voulais juste te dire que je ne m’ennuie pas autant que toi à parcourir le Jura avant cette votation. Et puisqu’on fêtait ton départ de Tamedia l’autre jour à grand renfort de déclarations solennelles sur la nécessité d’un journalisme citoyen, j’aimerais rappeler cette anecdote de la lutte jurassienne rapportée par Francis Erard dans une petite brochure qu’il a publiée récemment (2000 exemplaires déjà vendus, 3000 du deuxième tirage bientôt écoulés, autant pour "l’ennui").

Un mot sur Francis Erard d’abord. Franc-montagnard d’origine, ajoulot de naissance, directeur du tourisme jurassien à Moutier, député du district de la Neuveville au Grand Conseil bernois et aujourd’hui retraité c’est lui qui y déposait il y a juste quarante ans une motion visant à préserver l’unité jurassienne et qui fut rejetée par la majorité PAB (aujourd’hui UDC) du Législatif bernois.

Le 9 septembre 1947, rappelle Francis Erard, le Grand Conseil bernois refusa d’attribuer au conseiller d’Etat jurassien Georges Moeckli le département des travaux publics au motif qu’il était de langue française. René Fell, rédacteur du Journal du Jura et les autres quotidiens du lieu réagirent par de gros titres: "Le Jura sous la patte de l’ours", "Le réveil du peuple jurassien a sonné", "Le Jura répondra à l’injure". Quelques jours plus tard, deux mille personnes manifestaient dans la rue à l’invitation du JdJ. Deux mille personnes, dans une région qui en comptait moins de 100 000. Ca, c’était du journalisme citoyen.

Où sont les combats de la presse aujourd’hui? Depuis Jacques Pilet, je n’en vois plus beaucoup. Le seul combat qui l’obnubile est celui pour sa survie, et celui-là, à coup sûr, ennuie le lecteur.

Je n’ai pas de recette miracle, mais entre les deux livres romands sur ma profession qui ont marqué ma jeunesse - "Salut journaliste" de Jean Dumur et "Journaliste qui t’a fait roi?" de Bernard Béguin - l’interrogation du second m’a toujours interpellé davantage que l’interjection du premier. Soit le journalisme est un liant social, l’arène où se déroulent et s’expliquent les luttes du pouvoir, soit il sombre dans l’anecdote et le négoce.

Rendons à Segond…

93056999Le "Human Brain Project" se développera plutôt à Genève que sur le site lausannois de l’EPFL, nous apprend un communiqué des cantons concernés. Ce grand projet de recherche financé à hauteur de 1,2 milliard d’euros par l’Union européenne ces dix prochaines années fait évidemment saliver pas mal de monde. Les politiciens qui aiment couper des rubans d’inauguration se féliciteront ou se désoleront, selon le lieu où ils habitent, de la décision annoncée aujourd’hui.

D’autres politiciens ne coupent pas de rubans mais lancent des idées. C’est le cas de l’ancien conseiller d’Etat genevois Guy-Olivier Segond (photo). Au début des années 90, quand la Suisse organisait un concours pour trouver le lieu de sa prochaine exposition nationale, il présenta un projet pour Genève, axé autour de la connaissance du cerveau humain. "Nous pouvons tout comprendre, sauf le fonctionnement de l’instrument qui précisément nous permet d’appréhender le monde extérieur", déclarait-il à L’Hebdo.

Guy-Olivier Segond étant Genevois, on ne le prenait pas toujours au sérieux. Deux autres projets concurrençaient le sien,un au Tessin, un dans la région des Trois-Lacs. Ce dernier l’emporta pour des raisons plus politiques que rationnelles et laissa surtout le souvenir d’un fiasco financier.

Je ne résiste pas à la tentation de citer ce commentaire que j’avais rédigé dans L’Hebdo du 21 octobre 1993 avant le choix final: "Le projet de Guy-Olivier Segond dépasse ses concurrents de la tête et des épaules. Il repose sur ce constat simple: la science éclaircira d’ici vingt ans (j’étais optimiste, ndlr.) les mécanismes même de l’intelligence. Comment ne pas s’interroger sur les conséquences pédagogiques, politiques, éthiques de ces recherches? Voilà l’occasion de greffer sur la nécessaire évocation patriotique une authentique nouveauté, une réflexion prospective qui ne concerne pas seulement les Suisses, mais aussi les "cerveaux" de tous les pays."

Genève n’a pas eu l’exposition nationale, mais vingt ans plus tard, Human Brain Project s’y installe.

Coup de chapeau à Ludo

Nous nous voyons régulièrement au fumoir de la rédaction, mais cette semaine nos chemins se sont croisés de manière plus rocambolesque à Locarno. Ludovic Rocchi et moi étions venu découvrir le film de Jean-Stéphane Bron consacré à Christoph Blocher, lui pour Le Matin semaine, moi pour Le Matin Dimanche. Collègues et concurrents. Après la projection de presse lundi soir, j’ai fui les confrères pour ne pas polluer par d’oiseuses discussions l’opinion qui se formait dans ma tête sur ce film et suis rentré à l’hôtel l’écrire à chaud sur ce blog. "T’es déjà au lit?" m’a téléphoné Ludo sur un ton rigolard. Lui n’est pas du genre couche-tôt. Il a papoté avec diverses personnes jusqu’à deux heures du matin, écrit son article jusque vers quatre heures et, endormi comme un loir, n’a pas entendu les coups de fil pressants de son épouse qui, tôt matin, lui annonçaient le branle-bas général d’une perquisition à son domicile.

La suite a été largement racontée dans les journaux. Un professeur d’université dont Ludovic Rocchi dénonce des plagiats et la mauvaise gestion de son département a porté plainte pour calomnie, diffamation et complicité de violation du secret de fonction. Un juge qui se prend pour Rambo a cru bon de déclencher une opération policière aussi disproportionnée dans son fondement que foireuse dans son organisation. La justice est décidément plus prompte à poursuivre ceux qui dénoncent les dysfonctionnements des autorités que la grande criminalité économique - refrain connu, je n’ai rien à ajouter là-dessus.

Si je tire mon chapeau à Ludo, c’est à cause du commentaire ci-dessous publié dans Le Matin du jour. Depuis le rodéo judiciaire le concernant, une autre affaire a éclaté vendredi dans le canton de Neuchâtel. Le président de La Chaux-de-Fonds a été mis à l’écart séance tenante par ses collègues suite à un audit révélant de multiples cas de harcèlement d’employés dont il est l’auteur. Il serait aisé de faire l’amalgame: "Encore une de ces pantalonnades dont les Neuchâtelois ont le secret!"

Eh bien lisez ce qu’en dit Rocchi. C’est clairvoyant, à contre-courant du jugement hâtif basé sur l’émotion. De la part d’un journaliste qui aurait quelques raisons de se sentir énervé, c’est une belle preuve d’intelligence.

"Du courage politique, enfin!

Ludovic rocchi

Aïe, un nouveau scandale politique ébranle ce pauvre canton de Neuchâtel! Encore un, quelle malédiction, serait-on tenté de dire. Mais, au fond, l’affaire Legrix est presque une bonne nouvelle! Car, pour une fois, elle a été réglée avec célérité, efficacité et courage.

C’est bien sûr de courage politique qu’il s’agit ici. Ce courage qui a tant fait défaut lors de l’affaire Hainard, qui a tétanisé Neuchâtel bien trop longtemps et qui n’est même pas encore conclue judiciairement. Sans parler de la crise de la Faculté des sciences économiques de l’Université de Neuchâtel. La marmite a débordé depuis 2011 à l’interne, puis au grand jour, dès septembre 2012, avec les premières révélations du «Matin». Et nous voilà en août 2013 avec une Uni toujours en crise et un cirque judiciaire qui refait parler négativement deNeuchâtel loin à la ronde.

Dans le cas Legrix, il a bien sûr aussi fallu que les graves dérapages de l’élu UDC à l’exécutif de La Chaux-de-Fonds se multiplient et parviennent aux oreilles de certains médias, dont «Le Matin», pour que l’affaire soit prise au sérieux.

Mais, ensuite, tout est allé vite et proprement. Plus besoin de fuites dans les médias: un audit engagé avec l’accord du principal intéressé a été déclenché en mai dernier et il a permis à une cinquantaine d’employés de se sentir entendus. Et, face à l’ahurissante et massive souffrance au travail dont ils ont fait part lors de l’audit dont les conclusions ont été rendues au début de ce mois, l’exécutif de La Chaux-de-Fonds a tranché sans attendre. Odieux et insoutenable dans sa fonction de patron et de responsable politique, Jean-Charles Legrix a été neutralisé. Point barre!"

La phrase du jour…

… a été prononcée par Oskar Freysinger. "Je déplore cette surmédiatisation dès que je m’exprime", déclare au Nouvelliste le politicien valaisan qu’on a connu moins farouche face aux micros et caméras. C’était, il est vrai, en sa qualité de conseiller national, d’agitateur anti-minarets ou de poète. Dorénavant conseiller d’Etat en charge de l’éducation de son canton, Oskar Freysinger n’est plus la flèche, mais la cible. Dès qu’il ose une allusion vaguement critique aux principes et méthodes adoptés par la majorité du corps enseignant, la voici aussitôt balancée sur les réseaux sociaux, poussée vers les journalistes, amplifiée et déformée.

Freysinger dans le rôle de l’arroseur arrosé, voilà qui a un petit côté rafraîchissant en cette période de canicule. Mais une fois la rosée évaporée, reste le fond, et là je trouve qu’il n’a pas tort de dénoncer un procès d’intention permanent. Oui, l’UDC a des idées sur l’école, elles ne plaisent pas à la pluart de ceux qui y travaillent, mais dans un Etat démocratique, on doit pouvoir en discuter calmement sans se faire conspuer illico. Les liberticides dans ces mini-conflits valaisans qui tendent à se multiplier autour des petites phrases d’Oskar Freysinger ne sont pas forcément ceux qu’on croit.

Deux fois le prix de ce métro pour soulager les fonctionnaires

the-m2-lausanne-between-the-7255Merci à mon confrère Jérôme Cachin d’avoir relevé dans La Liberté les propos du député libéral-radical Frédéric Borloz mardi au Grand Conseil vaudois. Ce dernier observait que la somme injectée par ce canton pour recapitaliser la caisse de retraite de ses fonctionnaires - 1,44 milliard de francs suisses - représente deux fois le prix du métro M2, fierté des Lausannois. Voilà le genre d’image qui parle aux contribuables, car ce sont eux finalement qui paient l’essentiel de la facture.

Qui la paient même deux fois. Ils doivent d’abord consolider leur propre caisse de retraite, dont l’équilibre financier à long terme est mis en péril par la longévité accrue de la population et la baisse de rendement des marchés financiers. Du coup, il faut ajuster la mécanique avec ces trois éléments que sont le nombre d’années de cotisations, la hauteur de celles-ci et le taux de conversion (du capital accumulé en rente). C’est ce que s’apprête à proposer le conseiller fédéral Alain Berset. Les premiers éléments de son plan révélés par le SonntagsBlick ont déjà fait bondir: les femmes, les ouvriers, ceux qui sont proches de la retraite: tout le monde trouve qu’il faut faire des sacrifices, mais pas moi, pas comme ça, y’a qu’à augmenter la TVA, etc.

Trop peu de gens sont conscients du fait qu’en plus d’assainir leur propre caisse, ils participent, comme contribuables, à l’assainissement des caisses de fonctionnaires qui sont dans un état beaucoup plus préoccupant parce qu’elles ont offert pendant des années des conditions bien trop généreuses, sans lien avec la réalité économique. Et il se trouve encore des gens à gauche pour lancer des référendums contre les mesures d’aide décidées par les cantons, qui ne seraient pas assez généreuses avec la fonction publique. Dans le genre "soyons solidaires…", c’est vraiment la version " …avec notre clientèle, et que les autres se démerdent".

Si le plan d’assainissement de la caisse publique vaudoise coûte deux fois le prix du métro M2, la totalité des plans publics en cours d’acceptation (les plus lourds se trouvant en Suisse romande) représente une cinquantaine de milliards de francs - soit deux fois le prix des transversales alpines. Une somme qui sera en bonne partie payée par les contribuables. Au lieu de pousser des cris d’orfraie, les employés d’Etat et leurs représentants pourraient dire merci.

Je reproduis ci-dessous un article que j’avais publié sur quelques cas romands en septembre 2012:

Les caisses publiques romandes bouchent les trous au pas de course

 

Les huées des manifestants sous ses fenêtres n’y ont rien changé. Le Grand Conseil genevois a voté (63 oui, 8 non, 19 abstentions) la fusion et l’assainissement des deux grandes caisses de pension cantonales, sans les amendements socialistes. Le sauvetage coûtera 6 milliards de francs sur 40 ans – soit une fois et demie le coût du tunnel du Lötschberg… L’Etat paiera les deux tiers du sacrifice, dont 800 millions tout de suite, ses employés le reste.

Un référendum des syndicats reste possible, mais la députée PDC Anne Marie von Arx-Vernon, membre de la Commission des finances, n’y croit pas: «Ce serait dresser la population contre les fonctionnaires. » Secrétaire syndical au SIT, Davide De Filippo pense aussi que «la marge de manœuvre est très faible».

Le député libéral Pierre Weiss va plus loin. Paraphrasant David Hiler, chef des Finances cantonales, il déclare qu’«on est passé de la Mercedes à la Volvo, mais il faudra changer pour une Golf dans quelques années si on veut assainir durablement la caisse de pension et y intégrer celles des SIG, des TPG, de la police et des communes. » Paroles de provocateur? Pas sûr. A comparer le plan genevois à d’autres déjà adoptés ou discutés en Suisse romande, on constate qu’il n’est pas le plus dur. Il suffit de voir ce qui se passe au Jura, qui a présenté le 30 août sept mesures visant à résorber un découvert de 465 millions dans sa caisse de pension. Deux retiennent particulièrement l’attention.

Premièrement, le canton veut passer de la primauté des prestations à celle des cotisations. Derrière le charabia technique se cache une différence fondamentale: dans le second système, contrairement au premier, le niveau des prestations que touchera le retraité n’est pas connu à l’avance; il dépend de la volatilité des marchés, le risque est pris par l’assuré, et non la caisse.

Alors que 80% des institutions publiques alémaniques ont adopté la primauté des cotisations, suivies par le Valais l’an dernier et maintenant le Jura, les autres cantons romands font de la résistance. Jusqu’à quand? C’est la question posée par une étude de Jérôme Cosandey, du groupe de réflexion libéral Avenir Suisse, dont est tirée la carte ci-contre. Elle montre que les finances des caisses publiques romandes sont beaucoup plus fragiles que celle des Alémaniques

Depuis 2010, la loi leur intime d’atteindre un degré de couverture de 80% dans quarante ans (ce pourcentage indique la part des engagements auprès des affiliés couverte par la fortune de la caisse). Les caisses romandes en sont loin. Et encore ont-elles calculé leur degré de couverture en se basant sur un taux technique (rendement attendu des capitaux) très favorable, entre 4 et 4,5%. Or la crise financière a douché ces espérances, et si on baisse de 1% le taux technique, le degré de couverture se réduit de 10 points de pourcentage.

Ce qui mène à la deuxième mesure spectaculaire du Jura: le canton propose de réduire le taux technique de sa caisse de 4% à 3%. Par ailleurs, il injectera 74 millions de francs dans la recapitalisation; une cotisation d’assainissement sera également perçue.

Comment se fait-il que Delémont reste si calme alors qu’on manifeste à Genève? «Nous pouvons être aussi fâchés que les Genevois, prévient Rémy Meury, président de la coordination syndicale de la fonction publique. Les partenaires sociaux n’ont pas été associés au projet, et le scénario retenu noircit la situation réelle. » Au terme de la consultation, fin septembre, les syndicats demanderont sans doute que le plan soit remanié avant d’être soumis au Grand Conseil, au printemps 2013. Le ministre des Finances Charles Julliard reste néanmoins «assez confiant dans la sagesse des uns et des autres pour accepter un projet équilibré en termes de sacrifices».

A Neuchâtel, où une négociation préalable a eu lieu, Thierry Clément, secrétaire du Syndicat des services publics, ne cache pas que «cet accord a minima a été accepté dans la résignation». Il maintient la primauté des prestations, mais les fonctionnaires verront l’âge de la retraire augmenter de 62 à 64 ans. Les cotisations seront augmentées de 2,5% (60% à charge de l’employeur), et l’indexation des rentes sera suspendue de 2014 à 2018.

L’ensemble de l’effort neuchâtelois représente un engagement de 1,2 milliard de francs pour atteindre à terme le degré de couverture de 80%. Sur cette somme, une réserve de fluctuation de 270 millions devra être constituée rapidement. Au total, le plan d’assainissement neuchâtelois sera payé à hauteur de 45% par les pouvoirs publics, 29% par les affiliés actifs et 26% par les pensionnés. Comme dans le canton voisin du Jura, le Grand Conseil se prononcera au printemps 2013.

Lausanne en est au troisième plan de sauvetage, portant sur 220 millions de francs. La ville ne passe pas à la primauté des cotisations mais a choisi une solution intermédiaire, baptisée «traitement assuré moyen de carrière». Déjà adoptée par Fribourg, elle élargit la période de calcul servant de référence pour les prestations, ce qui entraînera concrètement une baisse de celles-ci. Contrairement à Neuchâtel, la cotisation des employés n’augmentera pas, et l’âge de la retraite est inchangé. La ville fournira la plus grosse part de l’effort en mettant sur la table 182 millions de francs sur les 220 que coûte la nouvelle recapitalisation.

Le plan lausannois est, avec celui de Genève, le plus généreux des quatre pour les fonctionnaires. Mais est-il durable? A la fois syndic et président de la caisse publique – une double casquette qui lui a été reprochée – Daniel Brélaz estime entre 20 et 30% le risque que la réserve de fluctuation reconstituée ne permette pas d’atteindre l’objectif fixé par la loi fédérale. «Il nous a paru plus juste de dimensionner un plan raisonnable que de donner à la caisse un montant trop important qui nous serait ensuite reproché. »

Pour Jérôme Cosandey, les plans actuels pèchent par optimisme. Il estime que la recapitalisation des caisses publiques coûtera 50 milliards de francs – près de la moitié de la dette fédérale – dont une part substantielle à la charge des contribuables.

Vendredi soir au Grand Conseil genevois, le député MCG Mauro Poggia résumait le sentiment général en déclarant que le deuxième pilier apparaît comme «la grande escroquerie du XXe siècle, dont les bénéficiaires auront surtout été les institutions financières. Les cotisants, eux, ne retrouveront pas à la sortie ce qu’ils ont mis au fil des ans. »

110 000 FONCTIONNAIRES AU RÉGIME MINCEUR

Fonctionnaires = privilégiés: l’équation pèse sur les débats dans tous les cantons. «Si on doit aller devant le peuple, on risque de cristalliser une attitude de dénonciation vis-à-vis de la fonction publique, dit le ministre jurassien des finances Charles Julliard. Nous ne voulons pas jeter nos employés en pâture. » Le député libéral Pierre Weiss parle, lui, de la «double pénalité» infligée aux contribuables: ils doivent cofinancer l’assainissement des caisses publiques après avoir consenti des sacrifices pour leur propre caisse de retraite.

Les fonctionnaires bénéficient-ils d’un traitement de faveur? Oui, mais de moins en moins, selon les plans qui se mettent en place. L’Etat-employeur prend à sa charge souvent la moitié, voire plus, des plans de sauvetage proposés. Il continue de payer 60 à 66% des cotisations alors que dans le privé, employeurs et employés se la partagent généralement à parts égales. Et dans la majorité des cantons romands, il s’accroche à la primauté des prestations, plus favorable à l’affilié.

Cela étant, les sacrifices demandés aux fonctionnaires sont importants. Dans la plupart des cas, ils devront travailler deux ans de plus pour avoir droit à une retraite pleine, la différence avec le privé est en train de s’effacer sur ce point. Ils devront s’acquitter de cotisations plus élevées, parfois de façon substantielle. Enfin, le niveau de leurs rentes va baisser. «Il faudra travailler et cotiser plus pour recevoir moins à la retraite», résume Thierry Clément, secrétaire du Syndicat des services publics à Neuchâtel.

Dans le détail, certaines mesures s’avéreront douloureuses à terme. A Genève par exemple, le rattrapage de cotisations en cas de promotion, ou même de réévaluation collective des salaires, sera entièrement à la charge des salariés. «Cela représentera des montants importants, effaçant une grande partie de l’augmentation de salaire nominale consentie», observe Davide De Filippo, secrétaire syndical au SIT.

Poser la matze

massue-homme-des-cavernes-gonflable-accessoire-gourdin-prehistorique-deguisement-adulte-sapiens-fete-soiree-deguisee-decoration-878948709_MLEditorial du Nouvelliste, jeudi: "La Suisse DEVRA revoter - en toute connaissance de cause - sur la gestion de son territoire. La veut-on fédérale ou cantonale? Il faudra poser la question en ces termes. Ministres et représentants des Valaisans, il faut lever la matze! (en clair: soulever la masse, la massue en signe de révolte). Et vite!"

Lever la matze? Dans le même journal et d’une façon générale, on est - aux antipodes de cet édito - frappé par les réactions mesurées qu’a suscitées en Valais la décision du Tribunal fédéral concernant les résidences secondaires. Un exemple intéressant est celle de Philippe Nantermod: "Faire profil bas s’impose un peu en l’espèce. D’autres questions beaucoup plus sérieuses se posent aujourd’hui que les discours de cantine visant à «quitter la Suisse» ou à ne pas appliquer le droit fédéral." Le jeune PLR valaisan, qui s’enflamme volontiers sur d’autres sujets, ne participera pas à un combat d’arrière-garde sur les résidences secondaires. Hormis quelques rares de ses concitoyens qui entretiennent le folklore valaisan en appelant à la sécession ou à un statut d’autonomie genre Val d’Aoste, le canton semble avoir fait son deuil de l’initiative Weber.

A juste titre. Le Valais célébrera dans deux ans le bicentenaire de son entrée dans la Confédération. On peut le lui dire sans attendre: nous tenons à lui, il est constitutif de l’ADN de la Suisse, indispensable, même s’il a parfois l’impression d’être peu écouté.

Quant aux effets de l’initiative Weber, sur l’emploi en particulier, je reste sceptique à propos des scénarios-catastrophe basés sur des études "scientifiques" qui méconnaissent la réalité complexe du canton. Il y a deux ans, je m’étais amusé à recenser quelques grands chantiers agendés en Valais: il y en a pour au moins 200 millions par an, pendant une dizaine d’années, et la liste est loin d’être exhaustive. S’agissant plus précisément du secteur construction/tourisme, il ne sert à rien de faire des plans sur la comète avant de connaître l’ordonnance d’application de la Lex Weber. Un groupe de travail où les cantons alpins sont représentés en peaufine les détails, et d’après ce qu’en dit le Blick aujourd’hui (texte non disponible en ligne), ces derniers semblent s’être assez bien défendus, notamment en ce qui concerne les possibilités de développer la parahôtellerie.

Peter Furger, responsable de Promotion Valais, en rappelait l’importance il y a deux jours à la radio romande. Pour autant qu’on n’invente pas de nouvelles chicanes sur la vente aux étrangers, le potentiel d’une combinaison hôtel/résidences secondaires, apparemment reconnu par le groupe de travail de la Confédération, compensera une bonne partie de l’impact négatif dû à l’initiative Weber. En fait, je ne serais pas surpris qu’à terme, le Valais y gagne en termes d’emplois à vraie valeur ajoutée.

Les Valaisans ont raison de rester flegmatiques face à la décision du TF, à part l’éditorialiste du Nouvelliste et quelques autres. Les finances du canton et des communes sont saines. Il a quelques défis à relever ces prochaines années, dont le retour des concessions hydrauliques, la 3ème correction du Rhône et la défense de sa place industrielle à Sierre-Viège et autour de Monthey. Côté tourisme, une bonne partie de la révolution a déjà été faite dans les esprits et dans les faits (voir l’ambitieux plan de développement de Zermatt, l’exemple de Grächen, les progrès de Verbier, l’amélioration générale de l’accueil). Certains ont traîné les pieds, en particulier dans certains coins du Valais romand. On les entend beaucoup, mais ils ne sont pas forcément représentatifs d’un canton plus moderne et mieux armé que l’image qu’il projette de lui-même.

Coup de balai neuchâtelois

La conseillère d’Etat neuchâteloise Gisèle Ory (sortante, qui ne se représente pas) a le mieux résumé la situation à la sortie des urnes ce dimanche: "Je constate qu’on est peut-être en train d’inverser les majorités : la droite au Grand Conseil, la gauche au Conseil d’Etat". Vacharde, elle a ajouté: "Je ne sais pas si ça marchera mieux."

Pour le gouvernement, où il y a ballottage, les cinq mieux placés sont, selon les résultats transmis par Arcinfo, le socialiste de La Chaux-de-Fonds Laurent Kurth (sortant, 21 351 voix), le socialiste du Val-de-Travers Jean-Nath Karakash (nouveau, 20 422 voix), l’UDC Yvan Perrin, conseiller national (nouveau, 18 698 voix), la socialiste Monika Maire-Hefti (nouvelle, 17 440 voix), et le PLR Alain Ribaux, député au Conseil national chef des finances de Neuchâtel (nouveau 16 987 voix). Peu avant 17 heures, le PLR sortant Thierry Grosjean (14 055 voix) n’arrivait qu’en septième position, derrière le Vert Patrick Herrmann. Philippe Gnaegi, autre PLR sortant et président actuel du gouvernement, fait encore moins bien (12 767 voix).

Même si le mauvais score des deux PLR sortants était un peu attendu, l’ampleur de leur déroute surprend. Leur parti qui trustait trois des cinq sièges au gouvernement, en perdra en tous cas un, voire deux. Outre le bon résultat groupé des socialistes, l’autre événement du jour est l’arrivée d’Yvan Perrin en troisième position. Il semble bien placé pour entrer au gouvernement, ce qui ne paraît pas le ravir du tout. Les journalistes d’Arcinfo le trouvent "très tendu". Le Matin a révélé ses ennuis récurrents de santé, et tous les candidats que j’ai interrogés il y a une dizaine de jours sont persuadés que s’il est élu, il "explosera en vol".

Pour le Grand Conseil, la situation semble est l’inverse du Conseil d’Etat. Toujours selon Arcinfo, "à l’exception des districts du Locle et de La Chaux-de-Fonds, tous les districts ont voté à droite".

D’où la remarque de Gisèle Ory. A mon avis, elle aurait pu se passer de la dernière phrase, qui sent la rancoeur personnelle. Je l’ai rencontrée la semaine dernière lors d’un voyage à Berlin et ai eu droit à une leçon de dix minutes sur le sexisme des médias. Apparemment, nous autres journalistes n’avons pas vu que le bilan de Gisèle Ory est excellent, qu’elle a toujours gagné au Parlement ou devant le peuple. J’ai essayé de lui dire que sa réforme hospitalière était loin d’être sous toit, et passablement contestée, mais notre train arrivait en gare et le dialogue en est resté là.

Je ne sais pas si "ça marchera mieux à Neuchâtel", mais la dizaine d’interlocuteurs rencontrés avant les élections m’ont tous dit la même chose: les majorités différentes au Législatif et à l’Exécutif ne sont pas la cause des nombreux couacs de ces dernières années. La raison se trouve dans les mésententes au sein du gouvernement et entre gouvernants du même parti. Thierry Grosjean et Philippe Gnaegi ne sont pas sur la même longueur d’ondes, l’ex-conseiller d’Etat socialiste Jean Studer détestait Gisèle Ory, qui le lui rendait bien.

Mon pronostic, je l’ai écrit dans Le Matin Dimanche de la semaine dernière, est qu’un nouveau gouvernement composé des socialistes Laurent Kurth et Jean-Nath Karakash, ainsi que du PLR Alain Ribaux, bénéficiera d’un noyau dur de trois politiciens possédant une bonne expérience de l’Exécutif, représentant les trois grands centres du canton (La Chaux-de-Fonds, Val-de-Travers et Neuchâtel), pragmatiques, soucieux de rigueur financière et s’estimant mutuellement. Cela fait déjà pas mal d’atouts. Vu leur résultat au premier tour, leur élection au second paraît pratiquement assurée. Celle d’Yvan Perrin aussi, sauf coup de théâtre. Sa résistance face à la tâche stressante qui l’attend reste une inconnue, mais il n’est pas un caractériel à la Hainard, je le crois capable de s’entendre avec ses collègues s’il ne craque pas. Pour le reste, il faudra attendre le résultat des reports de voix au second tour.

Mais globalement, il y a plutôt des raisons d’être optimiste pour la prochaine législature neuchâteloise, quoi qu’en dise l’excellente Gisèle Ory.

"La clef de la chambre à lessive"

Cette semaine, je rédige un article sur l’avenir du quartier lausannois de la prostitution, chahuté par des projets immobiliers et de revitalisation urbaine. Un article normal préparé avec des interlocuteurs normaux, c’est-à-dire les représentants des autorités, de la brigade des moeurs, une comparaison zurichoise, un tenancier de bordel à grande gueule qui m’a fait le tour du propriétaire, la représentante d’une association défendant les travailleuses du sexe qui avale du chocolat en me parlant au téléphone et ne songe pas une seconde à s’en excuser. Je devine son dédain face au journaliste qui va probablement signer un article sensationnaliste de plus sur un sujet auquel il ne connaît rien.

Rassurez-vous, Madame, ce sera un article normal. Si j’étais plus jeune, plus créatif…

Non: si j’étais plus culotté, plus courageux pour employer le mot juste, je me lancerais dans un projet comme "La clef de la chambre à lessive". Ce documentaire qui passe en ce moment au Zinéma de Lausanne et vient d’être primé au festival Visions du réel à Nyon a été tourné exclusivement au 85 rue de Genève, un grand HLM qui jouxte justement la zone de prostitution dont je parle. Au sous-sol, une dizaine de salons accueillent les professionnelles du sexe et leurs passes hâtives. Dans les étages, la ville de Lausanne loge ce qu’il est convenu d’appeler des "cas sociaux", pour la plupart migrants. Entre les deux, il y a le rez-de-chaussée, un couloir propre grâce Claudina la concierge qui veille au grain.

Lacle-2Et la chambre à lessive, lieu des rencontres, des confidences, des conflits et des réconciliations.

C’est presque exclusivement dans et autour de ce huis clos que Fred Florey et Floriane Devigne ont posé leur caméra. On a parfois envie d’écarter les bras pour donner un peu d’air entre les portes bleues. Mais tel est l’espace. Ca n’a visiblement pas été tout seul. Au début du film, on voit une feuille de papier griffonnée sur l’ascenseur: "Stop le camera". Commentaire en voix off: "Quelqu’un nous a dit: vous ne faites pas un vrai film, parce que dans les vrais films, il y a de l’action et une histoire d’amour. De toutes façons, on ne vous aime pas, on pense que vous êtes des espions." Plan de coupe sur un jeune qui fait mine de tirer au revolver sur la caméra, puis de trancher une gorge.

Le miracle est que sur ces bases précaires dans tous les sens du terme, une histoire se construit. Les habitants de l’immeuble se sont laissés filmer, ont oublié la caméra, s’y sont confiés consciemment ou inconsciemment. Je parlais de courage plus haut. Il y a bien sûr celui de faire le premier pas, de convaincre le propriétaire et les locataires de vous laisser entrer. Mais il y a un autre courage dans ce film - celui du silence. Un journaliste normal qui écrit des articles normaux prépare des questions, relance, suit un fil. Là, il n’y a rien, c’est du sans filet, les gens laissés à eux mêmes qui se tournent vers l’objectif pour solliciter un mot, un geste qui ne viennent pas.

Alors parfois, assez souvent même se produit un saut dans l’inconnu comme ce jeune Africain qui…

Mais pourquoi vous raconter? Je pourrais enchaîner sur quelques clichés comme "un film à voir absolument", "courez-y". Je ne le ferai pas. Tout au plus puis-je rassurer les inquiets: "La clef de la chambre à lessive" n’est pas un film triste ou glauque, il est même drôle par moments, poignant à d’autres. Finement tourné et monté. C’est le film que j’aurais fait si j’avais été plus jeune, plus créatif et plus courageux.

Peu importe d’ailleurs, puisque quelqu’un l’a fait.

Le 85 rue de Genève est à 300 mètres de chez moi, je passe devant presque tous les jours. Je savais en gros ce qui s’y passe et qui y vit, je ne peux pas dire que j’ai été surpris. Mais j’ai partagé l’humanité de ses occupants. Ce serait effectivement chouette si beaucoup de Lausannois, et d’autres, allaient faire de même.

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