C’est le Versailles tropical des plantations. Houmas house, située à Darrow (Louisiane), tire son nom de la tribu indienne qui vivait ici, sur les bords du Mississippi, avant que Maurice Conway et Alexander Latil leur achètent ce terrain au milieu du 18ème siècle. Une première maison, située derrière celle que l’on voit ici, a fait place à ce « palais du sucre », comme on l’a surnommé, dont les murs étaient peints de manière à donner l’impression qu’ils étaient en marbre (alors qu’il s’agissait de briques revêtues d’un enduit).
La production était déjà bien lancée en 1803, quand Napoléon vendit la Louisiane aux Etats-Unis. Les enfants du second propriétaire, le général Wade Hampton, ont construit en 1825-28 la demeure telle qu’on la voit aujourd’hui. La plantation atteignit la taille de 300 000 acres, soit 1200 kilomètres carrés, ou un bon tiers de la surface du canton de Vaud…
L’Irlandais John Burnside racheta la propriété en 1857 pour un million de dollars de l’époque et y cultiva la canne à sucre sur un 98 000 acres, ce qui en fit le premier producteur du pays. Malin, bon bluffeur au jeu, Burnside évita que les soldats nordistes détruisent sa maison pendant la Guerre de Sécession en arguant qu’il était irlandais, c’est-à-dire un peu anglais. L’affaire remonta jusqu’à Lincoln, qui accepta l’argument - ironique, quand on connaît l’estime réciproque des Irlandais et des Anglais.
La production de sucre a culminé à 20 millions de livres par an à la fin du 19ème siècle, Houmas house ayant alors été rachetée par le colonel William Porcher Miles. La grande inondation de 1927, puis la Grande dépression marquèrent le début du déclin de la plantation.
C’est un autre Irlandais, Kevin Kelly, qui a racheté la propriété en 2003, et lui aussi est un malin. Il l’a restaurée, remeublée et décorée avec des pièces d’époque qu’il achète un peu partout. Comme il a beaucoup de goût (ou est très bien conseillé), l’intérieur est à couper le souffle. L’extérieur ne lui cède en rien, avec des jardins dont certains semblent avoir été recréés pour inspirer ses nymphéas à Monet. Ajoutez à cela quelques touches de marketing original, comme une invitation tous azimuts pour un mariage qui s’est avéré être celui… de deux labradors, ou le fait que Bette Davis a tourné « Hush, hush, sweet Charlotte » dans la maison, et le renom planétaire de cette dernière était assuré.
Outre des demi-plébéiens comme votre serviteur, il y vient parfois des magnats indiens (d’Inde, cette fois) pour marier leur fille, qui débarque sur la pelouse en hélicoptère pour impressionner ceux qui ne le seraient pas assez par les lieux. Le genre de mariage dont la facture doit avoisiner les deux millions de francs. Même sans cela, la visite est un régal.
2 millions de Francs Suisse, je suppose … cela fait plus sérieux et un compte rond … :D