Dave & Shirley Treat, Lawrenceburg

DaveShirleyLe nom de leur ferme/bed & breakfast est un jeu de mots: « It’s a Treat Farm » se réfère à la fois à leur nom de famille et à l’expression « être bien traité ». Ce que je peux confirmer après un coucher de soleil sur le balcon à écouter les oiseaux chanter dans une douce lumière et un petit déjeûner alignant les fruits et produits frais sur la table de la cuisine.

Dave & Shirley ont un parcours très américain, en ce sens qu’il additionne les défis improbables. Ils viennent du Nord, se sont établis en Floride (ou en Californie, je ne suis plus sûr) où ils ont acheté deux « belles maisons », disent-ils. Lui était pasteur et fiduciaire, elle recruteuse de personnel. Apparemment, les affaires ne marchaient pas trop mal pour eux.

Puis, la soixantaine arrivant (voire passée pour lui) ils ont eu le désir de se lancer dans un autre « projet », comme ils disent. C’est ainsi qu’ils sont devenus éleveurs de bétail à Lawrenceburg, Tennessee, sans expérience préalable. Ils ont eu la chance de tomber sur un voisin âgé plein de malice et d’expérience qui les a pris en sympathie, pour le reste ils ont regardé sur internet. Et pour se compliquer la tâche, aux Etats-Unis en tous cas, leur élevage est organique. Vingt-deux boeufs Angus, vingt-deux moutons, des chèvres, des moutons, quelques poules et trois chiens. Ils s’en occupent pratiquement seuls les deux, plus le B&B. Shirley se demande jusqu’à quand ils pourront tenir le coup comme ça. « Ce projet était peut-être un peu grand pour nous », dit Dave, pensif.

Ils sont directs, donnent les chiffres, posent le dilemme de leur retraite suractive, avec des enfants qui se sont éparpillés aux quatre coins du pays. Soit ils trouvent une aide, soit ils devront lâcher quelque chose, et on sent que pour Dave, ce peut difficilement être ses animaux auxquels il s’est attaché. « Je leur parle. Quand je dois leur donner leur boisson vermifuge naturelle, deux fois par an, ils refusent d’abord de boire, puis ils l’avalent parce qu’ils ont trop soif. Mais après, ils me font la gueule pendant deux jours. » Dave a installé une pompe solaire pour sa citerne. « Le spécialiste demandait 1400 dollars pour cela. Nous avons regardé la vidéo vingt, trente fois, puis nous nous sommes dit que nous pouvions y arriver tout seuls. Ca m’a pris cinq heures et ça marche. »

L’an passé, il a constaté avec joie que des petits insectes qui se nourrissent de bouses de boeufs sont réapparus dans ses champs, même le délégué du service de l’agriculture était étonné. C’est un petit succès dans un océan de difficultés. La communauté de Lawrenceburg n’est pas riche, les industries sont parties, les salaires qu’on y paie vont de 7 à 10 dollars l’heure pour du travail non qualifié.

Et même avec un taux de chômage élevé, il est difficile de trouver un aide efficace. Dave croyait avoir déniché l’oiseau rare en la personne d’un jeune père de famille qu’il a aidé. Ce n’est pas qu’il travaille mal, mais il vient quand ça l’arrange.

Depuis quelques jours que nous sommes en route, ce n’est pas la seule fois où nous tombons sur ce cas de figure: des communautés déclinantes, partagées entre des personnes âgées qui n’ont plus la force de tout assumer et une population plus ou moins assistée qui n’a pas envie de prendre le relais. Les « garage sales » (littéralement « ventes devant le garage », ces débarras hétéroclites étalés devant la maison, signalant un déménagement volontaire ou forcé plus souvent qu’une simple élimination des surplus) sont nombreuses en bord de chaussée, les maisons vides aussi. « L’économie est très fragile », dit Shirley, qui se voit mal quitter ce qu’elle considère désormais comme son « home », contrairement à ses belles maisons qui relevaient plus du paraître. « L’éthique du travail de la nouvelle génération n’est plus du tout la même », dit Bobbie, notre logeuse actuelle.

 

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