- Cette citation de Nick Hayek, patron de Swatch Group dans Le Matin du jour: "La Suisse a saisi l’opportunité de montrer sa force et son indépendance. Et c’est une bonne chose. Nos politiciens peuvent s’appuyer sur un vote populaire. Le seul d’ailleurs en Europe sur le sujet". S’il fallait une illustration de la progression du courant souverainiste que je décrivais en août 2012, la voici.
- Cette citation de mon fils Kevin, 25 ans, sur Facebook: "Concrètement il se passe quoi? Soit le conseil fédéral se tient au texte de l’initiative mais du coup on a l’UE qui nous tombe sur le râble et on finit probablement par passer de force a renégocier ou a entrer dans l’UE ? Ou alors le conseil fait un texte suffisamment vague et général de sorte que cette loi ne sert à rien, perd le temps de tout le monde et fait une farce de notre démocratie directe? Dans tout les cas, merci UDC, toujours au service de son pays…". Je suis frappé de voir que la plupart des jeunes dont je lis les réactions ont la même attitude: pas de jérémiades, un regard aiguisé et lucide sur la suite. Aux antipodes des politiciens et journalistes qui se répandent en longues analyses, en recherches de responsabilités et scénarios chewing gum, alors qu’on ne sait pas comment les choses vont évoluer.
- A propos de journalistes, de politiciens et de responsabilités, cette phrase de la conseillère nationale socialiste sur Facebook aussi: "J’aurais bien aimé voir AVANT la votation toutes les analyses d’aujourd’hui dans la presse sur les conséquences d’un tel vote…" Il serait facile de lui répondre que de tels articles ont paru. Mais peut-être pas assez. Pourquoi? J’y vois une auto-censure héritée du vote de 1992 sur l’Espace économique européen. Les réactions, alors, avaient été émotionnelles ("Dimanche noir"), on annonçait des lendemains difficiles qui ne se sont pas produits. D’où la crainte de tomber dans le même piège cette fois-ci. Encore une fois, il est très difficile d’anticiper ce qui peut arriver car il va se passer trois ans avant que des changements concrets interviennent dans la politique migratoire de la Suisse et d’ici là, la situation économique va forcément évoluer, celle de l’UE aussi. Dans l’immédiat, les universités, le secteur de l’électricité et celui de la chimie sont ceux qui ont le plus à perdre. J’y ajouterais un secteur dont on n’a guère parlé jusqu’ici, sauf dans l’excellente parodie de 120 secondes: l’immobilier. La bulle y gonfle depuis des années dans le haut de gamme surtout, et cette votation jointe à d’autre signaux (initiative Minder, fiscalité des holdings étrangères) pourraient la dégonfler rapidement. Il en résultera des problèmes pour les banques, c’est-à-dire pour beaucoup de Suisses.
- Cette phrase de Pascal Broulis dans "24 Heures": "Il paraîtrait curieux de réserver les contingents étrangers à ceux qui n’en veulent pas et de rationner ceux qui sont prêts à les accueillir". Dans le premier commentaire sur le vote de dimanche, je relevais le paradoxe des cantons à fort taux de population étrangère qui ont rejeté l’initiative UDC tandis que ceux à faible taux l’ont acceptée, et j’évoquais le remplacement de la libre-circulation des personnes par le maquignonnage. Ce dernier a déjà commencé, il promet d’être divertissant.
- Le reste: pas mal de vent. Tout ce qu’on peut dire, c’est que ce vote ne restera pas sans conséquences. En 1992, la Suisse avait refusé d’entrer dans quelque chose de nouveau, il n’y avait que des plans, rien encore de construit. Là, on démolit ce qu’on a péniblement bâti pendant plus de dix ans, sans avoir de plans précis pour le remplacer. On peut certes faire confiance au génie pragmatique suisse, mais c’est beaucoup de boulot et d’incertitude quand même.