Ces mots du pape François prononcés à Santa Cruz le 9 juillet dernier et rapportés par Le Monde:
Les mouvements populaires contiennent la promesse d’un modèle humain de développement capable d’être une alternative à « l’ambition sans retenue de l’argent qui commande », à « l’économie idolâtre ». Ils sont dans l’action et enracinés dans le réel des individus, « personne n’aime une idée, un concept. On aime les gens », nos sociétés souffrent « d’un certain excès de diagnostic qui nous conduit parfois à un pessimisme charlatanesque ou à nous complaire dans le négatif ».
J’avoue que je me suis senti désigné dans mes penchants et mon ancien métier, moi qui jongle avec les concepts et les diagnostics…
« Vous, les plus humbles, les exploités, les pauvres et les exclus (…), ne vous sous-estimez pas ! Vous êtes des semeurs de changement», a poursuivi François. J’ose vous dire que l’avenir de l’humanité est, dans une grande mesure, dans vos mains, dans votre capacité à vous organiser et à promouvoir des alternatives créatives. (…) Ne vous sous-estimez pas ! Vous êtes des semeurs de changement. »
Enfin, les mouvements populaires mouvements conçoivent le changement en termes de processus et non de structures, ce qui prévient certaines dérives. « Le changement, conçu non pas comme quelque chose qui un jour se réalisera parce qu’on a imposé telle ou telle option politique ou parce que telle ou telle structure sociale a été instaurée. Nous avons appris douloureusement qu’un changement de structures qui n’est pas accompagné d’une conversion sincère des attitudes et du cœur finit tôt ou tard par se bureaucratiser, par se corrompre et par succomber.»
Tout ceci me semble donner matière à réflexions.
« Vous, les plus humbles, les exploités, les pauvres et les exclus (…), ne vous sous-estimez pas ! Vous êtes des semeurs de changement» » Jamais dans l’histoire les révolutions ne sont venues des plus humbles et des plus exploités, mais de ceux qui les manipulent plus ou moins heureusement, certainement. C’est un jeu assez dangereux de l’Église catholique de se poser en avant-garde du prolétariat…
C’est vrai, mais le pape appelle à une révolution des comportements, pas à une révolution prolétaire au sens où on l’a appris dans les livres d’Histoire. Vous me direz que si l’homme était capable de changer de comportement collectif, depuis plusieurs milliers d’années, ça se saurait. C’est en cela que le discours du pape est peut-être utopiste, mais audacieux. Je ne sais pas s’il est dangereux, le principal danger est que ces mots s’évaporent sans effet réel sur les consciences.
Le discours papal me fait penser :
- à la théorie révolutionnaire du clergé d’Amérique latine
- ainsi qu’à un livre de Florence Aubenas en collaboration avec Miguel Benasayag « Résister c’est créer »
- sans oublier l’ouvrage d’Emmanuel Todd « Après la Démocratie » qui explique que les révoltes populaires sont menées par des « humbles » cultivés et déclassés, pour reprendre l’observation de votre commentateur précédent.
Personnellement, il me trouble. Je le trouve à la fois très daté et très audacieux. Je n’ai jamais cru aux révolutions ni aux mouvements populaires, du moins sur la durée, mais insister sur le changement de comportement, comme le fait le pape, sur le processus plus que sur les structures, me paraît adéquat.
Précisément. Je parlais de révolution, pas de révolte. Une révolution est une révolte qui a réussi…
François est clivant. C’était le mot tarte à la crème pour Sarkozy. Disons qu’il divise, que diviser en grec se dit « diaballein » et que cela a donné « diable » en français. Mais vous le saviez déjà…
Pourquoi ressens-je le besoin de le répéter ?