UBS, "un tanker sans hélice"

Etonnant comme les sites d’information suisses, en particulier celui de la NZZ, s’intéressent peu à la dégringolade du cours de l’action UBS aujourd’hui (-7,5%). Le Financial Times, lui, n’a pas raté l’info et titrait en gros à ce sujet dès ce matin: le gendarme boursier suisse, la FINMA, a ordonné à la première banque du pays d’augmenter de 50% son capital destiné à couvrir ses risques opérationnels et autres litiges.

On ne trouve pas un mot de cette injonction sur le site de la FINMA. Dans le communiqué d’UBS sur ses résultats, il faut descendre un bon bout avant de trouver, au chapitre "Développements concernant le quatrième trimestre 2013", le passage suivant:

"A la fin du trimestre, UBS a reçu un ordre de la FINMA qui lui annonçait imposer, à partir du 1eroctobre 2013, une augmentation temporaire de 50% des actifs pondérés en fonction du risque opérationnel, par rapport à notre approche de mesures avancée, pour des questions liées à des litiges, à la conformité et autres questions en matière de risque opérationnel connues ou non connues. (…) A partir du quatrième trimestre 2013, cette augmentation temporaire par la FINMA devrait se traduire par une augmentation des actifs pondérés en fonction du risque opérationnel de 28 milliards de CHF."

La banque cocoricote que cette mesure ne baissera que de 30 points de base son ratio de capital CET1 selon les règles de Bâle III, ce qui "illustre parfaitement les avantages conférés par la solidité de sa base de capital". Cette affirmation est discutable, car le choc est amorti par une autre mesure à caractère unique (la récupération du fonds de stabilisation). D’ailleurs UBS reconnaît quelques lignes plus loin que "si l’augmentation temporaire précitée des actifs pondérés en fonction du risque ne devait pas être entièrement supprimée, l’ambition d’UBS d’atteindre, d’ici 2015, un rendement des fonds propres à l’échelle du Groupe de 15% devra subir un retard d’au moins une année".

Par ailleurs, la nouvelle illustre que la banque n’est de loin pas sortie des emmerdes juridiques que lui ont laissé ses chefs précédents. Il y a bien sûr le scandale de la manipulation du Libor, mais aussi celui, plus récent, de la manipulation des taux de change. Un article du New York Times nous apprend qu’UBS a reçu des "demandes de renseignements" de plusieurs autorités de surveillance à ce sujet. Pour ceux que cela intéresse, le Wall Street Journal parle du "Bandit’s Club", le parloir électronique où les négociants en devises discutaient leurs petits arrangements illégaux.

Le blog financier "Inside Paradeplatz" fait une analyse peu optimiste des résultats trimestriels présentés aujourd’hui et compare UBS à "un tanker qui aurait perdu son hélice".

Depuis Rolle, Ineos licencie en Ecosse

Le groupe Ineos annonce la fermeture de son site pétrochimique à Grangemouth, le plus grand complexe industriel d’Ecosse. Huit cents emplois sont menacés. Les salariés ont rejeté les propositions d’économies de la société qui incluent un gel des salaires pour trois ans et une réduction des primes pour travail en équipes. Ineos dit y perdre 10 millions de livres par mois.

Le groupe semble être devenu un spécialiste du dégraissage, comme le montre cette dépêche datée de juin: "Des centaines de salariés de l’usine Solvay, à Tavaux, ont débrayé jeudi lors de la visite du directeur général du groupe chimique belge, qui produit du PVC. Ils s’inquiètent des conséquences sur l’emploi du projet d’alliance avec Ineos".

Précision utile: le quartier général d’Ineos est situé à Rolle, au bord du beau lac Léman. Récemment, L’Agefi saluait ses "quinze ans de succès à l’échelle du monde" (lire l’extrait ci-dessous) et ses investissements rendus possibles "grâce aux 100 millions de dollars d’impôts annuels que la société économise depuis qu’elle a déménagé son siège à Rolle". Cela permet à Ineos de soutenir le Lausanne Hockey Club, qui annonçait fièrement en juin la reconduction du contrat de sponsoring pour deux ans.

Au fait, le géant minier Vale, qui a posé son siège tout à côté, fait de même. Il a offert payé un joli toit en forme de bulle futuriste au festival de musique classique Saint-Prex grâce aux impôts économisés sur la Côte vaudoise.

Quinze ans de succès à l’échelle du monde

Olivier Pellegrinelli (L’Agefi)

"Je pense que nous ne sommes pas très connus car nous ne vendons rien directement au grand public." De l’aveu de son chairman et propriétaire à 66%, Jim Ratcliff, Ineos pâtit d’un déficit d’image. Pourtant, les matières premières chimiques qu’elle produit servent à la fabrication des peintures, des textiles, des médicaments ou encore de tous les plastiques utilisés au quotidien dans la vie moderne. Basé à Rolle (Vaud) depuis 2011, ce mastodonte industriel vient de fêter ses quinze ans en toute discrétion mais n’en reste pas moins l’un des symboles d’excellence de l’arc lémanique. Troisième plus grand groupe chimique mondial avec des ventes approchant les 40 milliards de dollars, Ineos emploie 16.000 personnes à travers le monde et gère une cinquantaine de sites de production.

Dans une interview récemment publiée sur le site d’Ineos, Jim Ratcliff revient sur les grandes étapes du succès de l’une des plus grandes sociétés privées d’Europe. En 1998, il met sur la table "l’entier de sa fortune jusqu’au dernier penny" pour racheter un ancien site chimique de BP à Anvers. Ingénieur en chimie passionné de finance, il profite d’une solide expérience dans le secteur pour rentabiliser un site que BP puis Inspec avaient eu du mal à intégrer dans leur business. A partir de là, la rationalisation des coûts fixes, la fidélisation des employés clés et l’obsession de la sécurité vont devenir ses piliers de management. Au cours d’une décennie flamboyante, qui fera passer le chiffre d’affaires d’Ineos de moins de 1 milliard à 43 milliards de dollars en 2008, Ratcliff multiplie les acquisitions. (…)

Une croissance externe gérée avec brio mais qui subit un brusque coup d’arrêt en 2008. L’assèchement du crédit force alors Ratcliff à modifier sa stratégie pour se concentrer sur la croissance organique. Maintenant que la société a fait preuve de résilience en période difficile, elle vise à améliorer ses processus de production par la construction d’usines plus efficientes et à étendre ses activités géographiquement. A l’est. "D’ici 2020 à 2025, la demande de la Chine pour les matières premières chimiques sera égale à celle du reste du monde" prévoit Ratclliff. Mais aussi à l’ouest. "Le boom de la production de gaz de schiste aux Etats-Unis a un impact énorme sur le secteur de la chimie, car les hydrocarbures qu’il utilise comme matière première y sont quatre fois moins cher qu’en Europe." (Fin de l’extrait).

Chimie en Chine (dites merci, habitants de Harbin), gaz de schiste, optimisation fiscale… Enfin, du moment que le LHC touche le puck!

Actualisation le 25 octobre: Ineos renonce à fermer son usine de Grangemouth, annonce le Financial Times (abonnés), après que les syndicats ont accepté la plupart des demandes de la direction concernant le gel des salaires et le durcissement des conditions de travail.

Deux poids, deux mesures

La RTS nous apprend que la FINMA, l’Autorité suisse de surveillance des marchés financiers a pris les banques EFG, UBP et HSBC (tiens donc, quelle surprise) en flagrant délit de blanchiment d’argent mal acquis, celui du clan Ben Ali. Ces instituts ont "gravement enfreint le droit de la surveillance", selon la décision confidentielle rendue en mai 2012 déjà. EFG et UBP ont été respectivement condamnées à payer 46 000 et 49 000 de frais de procédure. Autant dire le pourboire du portier. Pour HSBC, c’est un peu plus sérieux: la banque récidiviste n’a pas le droit d’ouvrir des comptes pour les "PEP’s" (personnes politiquement exposées) pendant trois ans.

Dans l’ensemble, cela reste très, très courtois et contraste violemment avec la façon très cow-boy dont la FINMA est intervenue dans le groupe romand Assura. A ce sujet, voici ma chronique parue dans Le Matin Dimanche du jour:

Au fait, quel était le crime, Messieurs de la FINMA?

Le groupe Assura, auprès duquel 700 000 Suisses ont souscrit une assurance-maladie de base, a de nouveaux administrateurs et un nouveau directeur. Tout est-il rentré dans l’ordre après que l’Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA) y a déboulé en force il y a un an? Non. Le problème n’est plus la situation d’Assura, qui est saine, mais la FINMA elle-même. La question est: existe-t-il en Suisse un KGB au-dessus des lois?

Quand on convoque à Berne les dirigeants d’une société pour leur annoncer en moins d’une minute qu’ils sont privés de signature, de bureau, de badge et même de parole, quand on les remplace séance tenante par une armée de consultants grassement payés, c’est qu’on soupçonne ces dirigeants de crimes graves.

Leur seul crime avéré à ce jour est d’avoir sous-estimé le besoin en provisions des assurances complémentaires Supra, empêtrées dans un système de primes désuet. Négligence il y a eu. Elle concernait 70 000 assurés. Mais c’est sur un groupe dix fois plus important que la FINMA a mis la main, invoquant la «complexité des structures». Elle y a nommé un administrateur, Wolfgang Wandhoven, qui a eu accès pendant des mois à tous les chiffres de l’entreprise. Il y a eu tous pouvoirs jusqu’au 8 mars 2013. Moins d’un mois plus tard, Sanitas – un concurrent d’Assura – l’engageait comme directeur financier!

Le conflit d’intérêts saute aux yeux. Comment la FINMA, garante de la vertu financière, a-t-elle pu le tolérer? Des conseillers nationaux, dont Guy Parmelin, l’ont demandé au Conseil fédéral. Il a répondu que «l’expert a informé en tout temps sur son futur employeur», mais ne dit pas pourquoi la FINMA a accepté cette anomalie. «On se moque de nous», tonne Guy Parmelin.

Il y a plus. C’est pendant le mandat de Wolfgang Wandhoven qu’ont été désignés les nouveaux administrateurs du groupe Assura. Parmi eux, cinq Alémaniques, dont Karl Ehrenbaum qui était chez… Sanitas jusqu’en 2011, et une gestionnaire de fortune française d’UBS, Joëlle Pacteau, dont on apprend incidemment qu’elle a déjà démissionné «pour des raisons personnelles». Les conditions dans lesquelles a été désigné ce conseil d’administration qui détient le pouvoir chez Assura sont entachées de doute, estime le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard. C’est le moins qu’on puisse dire.

Ce n’est pas tout. L’Agefia eu accès aux conclusions des experts de PwC qui ont traqué les irrégularités dans le groupe Assura. A part des «manquements non systémiques» dans la surveillance des sociétés du groupe, ils ne semblent pas avoir trouvé grand-chose. Les dirigeants d’Assura se sont-ils indûment enrichis? «Au vu des faibles rémunérations pratiquées, on peut conclure que le risque d’abus est inexistant», concluent-ils.

Au fait, combien d’argent l’expert désigné par la FINMA a-t-il reçu, lui? Est-il exact que ce montant, annualisé, serait quatre ou cinq fois plus élevé que le plus haut salaire de l’ancienne direction (225 000 francs)? Qui l’a fixé? Autant de questions qu’il faut poser publiquement, puisque aucun organe officiel ne daigne répondre.

«Dans les situations difficiles, nous devons agir rapidement et fermement», déclarait le directeur de la FINMA Patrick Raaflaub dans le rapport 2012. Elle a agi ici avec opaque brutalité et arrogance, tranchant avec la déférence dont elle a fait preuve face aux grandes banques. Un recours a été déposé contre la suspension des anciens dirigeants d’Assura. Il y a là les germes d’un scandale, mais peut-être pas celui qu’on croyait au départ.

Pas de répit

13 milliards de dollars d’amende pour JP Morgan. Et on apprend à l’instant que Raoul Weil, l’ancien chef de la gestion de fortune d’UBS, a été arrêté en Italie. On se demande d’ailleurs ce qu’il y faisait: un mandat international avait été lancé contre lui, la justice américaine lui reprochant d’avoir aidé quelque 20 000 clients américains à frauder le fisc à hauteur de 20 milliards de dollars.

Comme dit le slogan d’UBS: "Nous n’aurons pas de répit…" Et comme dit un personnage de "Blue Jasmin", le (mauvais) Woody Allen qui utilise la crise des subprimes en décor de carton-pâte, "certaines personnes n’oublient jamais". C’est la seule phrase intelligente du film.

Et autant pour l’Arc lémanique…

location-quality-switzerland-chart-frLes études sur les "conditions-cadre" valent ce qu’elles valent. Basées principalement sur la fiscalité, la présence de main d’oeuvre qualifiée et l’accessibilité, elles sont forcément réductrices. Mais, qu’on les apprécie ou pas, elles servent souvent d’outil d’aide à la décision pour des entreprises qui hésitent entre plusieurs endroits pour s’implanter ou se développer.

La "Qualité de la localisation des cantons et régions suisses" présentée aujourd’hui par Credit Suisse ne fera pas plaisir aux cantons romands. Ils trustent cinq des sept dernières places du classement. Seul Genève se maintient dans le peloton, en-dessous de la m0yenne suisse. Par ailleurs, Vaud perd trois rangs et Genève dix par rapport à l’année précédente (une évolution à prendre toutefois avec prudence vu les changements méthodologiques intervenus dans l’étude).

Le passage de l’étude qui retient l’attention est le suivant:

"Le mauvais classement des cantons-centres de Genève et de Vaud surprend. La région Lémanique a connu, en effet, ces dernières années une forte croissance économique et démographique par rapport à la moyenne suisse alors que sa qualité de localisation ne semble pas l’indiquer. Une raison pour ce décalage sont les mesures discrétionnaires, abondantes à l’ouest de la frontière linguistique, effectuées pour compenser les désavantage du lieu d’implantation. Il s’agit notamment de l’imposition privilégiée de sociétés spécifiques, des allègements en faveur de certaines entreprises dans le cadre de la «Lex Bonny», de l’imposition forfaitaire ainsi que d’autres mesures cantonales. L’imposition effective des entreprises établies et des personnes physiques résidentes est donc peut-être inférieure à celle qui est prise en compte dans nos indicateurs. Les cantons ne divulguent pas de chiffres plus précis ce qui implique que nous sommes contraints d’étayer nos analyses en continuant d’utiliser les taux d’imposition fixés par la loi. Les discussions qui ont lieu actuellement à propos des sociétés fiscalement privilégiées mettent en évidence la durabilité limitée d’une telle politique de localisation. En effet, la Suisse supprimera très vraisemblablement ces mesures fiscales et déjà on annonce les premiers départs de sociétés concernées."

C’est moi qui souligne ce dernier passage, instructif sur ce qu’on pense d’un facteur clé de l’attractivité lémanique (et valaisanne, s’agissant des forfaits fiscaux) du côté de Zurich. L’opacité sur les "statuts spéciaux" proposés de Genève à Sion se répercute négativement sur le classement des cantons romands. De toutes façons, les jours des "mesures discrétionnaires" qui ont contribué à la prospérité romande sont comptés, pronostique l’étude. Jusqu’ici seul le canton de Neuchâtel a pris les devants en modernisant sa fiscalité des entreprises et des personnes physiques.

Les figures 6 et 7 du document présenté par Credit Suisse (en page 13) sont parlantes. Elles confirment l’existence d’un véritable "Röstigraben" des impôts, nettement plus lourds à l’Ouest du pays. Quant à la carte de synthèse (figure 5, page 11), elle montre que si le pôle zurichois se détache nettement, c’est beaucoup moins clair pour le pôle lémanique, malgré tous les cocoricos officiels entendus ces dernières années de ce côté-ci de la Sarine.

Encore une fois, les études bancaires ne sont pas parole d’Evangile. Elles appellent néanmoins à une certaine dose d’humilité.

P.S.: Notons au passage que "L’indicateur de compétitivité des cantons 2013" publié par UBS n’arrive pas tout-à-fait aux mêmes conclusions. le voici:

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La principale différence est le meilleur classement de Vaud (9e), suivi par Genève (10e). Fribourg (14e) s’en sort également mieux. Les critères sont plus nombreux dans l’étude UBS.

6,5 milliards de francs: merci UBS!

"La Banque nationale a le temps, nous sommes là pour l’éternité", déclarait le 16 octobre 2008 Jean-Pierre Roth, alors président du directoire de la BNS, au moment où celle-ci prenait dans son bilan une trentaine de milliards de francs de titres "toxiques" qui étaient en train de faire couler UBS.

Il n’y a pas eu besoin de l’éternité mais de cinq ans seulement pour assainir ce portefeuille plombé par la crise des "subprimes", relève la NZZ, qui cite les propos de Roth. Ces prochaines semaines, UBS rachètera la dernière tranche de titres parqués jusqu’ici à la BNS. Dans l’opération, cette dernière et la Confédération (qui avait accordé un prêt de 6 milliards de francs à intérêt de 12,5%) auront engrangé quelque 6,5 milliards de francs de bénéfice! C’est-à-dire, pour donner une idée, le programme d’amélioration des infrastructures ferroviaires (dont la transformation de la gare de Lausanne et les améliorations de la ligne Lausanne-Genève) que le Parlement a voté cette année.

Ca paie d’aider les banques…

Dans l’article de la NZZ, Jean-Pierre Roth révèle que l’opération de sauvetage avait été préparée des mois à l’avance, au printemps 2008 déjà. Intéressant.

A vendre, pour 80 et quelques millions…

duparc-new2Le Temps du jour nous apprend que l’Etat espagnol, exsangue, vend une partie de son patrimoine. Dans le lot se trouve une forêt andalouse de 14 000 hectares située à 70 km de Marbella. Prix demandé: 84 millions d’euros (101 millions de francs suisses). Les acquéreurs pourraient y construire un hôtel cinq étoiles.

Ceci me fait penser à un article paru le 28 juin dans 24 Heures. Sur une pleine page, il décrit le raffinement d’un triplex de 1760 mètres carrés vendu par le groupe genevois Swiss Development Group dans les Résidences du Parc au Mont-Pélerin. Prix de l’objet: 85 millions de francs. La même société a payé une pleine page de publicité dans The Economist de la semaine dernière pour vanter ses appartements, dont les plus modestes se négocient entre 5 et 21 millions de francs. On y voit Claudia Schiffer langoureusement allongée sur un canapé de cuir (l’image ci-dessus). L’annonce ne précise pas si le modèle allemand, dont la fortune se calcule elle aussi en dizaines de millions, est incluse dans le prix de la demeure.

84 millions d’euros pour 14 000 hectares de forêt en Andalousie. 85 millions de francs pour un appartement de 1760 mètres carrés au Mont-Pélerin. C’est ce qu’on appelle de la pornographie immobilière.

Mais pourquoi se gêner? Je lis dans Le Monde que les 500 plus fortunés de France se sont enrichis de 25% en un an et ailleurs que la banque UBS est redevnue le No 1 mondial de la gestion de fortune avec une masse de 1700 milliards de dollars à fin 2012 (+10% en un an, la croissance du secteur étant de 8,7%). Cinq ans après le début de la crise financière, les Etats vont mal (voir la note précédente) mais les riches se portent bien. Les banques n’ont pas été nationalisées, leurs faillites ont été transférées sur le dos des collectivités publiques.

Je stagne, tu stagnes…

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Cette carte publiée par Le Monde sur la base des données fournies par le Fonds monétaire international mardi se passe de longs commentaires. L’Europe péclote toujours, les Etats-Unis ne redémarrent pas vraiment, pour le Japon on attend de voir ce que donneront les doses d’EPO administrées par le gouvernement. La Chine ralentit, ce que confirment les derniers chiffres du commerce extérieur chinois qui inquiètent les marchés. Mais la nouvelle principale de la carte, c’est que les fameux BRICS (Brésil, Russie, Inde et Afrique du Sud, en plus de la Chine) affichent eux aussi une performance économique tout-à-fait modeste. C’est ce qu’on appelle la globalisation de la stagnation.

Ce qui me fait penser, taquin que je suis, à la revue "Décroissance" aperçue tout à l’heure en kiosque. "Numéro double", annonait sa couverture pour attirer le client. Ben y’a au moins une chose qui croît en ce moment.

Deux fois le prix de ce métro pour soulager les fonctionnaires

the-m2-lausanne-between-the-7255Merci à mon confrère Jérôme Cachin d’avoir relevé dans La Liberté les propos du député libéral-radical Frédéric Borloz mardi au Grand Conseil vaudois. Ce dernier observait que la somme injectée par ce canton pour recapitaliser la caisse de retraite de ses fonctionnaires - 1,44 milliard de francs suisses - représente deux fois le prix du métro M2, fierté des Lausannois. Voilà le genre d’image qui parle aux contribuables, car ce sont eux finalement qui paient l’essentiel de la facture.

Qui la paient même deux fois. Ils doivent d’abord consolider leur propre caisse de retraite, dont l’équilibre financier à long terme est mis en péril par la longévité accrue de la population et la baisse de rendement des marchés financiers. Du coup, il faut ajuster la mécanique avec ces trois éléments que sont le nombre d’années de cotisations, la hauteur de celles-ci et le taux de conversion (du capital accumulé en rente). C’est ce que s’apprête à proposer le conseiller fédéral Alain Berset. Les premiers éléments de son plan révélés par le SonntagsBlick ont déjà fait bondir: les femmes, les ouvriers, ceux qui sont proches de la retraite: tout le monde trouve qu’il faut faire des sacrifices, mais pas moi, pas comme ça, y’a qu’à augmenter la TVA, etc.

Trop peu de gens sont conscients du fait qu’en plus d’assainir leur propre caisse, ils participent, comme contribuables, à l’assainissement des caisses de fonctionnaires qui sont dans un état beaucoup plus préoccupant parce qu’elles ont offert pendant des années des conditions bien trop généreuses, sans lien avec la réalité économique. Et il se trouve encore des gens à gauche pour lancer des référendums contre les mesures d’aide décidées par les cantons, qui ne seraient pas assez généreuses avec la fonction publique. Dans le genre "soyons solidaires…", c’est vraiment la version " …avec notre clientèle, et que les autres se démerdent".

Si le plan d’assainissement de la caisse publique vaudoise coûte deux fois le prix du métro M2, la totalité des plans publics en cours d’acceptation (les plus lourds se trouvant en Suisse romande) représente une cinquantaine de milliards de francs - soit deux fois le prix des transversales alpines. Une somme qui sera en bonne partie payée par les contribuables. Au lieu de pousser des cris d’orfraie, les employés d’Etat et leurs représentants pourraient dire merci.

Je reproduis ci-dessous un article que j’avais publié sur quelques cas romands en septembre 2012:

Les caisses publiques romandes bouchent les trous au pas de course

 

Les huées des manifestants sous ses fenêtres n’y ont rien changé. Le Grand Conseil genevois a voté (63 oui, 8 non, 19 abstentions) la fusion et l’assainissement des deux grandes caisses de pension cantonales, sans les amendements socialistes. Le sauvetage coûtera 6 milliards de francs sur 40 ans – soit une fois et demie le coût du tunnel du Lötschberg… L’Etat paiera les deux tiers du sacrifice, dont 800 millions tout de suite, ses employés le reste.

Un référendum des syndicats reste possible, mais la députée PDC Anne Marie von Arx-Vernon, membre de la Commission des finances, n’y croit pas: «Ce serait dresser la population contre les fonctionnaires. » Secrétaire syndical au SIT, Davide De Filippo pense aussi que «la marge de manœuvre est très faible».

Le député libéral Pierre Weiss va plus loin. Paraphrasant David Hiler, chef des Finances cantonales, il déclare qu’«on est passé de la Mercedes à la Volvo, mais il faudra changer pour une Golf dans quelques années si on veut assainir durablement la caisse de pension et y intégrer celles des SIG, des TPG, de la police et des communes. » Paroles de provocateur? Pas sûr. A comparer le plan genevois à d’autres déjà adoptés ou discutés en Suisse romande, on constate qu’il n’est pas le plus dur. Il suffit de voir ce qui se passe au Jura, qui a présenté le 30 août sept mesures visant à résorber un découvert de 465 millions dans sa caisse de pension. Deux retiennent particulièrement l’attention.

Premièrement, le canton veut passer de la primauté des prestations à celle des cotisations. Derrière le charabia technique se cache une différence fondamentale: dans le second système, contrairement au premier, le niveau des prestations que touchera le retraité n’est pas connu à l’avance; il dépend de la volatilité des marchés, le risque est pris par l’assuré, et non la caisse.

Alors que 80% des institutions publiques alémaniques ont adopté la primauté des cotisations, suivies par le Valais l’an dernier et maintenant le Jura, les autres cantons romands font de la résistance. Jusqu’à quand? C’est la question posée par une étude de Jérôme Cosandey, du groupe de réflexion libéral Avenir Suisse, dont est tirée la carte ci-contre. Elle montre que les finances des caisses publiques romandes sont beaucoup plus fragiles que celle des Alémaniques

Depuis 2010, la loi leur intime d’atteindre un degré de couverture de 80% dans quarante ans (ce pourcentage indique la part des engagements auprès des affiliés couverte par la fortune de la caisse). Les caisses romandes en sont loin. Et encore ont-elles calculé leur degré de couverture en se basant sur un taux technique (rendement attendu des capitaux) très favorable, entre 4 et 4,5%. Or la crise financière a douché ces espérances, et si on baisse de 1% le taux technique, le degré de couverture se réduit de 10 points de pourcentage.

Ce qui mène à la deuxième mesure spectaculaire du Jura: le canton propose de réduire le taux technique de sa caisse de 4% à 3%. Par ailleurs, il injectera 74 millions de francs dans la recapitalisation; une cotisation d’assainissement sera également perçue.

Comment se fait-il que Delémont reste si calme alors qu’on manifeste à Genève? «Nous pouvons être aussi fâchés que les Genevois, prévient Rémy Meury, président de la coordination syndicale de la fonction publique. Les partenaires sociaux n’ont pas été associés au projet, et le scénario retenu noircit la situation réelle. » Au terme de la consultation, fin septembre, les syndicats demanderont sans doute que le plan soit remanié avant d’être soumis au Grand Conseil, au printemps 2013. Le ministre des Finances Charles Julliard reste néanmoins «assez confiant dans la sagesse des uns et des autres pour accepter un projet équilibré en termes de sacrifices».

A Neuchâtel, où une négociation préalable a eu lieu, Thierry Clément, secrétaire du Syndicat des services publics, ne cache pas que «cet accord a minima a été accepté dans la résignation». Il maintient la primauté des prestations, mais les fonctionnaires verront l’âge de la retraire augmenter de 62 à 64 ans. Les cotisations seront augmentées de 2,5% (60% à charge de l’employeur), et l’indexation des rentes sera suspendue de 2014 à 2018.

L’ensemble de l’effort neuchâtelois représente un engagement de 1,2 milliard de francs pour atteindre à terme le degré de couverture de 80%. Sur cette somme, une réserve de fluctuation de 270 millions devra être constituée rapidement. Au total, le plan d’assainissement neuchâtelois sera payé à hauteur de 45% par les pouvoirs publics, 29% par les affiliés actifs et 26% par les pensionnés. Comme dans le canton voisin du Jura, le Grand Conseil se prononcera au printemps 2013.

Lausanne en est au troisième plan de sauvetage, portant sur 220 millions de francs. La ville ne passe pas à la primauté des cotisations mais a choisi une solution intermédiaire, baptisée «traitement assuré moyen de carrière». Déjà adoptée par Fribourg, elle élargit la période de calcul servant de référence pour les prestations, ce qui entraînera concrètement une baisse de celles-ci. Contrairement à Neuchâtel, la cotisation des employés n’augmentera pas, et l’âge de la retraite est inchangé. La ville fournira la plus grosse part de l’effort en mettant sur la table 182 millions de francs sur les 220 que coûte la nouvelle recapitalisation.

Le plan lausannois est, avec celui de Genève, le plus généreux des quatre pour les fonctionnaires. Mais est-il durable? A la fois syndic et président de la caisse publique – une double casquette qui lui a été reprochée – Daniel Brélaz estime entre 20 et 30% le risque que la réserve de fluctuation reconstituée ne permette pas d’atteindre l’objectif fixé par la loi fédérale. «Il nous a paru plus juste de dimensionner un plan raisonnable que de donner à la caisse un montant trop important qui nous serait ensuite reproché. »

Pour Jérôme Cosandey, les plans actuels pèchent par optimisme. Il estime que la recapitalisation des caisses publiques coûtera 50 milliards de francs – près de la moitié de la dette fédérale – dont une part substantielle à la charge des contribuables.

Vendredi soir au Grand Conseil genevois, le député MCG Mauro Poggia résumait le sentiment général en déclarant que le deuxième pilier apparaît comme «la grande escroquerie du XXe siècle, dont les bénéficiaires auront surtout été les institutions financières. Les cotisants, eux, ne retrouveront pas à la sortie ce qu’ils ont mis au fil des ans. »

110 000 FONCTIONNAIRES AU RÉGIME MINCEUR

Fonctionnaires = privilégiés: l’équation pèse sur les débats dans tous les cantons. «Si on doit aller devant le peuple, on risque de cristalliser une attitude de dénonciation vis-à-vis de la fonction publique, dit le ministre jurassien des finances Charles Julliard. Nous ne voulons pas jeter nos employés en pâture. » Le député libéral Pierre Weiss parle, lui, de la «double pénalité» infligée aux contribuables: ils doivent cofinancer l’assainissement des caisses publiques après avoir consenti des sacrifices pour leur propre caisse de retraite.

Les fonctionnaires bénéficient-ils d’un traitement de faveur? Oui, mais de moins en moins, selon les plans qui se mettent en place. L’Etat-employeur prend à sa charge souvent la moitié, voire plus, des plans de sauvetage proposés. Il continue de payer 60 à 66% des cotisations alors que dans le privé, employeurs et employés se la partagent généralement à parts égales. Et dans la majorité des cantons romands, il s’accroche à la primauté des prestations, plus favorable à l’affilié.

Cela étant, les sacrifices demandés aux fonctionnaires sont importants. Dans la plupart des cas, ils devront travailler deux ans de plus pour avoir droit à une retraite pleine, la différence avec le privé est en train de s’effacer sur ce point. Ils devront s’acquitter de cotisations plus élevées, parfois de façon substantielle. Enfin, le niveau de leurs rentes va baisser. «Il faudra travailler et cotiser plus pour recevoir moins à la retraite», résume Thierry Clément, secrétaire du Syndicat des services publics à Neuchâtel.

Dans le détail, certaines mesures s’avéreront douloureuses à terme. A Genève par exemple, le rattrapage de cotisations en cas de promotion, ou même de réévaluation collective des salaires, sera entièrement à la charge des salariés. «Cela représentera des montants importants, effaçant une grande partie de l’augmentation de salaire nominale consentie», observe Davide De Filippo, secrétaire syndical au SIT.

Le Conseil fédéral "prêt" à passer à l’échange automatique d’informations

"Lors de sa séance d’aujourd’hui, le Conseil fédéral a pris acte du premier rapport d’experts consacré au développement de la stratégie en matière de marchés financiers. Le Conseil fédéral est disposé (la version allemande "bereit" est plus affirmative) à collaborer activement, dans le cadre de l’OCDE, à l’élaboration d’une norme mondiale applicable à l’échange automatique de renseignements permettant de garantir que les clients étrangers de gérants de fortune respectent leurs obligations fiscales. Cette norme devra satisfaire aux exigences élevées posées en matière de respect du principe de la spécialité et des dispositions sur la protection des données, garantir la réciprocité et réglementer de manière fiable l’identification des ayants droit économiques de toutes les structures juridiques, y compris les trusts et les sociétés de domicile."

Le Conseil fédéral se prononcera en septembre sur les points détaillés du rapport élaboré par le groupe d’experts que préside Aymo Brunetti. Vu son communiqué d’aujourd’hui, on le voit difficilement revenir en arrière sur l’essentiel. Soit sur un changement complet de stratégie par rapport à celle qu’il a essayé de suivre en zigzaguant depuis 2009, depuis que l’évasion fiscale n’est plus "salonfähig" comme on dit en allemand. Je m’étonne donc de lire sur le site de la RTS que "le Conseil fédéral ne se presse pas sur l’échange automatique de données" et… rien sur les autres sites romands (l’effet du vendredi soir?). Avec sa sobriété habituelle, la NZZ titre sur un "changement d’orientation dans la politique fiscale internationale" - ou comment dissimuler la défaite sous l’ennui.

Petit rappel. Quand, le 20 décembre 2012, Eveline Widmer-Schlumpf avait seulement évoqué l’hypothèse que l’échange automatique d’informations soit étudié comme un scénario possible pour l’avenir - scoop que nombre de confrères avaient zappé dans sa conférence de presse - elle avait suscité un tollé et s’était fait descendre en flammes en particulier par le président du PLR Philipp Müller. "Ouh! la traîtresse, qu’on lui retire le dossier", clamait-il en substance. C’est fou comme on ne l’entend plus depuis des semaines, celui-là.

Lien ici vers le communiqué complet du Conseil fédéral. Lire la réaction de la Déclaration de Berne, qui met en garde contre la "stratégie du zèbre". Pour le parti socialiste, "l’échange automatique d’informations ne pourra être conclu qu’avec un nombre limité de pays. Pour tous les autres, il convient de passer au principe de l’auto-déclaration. Dans le cas contraire, il sera toujours possible de passer par la bande et les affaires portant sur l’argent au noir perdureront."

"Je n’ai pas le sentiment d’enterrer le secret bancaire", a déclaré Eveline Widmer-Schlumpf cet après-midi en conférence de presse. Formellement, elle a raison, toutes les couvertures de magazines qu’on lit depuis des mois sur "la mort du secret bancaire" sont inexactes. Il existe toujours et reste protégé par la loi - certains veulent même l’inscrire dans la Constitution. Simplement, il ne sera plus opposable dans les cas d’évasion fiscale, comme c’était trop facilement le cas jusqu’ici. Personnellement, je trouve que c’est une évolution juste et nécessaire, même si les résultats de l’échange automatique d’informations sont loin d’être concluants et que des pays comme la Grande-Bretagne s’arrangent fort bien pour ne livrer que des listes d’avocats renvoyant à des structures opaques. (Quoique, actualisation, David Cameron promet de s’y attaquer, promis-juré, croix de bois, croix de fer…). Cela dit, j’assistais hier soir à une conférence organisée dans la maison du général Dufour par le Lobby des Citoyens, dont les membres ne partageront sans doute pas mon avis. Je vous laisse découvrir le leur.

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