En route pour le troisième épisode du GR 93 (traversée Est-Ouest du Vercors sur 100 km environ), qui condense en fait deux étapes. Après avoir planté nos tentes à Font d’Urle et bu un thé bien chaud le matin, nous voici certes poisseux de sueur refroidie mais gaillards pour continuer notre chemin. Celui de ce matin monte en pente douce dans une belle combe que marque à droite une esplanade recouverte de cairns de toutes tailles (photo ci-dessus).
Nous avons décidé d’éviter le détour par Vassieux-en-Vercors et son mémorial de la Résistance pour rejoindre le fond de la vallée par une route forestière. Il flotte une bonne odeur de foins coupés, les rares maisons campagnardes semblent n’avoir pas changé depuis les années 50. Puis nous remontons par la Combe-de-Nève pour déboucher sur le pâturage de Chironne à 1400 mètres d’altitude. Sur la droite pâturent des centaines de moutons, dont une partie se serre à l’ombre des arbres. Il fait effectivement assez chaud, je me rends compte que mon litre d’eau ne suffit pas pour toute la journée. A défaut de boire celle des fontaines - on ne sait jamais avec toutes ces bêtes alentours - j’y plonge le visage pour le rafraîchir.
De Chironne, le chemin redescend un peu, puis voilà les lacets de la route qui monte de Die (la fameuse clairette) au col du Rousset. Nous la rejoignons mais, contrairement aux voitures, ne passons par par le tunnel sommital. Les marcheurs ont droit au "col naturel", situé 150 mètres plus haut après une montée bien raide. Au total, le dénivelé de ce GR doit bien faire les 5000 mètres. Du col naturel, que faire? Redescendre bien sûr, mais heureusement, le gîte que nous avons trouvé (Le Carnotzet, 04 75 48 24 08) se trouve juste à la sortie du tunnel et non à la station encore éloignée de près d’une demie-heure. Une chambre pour les deux, avec matelas et douche chaude à l’étage: le luxe. Nous en profitons pour faire la lessive, mangeons comme des chefs et dormons comme des loirs.
L’étape du lendemain, qui mène du col de Rousset à Archianne, est la plus longue et la plus belle. Quelques gouttes de pluie nous attendent au réveil, mais elles se transforment vite en un brouillard léger et agile qui, sur ces hauts plateaux, est le compagnon de voyage idéal. Nous montons au But Sapiau, suivons la crête jusqu’au pas des Econdus et, après avoir contourné la Tête du Faisan, entrons dans la réserve naturelle des Hauts-Plateaux du Vercors.
A partir de là, il n’y a pas grand chose à dire. Chaque segment du parcours est un enchantement. Ci-dessus, un jardin de cairns qui joue avec les pins à crochets juste avant d’arriver à la cabane de Pré-Peyret, où nous décidons de ne pas concurrencer les mouches tourbillonnantes.
Plus loin, rencontre avec deux jeunes moutonniers dont l’un semble tout droit sorti d’un épisode de Harry Potter et l’autre avoir servi de doublure (rajeunie) au magicien Gandalf dans le Seigneur des Anneaux. Ils ne maîtrisent pas trop leurs quatre chiens noirs et leurs deux "patous" qui nous reniflent et nous aboient alternativement mais décident finalement que nos mollets méritent de rester intacts. Nous traversons la houle des moutons dans la brume et continuons notre chemin.
Plus loin encore, la nature a littéralement dallé la bien nommée Plaine du Roi de pierres blanches qui, de loin, ressemblent à une étendue de neige. Je m’essaie à la fonction panoramique du Fuji X100S, mon compagnon de voyage, et me rendrai compte plus tard qu’elle dénature trop la qualité des images. Peut-être que je m’en sers mal. Restent les sculptures de racines autour des pierres.
Une autre vue depuis la Plaine du Roi.
Au bout du plateau, l’apothéose: la découverte du cirque d’Archianne. Reste à payer cette splendeur d’une épreuve: 800 mètres de descente dans les éboulis d’abord, puis les chemins humides, raides et traîtres. On n’est pas obligé, comme je l’ai fait, de déraper dès le deuxième lacet et de se fracasser à moitié le genou, mais c’est pénible de toutes façons.
Arrivé en bas, si on n’a pas réservé, reste à se faire accepter au refuge d’Archianne tenu par Kader. Mais ça, c’est une autre histoire, à lire dans le prochain et dernier épisode.