La conseillère d’Etat neuchâteloise Gisèle Ory (sortante, qui ne se représente pas) a le mieux résumé la situation à la sortie des urnes ce dimanche: "Je constate qu’on est peut-être en train d’inverser les majorités : la droite au Grand Conseil, la gauche au Conseil d’Etat". Vacharde, elle a ajouté: "Je ne sais pas si ça marchera mieux."
Pour le gouvernement, où il y a ballottage, les cinq mieux placés sont, selon les résultats transmis par Arcinfo, le socialiste de La Chaux-de-Fonds Laurent Kurth (sortant, 21 351 voix), le socialiste du Val-de-Travers Jean-Nath Karakash (nouveau, 20 422 voix), l’UDC Yvan Perrin, conseiller national (nouveau, 18 698 voix), la socialiste Monika Maire-Hefti (nouvelle, 17 440 voix), et le PLR Alain Ribaux, député au Conseil national chef des finances de Neuchâtel (nouveau 16 987 voix). Peu avant 17 heures, le PLR sortant Thierry Grosjean (14 055 voix) n’arrivait qu’en septième position, derrière le Vert Patrick Herrmann. Philippe Gnaegi, autre PLR sortant et président actuel du gouvernement, fait encore moins bien (12 767 voix).
Même si le mauvais score des deux PLR sortants était un peu attendu, l’ampleur de leur déroute surprend. Leur parti qui trustait trois des cinq sièges au gouvernement, en perdra en tous cas un, voire deux. Outre le bon résultat groupé des socialistes, l’autre événement du jour est l’arrivée d’Yvan Perrin en troisième position. Il semble bien placé pour entrer au gouvernement, ce qui ne paraît pas le ravir du tout. Les journalistes d’Arcinfo le trouvent "très tendu". Le Matin a révélé ses ennuis récurrents de santé, et tous les candidats que j’ai interrogés il y a une dizaine de jours sont persuadés que s’il est élu, il "explosera en vol".
Pour le Grand Conseil, la situation semble est l’inverse du Conseil d’Etat. Toujours selon Arcinfo, "à l’exception des districts du Locle et de La Chaux-de-Fonds, tous les districts ont voté à droite".
D’où la remarque de Gisèle Ory. A mon avis, elle aurait pu se passer de la dernière phrase, qui sent la rancoeur personnelle. Je l’ai rencontrée la semaine dernière lors d’un voyage à Berlin et ai eu droit à une leçon de dix minutes sur le sexisme des médias. Apparemment, nous autres journalistes n’avons pas vu que le bilan de Gisèle Ory est excellent, qu’elle a toujours gagné au Parlement ou devant le peuple. J’ai essayé de lui dire que sa réforme hospitalière était loin d’être sous toit, et passablement contestée, mais notre train arrivait en gare et le dialogue en est resté là.
Je ne sais pas si "ça marchera mieux à Neuchâtel", mais la dizaine d’interlocuteurs rencontrés avant les élections m’ont tous dit la même chose: les majorités différentes au Législatif et à l’Exécutif ne sont pas la cause des nombreux couacs de ces dernières années. La raison se trouve dans les mésententes au sein du gouvernement et entre gouvernants du même parti. Thierry Grosjean et Philippe Gnaegi ne sont pas sur la même longueur d’ondes, l’ex-conseiller d’Etat socialiste Jean Studer détestait Gisèle Ory, qui le lui rendait bien.
Mon pronostic, je l’ai écrit dans Le Matin Dimanche de la semaine dernière, est qu’un nouveau gouvernement composé des socialistes Laurent Kurth et Jean-Nath Karakash, ainsi que du PLR Alain Ribaux, bénéficiera d’un noyau dur de trois politiciens possédant une bonne expérience de l’Exécutif, représentant les trois grands centres du canton (La Chaux-de-Fonds, Val-de-Travers et Neuchâtel), pragmatiques, soucieux de rigueur financière et s’estimant mutuellement. Cela fait déjà pas mal d’atouts. Vu leur résultat au premier tour, leur élection au second paraît pratiquement assurée. Celle d’Yvan Perrin aussi, sauf coup de théâtre. Sa résistance face à la tâche stressante qui l’attend reste une inconnue, mais il n’est pas un caractériel à la Hainard, je le crois capable de s’entendre avec ses collègues s’il ne craque pas. Pour le reste, il faudra attendre le résultat des reports de voix au second tour.
Mais globalement, il y a plutôt des raisons d’être optimiste pour la prochaine législature neuchâteloise, quoi qu’en dise l’excellente Gisèle Ory.







