Une "belle utopie"

En 2011, le parti suisse des Verts perdait cinq sièges au niveau national, soit un sur quatre (alors que les Verts libéraux en gagnaient neuf). Un an plus tard, rebelote, il lâchait cinq sièges au Grand Conseil vaudois. Pour comprendre cette logique d’échecs à répétition, il suffit de lire dans Le Temps du jour la chronique de Laurent Rebeaud, président des Verts vaudois, intitulée "Offrir 2500 francs par mois (environ 2000 euros) à chaque Suisse, c’est possible".

"Une belle utopie, au meilleur sens du terme", écrit-il. En effet. Le modèle de base de l’‘initiative populaire "Pour un revenu inconditionnel", qui aurait franchi le cap des 100 000 signatures ce mois, prévoit (je cite Rebeaud) que "chaque habitant majeur résidant régulièrement en Suisse recevrait 2500 francs par mois, indépendamment de son état civil, de sa nationalité et de son statut professionnel. Chaque enfant vaudrait à sa famille une allocation supplémentaire de 1000 francs." Ce qui fait, si je sais compter, 7000 francs par mois garantis rubis sur l’ongle pour toute personne qui, trouvant le filet social helvétique agréable, y prend ses quartiers, se met en ménage et fait deux enfants.

Puisque le titre de l’article dit que cela est "possible", on cherche à savoir comment. Laurent Rebeaud commence par énumérer les objections que soulève un tel projet puis nous rassure d’une tautologie: "Le choix des réponses possibles est vaste, et suffisamment élaboré par les auteurs de l’initiative pour se convaincre que la mise en place du revenu inconditionnel (j’adore cet adjectif, ndlr.) serait possible en Suisse". C’est possible parce que les initiants vous disent que c’est possible. Sceptiques réactionnaires, circulez! Si vous doutez de la faisabilité de l’utopie, vous n’avez qu’à vous référer à l’argumentaire de l’initiative dont M. Rebeaud, épuisé par ses élans lyriques, omet de nous donner le début d’un résumé. D’ailleurs ce n’est pas vraiment le problème des initiants puisque, ajoute-t-il, "le parlement fédéral a la tâche de mettre au point les modalités d’application". Plus loin: "Le système que le parlement fédéral aura la grande sagesse de mettre en place" permettra d’éviter les abus.

C’est pas beau, la vie? Les Verts qui n’hésitent pas à traiter les citoyens et les entreprises comme des gosses de maternelle dès qu’il s’agit d’un de leurs dadas comme le tri des déchets ou de "l’obsolescence programmée" (concept discutable, ainsi que l’explique mon collègue Michel Audetat dans le dernier Matin Dimanche) font ici une confiance illimitée à "l’esprit d’initiative" (Rebeaud dixit) de chacun.

Si Laurent Rebeaud voulait nous offrir un exemple incarné de la paresse dont une telle initiative ne peut qu’éveiller le soupçon, il ne s’y prendrait pas autrement. Son argument massue: les obstacles ne sont pas d’ordre économique, mais "culturel et politique". Autrement dit, ceux qui n’ont pas saisi les avantages géniaux du revenu de base garanti ne sont plus dans le coup, des psycho-rigides conservateurs.

Eh bien soit. Je repense, allez savoir pourquoi, à Calvin dont on célébrait le 500è anniversaire de la naissance en 2009. A cette occasion avait paru une somme sur sa pensée sociale que je n’avais lue que partiellement (à chacun sa paresse). J’en avais néanmoins retenu que Calvin avait pour principe d’aider les pauvres, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, mais en leur confiant des travaux d’intérêt public. Il n’y avait pas de discussion, c’était ça ou déguerpir.

Plus je lis l’utopie de Laurent Rebeaud, qu’il qualifie sans rire de "profondément conforme à l’idéal du libéralisme" et d’"issue possible à la crise de l’Etat providence" (en le rendant encore plus providentiel) , plus j’ai envie de relire Calvin. Mais comme dit le président des Verts vaudois, l’initiative "nous obligera à prendre le temps d’y réfléchir".

C’est d’ailleurs possible dès ce samedi, 17 heures, à l’Espace Noir de St-Imier, qui propose une projection de film et une conférence-débat avec Albert Jörimann, du comité BIEN-CH et Laurent Tettamenti en tant qu’opposant, de gauche au projet. C’est pas parce qu’on doute d’une idée qu’il ne faut pas faire de pub à ceux qui en discutent.

Coup de balai neuchâtelois

La conseillère d’Etat neuchâteloise Gisèle Ory (sortante, qui ne se représente pas) a le mieux résumé la situation à la sortie des urnes ce dimanche: "Je constate qu’on est peut-être en train d’inverser les majorités : la droite au Grand Conseil, la gauche au Conseil d’Etat". Vacharde, elle a ajouté: "Je ne sais pas si ça marchera mieux."

Pour le gouvernement, où il y a ballottage, les cinq mieux placés sont, selon les résultats transmis par Arcinfo, le socialiste de  La Chaux-de-Fonds Laurent Kurth (sortant, 21 351 voix), le socialiste du Val-de-Travers Jean-Nath Karakash (nouveau, 20 422 voix), l’UDC Yvan Perrin, conseiller national (nouveau, 18 698 voix), la socialiste Monika Maire-Hefti (nouvelle, 17 440 voix), et le PLR Alain Ribaux, député au Conseil national chef des finances de Neuchâtel (nouveau 16 987 voix). Peu avant 17 heures, le PLR sortant Thierry Grosjean (14 055 voix) n’arrivait qu’en septième position, derrière le Vert Patrick Herrmann. Philippe Gnaegi, autre PLR sortant et président actuel du gouvernement, fait encore moins bien (12 767 voix).

Même si le mauvais score des deux PLR sortants était un peu attendu, l’ampleur de leur déroute surprend. Leur parti qui trustait trois des cinq sièges au gouvernement, en perdra en tous cas un, voire deux. Outre le bon résultat groupé des socialistes, l’autre événement du jour est l’arrivée d’Yvan Perrin en troisième position. Il semble bien placé pour entrer au gouvernement, ce qui ne paraît pas le ravir du tout. Les journalistes d’Arcinfo le trouvent "très tendu". Le Matin a révélé ses ennuis récurrents de santé, et tous les candidats que j’ai interrogés il y a une dizaine de jours sont persuadés que s’il est élu, il "explosera en vol".

Pour le Grand Conseil, la situation semble est l’inverse du Conseil d’Etat. Toujours selon Arcinfo, "à l’exception des districts du Locle et de La Chaux-de-Fonds, tous les districts ont voté à droite".

D’où la remarque de Gisèle Ory. A mon avis, elle aurait pu se passer de la dernière phrase, qui sent la rancoeur personnelle. Je l’ai rencontrée la semaine dernière lors d’un voyage à Berlin et ai eu droit à une leçon de dix minutes sur le sexisme des médias. Apparemment, nous autres journalistes n’avons pas vu que le bilan de Gisèle Ory est excellent, qu’elle a toujours gagné au Parlement ou devant le peuple. J’ai essayé de lui dire que sa réforme hospitalière était loin d’être sous toit, et passablement contestée, mais notre train arrivait en gare et le dialogue en est resté là.

Je ne sais pas si "ça marchera mieux à Neuchâtel", mais la dizaine d’interlocuteurs rencontrés avant les élections m’ont tous dit la même chose: les majorités différentes au Législatif et à l’Exécutif ne sont pas la cause des nombreux couacs de ces dernières années. La raison se trouve dans les mésententes au sein du gouvernement et entre gouvernants du même parti. Thierry Grosjean et Philippe Gnaegi ne sont pas sur la même longueur d’ondes, l’ex-conseiller d’Etat socialiste Jean Studer détestait Gisèle Ory, qui le lui rendait bien.

Mon pronostic, je l’ai écrit dans Le Matin Dimanche de la semaine dernière, est qu’un nouveau gouvernement composé des socialistes Laurent Kurth et Jean-Nath Karakash, ainsi que du PLR Alain Ribaux, bénéficiera d’un noyau dur de trois politiciens possédant une bonne expérience de l’Exécutif, représentant les trois grands centres du canton (La Chaux-de-Fonds, Val-de-Travers et Neuchâtel), pragmatiques, soucieux de rigueur financière et s’estimant mutuellement. Cela fait déjà pas mal d’atouts. Vu leur résultat au premier tour, leur élection au second paraît pratiquement assurée. Celle d’Yvan Perrin aussi, sauf coup de théâtre. Sa résistance face à la tâche stressante qui l’attend reste une inconnue, mais il n’est pas un caractériel à la Hainard, je le crois capable de s’entendre avec ses collègues s’il ne craque pas. Pour le reste, il faudra attendre le résultat des reports de voix au second tour.

Mais globalement, il y a plutôt des raisons d’être optimiste pour la prochaine législature neuchâteloise, quoi qu’en dise l’excellente Gisèle Ory.

"La clef de la chambre à lessive"

Cette semaine, je rédige un article sur l’avenir du quartier lausannois de la prostitution, chahuté par des projets immobiliers et de revitalisation urbaine. Un article normal préparé avec des interlocuteurs normaux, c’est-à-dire les représentants des autorités, de la brigade des moeurs, une comparaison zurichoise, un tenancier de bordel à grande gueule qui m’a fait le tour du propriétaire, la représentante d’une association défendant les travailleuses du sexe qui avale du chocolat en me parlant au téléphone et ne songe pas une seconde à s’en excuser. Je devine son dédain face au journaliste qui va probablement signer un article sensationnaliste de plus sur un sujet auquel il ne connaît rien.

Rassurez-vous, Madame, ce sera un article normal. Si j’étais plus jeune, plus créatif…

Non: si j’étais plus culotté, plus courageux pour employer le mot juste, je me lancerais dans un projet comme "La clef de la chambre à lessive". Ce documentaire qui passe en ce moment au Zinéma de Lausanne et vient d’être primé au festival Visions du réel à Nyon a été tourné exclusivement au 85 rue de Genève, un grand HLM qui jouxte justement la zone de prostitution dont je parle. Au sous-sol, une dizaine de salons accueillent les professionnelles du sexe et leurs passes hâtives. Dans les étages, la ville de Lausanne loge ce qu’il est convenu d’appeler des "cas sociaux", pour la plupart migrants. Entre les deux, il y a le rez-de-chaussée, un couloir propre grâce Claudina la concierge qui veille au grain.

Lacle-2Et la chambre à lessive, lieu des rencontres, des confidences, des conflits et des réconciliations.

C’est presque exclusivement dans et autour de ce huis clos que Fred Florey et Floriane Devigne ont posé leur caméra. On a parfois envie d’écarter les bras pour donner un peu d’air entre les portes bleues. Mais tel est l’espace. Ca n’a visiblement pas été tout seul. Au début du film, on voit une feuille de papier griffonnée sur l’ascenseur: "Stop le camera". Commentaire en voix off: "Quelqu’un nous a dit: vous ne faites pas un vrai film, parce que dans les vrais films, il y a de l’action et une histoire d’amour. De toutes façons, on ne vous aime pas, on pense que vous êtes des espions." Plan de coupe sur un jeune qui fait mine de tirer au revolver sur la caméra, puis de trancher une gorge.

Le miracle est que sur ces bases précaires dans tous les sens du terme, une histoire se construit. Les habitants de l’immeuble se sont laissés filmer, ont oublié la caméra, s’y sont confiés consciemment ou inconsciemment. Je parlais de courage plus haut. Il y a bien sûr celui de faire le premier pas, de convaincre le propriétaire et les locataires de vous laisser entrer. Mais il y a un autre courage dans ce film – celui du silence. Un journaliste normal qui écrit des articles normaux prépare des questions, relance, suit un fil. Là, il n’y a rien, c’est du sans filet, les gens laissés à eux mêmes qui se tournent vers l’objectif pour solliciter un mot, un geste qui ne viennent pas.

Alors parfois, assez souvent même se produit un saut dans l’inconnu comme ce jeune Africain qui…

Mais pourquoi vous raconter? Je pourrais enchaîner sur quelques clichés comme "un film à voir absolument", "courez-y". Je ne le ferai pas. Tout au plus puis-je rassurer les inquiets: "La clef de la chambre à lessive" n’est pas un film triste ou glauque, il est même drôle par moments, poignant à d’autres. Finement tourné et monté. C’est le film que j’aurais fait si j’avais été plus jeune, plus créatif et plus courageux.

Peu importe d’ailleurs, puisque quelqu’un l’a fait.

Le 85 rue de Genève est à 300 mètres de chez moi, je passe devant presque tous les jours. Je savais en gros ce qui s’y passe et qui y vit, je ne peux pas dire que j’ai été surpris. Mais j’ai partagé l’humanité de ses occupants. Ce serait effectivement chouette si beaucoup de Lausannois, et d’autres, allaient faire de même.

La Suisse mordille. Qu’elle morde

Le Conseil fédéral a activé mercredi une clause dite "de sauvegarde" qui lui permet de restreindre le nombre de travailleurs de l’Union européenne que la Suisse admet sur son territoire pendant une période donnée. Tout le monde est d’accord sur un point: concrètement, cela ne réduira que marginalement la libre-circulation des personnes. A partir de là, les avis divergent. Certains s’indignent et y lisent un retour aux initiatives xénophobes Schwarzenbach. Ainsi Chantal Tauxe de L’Hebdo: "Le Conseil fédéral assure qu’on va construire plus de logements, désengorger les infrastructures. Question: qui exactement bâtira ces maisons et ces routes? On va obliger les 3% de chômeurs suisses à monter des murs?" Son inquiétude relève de la pure réthorique, la réalité est que la plupart des travailleurs européens continueront de venir comme avant. D’autres se félicitent de voir le Conseil fédéral serrer enfin la vis de l’immigration; ceux-là risquent de voir leurs espoirs déçus, car le gouvernement sait que l’immigration est une condition essentielle de la prospérité suisse.

Tous ces commentaires analysent la décision fédérale à travers le prisme de la politique intérieure. Il s’agirait de donner un gage à l’UDC et de couper l’herbe sous les pieds de l’initiative Ecopop. Vraiment? L’histoire montre que les gestes d’apaisement de ce genre sont inefficaces, le peuple préférant généralement l’original à la copie. Pas sûr qu’il se souvienne de la clause de sauvegarde quand il votera sur les initiatives UDC ou Ecopop.

Et s’il s’agissait en réalité d’un acte de politique extérieure? N’étant pas une mouche dans la salle du Conseil fédéral, mon hypothèse est totalement subjective, assumée comme telle. La voici. L’activation de la clause de sauvegarde n’est pas prioritairement un geste de protection à l’interne, mais une provocation calculée à l’externe.Le gouvernement a délibérément pris le risque de fâcher Bruxelles en lui envoyant le message suivant: "Nous savons que de difficiles dossiers sont sur la table, mais ce n’est pas une raison pour nous traiter en vassaux ou futurs vassaux. Pour que vous le compreniez, nous utilisons et utiliserons toute la liberté à notre disposition. Criez votre déplaisir tant que vous le voulez, nous n’en avons cure."

Le noeud de nos relations avec l’Union européenne est ce que l’on nomme vilainement la "question institutionnelle". Expression barbante qui recouvre un enjeu essentiel: quelle est la marge de manoeuvre d’une Suisse non-membre de l’UE? Sa souveraineté est-elle encore praticable? La semaine dernière à Berlin, des conseillers d’Etat et députés romands rencontraient le chargé de mission européen. Son message fut sans équivoque: tant que ceci n’est pas réglé, on n’avancera pas sur le reste.

Or les positions suisses et européennes sur ce point crucial sont encore très éloignées, et pour l’instant on ne voit pas quel compromis peut émerger. Dans ce contexte, auquel s’ajoutent les attaques contre le secret bancaire, le Conseil fédéral sent qu’il doit afficher plus de fermeté dans la défense des intérêts suisses. Un courant qui gagne du terrain le lui demande. Trois exemples:

La tribune libre du conseiller national radical Fathi Derder dans 24 Heures du jour: "La Suisse est en danger. Nous sommes au coeur d’une guerre économique". Le propos musclé de Fathi Derder vise la gauche, qui pactiserait avec l’ennemi extérieur. Mais c’est indirectement sur le gouvernement qu’il fait pression. L’émission Forum a d’ailleurs consacré un débat à ce billet.

L’Association pour une Suisse indépendante et neutre, assise sur un trésor de guerre de plusieurs millions de francs, vient d’exiger à nouveau la dénonciation des accords bilatéraux actuels.

Le nouveau président des directeurs des finances cantonaux, le Zougois Peter Hegglin, déclare dans Blick du 30 avril à propos de l’Union européenne: "Elle n’a pas à nous fixer des délais ou à menacer. Ce qu’elle fait est de très mauvais genre. (…) Nous n’adapterons pas notre droit fiscal sans contreparties."

J’ai décrit ce mouvement "souverainiste" en août 2012 dans un billet intitulé "La tentation du bras d’honneur". A mon étonnement, il a été consulté plus de 1200 fois, signe que la façon dont la Suisse se positionne vis-à-vis de l’extérieur interpelle pas mal de monde. On devine quelques vélléités au sein du gouvernement. "Il ne faut pas être naïf, a déclaré il y a trois jours le conseiller fédéral Alain Berset à un journaliste français qui l’interrogeait sur le secret bancaire.  Si on cherche une solution globale, il y a beaucoup d’autres pays qui devront faire des pas." Alléché par cette bouffée prometteuse d’audace, le journaliste français a tenté de lui en arracher davantage, mais Berset s’est aussitôt retranché dans sa langue de bois.

J’ai parfois le sentiment que même l’étranger semble attendre de la Suisse une position plus ferme. La Süddeutsche Zeitung  vient de publier au sujet de la clause de sauvegarde un commentaire étonnamment favorable à la Suisse. "La cause de tous ces mouvements de fuite vers la Suisse – qu’il s’agisse de capitaux ou de forces de travail – ne vient pas de la Suisse, mais des problèmes que rencontrent les pays qui l’entourent. La Suisse, elle, va très bien, merci pour elle." Dans la SonntagsZeitung de ce dimanche, l’ambassadeur de l’UE à Berne Richard Jones imagine une Suisse plus agressive contestant, avec ses voisins, d’autres paradis fiscaux. C’est un scénario audacieux en ce moment, mais intéressant, l’Autriche venant, la dernière, de renoncer au secret bancaire en matière fiscale.

Le hic est qu’on ne change pas du jour au lendemain un demi-siècle de profil bas. La ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf n’est pas à l’aise dans le registre offensif (en plus du problème de langue), le président de la Confédération Ueli Maurer n’y est pas crédible. La logique voudrait que le gouvernement arrête une ligne plus ferme et en délègue la défense au francophone Didier Brukhalter, ministre des affaires étrangères. Mais il ne semble pas avoir la cohésion nécessaire pour cela, et Burkhalter n’en a guère le tempérament.

Tout cela est frustrant. Mais il ne faut pas sous-estimer le mouvement qui est en train de se produire. Après quatre ans de tâtonnements, la Suisse commence à mettre de l’ordre dans sa cacophonie officielle autour du secret bancaire. Personnellement, je reste très sceptique face à l’obsession de Patrick Odier, président de l’Association des banquiers, de "solder le passé". Il y voit peut-être une nécessité commerciale, mais psychologiquement, c’est désastreux, on le verra aux demandes qui vont continuer de pleuvoir sur les banques. En finir avec la rente de situation de l’évasion fiscale est une bonne chose, mais battre sa coulpe en permanence sur le passé est précisément ce que la Suisse doit cesser de faire.

Une fois qu’on l’aura compris, il restera le plus important: définir quelle part de souveraineté nous sommes prêts à abandonner à l’UE en échange de rapports harmonieux avec nos voisins. En l’état, la réponse est: pas grand chose au niveau des principes. En pratique, c’est un peu différent, nous copions-collons déjà la moitié de nos lois sur celles de l’Europe. C’est ce grand écart qui doit être résolu, comme celui sur le secret bancaire est en passe de l’être, avant que la Suisse puisse mordre davantage. Défendre nos intérêts face à l’UE, certes, mais alors mettons une bonne fois sur la table la liste des pour et des contre, une liste clairement compréhensible pour tout citoyen. Depuis vingt ans que nous digérons le refus populaire de l’Espace économique européen, elle n’existe toujours pas, et le fait que la situation soit mouvante n’est pas une excuse suffisante.

Cette semaine avait lieu à Lucerne un grand Forum Suisse-Europe, avec tous les décideurs et toutes les têtes pensantes du dossier. Il semble, d’après le site Infosperber qui l’a suivi, qu’on s’en soit tenu aux banalités d’usage, alors que c’est là qu’il aurait été utile d’explorer des pistes nouvelles. Dommage.

L’armée suisse sauvée par le service civil?

soldes-armee-suisse-geneveLe 22 septembre ou le 24 novembre prochains – la date n’est pas encore fixée – les Suisses voteront sur une initiative du Groupement pour une Suisse sans armée (GSsA) qui demande la suppression de l’obligation de servir. La Constitution fédérale serait modifiée comme suit:

Art. 59 - Service militaire et service civil

¹Nul ne peut être astreint au service militaire.
²La Suisse a un service civil volontaire.

Normalement la proposition devrait être rejetée, comme les précédentes tentatives du même type, mais la normalité est aujourd’hui un concept fragile. En novembre 1989, à la stupeur générale, 35,6% des citoyens suisses avaient dit oui à l’initiative "Pour une Suisse sans armée". C’était, il est vrai, juste après la chute du Mur et dans un contexte de scandales liées à la surveillance policière des organisations de gauche par la police suisse.

Pas mal d’eau a coulé sous les ponts depuis, mais une question têtue demeure: à quoi peut bien servir l’armée suisse? Le chef du département de la défense (et président de la Confédération pour 2013) Ueli Maurer a coutume de répondre que c’est comme une police d’assurance à laquelle on souscrit pour les coups durs. Ouaip, mais une prime d’assurance annuelle de 3,9 milliards de francs finit par peser dans le budget du ménage – surtout quand on n’a pas vécu de coup dur depuis plus d’un siècle. Et quand l’armée veut s’acheter un nouvel avion, comme en ce moment, ça coince de plus en plus, même quand elle choisit le modèle bon marché.

Pour justifier son existence, l’armée suisse se cherche des missions. Le maintien de la paix? Ah, pas de chance, le parti de M. Maurer, l’UDC, est le premier à ferrailler sur tout ce qui ressemble à un engagement à l’étranger. L’aide à la Patrouille des glaciers ou en cas de catastrophe par les troupes de génie? Pourquoi pas, mais ce pourrait être aussi la tâche d’une supertroupe de pompiers spécialisés, ou du service civil.

Tiens, le service civil, parlons-en justement. En 2012, les civilistes ont accompli 1,2 million de jours de service. C’est beaucoup moins que les 6,3 millions de jours de service militaire annoncés la même année selon le site du DDPS – sauf que ce chiffre doit être fortement relativisé en y ajoutant celui des jours d’engagement, qui n’est que de 246 000. Les 1,2 million de journées de service civil, eux, sont du solide et représentent  quatre fois plus qu’avant 2009, quand existait encore "l’examen de conscience".

Longtemps, la Suisse a criminalisé le refus de servir. Nombre de jeunes ont fait de la prison parce qu’ils refusaient de porter une arme. Puis elle a introduit la possibilité du service civil, mais dans un premier temps, il fallait démontrer par écrit et oralement l’existence d’un "grave conflit de conscience", ce qui introduisait une discrimination entre les objecteurs intellectuellement outillés et les autres. Cela a été supprimé il y a quatre ans, et le nombre de civilistes a explosé. On en compte environ 15 000 bon an mal an. La tendance reste à la hausse, même si la courbe s’aplatit, et les responsables envisagent d’élargir le champ du service civil au domaine scolaire. Le Conseil fédéral devra  se prononcer prochainement à ce sujet, car la loi devra être modifiée.

Quinze mille civilistes contre 154 000 "actifs" dans l’armée, là encore l’écart semble énorme. Mais ici aussi, les chiffres trompent. Les soldats effectuant réellement un service dans l’année sont bien moins nombreux, tandis que les 15 000 civilistes (qui effectuent un service d’une durée une fois et demie supérieure à celle du service militaire) travaillent effectivement pendant un mois ou des durées plus longues, et leur nombre augmentera autour des 20 000 ces prochaines années.

On les voit de plus en plus: dans les EMS, les hôpitaux, les fermes et les forêts à nettoyer, les musées, les administrations publiques, les associations culturelles,… (vidéos ici, et le site de leur association Civiva). A vrai dire, ils se sont si bien intégrés dans le paysage que certains responsables d’EMS ou de soins commencent à murmurer: "Nous serions bien empruntés pour mener nos tâches à bien sans cette force de travail".

Or c’est exactement ce qui se passera si l’initiative du GSsA est acceptée. Sans obligation de servir, plus de civilistes. A moins de revoir complètement le concept et d’introduire dans la Constitution une obligation générale de service à la collectivité (personnellement, j’y serais plutôt favorable). Plusieurs politiciens de droite comme de gauche ont proposé des solutions, mais aucune ne rallie une majorité pour l’instant.

Il faudra donc voter sur l’initiative du GSsA telle qu’elle est. Je ne serais pas étonné qu’au cours de la campagne, l’utilité du service civil devienne un argument massue pour la rejeter. L’association Civiva est d’ailleurs "bien embêtée", m’a dit son porte-parole. Elle n’a pas pris position sur l’initiative du GSsA malgré les appels du pied de ce dernier. Militer pour le non "passerait pour un soutien à l’armée", dit le porte-parole, et faire campagne pour le oui équivaudrait à se saborder…

Goûtons donc ce délicieux paradoxe: c’est pour préserver les acquis du service civil – longtemps considéré par les militaires comme une planque pour couilles molles – que nombre de Suisses pourraient sauver l’armée l’automne prochain.

Moscou-sur-Aar

palais_federalCas de figure No 1: Vous rédigez un article sur les requérants d’asile et contactez l’Office des migrations pour poser un certain nombre de questions. "Envoyez-les nous par courrier électronique", répond le porte-parole. Vous vous exécutez bravement, attendez un ou deux jours et recevez un courriel de réponses consistant pour l’essentiel en liens vers des sites web que vous aviez trouvés tout seul. Vos questions étant restées en suspens, vous essayez de recontacter l’office, qui ne répond pas. Faute de mieux, vous citez un extrait d’un document officiel. Sur quoi le (sic) porte-parole vous rappelle pour se plaindre que vous ne lui avez pas soumis la citation avant publication.

Cas de figure No 2: En pleine crise coréenne, vous vous dites qu’il serait intéressant de tailler une bavette avec le divisionnaire suisse, Urs Gerber, qui dirige la délégation de la Commission de supervision des nations neutres à la frontière séparant la Corée du Sud de la Corée du Nord. Le porte-parole que vous avez appelé à Berne envoie un courriel pour dire qu’il n’y a rien à signaler. Vous le rappelez pour insister: à quel numéro de téléphone peut-on joindre Urs Gerber en Corée? "Ils n’ont pas envie de parler", répond le (sic) porte-parole. Dix jours plus tard – ô surprise – paraît une "interview" d’Urs Gerber. Où ça? Sur le site web du Département fédéral de la défense, non signée, rédigée sans doute par un des nombreux communicants (sic) du DDPS. Son titre: "La situation est tendue, mais ce n’est pas nouveau".

Toute ressemblance entre ces cas de figure et des situations réelles et récentes n’est pas fortuite. "Circulez, y’a rien à voir" est devenu le mot d’ordre de certains services – et pas des moindres – de l’administration fédérale. Ils dépensent même beaucoup d’argent pour diffuser cet écran de fumée. Une fois par an, le porte-parole du Conseil fédéral rencontre les rédacteurs en chef, feint de les écouter et s’en va rassuré. De plus en plus de journalistes couvrant l’actualité fédérale constatent la même dérive. Il serait souhaitable que leur association empoigne le problème.

Pierre-André Vuitel sauve les anciens moulins Rod

Orbe6La première fois que je l’ai rencontré, il y a une trentaine d’années, Pierre-André Vuitel était sculpteur. Il avait envie d’eau, de grand air et préparait un beau projet pour Casablanca. Quand je l’ai retrouvé par hasard, il y a quelques années, il était toujours en liaison avec l’eau, mais cette fois, c’était celle de l’Orbe. Avec une équipe de volontaires et très peu de moyens, il avait sauvé de l’oubli et de la démolition un extraordinaire patrimoine architectural et industriel, les moulins Rod (où je l’ai photographié cet après-mnidi, avec le Fuji X100s pour les amateurs).

Orbe2Quand on arrive à Orbe par en bas, on en voit surtout les grand silos de béton des années 50, qui cachent le bâtiment historique. Il faut laisser sa voiture et passer par un pont de pierre du 15ème siècle – le plus ancien de Suisse! – pour découvrir les premiers moulins avec leur échauguette où le patron avait installé son bureau. Le bâtiment se visite, d’avril à octobre. Grâce à l’énergie déployée par Pierre-André Vuitel, les témoins de l’activité passée ont été conservés et sont peu à peu mis en valeur dans le labyrinthe magique de ces lieux. Il y a trois ans, c’étaient les meules, les sacs de jute, les machines à ensacher en bois, etc. J’y suis retourné aujourd’hui, on peut voir maintenant les splendides turbines d’époque, de nouvelles expositions sur la région, le canal d’Entreroches, les entrepreneurs du passé.

Les Rod étaient de ceux-là. Au sortir de la Deuxième guerre mondiale, ils employaient 170 personnes, c’était une des plus grandes entreprises de la région. Les moulins ont progressivement fermé une trentaine d’années plus tard, mais heureusement, Pierre-André Vuitel a retrouvé ceux qui y ont travaillé et leur a consacré un film qu’on peut voir au cours de la visite. Il ne s’en tient pas là. L’an dernier, il a organisé un spectacle de cirque sur la rivière. En ce moment, il réaménage une salle en sous-sol pour en faire un théâtre de poche, où il compte travailler avec les enfants de la région.

Orbe3Pourquoi est-ce que j’en parle? Parce que jusqu’ici, le projet polymorphe qu’il tient à bout de bras est en état de survie permanent. Il dépend du bon vouloir d’un promoteur immobilier qui, jusqu’ici, s’est montré bienveillant. Il se heurte à l’inertie bien connue des Vaudois. Les autorités lui ont au moins fourni une main d’oeuvre bon marché: des chômeurs ou des assistés placés par les services sociaux. Pour Pierre-André, cela a été une révélation: "Aujourd’hui, je ne vois plus l’intérêt de sculpter. En revanche, cela m’enchante de travailler avec des gens, de trouver avec eux un sens à ce que nous faisons."

Comme les travailleurs retraités qui s’expriment dans le film et racontent leur souci de maintenir propres les installations, leurs chasses aux rats qui venaient se régaler de céréales et de farine, les personnes qui retapent les moulins Rod font une activité humble et indispensable. Le lieu est déjà formidable, il pourrait le devenir plus encore, avec des moyens raisonnables. La commune l’a-t-elle bien compris? Je n’en suis pas sûr quand je lis dans 24 Heures ces mots du municipal Pierre Mercier: «Je salue l’enthousiasme de M. Vuitel, il se bat bien mais il méconnaît la réalité économique de la Commune. (…) Orbe est à une courte distance de Lausanne et d’Yverdon, qui affichent toutes deux une offre culturelle intéressante. Pourquoi entrer en concurrence?»

Orbe4Je ne connais pas ce monsieur et ne lui veut pas de mal, mais coemme la petitesse et la résignation suintent dans ses propos! Orbe accueille aujourd’hui deux usines ultramodernes et un centre de recherches Nestlé – ah! le parfum du café quand, comme aujourd’hui, souffle la bise… C’est une région qui est de toute évidence appelée à se développer, l’arc lémanique étant saturé. Elle est bien desservie en transports, les projets de construction se multiplient. Il ne s’agit pas de concurrencer Lausanne ou Yverdon, monsieur le municipal, il s’agit simplement de reconnaître le trésor que vous avez sous les yeux, et qui vous amènera beaucoup de visiteurs si la commune y met un peu du sien. "L’enthousiasme" de gens comme Pierre-André Vuitel est un autre trésor, mais trop souvent dans ce canton, on le laisse s’user comme les meules des vieux moulins à force de moudre la mauvaise farine administrative. Si vous ne montrez qu’un dixième de l’esprit d’entreprise dont firent preuve ceux qui ont construit les moulins Rod, ce sera déjà bien. Un tout petit peu d’ambition, que diable!

Orbe5En attendant, je conseille la visite des moulins. C’est un chouette but d’excursion pour familles avec enfants, avec des expos variées,  de photos, historiques et sur les castors notamment, une atmosphère de grenier magique, qui peut se combiner avec une belle balade d’une heure (ou bien davantage si le coeur vous en dit) dans les gorges de l’Orbe – à mes yeux la plus belle rivière du canton. En revenant, montez sur l’esplanade du Château et jetez un coup d’oeil sur la plaine et la vieille ville depuis le sommet de la tour. Sans oublier bien sûr de passer chez le confiseur Guignard :-)

P’tits trains

«Selon les règles de l’OMC, on ne peut privilégier un projet en raison de la création d’emplois qu’il engendre dans un pays. Cela ne peut constituer un critère de décision» (Andreas Meyer, directeur général des CFF, dans Le Temps du 14 mai 2010).

La déclaration du patron des CFF s’appliquait à la commande de 59 nouveaux trains Intercity pour un montant de 1,9 milliard de francs, commande remportée par Bombardier. Son principal rival Stadler Rail, dirigé par le conseiller national UDC Peter Spühler, avait tenté de jouer la fibre nationaliste face à l’étranger Bombardier. En vain.

Aujourd’hui, c’est Stadler Rail qui remporte une commande de trains régionaux (moins importante) auprès de quatre compagnies régionales romandes. Et c’est au tour du conseiller d’Etat libéral (?) Philippe Leuba d’aller exiger des contreparties auprès de Peter Spühler, au nom de l’emploi chez Bombardier-Villeneuve (par ailleurs bien servi avec la précédente commande des CFF).

La remarque d’Andreas Meyer ci-dessus lui est dédiée.

Oskar, attendez la suite…

La "Rote Anneliese" est un journal critique de gauche, édité dans le Haut-Valais. Kurt Marti y a travaillé et publiait l’an dernier un livre intitulé "Tal des Schweigens. Walliser Geschichten über Parteifilz, Kirche, Medien und Justiz". Il y est question des réseaux de pouvoir (PDC) qui traversent les institutions du canton.

Dans la dernière édition de la "SonntagsZeitung", Kurt Marti livre cette thèse intéressante à propos d’Oskar Freysinger, dont l’entrée au Conseil d’Etat sera vraisemblablement confirmée dimanche prochain: loin d’affirmer une force d’opposition face à la machine démocrate-chrétienne qui a tenu le canton pendant plus de 150 ans (le parti vient de perdre sa majorité au Grand Conseil), Oskar offrira une nouvelle tête,  plus orientée à droite, à "l’hydre PDC", tout comme les chrétiens-sociaux ont élargi l’emprise de la "famille" sur sa gauche au milieu du vingtième siècle. Le politicien UDC a déjà revêtu le complet et la cravate pendant la campagne, et dans l’ensemble il s’y est montré moins provocant que d’habitude. Bref, il serait à moitié digéré avant d’avoir commencé son nouveau job.

Je ne sais pas si Kurt Marti a raison. Il y a effectivement une grande inconnue à propos du rôle que jouera Oskar Freysinger au sein du gouvernement valaisan. Si on se réfère à ses interventions au Conseil national, le personnage est multiple et déconcertant. Il défend aussi bien le secret bancaire que la cause tibétaine, dénonce les naturalisations frauduleuses et s’émeut du sort d’un Serbe au Kosovo, défend la place financière suisse et les abeilles, pousse l’Etat à intervenir quand il s’agit de défendre le tourisme ou les vins indigènes, veut que la Suisse sorte du FMI et de la Banque mondiale, se fait du souci pour les étudiants dont les familles ont peu d’argent, s’inquiète de la consommation accrue de Ritaline, soupçonne un complot derrière les rencontres de Rive-Reine organisées par Nestlé, préfère le sucrage des routes à leur salage, veut rendre plus visible la croix suisse sur le maillot des joueurs de l’équipe nationale. C’est un butineur dont les priorités sont parfois difficiles à cerner. A part sa méfiance de l’islam et des "étrangers profiteurs", qu’est-ce qui l’anime vraiment, quelle est sa vision du rôle de l’Etat et de l’économie? Difficile de voir une ligne rouge dans ses interventions publiques.

Au Conseil d’Etat valaisan, il sera confronté comme ses collègues à une question centrale, totalement occultée pendant la campagne: le Valais veut-il continuer à être le canton suisse où le pouvoir cantonal est le plus faible, où les communes lui dansent allègrement sur le ventre? (Et quand j’écris "communes", je devrais aussi parler des bourgeoisies, où s’exerce un pouvoir moins démocratique, plus opaque et souvent plus réel). En plein débat sur l’aménagement du territoire, qui a probablement pesé lourd dans le mauvais résultat du PDC il y a dix jours, on était sidéré d’apprendre que l’Etat du Valais ne dispose d’aucun chiffre consolidé sur les zones à bâtir, leurs réserves et l’impact de la LAT révisée. "Nous les avons demandés aux communes", répondait piteusement une porte-parole du département. Des rapports alignant clichés et généralités, ah ça oui, on en trouve à la pelle sur le site du canton. Mais la feuille A4 qui résume les enjeux, la proposition qui mord et fait avancer le débat: ça, vous pouvez la chercher longtemps, vous ne la trouverez pas.

Ainsi n’avance pas le Valais. Les communes sont reines, assez riches comme le confirmait récemment le recensement de leurs finances (celui-là au moins existe) et jalouses de leur trésor. Qu’il s’agisse des concessions hydrauliques, d’aménagement du sol ou de dynamiser le tourisme, la question est toujours la même: comment mettre les efforts en commun? Et jusqu’ici, la réponse a été toujours la même: on ne met rien en commun, sauf le strict minimum pour qu’il soit dit qu’on se préoccupe du problème. Il y a quelques jours, Zermatt annonçait qu’elle va investir 1,2 milliard de francs dans ses infrastructures touristiques ces dix prochaines années. De combien dispose le canton pour orienter sa politique dans ce domaine-clé?

Et comment Oskar Freysinger se situe-t-il par rapport à ces enjeux? Je soupçonne que Kurt Marti ait raison: pas très loin des PDC.

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