Luke, guide et ancien prof

LukeIl a suggéré qu’on lui fasse un peu de publicité, et comme Luke Siddall est un bon guide (tel. 504 666 83 00) malgré ses cent et quelques kilos qui le font transpirer après dix minutes de marche déjà, je le fais d’autant plus volontiers que son parcours est en lui-même instructif.

Avant d’accompagner les touristes dans Faubourg Treme ou des tours de fantômes, Luke était prof dans l’école publique. Mais y a-t-il encore une école publique aux Etats-Unis? A New Orleans, la quasi totalité des établissements sont des "chartered schools", et les derniers sont en train de le devenir malgré une forte opposition populaire. Le système, baptisé Recovery School District, est la xième tentative pour améliorer les résultats généralement catastrophiques de l’enseignement. Il consiste à confier les écoles à des exploitants privés, qui ont toute latitude pour pratiquer les méthodes qu’ils veulent pour autant qu’ils remplissent les objectifs fixés par l’Etat.

Sur le papier, c’est intéressant. Un avantage considérable, pour l’employeur, est que les enseignants ne sont plus nommés à vie. Inutile de dire que si certains exploitants sont animés de bonnes intentions, la majorité visent le profit à court terme, Il en résulte un énorme tournus parmi les profs - Luke en témoigne -, une grande insécurité sur les cursus scolaires et des résultats globaux qui ne s’améliorent pas, au contraire.

C’est peut-être un des paradoxes de la première présidence noire des Etats-Unis que les inégalités scolaires clairement discriminatoires selon les critères de race semblent y avoir progressé. Les chiffres que je lis dans la New Orleans Tribune laissent songeurs. Les élèves blancs de la ville ne représentent que 10% du total mais 40% de ceux qu’accueillent les écoles les plus performantes. Les élèves noirs, 82% du total, n’en représentent qu’un tiers environ. Les meilleurs établissements, situés dans les quartiers blancs, ont introduit des quotas pour les élèves (blancs) du voisinage, ce qui introduit une discrimination de fait.

Les "chartered schools" font la part belle aux testeurs de tous poils, puisque ce sont eux qui régulent le système par leurs standards ("Common Core"). Dans les faits, une gigantesque usine à gaz au fonctionnement opaque. Toujours dans la Tribune, je lis que la fondation de Bill Gates a financé pour 160 millions la mise sur pied de ce Common Core, dont les maîtres d’oeuvre sont des universitaires et des employés des entreprises qui font passer les tests. Les enseignants de terrain en ont été exclus et jugent ces tests aussi envahissants qu’inefficaces.

"Sous prétexte de réformes éducatives, des profiteurs et des politiciens s’en sont pris aux communautés noires, ne laissant derrière eux que dévastation et déstabilisation", dit Debra Jones, de l’organisation Concerned Citizens Controlling Community Changes. Une plainte a été déposée contre la fermeture des écoles et le processus de privatisation.

Une réponse

  1. D’ailleurs, la même fondation BG ne permet pas aux rares établissements publics bénéficiaires de pérenniser des programmes qu’elle met en place. Cette fondation exige des résultats immédiats et prétend que le programme est mauvais si elle ne parvient pas aux objectifs (édictés par qui ?!) qu’elle s’est fixée et qu’elle impose, via le financement, aux établissements.
    C’est une réelle catastrophe pour les enfants et le pays, qui se verra dans 5 ou 10 ans … une génération perdue.

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