Le cinéaste Fernand Melgar crie à la « censure » parce que Présence Suisse ne garantirait pas de soutien financier pour diffuser hors des frontières son dernier film, « L’Abri ».
Présence Suisse est un organisme public rattaché au Département des Affaires étrangères qui a pour mission, je cite, « la sauvegarde des intérêts de la Suisse à l’étranger en utilisant les instruments de relations publiques ». On peut discuter de la nécessité réelle d’une telle institution, mais puisque la Confédération a jugé utile d’en créer une et de la doter d’une « stratégie 2012-2015 » mise en oeuvre par son directeur Nicolas Bideau, il appartient à ce dernier de choisir les supports et les contenus qu’il juge appropriés pour remplir cette mission.
C’est sa liberté, comme c’est celle de Fernand Melgar de déterminer les sujets de ses films. Si Nicolas Bideau pense que les géraniums, les chalets et la fondue sont les meilleurs vecteurs du message qu’on lui demande de passer, s’il estime que ce sont plutôt les hautes écoles polytechniques, ou les films de Bron et de Melgar, c’est son choix. L’autorité qui finance son travail le jugera sur ses résultats, pour autant que ceux-ci soient mesurables.
En criant à la censure - avant même que toute décision sur un éventuel soutien à la diffusion de son film ait été prise - Fernand Melgar veut imposer à Nicolas Bideau sa façon de travailler. S’il y a un censeur dans cette micro-polémique lancée par Le Temps, c’est lui, cinéaste autoproclamé de « l’intranquillité » mais si prompt à siffler toutes les institutions publiques qui ne se mettent pas au garde-à-vous devant son talent.
Quant à Nicolas Bideau, il est bien bête de commenter un film qu’il n’a pas vu et de s’enliser dans un argumentaire spécieux alors que la seule réponse logique aurait été: « Foutez-moi la paix. Je vous laisse faire votre boulot, laissez-moi faire le mien. »