Esquisse d’une nouvelle FIFA

Alors là je suis déçu. Dédaignant mes conseils, et malgré l’émouvant soutien du congrès de la FIFA, Sepp Blatter jette l’éponge à la première contrariété. Il affirme, en annonçant sa démission, ne pas sentir le soutien de toute la grande famille du foot et avoir ainsi les mains plus libres pour mener à bien la grande réforme qui lui tient à coeur.

Soyons sérieux. Blatter aura été imbuvable jusque dans sa sortie. Sa déclaration est à la fois incohérente et non crédible. Incohérente parce qu’il n’a jamais bénéficié du soutien de toute la « famille du foot » et que cela ne l’avait jamais gêné jusqu’ici pour s’accrocher au pouvoir. L’explication la plus probable est que des échanges informels ont eu lieu entre les avocats de Blatter et la justice américaine, et qu’après ses déclarations stupides à la télévision romande, le président de la FIFA a enfin compris que cette fois, il ne s’en sortirait pas par ses habituelles pirouettes.

Précisons un point. Que la justice yankee se soit servie des journalistes du New York Times pour faire résonner le tam-tam est inadmissible et mérite une protestation officielle. Mais ceux - Blatter en premier - qui ressortent les bons vieux épouvantails de l’impérialisme américain et du racisme pour expliquer les dernier remous autour de la FIFA (la même tactique avait été utilisée, en vain, par le CIO il y a seize ans) n’ont pas lu les 164 pages de l’acte d’accusation américain. Elles mettent en évidence, de façon éclatante, une culture institutionnalisée de la corruption, le plus frappant étant d’y lire qu’après l’éjection forcée de dirigeants pourris en 2010-2012, précisément pour cette raison, les suivants n’ont même pas attendu un an pour reprendre les mêmes méthodes, et les mêmes montants de pots-de-vin.

La déclaration de Blatter est non crédible parce que réformer la FIFA est le dernier souci de ses dirigeants dans l’interrègne qui s’amorce, le premier étant de savoir qui sera le nouveau parrain. Croire que ces gens (Platini compris) peuvent nettoyer les écuries d’Augias où ils ont longtemps pataugé eux-mêmes est une illusion.

Le vrai défi est, à terme, de mettre en place un vrai mécanisme d’audit indépendant sur l’utilisation des 5,7 milliards de dollars constituant le budget quadriannuel de la FIFA. A défaut d’appliquer l’adage « qui paie commande », il faut au moins que s’impose celui-ci: qui paie contrôle.

Plusieurs infographies ont été publiées ces jours sur les finances de la FIFA. De celle du Monde, je retiens ceci. Les droits TV et les sponsors assurent l’essentiel des recettes. Côté dépenses, il est intéressant de relever que les « projets de développement » incluant des fonds transférés aux fédérations, aux confédérations - bref, à la nomenklatura locale - totalisent 1,05 milliard sur quatre ans, dont 226 pour le projet « solidarité » et 188 pour les projets « G0al » et « Performance ». L’aide effective au développement, tant vantée par les partisans de Blatter est en fait bien inférieure aux 945 millions, que la FIFA consacre à son propre fonctionnement. Autant pour le « tiers-mondiste » Blatter.

On a souvent lu ou entendu ces derniers jours que la corruption à la FIFA est un exemple parfait de crime mondialisé sans victime, car si certains s’en mettent plein les poches, personne n’y perd vraiment. C’est faux. Quand les responsables d’une confédération réclament des millions aux organisateurs de tournois (on parle de sommes dépassant les cent millions au total ces quinze dernières années), les organisateurs reportent ce surcoût sur les sponsors et les chaînes TV, qui les reportent sur leurs clients.

Oui, mesdames-messieurs, les T-shirt Adidas, les chaussures Nike de vos enfants sont un tantinet plus chers pour que les dirigeants corrompus de la FIFA puissent se payer une nouvelle résidence secondaire. Oui, téléspectateurs - et en particulier vous, téléspectateurs suisses qui devez vous prononcer sur une taxe radio-TV - les droit des retransmissions sont un peu plus élevés pour graisser les pattes.

Il n’y a pas de création spontanée de la matière, pas de pierre philosophale pour fabriquer de l’or, pas de crime sans victimes.

Si la FIFA veut surmonter la crise où elle s’est enfoncée, elle doit entrer de plain-pied dans l’ère de la mondialisation. Personnellement, je suis opposé à un contrôle politique, en particulier d’une organisation de type ONU, en qui je n’ai guère plus confiance qu’en la FIFA. Dès qu’il y a des votes selon des critères politiques, le tapis rouge est déroulé pour la corruption. Je crois en revanche en un organe de contrôle indépendant dont les payeurs - TV, sponsors - et la FIFA nommeraient un pourcentage des membres, les autres n’ayant aucun lien d’intérêt. Quant à la redistribution des bénéfices vers les pays qui en ont le plus besoin, elle devrait être fixée, par période et en pourcentage aussi, dans les statuts de la FIFA. Là aussi, un organe de contrôle indépendant sur l’utilisation des fonds devrait être mis sur pied.

Les mêmes personnes qui ont réélu Blatter sont-elles capables d’une telle remise en question? La réponse à cette question compte davantage que le nom du successeur de Blatter.

Une réponse

  1. Il y avait ce matin sur la radio suisse un débat assez intéressant sur l’avenir de la FIFA, avec entre autres un avocat spécialisé dans le sport et un membre suisse du CIO (sauf erreur). Un plus grand contrôle de la FIFA, tout le monde le souhaite. Le hic, c’est que la FIFA n’a pas de contrôle sur les différentes fédérations. Ces dernières le refuseraient - en particulier l’européenne, l’UEFA, évidemment - et on ne voit pas très bien comment l’imposer…C’est ce flou artistique qui permet les manipulations financières.
    Elles ont ceci de bon que personne ne regarde l’Union européenne et les 300 milliards de dette de la Grèce, et les situations financières du Portugal, de l’Italie, de la France, à côté desquelles ce qui se passe à la FIFA est une aimable plaisanterie. Où vont passer les 1000 milliards d’euros du Quantitative Easing ? Ah si on pouvait faire démissionner Juncker aussi facilement que Blatter…

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