Défense de la photographie « à la sauvette »

Récemment, un communiqué de photographes français s’inquiétait du vide documentaire qui menace l’époque contemporaine: à force de multiplier les restrictions concernant la photographie dans l’espace public, les Terriens ou les visiteurs venus d’ailleurs ne sauront plus, dans quelques siècles, comment vivaient les hommes du début du XXIe siècle. Ils exhumeront des mémoires électroniques - si elles fonctionnent encore - des tombereaux d’autoportraits déformés au téléphone portable, des scènes de famille en veux-tu en voilà, des resucées de cartes postales. Mais la vraie vie qui va, les moments du quotidien, que pouic.

Vous me direz que l’humanité a très bien survécu jusqu’à l’invention de la photographie en se contentant de quelques scènes de genres réalisées par des peintres de talent, voire de descriptions, d’objets et traces en tous genres. Et peut-être est-ce mieux pour l’imagination qu’il en soit ainsi.

Mais si on aime la photographie et qu’on la considère comme davantage qu’une boîte à souvenirs, on ne peut se satisfaire de cette réponse. Mon rêve serait d’ailleurs de voyager incognito dans le passé avec un appareil photo et un carnet de notes. Se promener comme l’homme invisible dans Pékin d’avant la guerre de l’opium, assister à une cérémonie sur le Machu Picchu, voir comment on faisait un feu du côté de Lascaux, être une mouche dans le carrosse de Catherine II passant devant les villages Potemkine… En ramener des images non officielles, des impressions, odeurs, bruits, détails de tous ordres. Quel pied, non?

N’ayant pas encore réussi à bricoler une machine à remonter le temps, je me contente de chroniquer celui que je vis. Et j’y constate, comme d’autres, sa raideur croissante face aux preneurs d’image qui - non madame, non monsieur - ne sont pas tous des prédateurs désaxés pressés de poster leurs trophées sur Facebook. Dernier épisode en date de ce climat nourri de fantasmes, la presse romande s’est fait l’écho récemment des directives interdisant, en principe, de prendre des images dans des piscines - y compris de ses propres enfants!

Le phénomène ne date pas d’hier. Robert Doisneau, promeneur infatigable pour qui « Paris est un théâtre où l’on paie sa place avec du temps perdu », constatait déjà en 1979 la « faillite » de sa méthode (« demeurer immobile au milieu des gens qui filent dans tous les sens »):

« Je suis tombé sur un ilot de béton tout neuf, et là comme partout, j’ai attendu, écrit-il en introduction de son livre Trois secondes d’éternité. Il ne s’est rien passé. Je n’allais tout de même pas faire des photos de perspectives verticales ou rechercher des effets tarabiscotés. Bon, les gens sont absents la journée, attendons donc le soir. Les lumières se sont allumées sans que je voie âme qui vive. Les habitants s’étaient glissés dans les parkings souterrains et, aspirés par les ascenseurs, avaient pu rejoindre leurs télévisions en restant invisibles. »

(…) « Le climat d’ennui qui se répand tout autour de ces silos à locataires est différent de celui de ma banlieue; il n’est pas gris, c’est même le contraire, tout maquillé de couleurs acidulées, il cherche à se travestir en prenant des allures folichonnes. »

Trente-cinq ans plus tard, il n’y a pas une virgule à changer à ce constat. A l’aseptisation que décrivait Doisneau s’est ajoutée la peur. La ville est devenue bien plus sûre qu’à son époque; paradoxalement, ses habitants s’effraient aujourd’hui d’un rien et se méfient de tout. Retraité depuis un peu plus de deux mois, je m’y promène souvent et suis encore plus frappé de ce que je constatais déjà quand j’y déambulais lors de mes lundis de congé: aux heures de bureau, les âmes vivantes qu’on rencontre en ville sont surtout des les vieux et des cas sociaux, plus quelques dames et messieurs pressés d’aller faire à un rendez-vous ou faire une course, ailleurs dans tous les cas.

Les vieux, catégorie que j’ai désormais rejointe, et les cas sociaux sont certainement des sujets intéressants, mais ils ne sont quand même pas représentatifs de toute la société. Le paradoxe est qu’aujourd’hui, les Roms de Lausanne ont été abondamment photographiés, exposés en majesté, de même que les drogués de la Riponne, alors qu’il n’existe rien à ma connaissance sur les jeunes apprenti(e)s de commerce, la vie chez Philipp Morris ou Nespresso, deux énormes multinationales de la place, etc.

La photographie semble chassée aux deux extrémités du spectre: à l’une les portraits de marginaux, à l’autre ceux des gens de pouvoir, de plus en plus posés et contrôlés (n’est-ce pas, M. Ernesto Bertarelli?).

C’est entre les deux que je cherche ma voie depuis que je ne travaille plus, au sens rémunéré du terme. Dire que je l’ai trouvée serait prétentieux. En gros, j’explore dans deux directions. La première tourne autour de projets ayant une unité de lieu, de temps et/ou de thème. Ce « journalisme lent » permet d’aborder des micro-univers proches, de prendre du temps pour expliquer ma démarche et établir un rapport de confiance (généralement en donnant aux personnes photographiées les images faites avec elles, en discutant du but et résultat, développant ainsi un début de relation). Le premier de ces projets est en cours et devrait aboutir d’ici septembre. Plus à ce sujet dans un prochain billet.

L’autre direction est de donner sa chance au hasard, donc de poursuivre la photographie de rue. Mais pourquoi, si c’est devenu si compliqué? Je cite encore Doisneau: « Quelles sont vos motivations profondes? On m’a souvent posé cette question. La formulation savante ne m’abuse pas,cela veut dire: expliquez-nous votre sacrée manie de faire des photographies que personne ne vous a demandées. »

« C’est une question idiote, il n’y a pas de motivation raisonnée, mais plutôt un besoin irrésistible de partager la joie qui m’est entrée par les yeux. C’est purement instinctif. » Plus loin: « Il n’y a pas de recette, ce serait trop simple, mais toutes ces images qui vieillissent aimablement ont été faites d’instinct avec une totale confiance en l’intuition qui apporte bien plus que le raisonné, et c’est méritoire, car il faut oser être bête. »

Je contresigne ces propos et relativise ici les obstacles à la photographie de rue évoqués plus haut. D’abord, l’humanité étant ce qu’elle est, elle aime s’inventer des occasions de se retrouver. Marchés, réunions politiques, économiques ou folkloriques, sports, chants, traditions… Il suffit d’ouvrir n’importe quel agenda, on y trouve mille occasions de se fondre parmi ses semblables, dans une atmosphère où la présence d’un appareil photo est généralement bien admise pour autant qu’on se comporte avec un peu de tact. Certes, ces réunions représentative de toute la société, mais rien n’empêche de panacher les bains de foule.

Pour en revenir au quotidien et à son imprévu, mon expérience est qu’il ne sert à rien de s’agiter en tous sens. Si on ralentit, qu’on observe pendant un moment ce qui se passe dans telle rue, à tel carrefour, on finit par y déceler des habitudes, des attitudes, des rencontres, une fine trame qui n’apparaît pas au premier regard. A partir de là, d’où vient la lumière, quels sont les éléments du décor qui dérangent ou au contraire lui donnent son caractère unique, suis-je moi même dérangeant, d’où viennent et où vont les gens? Une fois que ces questions ont été moulinées, en une seconde ou en un quart d’heure, il faut faire confiance au hasard qui, bon prince, fait souvent bien les choses.

De ce qui précède, on devine que je préfère l’image « à la sauvette », selon le titre du livre-culte de Cartier-Bresson, à la photographie posée, ou précédée d’une brève conversation. Je sais que cela peut choquer, ce n’est pas dans l’esprit du temps. Je précise qu’il m’arrive aussi de demander la permission de photographier la personne. Mais il faudrait - et c’est très rarement le cas - qu’elle puisse ensuite oublier l’appareil et reprendre ses activités comme si de rien n’était. Soit on fait un portrait, soit on saisit un instantané, il n’y a pas tellement d’entre-deux.

Lier conversation avec le sujet permet bien sûr de désamorcer la méfiance, voire de nouer un contact intéressant. Encore que je trouve plutôt niaise l’affirmations selon laquelle quelques mots échangés permettent ainsi de développer un « human relationship » (ce sont souvent les sites anglophones qui tiennent cette théorie). Personne n’est dupe. Dans le processus, il reste quelqu’un devant et quelqu’un derrière l’objectif , une forme de prise de pouvoir sur l’image de l’autre. Ce n’est pas une relation égalitaire. Bien sûr, une photo peut devenir le prétexte à d’autres échanges, mais en elle-même, elle est à sens unique. A moins de demander ensuite au « sujet » de vous photographier en retour comme il vous sent, ce qui pourrait être amusant.

Mais on n’aurait pas encore résolu ainsi le problème de l’utilisation de l’image, qui est le souci No 1 des gens. Sur ce point, quelques mots peuvent effectivement rassurer. Par exemple qu’il n’y aura pas d’exploitation commerciale (en tout cas dans mon cas), qu’il ne s’agit pas de disséminer à tout vent des portraits sur Facebook. Et même préciser ce qui a paru intéressant dans la personne ou la scène photographiée, dire que l’on est un photographe de rue et en quoi consiste la démarche. L’avantage de nos sociétés surmédiatisées est que de telles explications rencontrent souvent de la compréhension, voire de l’intérêt. Les gens sont plus ouverts qu’on ne l’imagine.

La règle No 1, qui ne s’apprend que par la pratique, est la confiance en soi, qui rejaillit sur l’autre. Mon expérience, perfectible, est que je dois d’abord « chauffer mon regard », me promener un moment, prendre quelques images pour conjurer le mauvais oeil. Puis les sens s’aiguisent, l’assurance augmente, arrive un moment où on a l’impression (parfois fausse) que tout peut réussir. Et puis, au bout d’un moment, l’inévitable fatigue. Il y a aussi des jours « avec » et des jours « sans ».

Sur ce , j’aimerais illustrer mon propos par une série d’images faites ce samedi dans les rues de Lausanne, au marché mais pas uniquement. Je commence par comparer la photo illustrant le début de cet article, montrant de dos un monsieur au bras tatoués tenant sur ses épaules une fillette en robe rouge, à celle des mêmes personnes à qui j’ai demandé de poser.

Ce qui m’a intéressé est bien sûr le contraste entre les tatouages très colorés sur des biceps bien mis en évidence, et la fillette au chapeau, qui dégage au contraire une impression champêtre et fragile. J’ai d’abord pris une photo de dos, à l’insu des personnes. Quand le monsieur s’est arrêté, je lui ai expliqué ce qui m’intéressait dans ce « tableau ». Il a volontiers accepté que je les prenne en photo, même en me laissant modifier la mise au point une fois sur ses yeux, l’autre sur les yeux de la fillette.

Le résultat? Personnellement, je préfère la photo de dos, plus suggestive que celle prise de face (ici retravaillée en noir et blanc). Peut-être en aurait-il été différemment si le fond de la photo posée avait été moins chahuté, ou plus lointain, mais la rue étroite et encombrée où l’image a été faite ne laissait guère de choix.

L’image ci-dessus a été prise à la place de la Palud, centre névralgique des partis politiques et pétitionnaires en tous genres. Ce qui m’attire dans cette scène, forcément saisie à l’insu des protagonistes, est ce que laisse entendre l’attitude de chacun. La dame dont la signature a été sollicitée est en train de développer avec force son point de vue, pas forcément conforme à celui du jeune homme qui lui a tendu la liste, lequel semble se dire qu’il n’a pas fait le bon choix en alpaguant cette citoyenne à la langue bien pendue. Le monsieur barbu, probablement le mari de la dame, a l’air partagé entre la gêne, l’ennui l’envie de ne pas s’en mêler et celle d’aller boire l’apéro. Quant à la jeune femme de gauche, elle a l’attitude de celle qui se félicite de l’avoir échappé belle. Mais peut-être est-ce moi qui surinterprète.

Pas d’échanges entre passants dans cette image, mais un échantillon assez typique des codes vestimentaires 2015 en Suisse romande. J’aime bien le look et le geste du jeune homme en lunettes vertes et short brun, mais il y a aussi le sac de celui qui le croise, l’homme en T-shirt rose et chapeau (trop petit) derrière, sans oublier le jeune Noir aux écouteurs et le gosse et son maillot de foot. La composition pourrait être meilleure, mais j’ai déclenché au réflexe, pour les taches de lumière aussi.

UN défi de la photographie de rue consiste à maîtriser les éléments aléatoires et perturbateurs. Il n’est pas totalement réussi ici. L’élément déclencheur est le monsieur au centre, perdu dans ses pensées avec son sachet d’abricots dans le dos. J’ai attendu qu’il se « passe quelque chose » autour de lui. Les deux ados décontractés qui l’encadrent involontairement étaient une bonne occasion, mais les personnes en arrière-plan compliquent la lecture de l’image.

J’avoue que j’aime assez le moment d’incertitude où des personnes se rendent compte qu’elles figurent dans le cadre d’une photo, sans savoir si elles en sont le sujet. Ici, les deux dames le réalisent en même temps, avec des réactions très différentes. Celle de gauche est interrogative, voire méfiante, tandis que celle de droite sourit. Les deux hommes n’ont pas vu ce qui se passait. L’arrière-plan avec les graffitis crée un décalage, en tout cas avec le couple à l’apparence un peu bobo de gauche.

Autre point névralgique lausannois, la place Saint-Laurent est le rendez-vous des Roms, des marginaux et des stands défendant les minorités opprimées. C’est le petit « Hyde Park » lausannois, comme ce samedi où monsieur Fawzi Orfia, réfugié politique libyen (de dos), a harangué la foule pendant au moins deux heures. Il parlait assez fort, ce qui a provoqué des réactions mitigées. Les visages sont partagés entre la curiosité et l’agacement. Un jeune homme attablé au MacDo voisin est venu lui demander de mettre une sourdine. S’en est suivi une conversation à laquelle je me suis mêlé, et dont il ressort que la vie de M. Orfia est un noeud de complications avec son ex-femme, son fils et maintenant son logeur qui l’a mis à la rue. Le genre de personne harcelant les rédactions avec un dossier de trois classeurs fédéraux, cumulant des malheurs dont il est impossible de savoir lesquels sont dus aux autres et lesquels auto-infligés. Je l’ai trouvé sincère quand il racontait ses nuits à l’abri public, interrompues par un grand Noir mauvais plaisantin débarquant à quatre heures du matin dans la chambre en criant: « Je suis Boko Haram! » Une photo posée aurait donné un tout autre résultat. Cela étant, je ne suis pas particulièrement satisfait de celui-ci (un peu brouillon).

Près de la place Saint-Laurent, autre stand. La dame songeuse fait contrepoint aux deux autres engagées dans une discussion sur le sens de la vie, ou la manière de démonter le stand orange à la fin du marché. L’image manque un peu de tension,

Faut-il photographier des personnes dont les attitudes ou la tenue ne nous apparaissent pas, disons… optimales? Le débat est ouvert. Ici, le pantalon collant ajouré à craquer semble pleinement assumé par sa propriétaire. Cela dit, l’image elle-même n’est pas optimale. Le sujet principal est trop en arrière, et la mise au point (manuelle) a été faite plus loin encore, pas le temps de la corriger au moment de déclencher. Le monsieur de dos derrière la dame en noir brouille aussi la composition.

Effet un peu évident, je l’admets, mais les deux demoiselles en short suivant le groupe de mecs (encore timides à cet heure matinale) enterrant une vie de garçon étaient trop tentantes.

Deux gars emportent avec eux un pupitre d’école et le posent où bon leur chante, ici pour déguster une bière du Docteur Gabs. J’aime bien la fillette avec sa poupée en train de se demander ce qu’ils fichent.

Les mêmes, emmenant leur table à l’étape suivante. Plusieurs personnes ont surgi juste au moment de déclencher, et une mauvaise manipulation de ma part avait fortement sous-exposé l’image. Parfois, ces « ratés » donnent des résultats intéressants. Entre cette image et la précédente, j’ai fait un portrait posé des deux gaillards, mais, typiquement, ils étaient tout-à-coup moins spontanés… et mon reflet apparaissait dans la vitrine.

L’image est peu spectaculaire, mais je l’aime bien. La dame en bleu est plongée dans l’étude des prix de duvets et oreillers de la vitrine Coupy. Le lit est juste à côté, on imagine qu’elle pourrait s’y étendre et attendre que tout cela se passe.

L’homme qui marche avec peine, l’homme pressé qui court. J’aurais aimé qu’il ne reste que le monsieur en chemise à carreaux à l’arrière-plan, avec la vendeuse de fruits.

Voilà, c’est tout pour cette sélection d’images, dont le principal propos est d’illustrer ma défense de la photographie « à la sauvette ». Il y a des situations où c’est la meilleure, sinon la seule façon de raconter ou suggérer une histoire. Un de ces micro-récits qui composent la tapisserie de notre temps.

  1. Je vous trouve décidément très surprenant sur ce sujet. J’aurais vraiment de la peine à accepter d’apparaître dans un blog de photos avec un commentaire du genre « Ici, le pantalon collant ajouré à craquer semble pleinement assumé par sa propriétaire. » sans ma permission…
    Cette attitude était certainement valable il y a 50 ans, mais le monde a pas mal changé depuis et le « politiquement correct » a aussi des aspects positifs : plus de respect des personnes, même si c’est sous forme obligée…
    Dans le même genre, même si vous n’aimez pas les comparaisons que je fais, l’évaluation des sentiers de montagne. J’étais il y a quelques jours sur le sentier qui monte au Châtelet. Indication « normale », donc pour tout le monde. Et je me retrouve dans des devers glissants qui n’auraient vraiment pas plu à un père de famille belge ou hollandais qui y aurait amené sa petite famille. Il y a 50 ans, si vous preniez une pierre sur la tête en montagne, c’était la faute à pas de chance. Aujourd’hui que les citadins sont au pouvoir partout, il sera question d’avocats, de responsabilité de la Commune, etc…
    Je suis allé dire tout ça à la dame de l’Office du tourisme et elle avait l’air d’être d’accord avec moi…

    • Je connais votre position à ce sujet et la comprends. La dimension du respect des gens est importante, ils ne doivent ni être brusqués, ni ridiculisés. Je crois que vous avez pas mal voyagé et constaté que les touristes-photographes, si timides dans leur propre pays, n’hésitent parfois pas à planter leur appareil sous le nez de sujets « exotiques » sans leur demander leur avis. Que le monde change dans le sens d’une plus grande sensibilité à cette intrusion est une bonne chose. Mon plaidoyer dans ce billet consiste à dire que les choses ne sont pas blanches ou noires, sans jeu de mots. La modernité, c’est aussi un rapport plus décontracté et ludique à l’image. Mais chaque photo de rue reste une décision délicate à prendre, je vous le concède.

  2. « les touristes-photographes, si timides dans leur propre pays, n’hésitent parfois pas à planter leur appareil sous le nez de sujets « exotiques » » Ma compagne suisse-allemande m’avait rejoint au Burkina, dans une toute petite ville du sud, Léo. Bien entendu, elle ne savait pas au début quoi faire. Elle a pris mon appareil de photo et ce voyant, des gens lui ont demandé de les prendre en portrait. Elle travaillait comme photographe du village, ce qui n’était pas génial non plus parce qu’elle concurrençait celui qui était installé dans cette fonction. On s’est dit que ce n’était pas pour longtemps et que cela faisait la promotion de la photo qui lui serait utile après…
    Elle ne demandait que le prix des photos développées et le droit de garder des doubles. Il était absolument exclu de voler des photos. En Afrique, cela ne se fait pas. Je me le suis fait même reprocher dans un mariage où je voulais faire plaisir aux mariés en photographiant les invités et la cérémonie…
    Certaines photos de ma compagne étaient vraiment réussies et j’aurais voulu qu’elle en fasse quelque chose, les exposer ou je ne sais quoi. Il y avait une très bonne ambiance…
    Mais elle a découvert - en tant que spécialiste en textile - le fait que Thomas Sankara avait fait se créer des coopératives de tisserandes pour produire du tissu traditionnel, le faso dan fani. Après la chute de Sankara, ces coopératives ont été abandonnées. Elle en a remis une sur pied en leur faisant produire des tissus magnifiques, transformés en chemises vendues jusqu’à Genève et Zurich.
    Malheureusement, ma mission ne durait que deux ans et elle m’a suivi. Ce cycle s’est reproduit encore au N du Burkina, puis au Mozambique. Mais là, elle y est restée et s’occupe maintenant de bijoux en corne après avoir beaucoup fait autour des statues macondés, dont un livre…
    Une jeune Française l’a rencontrée en 2013…
    http://les-belles-personnes.com/2013/02/17/astrid-sulger/

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