Venice, fin de la route

A Venice, la Tide Water Road se poursuit encore sur un mile, s’éloignant du fleuve, puis s’arrête près d’une marina. Impossible d’aller plus loin. Nous avons atteint le point le plus méridional de notre périple commencé à Nashville, poursuivi par la Natchez Trace, puis le long du Mississippi jusqu’à son embouchure.

Peut-être ce bout de terre sera-t-il sous l’eau dans quelques décennies. Le delta perd chaque année des milliers de kilomètres carrés à cause des travaux d’endiguement menés depuis les années 30, puis des chenaux larges comme des autoroutes creusés dans les cyprières et les marais pour faciliter l’exploitation pétrolière dans les années 60-70. Les puits se sont aujourd’hui déplacés au large, mais les effets demeurent: l’eau de mer pénètre beaucoup plus facilement à l’intérieur des terres, transformant les forêts en troupes de squelettes blanchis, tandis que le fleuve, corseté par les digues, n’enrichit plus les territoires qu’il traverse de ses sédiments.

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