Est-ce parce que l’Amérique est le pays des gratte-ciel, des entrepreneurs, des villes qui poussent comme des champignons? Toujours est-il que nous autres Européens y cherchons volontiers son contraire - le processus de disparition. Et ce n’est pas très difficile à trouver, en particulier dans ce Sud où la nature hyperactive digère rapidement dans ses lichens et ses lierres voraces tout ce que l’homme néglige d’entretenir.
Les photographes, gens nostalgiques par essence (je ne fais pas exception), sont friands de représenter ce phénomène. Il en est même né un genre que les Anglo-Saxons ont baptisé du nom assez peu poétique de « ruin porn » (le porno des ruines, si on veut). Usines désaffectées, maisons rongées, rues envahies par la végétation… les formes de décomposition sont multiples et fascinantes.
Sur la Natchez Trace Parkway, on en trouve quelques exemples. Celui ci-dessus est le cimetière abandonné de l’ancienne ville de Rocky Springs. Elle a compté jusqu’à 2600 habitants au milieu du XIXè siècle, quand le coton était roi et qu’on le cultivait même ici, dans un paysage de collines. Puis Rocky Springs a accumulé les calamités: la fièvre jaune, le choléra, la guerre civile et l’érosion des sols. Les derniers habitants sont partis après la crise des années 30. Aujourd’hui, il ne reste qu’une église, qui a été déconsacrée il y a une vingtaine d’années, un coffre-fort rouillé, porte ouverte, au milieu de la forêt, des ouvertures de citerne et ce cimetière rendu encore plus poignant par les dentelles végétales de « spanish moss », où plusieurs tombes témoignent de la forte mortalité infantile qui régnait dans ces lieux.