A bord de « Charlie »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMorgan City est à ma connaissance la seule ville qui organise un « Festival de la crevette et du pétrole ». Les deux en même temps, oui, qui représentent ses deux activités économiques principales. Un esprit européen chagrin s’étonnerait de la fusion de deux ressources apparemment inconciliables, mais ici ce n’est pas un problème.

Quand, par politesse, le tenancier du restaurant de Breaux Bridge m’a demandé où j’allais ensuite et que je lui ai répondu « Morgan City », il m’a regardé d’un air incrédule. « J’habitais là-bas », a-t-il dit de l’air du gars qui n’est pas près d’y retourner. Quand j’ai ajouté que je m’intéressais aux activités industrielles de la région, il a lâché: « …ce qui en reste ».

Et c’est vrai que le lendemain, un petit tour pédestre de Morgan City sous le soleil encore écrasant de 17 heures ne laissait rien présager de bon. Trois bateaux de pêcheurs inactifs à quai, des magasins fermés, tout avait l’air désert. C’est en partie une illusion d’optique ai-je appris plus tard en visitant « Charlie ».

« Charlie » est le petit nom donné à une plateforme pour forer les puits de pétrole offshore, active jusqu’en 1986 et reconvertie en plateforme-école depuis. Elle est aujourd’hui amarrée au quai, et un guide aimable en fait la visite, gratuitement en plus. Nous ne sommes pas tombés sur celui qui avait provoqué la colère des internautes de Trip advisor il y a un an en affirmant que les sous-marins allemands se ravitaillaient en fuel à Morgan City et que la catastrophe pétrolière BP dans le golfe du Mexique en 2006 fut une pure invention du gouvernement. Le nôtre était factuel et nuancé.

« Charlie » pouvait flotter sur une profondeur d’eau d’une dizaine de mètres. Aujourd’hui, les plateformes ultramodernes pilotées par GPS, ont des moteurs qui compensent en permanence les mouvements de la houle et les stabilisent sur des mers cent fois plus profondes. Les forages, eux aussi, ont gagné en profondeur, raison pour laquelle la théorie du « peak oil » (« le pic pétrolier » auquel succéderait un rapide assèchement des puits) populaire au début des années 2000 n’a plus tellement cours aujourd’hui. Il existe encore des puits actifs dans les marais de Louisiane, la plupart ont reçu des bouchons de béton mais pourraient être remis en activité en cas de besoin. Pour l’instant, l’essentiel de la production se fait au large.

Au fait, la technique du forage « offshore » est née ici, à Morgan City. La ville reste un centre important pour l’industrie. Quand je parlais d’un effet d’optique à propos de son inactivité, notre guide montre du doigt les vieux dépôts du front de mer, apparemment vides: « Ils ont été réaménagés en centre logistiques, il n’y plus que la façade qui fasse ancien. Depuis ici, les compagnies amènent aux plateformes situées au large le ravitaillement en eau, en nourriture, en boues de forage, etc. » C’est une chose que j’ai remarquée plusieurs fois depuis le début de ce voyage. Il ne faut pas toujours se fier aux apparences de désuétude.

Notre petit groupe de visiteurs comprend une charmante dame aux cheveux blancs dont le fils travaille dans l’industrie pétrolière, et le beau-frère aussi. Ou plutôt travaillait. Tandis que le guide nous explique qu’une violation des consignes de sécurité entraîne aujourd’hui un renvoi immédiat, la dame aux cheveux blancs complète: « Mon beau-frère travaillait tout en haut de la tour de forage et ne voulait jamais assurer son harnais de sécurité. Un matin d’hiver, il a glissé, il est tombé en se heurtant aux tuyaux en-dessous ». Inutile de dire qu’il est mort sur le coup. Elle raconte ça avec une fatalité bonhomme. De son temps, c’était apparemment des choses qui arrivaient.

P.S.: Les Etats-Unis seront en 2014 le premier producteur mondial de pétrole, avec une moyenne de 11 millions de barils/jour (la baril contient 159 litres), selon un rapport de Bank of America, qui en confirme un autre de l’Agence internationale de l’énergie. Sous l’administration Obama, la production américaine a augmenté de 70%, relève la BOA.

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