Venise? Essayez toujours de sonner…

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Finissons-en avec Venise. Quoique…, peut-on vraiment en finir avec une telle ville? Après six jours, je suis rentré séduit de cette visite qui en suit une autre faite il y a très longtemps, à la fin des années 1970. Pas raide amoureux, comme le veut la légende romantique qui colle à la Cité des Doges tel un sucre d’orge oublié dans la poche, ni fâché comme l’étaient Sartre ou Régis Debray, mais séduit.

Passé les deux premiers jours où on se laisse aimanter par les flux de visiteurs et où on se demande ce qu’on fait là dans la chambre un peu froide et humide dénichée par Airbnb - malgré le chauffage électrique poussé à fond - on commence à prendre le rythme, c’est-à-dire à ralentir, à lever le nez et à vouloir se perdre, à l’inverse des touristes qui tournent leur plan dans tous les sens pour se repérer dans ce labyrinthe où la ligne droite est inconnue.

C’est alors qu’on observe, surtout le matin, la ronde des petits métiers nécessaires au fonctionnement d’une cité où tous les transports se font par les canaux, et où on ne marche pas cent mètres sans monter ou descendre les marches d’un pont. On prend un café, et puis deux, on regarde distraitement le journal qui relate la chute de Berlusconi, et on se dit que la caractéristique principale de Venise est, précisément, sa résilience. Voilà une ville qui n’en finit pas de s’enfoncer, pèlerinage obligé de toutes les humeurs morbides, et qui pourtant résiste à tout: à sa gloire dégénérée en enflures baroques, aux malédictions diverses de la Kabbale et même aux flots de touristes. Venise digère en flux et reflux. Elle vit même assez normalement, compte tenu du théâtre permanent qui s’y joue.

Finalement, j’ai aimé ma chambre et trouvé sympathique ma logeuse Aïda qui se nomme en réalité Jonida. Avec sa copine Flaudi, albanaise comme elle, nous avons refait une petite partie du monde, disséqué un chagrin d’amour et bu un petit blanc acide en berlingot. Jonida nous a préparé un festin avec sa dinette de poupée. nous l’avons conclu par une tisane d’herbes d’Albanie qui donne envie d’aller se promener dans les collines exhalant de tels arômes.

Mais n’oublions pas le défi de départ: j’étais venu à Venise pour photographier au fil de mes flâneries, mais aussi pour construire un petit projet qui n’ait pas été vu cent fois, défi redoutable dans la Cité des Doges où le nombre de déclics photographiques doit dépasser nettement la moyenne de mille par seconde. Mon attention s’est portée sur un carnaval particulier, celui offert par sonnettes-interphones-boîtes aux lettres qui se décline en des centaines de masques différents.

Le résultat est visible ci-dessus - une cinquantaine d’images, de « visages » qui sont l’interface ironique entre le monde privé des Vénitiens et le monde extérieur. J’ai vérifié sur internet: je ne suis pas le premier, de loin, à les avoir remarqués. Mais par rapport aux images bricolées à la va-vite, je revendique ici l’approche encyclopédique du catalogue raisonné et contextualisé de la bi-sonnette vénitienne et de ses multiples variantes. Il y a celles qui font la gueule, les aguicheuses, les timides, les méfiantes, celles qui louchent, les borgnes, celles qui tirent la langue, les blanches à différents tons, les cuivrées et les noires, les mystérieuses qui ont le troisième oeil, les maquillées et les simples, celles dont le rimmel a coulé, celles qui ont la bouche en cul de poule, les grinçantes, les grands fronts d’intellectuels et les butées, les sourcils interrogateurs ou froncés. Bref, un condensé d’humanité qui n’est pas moins varié que les personnes que l’on dérange éventuellement en pesant sur un des boutons. Je précise « éventuellement » car il m’est arrivé de voir des fils ne menant nulle part, et même de lire cet aveu tout net griffonné sur un papier: « non funziona ».

Je n’affirme pas avoir épuisé le sujet. Mon âme libérale rechignant à demander un subside à un quelconque fonds culturel pour poursuivre cette passionnante recherche, je la laisse en suspens en attendant un prochain voyage dans la lagune.

Pour les photographies plus classiques de Venise, ma sélection se trouve sur la galerie à droite de cette page. J’ai choisi d’interpréter les images que j’ai faites en tons monochromes, à cause de la lumière rare de novembre, des ruelles encaissées, de la nuit qui tombe vite et du sentiment que l’on a de glisser sur les secrets de cette ville comme la gondole sur les eaux vert foncé du canal.

3 commentaires

  1. j’aime beaucoup ces regards dans les murs, et était également happée par eux, ce reportage hors norme de Venise est extra! il y a d’ailleurs tant de choses captivante dans cette ville, qui se laisse découvrir et redécouvrir encore…

  2. LY

    Magnifiques, cette galerie vénitienne et cette démarche! Tout ça réalisé, j’imagine, avec un Olympus et des objectifs fixes? (Non, je bosse pas chez Olympus, je m’informe!)

    1. Jean-Claude Péclet

      Tu as bien deviné ;-)

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