"L’affaire Giroud" qui secoue le Valais depuis quelques jours me paraît importante. Elle concerne une des plus grandes entreprises de vins du Valais, dont le patron Dominique Giroud fait preuve à la fois d’un fort dynamisme et d’un sens médiatique aigu, comme en témoignent divers articles (ici, ici et ici par exemple). Dominique Giroud est orienté très à droite politiquement, ce qui est son droit. Frauder le fisc de plusieurs millions de francs par des montages de sociétés dignes des filouteries bancaires les plus sophistiquées est en revanche un délit.
Il est significatif que l’enquête qui fait tant de bruit aujourd’hui n’a pas été déclenchée par le canton du Valais, pourtant le mieux placé pour connaître la situation financière de l’empire Giroud, mais directement par la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf sur demande de l’Administration fédérale des contributions (AFC), "en raison de soupçons de graves infractions fiscales", comme le soulignent plusieurs arrêts du Tribunal fédéral pénal, qu’on peut trouver ici, ici et ici.
L’affaire a une dimension politique puisque les comptes de Giroud Vins SA étaient vérifiés par la fiduciaire de Maurice Tornay, aujourd’hui conseiller d’Etat en charge des finances valaisannes. Certes, il n’appartient pas aux fiduciaires de traquer les montages fiscaux de leurs clients, seulement de vérifier la bonne tenue des comptes. Maurice Tornay a beau jeu de dire qu’il n’est impliqué dans aucune des enquêtes pénales fiscales diligentées par l’AFC. Toutefois, comme le relève le site l’1dex, s’il apparaît qu’il y a eu faux dans les titres au sens de l’article 251 du Code pénal, la responsabilité de la fiduciaire Tornay pourrait être plus engagée que ce qui a été dit jusqu’ici. Par ailleurs, Maurice Tornay doit gérer un conflit d’intérêts: comment peut-il, en tant que chef du Département des finances et des institutions, à ce titre chef de l’administrati0n cantonale des contributions, assumer la responsabilité politique d’une enquête qui pourrait mettre en cause la fiduciaire qu’il dirigeait jusqu’à son élection? Il ne suffit pas de faire savoirqu’il se désistera au cas où, la situation doit être éclaircie immédiatement.
Interviewé mardi par Le Nouvelliste, Dominique Giroud minimise les faits qui lui sont reprochés et reste dans le vague (voir les articles ici et ici). N’ayant pas enquêté sur le sujet, je me garde de toute conclusion à ce stade et salue le travail de mes collègues Marie Parvex au Temps (article payant), la première à évoquer l’affaire le 29 octobre, et de Yves Steiner à la Télévision romande (voir ici, ici, ici et ici).
P.S.: Par rapport à l’ampleur de la fraude fiscale présumée, l’éventualité que la maison Giroud ait en outre commercialisé sous l’étiquette de Saint-Saphorin du vin qui n’en était pas me paraît certes digne d’intérêt, mais d’un degré de gravité inférieur, malgré tout le respect que je porte au chansonnier Gilles. La question qui se pose à propos de ces faits remontant à 2010 selon la TSR est: pourquoi faut-il autant de temps à la justice vaudoise pour déboucher une bouteille de Saint-Saph’ et en analyser le contenu? On a connu les Vaudois plus lestes au concours Jean-Louis. Mais il est vrai que le Comptoir suisse n’est plus l’ombre de ce qu’il fut et qu’il faut aller à Martigny pour l’ambiance. Vous avez dit ambiance?
P.P.S.: Le silence des politiciens valaisans sur l’affaire est, jusqu’ici, assourdissant. La TSR a tout juste déniché une députée suppléante pour dire que oui, peut-être, quand même, il y aurait éventuellement des questions à se poser. Où sont les ténors, les grandes gueules qui ne manquent pourtant pas dans ce beau canton du Valais? Tiens, un Oskar Freysinger par exemple. Il pourrait saisir cette occasion en or de dénoncer les connivences de l’Etat-PDC. A moins que le conseiller d’Etat néo-promu se sente lui-même redevable vis-à-vis de Dominque Giroud, qui offrait sa cave il y a deux ans, suite à une interdiction de la commune de Savièse, pour une conférence du leader d’extrême-droite Geert Wilders sur "L’islamisation rampante", invité par… Oskar Freysinger. Un parlementaire rencontré au Palais fédéral s’étonne que les médias focalisent leur attention sur Maurice Tornay et ne se demandent pas si Dominique Giroud n’a pas financé la campagne d’Oskar Freysinger (il serait intéressant de sonder tous les partis politiques du canton sur ce point)."Demandez-vous aussi à qui profite le crime", ajoute-t-il mystérieusement à propos de l’origine des fuites qui ont déclenché l’affaire. C’est une bonne question, si quelqu’un a une réponse, il peut la laisser sur un commentaire. Un autre parlementaire s’interroge sur sur la brusque montée en puissance de Giroud, qui avait une petite cave, et parle de liens avec un homme d’affaires zougois.
Giroud vins est par ailleurs un sponsor très actif, il a été pendant plusieurs années le principal soutien du FC Sion.