Deux questions au Groupe Mutuel

C’est l’été, il fait chaud, et on a envie de faire autre chose que de chercher des poux dans la tête d’un des plus gros assureurs suisses, je parle ici du Groupe Mutuel, 1,19 million d’assurés et 3,8 milliards de francs de primes brutes en assurance maladie obligatoire l’an dernier.

Mais il se trouve que le communiqué publié il y a quelques jours par la FINMA, le gendarme des marchés financiers, est particulièrement dur dans sa formulation. Le Groupe Mutuel a « gravement violé le droit de la surveillance », « violé les plans d’exploitation approuvés par la FINMA, en pratiquant des tarifs propres qui n’avaient pas été approuvées ». Par ailleurs, « l’imbrication et la gestion des sociétés du groupe étaient telles qu’elles compromettaient le contrôle efficace de l’activité commerciale et rendaient difficiles un traitement objectif des conflits d’intérêt », et « le système de rémunération n’avait pas comme objectif premier la réussite durable de la société, avec pour conséquence de favoriser les intérêts de certaines personnes ».

En conclusion, la FINMA « invite Groupe Mutuel à ne pas verser des indemnités de départ inappropriées aux personnes qui devaient jusqu’ici présenter la garantie d’une activité irréprochable » et, « ayant identifié de possibles infractions pénales », « procèdera donc aux dénonciations requises auprès des autorités pénales compétentes ».

Quant au communiqué du Groupe Mutuel, il est formidablement sibyllin, se contentant de noter que « la procédure est close » et que « le Groupe Mutuel est ainsi prêt pour entrer dans une nouvelle ère ». L’Union soviétique au temps de Brejnev était plus bavarde.

Cette affaire tourne beaucoup autour de l’ancien patron de l’entreprise, Pierre-Marcel Revaz. Adulé et craint, il faisait ce qu’il voulait dans « son » groupe, comme me le confiaient sous couvert d’anonymat quelques membres de la direction en octobre 2014, quand les choses ont vraiment commencé à se gâter pour lui. Extraits (article paru dans Le Matin Dimanche):

« «Ils faisaient ce qu’ils voulaient», dit un ex-cadre (supérieur, ndlr.). «Ils», c’est-à-dire le big boss Pierre-Marcel Revaz, passionné de belles voitures, l’homme de l’ombre (vice-président) Daniel Overney et l’élégant secrétaire Pierre-Angel Piasenta. On les retrouvait dans la dizaine de sociétés d’assurances, privées et publiques, constituant le Groupe Mutuel, ainsi que dans l’association faîtière, au cœur de l’action et du pouvoir.

Lundi, un jour après le rejet de la caisse publique, ils ont tiré leur révérence en bloc avec les autres membres du comité. Une interview au Nouvelliste, c’est tout. Le Groupe Mutuel (5 milliards de francs de chiffre d’affaires, 2000 employés, 1,2 million d’assurés, dont 113 000 en Valais) a beau vanter sa taille nationale, l’affaire s’est réglée à la valaisanne. Karin Perraudin (BCVs, Union-Fruits) reprend la présidence presque sans expérience, flanquée de Marc-André Ballestraz (fiduciaire Fidag), de Jean-Blaise Conne (ex-PwC) et de l’entrepreneur sierrois Fabio Naselli. Les conseillers aux Etats Urs Schwaller (PDC/FR) et Roland Eberle (UDC/TG) siégeront aussi au comité - pour services rendus, disent les mauvaises langues.

Le patriarche Revaz, 61 ans, tirera-t-il les ficelles en coulisse? Cela fait si longtemps qu’il dit vouloir se retirer… Il semble que cette fois soit la bonne, même si un doute subsiste. Pierre-Marcel Revaz quitte l’association faîtière et les sociétés membres du Groupe, mais pas les fondations qui les possèdent. «Elles n’ont aucun pouvoir», relativise Thomas Grichting, directeur exécutif. Alors pourquoi y reste-t-il? L’intéressé se tait. Officiellement, ce départ n’est pas imposé par la FINMA. Mais l’enquête que mène le gendarme des marchés financiers depuis des mois au Groupe Mutuel, l’obligeant en juillet à rembourser 9 millions de primes excessives dans les assurances complémentaires, a mis en lumière un «problème de gouvernance».

Du coup, les langues se délient. On apprend ainsi que l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, accusé à l’époque de favoriser son excellent ami Pierre-Marcel Revaz, est en froid avec lui: «Ça fait des années que je lui dis: ta gouvernance ne va pas, tu n’as plus de contre-pouvoir. Mais je lui voue une immense reconnaissance pour avoir créé le plus gros groupe de services de Suisse romande. »

Avant que débarque la FINMA, le sujet de la gouvernance «n’avait jamais été abordé au comité», dit un de ses membres. «La tendance était d’aller vers Pierre-Marcel Revaz pour tout et pour rien, ajoute Michel Amaudruz, autre démissionnaire. Je lui ai dit: il y a un truc qui cloche, vous grandissez trop vite, vous allez agacer. » »

Fin de l’extrait.

La nouvelle présidente Karin Perraudin, rencontrée quelques jours après la parution de l’article à la Foire de Martigny, n’y avait relevé, l’air pincé, que les mots « sans expérience », qu’elle avait peu goûtés, même s’ils étaient exacts en ce qui concerne l’activité d’assurance.

Chère Madame, j’ai envie de vous demander aujourd’hui si la nouvelle présidence est prête à faire preuve de courage, en procédant, comme la FINMA, à une dénonciation auprès des autorités compétentes pour un éventuel abus de bien sociaux, comme on dit en France, commis par d’anciens dirigeants.

Ensuite, l’invitation de la FINMA à « ne pas verser des indemnités de départ inappropriées » m’interpelle. De telles indemnités ont-elles été versées? Si oui, quel en est le montant? Sinon, la chose est-elle envisagée, et si oui pour quels montants, au nom de quoi?

Convaincu que ce billet trouvera le chemin du bureau de Mme Perraudin ou du porte-parole Yves Seydoux, je suis à disposition pour toute discussion et prêt à publier la réponse sur ce blog.

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