« Villa le lac » du Corbusier, Corseaux

Loin des polémiques sur les sympathies de Le Corbusier pour les régimes autoritaires en général et fascistes en particulier (il en avait, les nombreux articles parus à l’occasion du 50è anniversaire de sa mort ne laissent guère planer de doutes là-dessus), sa petite « villa le lac » qu’il avait construite à Corseaux pour sa mère a quelque chose d’émouvant. D’abord parce qu’elle est à peine plus grande qu’un carton à chaussures, enserrée si étroitement entre les maisons de maîtres qu’on peut passer dix fois sur la route du lac sans la voir.

Ensuite, c’est une des très rares maisons du Corbu qui soit restée pratiquement en l’état, telle qu’il l’avait conçue en 1923-24 avec Pierre Jeanneret. Je l’ai vue la première fois au début des années 70, quand j’étais correspondant pour 24 Heures sur la Riviera vaudoise. Elle était alors un peu à l’abandon, grisaille et tristounette, avec ses meubles d’origine imprégnés d’une odeur de renfermé et d’humidité. Elle m’avait touché à cause de cela. Lire la suite…

Une belle nécro, c’est ça qu’il faut

La nécrologie est un genre délaissé par le journalisme. Il y voit à tort une corvée de complaisance envers ces morts qui, comme chantait ironiquement Brassens, « sont tous des braves types ».

Hier dans la galerie d’Olivier Evard à Nyon, où l’on peut voir en ce moment une exposition de cinq photographes sur les coulisses du Paléo Festival, je suis tombé sur un tiré à part de Libération qui fait mentir la vision restrictive résumée ci-dessus. Il s’agit, justement, d’un recueil de nécrologies signées Christian Caujolle, l’homme qui dirigea le service images de Libé à l’époque où ce journal ouvrait tout grand ses pages à ce qui se faisait de mieux dans la photographie française.

Parmi les nécrologies de Brassaï, André Kertesz, Lisette Model, Gerrmaine Krull, Bill Brandt et autres maîtres morts dans les années 80-90, j’en ai retrouvé une sur Ansel Adams, datée du 25 avril 1984, qui m’avait marqué à l’époque. Disons plutôt qu’elle avait flanqué un sacré coup de pied au cul à l’admiration que je portais alors au pape américain de la photographie de paysage, et à ma propre pratique. Les bonnes nécros ne servent pas qu’à se pâmer mais aussi à remettre en cause sa vision du monde, et je vais citer de larges extraits de celle-ci, qui fut et reste un modèle du genre. Lire la suite…