Faut-il freiner l’appétit de Holcim, qui a déjà dévoré près de vingt pour cent de la colline du Mormont (décrit à l’Inventaire fédéral des paysages comme un «monument naturel unique en son genre», et aussi ancienne nécropole celte) pour fabriquer 60% du ciment utilisé en Suisse romande pour nos tunnels, nos routes et nos maisons? C’est la question que je me posais en allant voir le site lors des portes ouvertes de ce samedi - et que je me pose toujours.
L’entaille dans le massif de calcaire est déjà très marquée (ce que montrent les photos aériennes de l’association des opposants). Le canton de Vaud a mis a l’enquête en juillet le projet pour étendre l’exploitation en direction de La Sarraz, au lieu dit La Birette, de 2020 à 2029. Le Grand Conseil a en revanche émis le « voeu » qu’on ne touche pas au sommet.
Mon premier réflexe serait de dire: stoppons les frais ici, il y a eu assez de dégâts comme ça dans ce site. Mais se pose alors la question: où fabriquer le ciment? Toute nouvelle exploitation en Suisse romande se heurterait à des oppositions et ne commencerait pas avant une vingtaine d’années - si elle obtient les autorisations. Acheter le ciment à l’étranger ne fait que repousser le problème vers d’autres et entraîne un coût écologique (et économique) supplémentaire pour le transport. Enfin, Holcim recycle à Eclépens des milliers de tonnes de déchets (les pneus par exemple), on vient voir de loin ses installation qui sont un modèle d’efficacité énergétique. Accessoirement, cela représente aussi 150 emplois, et jamais on n’aurait découvert la nécropole celte sans les fouilles de la cimenterie.
Bref, la pesée des intérêts est délicate. J’aurais aimé qu’elle soit claire dans la visite très guidée de ce jour. Les employés placés sur le parcours avaient instruction de renvoyer toute discussion sur le sujet au stand d’information à l’entrée (mais ne se privaient pas de donner leurs arguments). Le responsable environnemental qui se trouvait dans ce stand n’avait pas de plans à montrer, « parce que ce n’est pas le sujet du jour », disait-il.
Mon oeil! A quoi sert cette opération de relations publiques sinon à préparer l’opinion? J’ai aussi trouvé plus qu’étonnant que les études d’impact soient réalisées par des scientifiques mandatés par Holcim (!) et non pilotées par le canton. Mon interlocuteur avait beau assurer que les scientifiques en question s’indigneraient qu’on doute de leur indépendance, c’est néanmoins ce qu’on est tenté de faire. J’ai également trouvé gros, comme l’Association pour la sauvegarde du Mormont, que des « experts » prêtent main forte à l’opération de communication du jour, et qu’on y présente un film de Vincent Chabloz sur la faucon pèlerin sous prétexte qu’un oiseau de cette espère a niché dans la carrière.
Pourquoi prendre les gens pour des simplets et ne pas présenter les enjeux en toute transparence? J’aurais eu plus de compréhension pour les arguments de Holcim s’ils n’étaient entortillés dans une atmosphère de jardin d’enfants.