Entre Doubs et Saône, mon coeur balance

Dôle15Une dernière image-miroir de Dôle au moment de la quitter ce matin.

Bon, il y a des jours pour musarder et d’autres où il faut pédaler. Ce jeudi appartient aux seconds, cent bornes pour rejoindre Châlon-sur Saône.

On observera au passage que le parcours relie deux célébrités. La première est Pasteur, inventeur du vaccin contre la rage, né en 1822 à Dôle dans une modeste famille de tanneurs à la rue du même nom. Aujourd’hui, de jolies terrasses y font oublier que du temps de Pasteur, l’eau du canal était - comme le relève un commentaire affiché derrière des barreaux - un bouillon de culture où se mélangeait les rejets des tanneries, le tout-à-l’égoût et les poisons d’autres industries humaines. Bref, cela puait sec et véhiculait toutes sortes de maladies. De quoi stimuler des vocations médicales.

La seconde célébrité est Nicéphore Niepce, qui a réalisé en 1827 dans sa ferme des environs de Châlon-sur-Saône (cinq ans après la naissance de Pasteur) la première photographie connue. L’étape du jour a donc des allures de pélerinage aux sources.

Elle est aussi une façon de tester la résistance des mollets et des fesses du cycliste peu entraîné. Les uns et les autres ont bien tenu le coup. Merci à Brooks, une des rares valeurs à sauver du Royaume-Uni, le légendaire fabricant de la selle du voyageur. Je sais, n’importe quel « fixie » en est bientôt équipé, pur snobisme urbain. Cela étant, le modèle B17 sait rendre la politesse à qui prend le temps d’en former et imprégner le cuir.

Sur l’Eurovélo 6, on rencontre forcément d’autres voyageurs, dont quelques spécimens pas tristes. Ainsi ce sexagénaire à rouflaquettes argentées et lunettes de soleil de compétition qui m’a interpellé d’un coup de sonnette impérieux et d’une question étrange : « Votre vélo est allemand ? ». Ben non. Le sien était un de ces modèles où l’on pédale couché. Pendant les dix minutes où nous avons roulé côte à côte, il m’en a fait l’article. « Je fais corps avec mon vélo. Les jambes sont au niveau du coeur, c’est mieux. Pas de crispations aux mains. Quand on l’a essayé, on ne veut plus rien d’autre… »

Poli, je me suis gardé de répondre que je n’ai pas envie de raser le bitume sur un siège d’accouchée, avec un petit fanion ridicule se dandinant au-dessus de ma tête pour signaler ma présence aux autres usagers de la route, comme ceux que l’on met sur les poussettes tractées.

A ce sujet, j’ai aussi croisé un tridem : une curieuse machine en trois morceaux assemblée où madame pédalait couchée à l’avant, monsieur assis au milieu tandis qu’un ou deux marmots occupaient une petite remorque solidaire du tout. Mieux encore, un autre équipage ahanant dans une des rares mini-côtes du parcours était constitué du vélo, d’une remorque à bagages et d’une sorte de side-car contenant la marmaille. A chacun son plaisir.

Non loin de Dôle, se dressent les cheminées rouges et blanches – en activité cette fois – des usines Solvay. Une pensée au passage à Solar Impulse, dont Solvay est un des premiers sponsors, qui s’apprête à franchir l’océan Pacifique d’une traite, l’étape la plus périlleuse du tout du monde solaire.

C’est en traversant cette zone industrielle de Tavaux que j’ai perdu l’itinéraire de l’E6. A cause de vous, Madame - oui, vous qui entriez dans le parc de la Mairie avec une baguette de pain sous le bras. « Pour L’Abergement-la-Ronce ? C’est tout droit », m’avez-vous dit. Tout droit m’a amené sur une départementale qui ressemblait, pour la densité du trafic, à une autoroute bien fréquentée. Sauf que c’était une départementale, sans piste cyclable ni accotement, stabilisé ou non. Chaque poids lourd me dépassant m’envoyait zigzaguer sur la ligne blanche du bord, que je tenais prudemment, en priant le ciel qu’un autre camion ne surgisse pas juste derrière.

Après huit kilomètres de ce régime, j’ai retrouvé une route plus calme pour Saint-Jean-de-Losne, la grande base navale de plaisance. Mais du coup, j’avais rallongé mon parcours. Pour compenser, j’ai coupé par une autre départementale rejoignant Seurre via Pagny-le-Château. Je n’ai pas vu le château, mais un panneau annonçant « des voisins vigilants, en contact direct avec la gendarmerie ».

SeurreA Seurre, le petit chien de la barmaid m’a fait la fête tandis qu’elle m’amenait une bière fraîche. « Quand l’amoûûûr, il n’est plus làààà… », beuglait la radio.

Le petit déj’ au « Moulin des Ecorces » à Dôle ayant coûté 13 euros – dans une salle sous laquelle coule le Doubs, il est vrai – je ne me suis pas gêné pour emporter un peu de rab qui m’a fait un pique-nique satisfaisant sur la place de Verdun-le-Doubs, là où ce dernier se jette dans la Saône. Je suis allé m’étendre dans l’herbe à la jonction. Des traces de pneus de voitures y étaient encore visibles, il me plaît de penser que deux jeunes amoureux y sont venus mélanger le doux et la zone.

VerdunEpicerieParce que pour le reste, ces villages semblent bien vides. Pendant que je gobais mon oeuf, j’observais un retraité observer la place aux marronniers depuis la terrasse du café, puis la terrasse du café depuis la place, et ainsi de suite. Il m’est venu plein de pensées sur cette France profonde qu’on mythifie et où il n’y a bientôt plus que des vieux. J’ai rêvé d’une politique d’immigration intelligente et maîtrisée, de rénovations et d’incitations fiscales ou immobilières pour les commerces. Puis j’ai repris mon vélo.

SaôneSur ces cent kilomètres, je n’aurais presque pas suivi le tracé de l’E6, ce qui aurait d’ailleurs été difficile par endroits, la piste cyclable étant sous trente centimètres d’eau, comme dans l’image ci-dessus. La Saône, par endroits, est devenue un lac qui ne dégorge son surplus que lentement.

Arrivé à Châlon-sur-Saône vers 15 heures, il me restait assez de temps pour visiter le Musée Nicéphore Niepce, voisin de l’hôtel Saint-Jean. J’avoue en être ressorti déçu, à part la salle où est exposé l’appareil avec lequel Niepce a réalisé sa première image. Le reste est un peu foutoir, bien moins riche et structuré que le Musée de l’appareil photo à Vevey. Et à côté de ça, des salles qui abordent plus que superficiellement des questions telles que « la photo est-elle un art ? » ou des thèmes tels que « photo et édition ». Et une exposition hétérocilite plombée de commentaires verbeux.

Châlon1Peut-être n’étais-je pas dans la bonne disposition. Vélo ou photo, il faut parfois choisir.

Châlon2

Une réponse

  1. « Parce que pour le reste, ces villages semblent bien vides. » Et surtout vides d’hôtel…ce qui vous oblige d’aller de ville en ville. Ou alors, ce que nous avions fait, mon frère et moi : suivre le chemin de saint-Jacques, plus riche en hébergements possibles…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 107 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :