Si certains médias s’acharnent sur l’encaveur valaisan Dominique Giroud, c’est parce qu’il est proche de l’église d’Ecône, de droite, et à ce double titre condamné d’avance par des journalistes crypto-gauchistes. Ce vigneron sympathique aux joues enflammées a certes commis quelques péchés véniels - à qui cela n’arrive-t-il pas? - mais il est allé à confesse et promet de réparer. La messe est dite, sauf pour les chacals de la presse romande qui se déchaînent de façon totalement disproportionnée.
Le dernier adjectif n’est pas de moi mais du nouveau communicateur de Dominique Giroud, Marc Comina, suite à la condamnation de Dominique Giroud par la justice vaudoise pour fraude fiscale. Il promet à ses ex-confrères (Marc Comina a tâté du journalisme dans une vie antérieure) le chaudron brûlant de l’Enfer:Dominique Giroud et son entreprise "demanderont des dommages-intérêts à certains médias, y compris ceux relevant du service public", lit-on dans son communiqué.
En attendant d’être incarcérés et fouettés publiquement pour diffamation, apprécions la volte-face de Marc Comina, qui ne se contente pas d’être passé de l’autre côté de la barrière - de la recherche d’informations à la diffusion de communiqués prémâchés selon la demande des clients - mais s’est transformé en véritable chasseur. C’est déjà lui qui disait, quand la maison Giroud a lancé ses avocats pour interdire la diffusion d’un reportage télévisé qu’ "il s’agit de faire la lumière sur une éventuelle fuite émanant à destination de la RTS". Et d’annoncer dans Le Temps le dépôt d’une plainte. Rebelote hier dans la réaction à la condamnation. L’ex-journaliste Comina veut bouffer du journaliste.
Intimidation et banalisation, telle est la stratégie de Dominique Giroud. D’un côté menacer les curieux, de l’autre répandre sans relâche ce message: "Tant de ramdam pour rien! Qui ne coupe un peu son vin? Qui ne maquille un tantinet sa déclaration d’impôts? Ce que j’ai fait n’est pas grave, et d’ailleurs tout le monde le fait." Il n’est pas exclu que cette stratégie réussisse, à en juger par certaines réactions sur les réseaux sociaux. On se fatigue de tout, même d’un feuilleton pittoresque comme celui-là.
La décision rendue ce mercredi par la justice vaudoise sur le volet fiscal de l’affaire Giroud alimente cette fatigue. Faute d’avoir les détails de l’ordonnance pénale, qui ne seront disponibles que le 5 août, on ne peut que s’étonner de la mansuétude du jugement. Cent huitante jours-amende avec sursis pendant deux ans pour une fraude fiscale portant sur une dizaine de millions de francs, selon les informations non démenties publiées jusqu’ici, cela apparaît presque comme une récompense. Dominique Giroud a d’ailleurs immédiatement fait savoir qu’il ne recourrait pas contre la peine.
L’usage de faux, rappelons-le, est un délit autrement plus grave que la simple soustraction fiscale qui, en Suisse, se solde par une amende administrative. Frauder le fisc à hauteur de plusieurs millions de francs n’est pas un sport, c’est un vol massif au détriment de la collectivité. Celui qui dérobe pour plusieurs dizaines de milliers de francs d’objets de valeur dans plusieurs appartements a de fortes chances de passer quelques semaines à l’ombre. Une personne qui - seule responsable de ses tripatouillages, à ce que disent ceux qui ont côtoyé Dominique Giroud - fraude le fisc pendant des années, pour des millions, peut-elle s’en sortir avec une amende avec sursis? Si la réponse est oui, c’est que la Suisse, en dépit de ses dénégations officielles, reste un pays qui, dans les faits, encourage la fraude fiscale.
Cela dit, il faut lire avec attention le communiqué de la justice. Il précise que la condamnation intervient "sur dénonciation de l’Administration fédérale des contributions". Exact, c’est elle qui a dénoncé les faits. Mais l’impôt fédéral (IFD) ne représente qu’une part des impôts que devait payer Dominique Giroud; la plus grande partie étaient dus au canton et à la commune, et si Giroud a triché pour l’IFD, il l’a aussi fait pour le canton et la commune. D’où une question toute bête: la commune et le service cantonal des contributions ont-ils porté plainte pour fraude auprès du juge vaudois en charge de l’affaire? Comment faut-il comprendre la phrase suivante du ministère public: "La peine infligée prend en compte le fait que Dominique Giroud a également déjà été sanctionné par l’autorité fiscale, envers laquelle il s’acquitte des impôts soustraits majorés par cette dernière"? Quelle autorité fiscale, le canton? Quelle a été la "sanction" prise par celui-ci? S’agit-il d’un simple remboursement majoré d’une amende, comme dans les cas simples de soustraction? Rappelons qu’on parle ici de fraude, portant sur des millions. Encore une fois, quel est le montant de cette sanction? Où en est Dominique Giroud du remboursement? Pourquoi pas de plainte?
Ne comptons pas sur Beda Albrecht, chef du service valaisan des contributions, ni sur le conseiller d’Etat Maurice Tornay, pour répondre à ces questions. Le premier est une tombe, le second a été la fiduciaire de Dominique Giroud avant d’être élu au Conseil d’Etat. Côté valaisan, c’est l’étouffement garanti, à moins que la commission de gestion du Grand Conseil nous surprenne par sa pugnacité. Au moins, ne soyons pas dupes de la prose de Marc Comina quand il écrit que "les montants en jeu représentent environ 2% du chiffre d’affaires réalisé par le groupe Giroud entre 2005 et 2009". D’abord on aimerait savoir quel a été le chiffre d’affaires de Giroud Vins (il n’a jamais été communiqué). Ensuite, si les 2% se réfèrent uniquement à l’impôt fédéral, ils ne signifient pas grand chose.
Dominique Giroud, qui adore faire espionner les journalistes, devrait au moins cesser de les prendre pour des demeurés. Quant à la justice, on espère qu’elle se montrera plus claire dans son ordonnance sur le périmètre des faits jugés ici, leur gravité et les motifs d’un jugement si clément.
Routine valaisanne….
Comina soutenait Legrix il y a un an. Maintenant c’est Giroud. A Dieu-vat!