Des images 3D de la guerre de 14

Il y en a qui ont de la chance. Comme cet Américain qui est tombé, dans une vente à Niagara Falls, sur un appareil photo stéréoscopique vieux d’un siècle. Non seulement ce Verascope - c’est son nom - était en parfait état, mais le lot comprenait aussi une série d’images 3D de la guerre de 14-18, scènes de tranchées, tanks, paysages. On peut les découvrir, ainsi que l’appareil, ici.

As you said, Mr. President…

“George W. Bush a proposé un choix faussé entre les libertés que nous chérissons et la sécurité que nous demandons. Je donnerai à nos services de contre-espionnage et aux forces de la loi les outils dont ils ont besoin pour traquer et éliminer les terroristes, sans attaquer les fondements de notre Constitution et de notre liberté." (Barack Obama, discours prononcé le 1er août 2007 à Washington).

"Nous montrerons au monde de façon exemplaire que la loi n’est pas soumise aux caprices de leaders têtus, que la justice n’est pas arbitraire. Cette administration (Bush, ndlr.) agit comme si violer les libertés civiques était la seule façon d’augmenter notre sécurité. Il n’y a pas de raccourcis pour protéger l’Amérique." (idem).

"Comme président, je réexaminerai le Patriot Act pour le soumettre à une surveillance réelle et robuste. Il n’y a aucune raison pour laquelle nous ne pourrions pas combattre le terrorisme en maintenant nos libertés." (Barack Obama, 2008, matériel de campagne).

Cinq ans plus tard:

"Vous ne pouvez pas avoir 100% de sécurité et 100% de respect de la vie privée et zéro désagrément" (Barack Obama, 7 juin 2013. Au fait, l’image illustrant ce billet est tirée du Nebelspalter, journal satirique suisse).

Sous sa présidence, le gouvernement américain…

… espionne à l’échelle industrielle le trafic téléphonique des grands opérateurs, y compris et surtout celui provenant de ou à destination de l’étranger.

… fait de même avec les serveurs des grandes plateformes internet comme Google, Skype, Microsoft, Youtube, Facebook.

fouine par fisc interposé dans la comptabilité de ses opposants politiques.

… n’a jamais été si tâtillon dans la délivrance de visas et arbitraire dans leur refus.

… juge comme un traître à la patrie Bradley Manning pour avoir transmis à Wikileaks et continue d’en poursuivre le créateur, Julian Assange.

… n’a pas fermé Guantanamo, contrairement aux promesses de campagne.

… dépense 80 milliards de dollars par an pour le renseignement et y emploie plus de 800 000 personnes, selon le Financial Times.

… recourt plus que son prédécesseur aux drones pilotés à distance pour éliminer les terroristes et quelques victimes collatérales.

Dans Le Temps et Le Monde, Julian Assange livre ses réflexions sur le livre "The New Digital Age", rédigé par Eric Schmidt (directeur exécutif de Google), et Jared Cohen (ancien conseiller de Condoleezza Rice et de Hillary Clinton, aujour­d’hui directeur de Google Ideas). Il y il voit "un ma­nifeste clair et sans ambages en faveur de l’impérialisme technocratique, rédigé par deux de ses plus éminents dignitaires qui bâtissent le nouveau langage du pouvoir globalisé des Etats-Unis au XXIe siècle".

Comme toujours chez Assange, il faut retrancher une part de paranoïa. Reste que "The New Digital Age" consacre tout un chapitre au terrorisme, et plus précisément au cyberterrorisme. Julian Assange: "Et nous voilà entraînés dans un train fantôme où se déroule un scénario à couper le souffle: des cyberterroristes prennent le contrôle du trafic aérien américain et envoient des avions contre les immeubles, coupent le courant des centrales, déclenchent le feu nucléaire. Les auteurs ensuite dépeignent avec la même noirceur les militants engagés dans des sit-in numériques."

Qu’y a-t-il de commun entre l’espionnite du gouvernement américain et "The New Digital Age"? Ils nous rappellent que:

1. La peur est devenue une composante obsessionnelle des Etats-Unis.

2. La technologie joue un rôle central centrale dans la naissance et la mort des empires. Les caravelles et les instruments de navigation ont permis à Colomb de découvrir le Nouveau Monde. Les sabres des samouraïs n’ont rien pu contre les fusils, ni les escadrilles de kamikazes contre la bombe atomique. Aujourd’hui, les Etats-Unis dominent complètement la technologie des échanges électroniques. Ils ont ainsi la possibilité d’intercepter et surveiller les flux financiers globaux, les conversations virtuelles, tout ce qui s’échange dans la cybersphère. Chaque innovation des grands groupes technologiques (américains pour la plupart) présentée comme un "confort" supplémentaire pour l’usager - "stockez vos documents, courriels, photos, programmes dans notre "nuage", c’est tellement plus pratique!" - constitue de fait une étape supplémentaire dans cette prise de contrôle. Paradoxalement, les pays qui y résistent le mieux sont des dictatures comme la Chine (dont Barack Obama - ironie du calendrier - rencontre les dirigeants ce vendredi): elles n’ont aucun scrupule à verrouiller ce qui les dérange, encore moins à contre-attaquer avec des armes identiques. Les sociétés ouvertes, en revanche, sont plus exposées aux dérives de cette domination technologique.

Vus sous cet angle, les révélations du Guardian sur les écoutes de Verizon ou celles du Washington Post sur le programme Sprint n’étonnent pas vraiment, ce qui surprend plutôt est qu’il existe encore des failles dans cette version contemporaine de Big Brother par lesquelles des documents compromettants parviennent aux médias.

Les Etats tiers ne pouvant pas grand chose contre cet espionnage, la seule parade est la vigilance personnelle. Ne rien stocker dans le cyberespace. Ne rien y échanger, sans cryptage adéquat, qui ne puisse être assumé publiquement (ce que je fais avec le présent billet).

Notre relation aux Etats-Unis est décidément ambivalente: nous consommons de plus en plus les technologies d’un pays dont nous nous méfions de plus en plus. Les Etats-Unis sont redevenus incontournables par leur domination du monde virtuel, mais c’est un maître antipathique, y compris sous les traits du président qui s’affichait en libéral branché. Nous en dépendons, mais détestons cette dépendance. Nous rêvons d’un autre modèle et ne le trouvons pas (encore?).

Haro sur la "sorcière"

Fichtredieu, saperlipopette et par le bouc de Satan, il se tient des propos bien percutants ces jours-ci. Un avocat genevois qu’on a connu plus châtié dans ses diatribes "vomit" la droite qui plante un poignard dans le dos la place financière. Un autre cite Vichy pour fustiger l’attitude du Conseil fédéral. Tandis que les banques, justement, convoquent la presse à Berne pour appuyer la solution proposée par le gouvernement pour vider la querelle fiscale avec les Etats-Unis, un carré de parlementaires bourgeois réunis sur la Place fédérale, à quelques pas de là, lance une initiative pour graver en lettres de feu le secret bancaire dans la Constitution. Taïaut, haut les coeurs, à moi Chanteclair-la-Fidèle! Battons-nous seuls pour la Cause puisque les élus ont rendu les armes.

Ils ont succombé, les flasques, au mortel venin de la Sorcière - j’ai nommé Eveline Widmer-Schlumpf, traîtresse un jour (celui de son élection), traîtresse toujours. D’ailleurs l’affiche qui milite pour l’inscription du secret bancaire dans la Constitution la dépeint sous ses traits véritables, yeux globuleux et langue vipérine. "Dooooors, je le veux…", on la devine ricanant sous cape, l’horrible dame en noir!

Bon.

Je me demande comment nous regarderons toute cette agitation dans vingt ans. Voyez ce parlement dont les députés courent dans tous les sens, harcelés par des journalistes frustrés. Alors, vous avez des détails sur l’accord avec les Etats-Unis? Vous votez quoi? Hein? Hein?

Ils votent plutôt non, mais pour des raisons totalement disparates, voire contradictoires. A droite, c’est pour ne pas jouer les carpettes face aux exigences américaines, et ne pas céder au chantage du "il n’y a pas de plan B". A gauche, c’est pour que les banques coupables boivent la coupe jusqu’à la lie, que leurs dirigeants soient condamnés aux Etats-Unis et aussi en Suisse. Au milieu, c’est par tactique, en espérant grappiller des informations supplémentaires, un délai, une contrepartie.

Reste que tout cela fait une majorité de non pour l’instant, et que le Conseil fédéral devra se montrer persuasif pour convaincre ce Parlement boudeur. Je dis bien le Conseil fédéral, car c’est de sa décision qu’il s’agit, pas de celle d’Eveline Widmer-Schlumpf. Nous avons aussi un ministre de l’Economie et un autre des Affaires étrangères, une ministre de la Justice aussi. Que ne s’engagent-ils davantage, s’ils sont convaincus que la "Lex USA" présentée est la meilleure solution? Mardi, l’ex-conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey rappelait avec une pointe de perfidie que son département avait joué un rôle leader pour arracher le premier accord avec les Etats-Unis (à propos d’UBS), ce qui n’allait pas de soi. Cette fois, on laisse Eveline Widmer-Schlumpf sortir seule du Chemin des Dames et on baisse la tête tandis que sifflent les obus. C’est modérément élégant.

Peut-être que contrairement aux premières hypothèses optimistes, le Parlement finira par refuser définitivement la Lex USA, peut-être que ce ne sera pas l’apocalypse annoncée, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’il ne faut pas confondre le messager porteur de mauvaises nouvelles avec les responsables de la débâcle, c’est-à-dire les banques et leurs avocats qui s’égosillent tant aujourd’hui, ayant réalisé que c’est aussi leur bout de gras qui est menacé.

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