Un bon berger nous a remis sur le droit chemin - littéralement. Paul, que j’ai photographié ci-dessus avec son chien Samy, nous a vus, guide en mains, nous grattant la tête à un endroit où nous n’étions pas supposés croiser une route départementale. "Le GR vers le refuge du Tubanet? Vous n’y êtes pas du tout, c’est plus haut". Et comme un peu de compagnie ne lui déplaisait pas, il a marché avec nous à travers prés et forêts jusqu’au bon embranchement. C’est ainsi que j’ai su que le retour du loup dans le Vercors ne l’enchante guère. "Il y avait beaucoup de mouflons par ici, et des renards argentés. Aujourd’hui presque plus rien. Les gens qui ont décidé de réintroduire le loup, ils n’ont pas bien réfléchi. Ah non, ils n’ont pas bien réfléchi." Lui en tout cas, il sait compter. Je ne me souviens plus combien de bêtes il lui fallait vendre il y a trente ans pour s’acheter une petite voiture, mais aujourd’hui, ce serait un multiple. Bref, la filière ovine ne se porte pas trop bien, ce qui n’empêche pas Paul d’être fidèle au poste sur le plateau d’Ambel depuis une quarantaine d’années.
Et puisque c’est une erreur de parcours qui nous l’a fait rencontrer, un mot sur la signalisation. Celle des GR est généralement bonne, et le 93 ne fait pas exception. Cela dit, le topoguide et une boussole ne sont pas de trop en certains endroits où le marquage se fait discret. J’ai mis trois jours à découvrir que les poteaux des GR comportaient des plaques sur deux faces, indiquant des destinations différentes, et qu’il vaut mieux regarder les deux pour bien s’assurer où l’on va. L’erreur de parcours se produit d’ailleurs rarement quand on doute, car dans ces cas on vérifie plutôt deux fois qu’une, mais quand on est trop sûr de soi. C’est exactement ce qui nous est arrivé après la halte au refuge d’Ambel. Nous avions d’abord penser y rester pour dormir, profitant ainsi de la source, mais comme l’après-midi était encore long, nous avons repris nos sacs et nous sommes dirigés dare-dare vers un chemin de terre situé à 200 mètres à peu près de la cabane, comme le disait le guide. Sauf que ce n’était pas le bon, ce que nous aurions pu vérifier en regardant la carte, où le trait rouge continuait trout droit, tandis que notre trajectoire effectuait un angle à 45 degrés.
A part le plaisir de rencontrer Paul, cela nous a coûté une heure supplémentaire dans une journée qui s’annonçait déjà longue. Ce contretemps m’a un peu agacé, la rude montée vers le Tubanet encore plus. Quand nous nous sommes retrouvés sur la magnifique arête qui mène au Pas de l’Infernet, j’étais partagé entre la jouissance d’un panorama grandiose et le découragement du chemin à parcourir jusqu’au col. Quoi? Ce n’est pas après ce repli de terrain qu’on y arrive? Le sentier serpentait plus loin, malicieux.
Peu après le col, j’ai jeté un coup d’oeil en contrebas vers Font d’Urle, sa vingtaine de chalets aux volets clos et me suis dit que cela ne présageait rien de bon pour trouver un lit douillet, voire une simple paillasse. Gagné. Le semblant d’hôtel qui, pourtant, hébergeait un autre couple, nous a assurés qu’il était fermé. Le soleil se cachait derrière les sommets, un vent frisquet se levait, nous nous sommes rabattus sur la pelouse d’un centre d’équitation désert. Monter une tente dont on a négligé de lire précédemment le mode d’emploi alors que les jambes disent "stop", il y a de quoi rendre grincheux. Je l’étais. Heureusement, Wendy a sorti le petit réchaud miracle et préparé une soupe de nouilles asiatique qui nous a mis quelque réconfort dans l’estomac et, pour moi, dans la tête.