Le Mississippi ne se jette pas dans la mer à New Orleans mais une centaine de kilomètres plus au sud. Dire qu’il s’y jette est d’ailleurs inapproprié. Il s’y dissout progressivement sur une bande de terres marécageuses qui va en s’amincissant, aux contours indécis comme une dentelle ultrafine rongée par l’humidité.
La ville fait place à un no man’s land occupé par quelques groupes d’habitations sommaires, comme celui-ci près de Pointe à la Hache. Je demande à un des occupants des ces maisons-caravanes si celle-ci raccordé à un système d’égoûts. L’homme, dont le T-shirt aurait besoin d’un sérieux lavage et la dentition d’un service complet, me montre des tuyaux à cent mètres de là: oui, il y a ce qu’il faut. Echanges habituels: d’où venez-vous, que faites-vous? Lui s’occupe à gauche et à droite, quand il y a du boulot. Ici, toute l’activité est axée sur le ravitaillement et le contrôle des bateaux qui glissent sur le fleuve, et sur l’industrie pétrolière. Mais l’homme a voyagé: son frère est pilote, ce qui lui vaut des billets gratuits sur une compagnie.