Le fleuve joue à cache-cache

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe Mississippi, qui est un des buts de ce voyage, en est paradoxalement le principal absent, visuellement parlant s’entend. Historiquement, on ne saurait assez souligner l’importance vitale qu’a eue dans le développement des Etats-Unis ce fleuve qui combiné avec le Missouri plus au nord, est le quatrième cours d’eau le plus long du monde. Ses eaux boueuses et ses méandres interminables ont été une voie essentielle de pénétration et de commerce.

Si on le voit si peu, c’est que le Mississippi a ses caprices. Quand il pleut beaucoup (ce qui a été le cas ces derniers dix jours) et que la période se prolonge, combinée avec la fonte des neiges, le fleuve déborde et peut inonder des milliers de kilomètres de carrés. L’inondation de 1927 est considérée comme la plus dévastatrice du XXème siècle. Suite à celle-ci, un travail de titan, qui dure toujours, a été entrepris. Des digues (« levees » en anglais) ont été construites sur de longs tronçons du fleuve. Ces talus herbeux qui peuvent atteindre six à dix mètres de hauteur en cachent la vue depuis les routes qui le bordent. Ce n’est donc que lorsqu’on le traverse sur un des ponts jalonnant le parcours, ou quand on peut le surplomber comme ici à Vicksburg, que le fleuve révèle sa majesté.

Les digues ne sont pas les seules constructions que l’homme a imaginées pour domestiquer le Mississippi. Il a aussi mis en place au fil des décennies un système complexe de déversoirs et de dérivations. Comme le fleuve a aussi tendance à vouloir naturellement modifier son cours (le dénivelé de sa partie inférieure est très faible, ce qui favorise ce phénomène), certaines villes peuvent se retrouver peu à peu sur un bras mort et courir ainsi à la ruine. C’est le cas de New Orleans, raison pour laquelle des dérivations supplémentaires ont été crées pour maintenir le tracé là où c’est économiquement important.

Qui gagnera cette course, des ingénieurs ou du fleuve? En 2011, une nouvelle inondation a dépassé les niveaux atteints en 1927, selon les jalons observés à Port Gibson et Vicksburg. C’est qu’à force de canaliser les eaux, on en augmente la force, comme dans un toboggan géant, avec des résultats imprévisibles. L’écosystème du delta a été complètement bouleversé, selon deux articles de National Geographic que j’ai lus avant de venir, une partie importante a été mangée par l’érosion. Cela n’empêche pas qu’on construise des centrales nucléaires à proximité immédiate du Mississippi, j’en ai vu deux jusqu’ici. Il reste à espérer que leurs installations sensibles sont vraiment étanches en cas de crue exceptionnelle.

Quant au trafic fluvial, il subsiste malgré le développement du chemin de fer, puis des autoroutes qui ont signifié l’arrêt de mort des vapeurs chers à Marc Twain. Aujourd’hui, les marchandises sont transportées de de vastes péniches ou des pousseurs de barges comme celui-ci. La photo rend mal les dimensions. Il doit y avoir une dizaine de barges de cinquante mètres chacune dans le sens de la longueur et cinq ou six dans le sens de la largeur, le tout accolé et poussé par un bateau dont les hélices provoquent d’épais bouillons bruns.

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