Myrtles Plantation, la légende de Chloé

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa saga « Lousiane », de Maurice Denuzière, est snobée par certains intellectuels, à tort selon moi. Elle est bien enlevée au niveau romanesque, même si les emprunts d’intrigue à des oeuvres plus anciennes sont assez transparents, et surtout très bien documentée au niveau historique. Le premier tome de la série, qui couvre les années 1830-1865, soit l’âge d’or des plantations interrompu par la Guerre de Sécession, pose avec force les enjeux de l’esclavage, les rapports ambigus avec la France, décrit le fossé croissant avec le Nord et l’aveuglement de cette aristocratie sudiste pour qui seul le travail du sol avait de la noblesse (surtout éxécuté par une main d’oeuvre captive), le commerce et la finance étant des activités dégradantes que l’on laissait aux yankees. Ceux-ci ont ainsi peu à peu pris le contrôle de la situation, avant la guerre civile déjà.

Bref, « Louisiane » est notre fil rouge de cette partie du voyage. Trois chiffres résument le poids qu’avait cette économie basée sur le coton et la canne à sucre dans la première moitié du XIXème siècle: un tiers des millionnaires américains vivaient entre Natchez et New Orleans; la région comptait 700 plantations, qui couvraient chacune des hectares de terres; on estime que les Etats-Unis comptaient quatre millions d’esclaves au moment de la Guerre de Sécession. Il n’est pas exagéré de dire que le coton du Mississippi et du Nord de la Louisiane, d’une qualité blanche recherchée, fut un moteur de la révolution industrielle anglaise. Au sud, plus chaud et humide, la canne à sucre était aussi d’un très bon rapport.

Des 700 plantations d’alors, il en subsiste une quarantaine, dont une bonne moitié se visitent. Bien sûr, le paysage a complètement changé. Le roi coton a disparu, la végétation a souvent repris le dessus, en particulier une plante parasite importée du Japon, le kudzu.

Le Mississippi, comme je l’indique dans un précédent billet, n’est plus visible depuis les allées somptueuses de chênes menant à la maison des propriétaires, des digues en cachent la vue. Parfois, des raffineries ou des usines d’aluminium ont poussé à côté. Le roman « Louisiane » étant situé dans un endroit bien précis, un coude du fleuve appelé Pointe Coupée, nous nous sommes rendus sur place pour voir à quoi ressemble l’endroit: là où aurait pu se situer la plantation Bagatelle imaginée par l’auteur français se trouve ce qui nous a paru être une centrale à charbon.

Mais dès qu’on pénètre à l’intérieur de ces anciennes maisons, souvent restaurées aven un goût remarquable, la machine à remonter le temps se met en marche. Voici donc un mini-tour de quatre anciennes plantations, à commencer par celle de Myrtles située près de St. Francisville, au sud de Natchez. Son premier propriétaire voulait en faire une carte de visite que les visiteurs n’oublieraient pas de sitôt, d’où un usage abondant du fer forgé et et moulures dans les pièces de réception.

Si j’ai choisi non pas une vue extérieure mais l’image d’un miroir, c’est parce que Myrtles est surtout connue pour être hantée. On prétend qu’une douzaine d’assassinats y ont été commis, bien qu’un seul soit attesté. La légende de Chloé lui vaut surtout sa réputation sulfureuse. La voici.

Mark Woodruff, le maître de Myrtles, bien que marié, avait décidé de prendre à ses côtés, pour son plaisir, une jeune esclave noire nommée Chloé (cela se faisait couramment à l’époque). Mais comme Chloé écoutait aux portes, Mark Woodruff (ou sa femme) lui fit couper une oreille et la relégua aux cuisines. Pour récupérer les faveurs de son maître, Chloé imagina d’empoisonner l’épouse et les deux filles du couple, puis de les soigner, se rendant ainsi indispensable. Ayant eu la main un peu lourde, elle tua les trois femmes st s’enfuit. Fou de rage, Mark Woodruff la fit rechercher et pendre à un arbre de la plantation, partant lui-même en voyage d’affaires. Obsédés par la présence de la pendue, les exécuteurs finirent par jeter le corps dans le Mississippi, d’où le fantôme est ressorti pour hanter la maison. Où ça? Derrière le miroir du hall d’entrée, justement, que les visiteurs sont invités à photographier (c’est d’ailleurs la seule prise de vues autorisée à l’intérieur).

Qu’y voit-on? En cherchant bien, à droite du miroir vers le milieu, au-dessus du reflet de la rampe d’escalier apparaissent des traces noirâtres qui résistent à tout nettoyage et pourraient passer pour une main crochue, avec un peu d’imagination. Cela étant, les faits historiques ne confirment pas la légende. Il n’a été trouvé aucune trace d’une esclave nommée Chloé dans les registres (qui étaient assez précis), et deux femmes de la maison (pas trois) sont mortes - pas d’empoisonnement, mais plus banalement de la fièvre jaune qui était un fléau répandu.

Mais le Mississippi est une terre de légendes, ça doit aller avec l’humidité ambiante, alors ne boudons pas celle-là.

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