Giroud coupait ses vins depuis dix ans et passait ses fausses factures par CS

Plutôt léger, le rapport de la commission de gestion du Grand Conseil (Cogest) sur le coupage des vins par l’encaveur-négociant Dominique Giroud. Seules quatre personnes ont été interrogées, d’après le document, et toutes des officiels. La commission n’a pas jugé utile de comparer le système de contrôle valaisan à celui d’autres cantons. Sur les 13 pages du rapport, deux à peine apportent un éclairage sur les faits.

Il vaut pourtant la peine d’y jeter un oeil, car on découvre (page 9), au chapitre « rappel de la chronologie des faits dénoncés au chimiste cantonal », que ce dernier avait dénoncé Dominique Giroud au juge d’instruction pénale en 2001 déjà, « suite à des irrégularités commises pour la quatrième fois en quatre ans ». Renseignements pris auprès du président de la Cogest, il ne s’agit pas d’une faute de frappe. C’est bien en 2001 que le chimiste cantonal Célestin Thétaz avait actionné la justice valaisanne après avoir constaté des irrégularités quatre ans de suite! Donc l’affaire est plus sérieuse encore que le laissaient supposer les documents dévoilés par la Télévision romande, et qui portaient sur les années 2006-2009. En réalité, Dominique Giroud coupait excessivement ses vins depuis 1998 au moins.

L’autre phrase-clé du rapport est à la page 11. On y lit que « la Commission de justice est invitée à vérifier es raisons pour lesquelles un dossier tel que celui dénoncé en 2001 se trouve prescrit après deux ans lorsqu’il est transmis à la justice ». On apprend donc par cette phrase:

1) que la justice n’a donné aucune suite à la plainte ou aux plaintes du chimiste cantonal.

2) qu’elle a prescrit le dossier après deux ans seulement, ce qui paraît d’une rapidité plus que suspecte.

Bref, plus on avance dans l’affaire Giroud, plus on s’interroge. L’ancien chimiste cantonal avait été soupçonné de collusion avec Giroud à cause de ses liens de parenté avec le conseiller d’Etat Maurice Tornay, fiduciaire de Giroud. D’après le rapport de la Cogest, il semble avoir fait son travail, tout en « n’étant pas assez sévère. Il aurait pu systématiquement continuer à dénoncer à la justice pénale les irrégularités constatées ».

Mais la patate chaude, aujourd’hui, est entre les mains de la justice.

Quant à l’autre rapport de la Cogest, celui sur les infractions fiscales de Dominique Giroud et les éventuels dysfonctionnements de l’Etat qu’elles auraient révélées, il ne sera pas présenté avant septembre. Rappelons que la justice valaisanne a, dans un premier temps, empêché la diffusion du dernier reportage de la TSR sur ces infractions fiscales en prenant des mesures superprovisionnelles d’urgence. On apprend ce mercredi matin que le Tribunal de district de Sion autorise la diffusion des reportages de la TSR, ce que cette dernière a fait sitôt la décision connue. Le principal est en ligne ici. Dans le reportage, on voit que l’argent provenant de fausses factures atterrissait sur le compte Credit Suisse d’une société offshore Bibendum Finance. Le nom étonne notre confrère de la TSR (et pas que lui). Je n’en ai pas trouvé trace au registre de Teledata, mais en revanche, je suis tombé sur un article du Financial Times qui parle d’un distributeur de vins britannique, Bidendum. Je ne suis pas en train de suggérer un lien avec les activités de Dominique Giroud, mais je me demande si l’encaveur-entrepreneur valaisan, attentif à ce qui se passe à l’étranger, n’avait pas envie de s’inspirer du succès du Bidendum britannique. Simple supposition à ce stade. Le mieux serait évidemment que Dominique Giroud accepte de parler. Je serais pour ma part très intéressé de le rencontrer.

Deux questions principales à lui poser: avec quel argent est-il devenu la « banque » de tant de vignerons, leur achetant de grandes quantités de raisin ou de moût qu’il payait rubis sur l’ongle? On a tout entendu à ce sujet: Ecône, fonds russes, argent français, financiers zougois. Une clarification serait bienvenue, du moins pour savoir s’il s’agit d’argent propre. L’autre question concerne les vignerons qui l’ont aidé à établir des fausses factures. Le Temps de ce jeudi fait à ce sujet quelques observations intéressantes sur les développements récents au sein de l’interprofession du vin en Valais, qui bégaie pas mal dans cette histoire.

Actualisation le 23 mai: Ca s’énerve un peu du côté de l’Interprofession de la Vigne et du Vin du Valais, suite à l’article du Temps cité ci-dessus. Son comité, réuni ce vendredi, demande que « les noms des caves ou des vignerons qui ont fauté soient rendus public le plus rapidement possible », faisant allusion à ceux qui, selon Dominique Giroud, lui auraient prêté main forte pour ses coupages et ses fausses factures. De plus, « vu les amalgames qui sont faits, et afin d‘y mettre fin », l’IVV annonce que « Charles-Albert Fumeaux renonce, catégoriquement et de lui-même, à faire partie de la commission qualité ». Elle ajoute que, « bien que proposé par le GENI (Groupement des Encaveurs Indépendants) et confirmé par l’IVV, Charles-Albert Fumeaux n’a jamais siégé dans ladite commission » et l’a donc encore moins présidée. Par ailleurs, toutes les personnes liées de près ou de loin à l’affaire Giroud « doivent impérativement se désister ou être suspendues jusqu’à droit connu » au sein des organes de l’IVV, qui « appelle de ses voeux une transparence totale dans cette affaire ». Il faut, ajoute le communiqué que « tous les éléments d’intérêt public soient connus de tous et pas seulement de quelques médias qui distillent des informations au compte-gouttes ».

Les médias distillent ce qu’ils peuvent, messieurs. Contrairement à Dominique Giroud, ils n’ont pas la possibilité de compléter leurs fûts avec le moût d’un collègue. Ou plutôt si, il leur arrive de le faire en reprenant des informations déjà parues. C’est ce que fait ce billet, en citant ses sources. Au fond, la déontologie des journalistes et celle des encaveurs est assez proche: il faut déclarer ses sources pour que le consommateur sache ce qui vient du parchet local et ce qui vient d’ailleurs. Santé! Personnellement, je continue à boire des vins valaisans, que je trouve excellents, et me réjouis de voir la justice répondre aux voeux de l’IVV.

Tiens, à ce propos, une question. Quand, dans le reportage de la TV, Dominique Giroud cite les noms de vignerons qui l’ont aidé à falsifier sa comptabilité et frauder le fisc - des délits graves et passibles d’emprisonnement en droit suisse - comment se fait-il que les enquêteurs fédéraux n’aient pas aussi sec actionné la justice valaisanne qui, tout aussi sec, aurait dû convoquer les personnes citées et les interroger serré pour éviter tout risque de collusion? Un éminent juriste peut-il éclairer ma lanterne?

P.S: Où l’on apprend dans Le Nouvelliste que l’IVV a demandé à la TV romande les noms des vignerons cités dans son dernier reportage - « parce qu’elle va les donner tôt ou tard » - et, sans rapport avec ce qui précède, que les caves Giroud ne participeront pas au Jardin des vins à Sion, du 29 au 31 mai prochains. C’est dommage, une franche explication sur le gazon aurait fait avancer les choses. Car tout cela commence à sentir le moisi et réduit à néant les louables mais un peu dérisoires efforts de Valais Wallis Promotion pour créer une nouvelle image « émotionnelle » du canton.

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