Haro sur la "sorcière"

Fichtredieu, saperlipopette et par le bouc de Satan, il se tient des propos bien percutants ces jours-ci. Un avocat genevois qu’on a connu plus châtié dans ses diatribes "vomit" la droite qui plante un poignard dans le dos la place financière. Un autre cite Vichy pour fustiger l’attitude du Conseil fédéral. Tandis que les banques, justement, convoquent la presse à Berne pour appuyer la solution proposée par le gouvernement pour vider la querelle fiscale avec les Etats-Unis, un carré de parlementaires bourgeois réunis sur la Place fédérale, à quelques pas de là, lance une initiative pour graver en lettres de feu le secret bancaire dans la Constitution. Taïaut, haut les coeurs, à moi Chanteclair-la-Fidèle! Battons-nous seuls pour la Cause puisque les élus ont rendu les armes.

Ils ont succombé, les flasques, au mortel venin de la Sorcière - j’ai nommé Eveline Widmer-Schlumpf, traîtresse un jour (celui de son élection), traîtresse toujours. D’ailleurs l’affiche qui milite pour l’inscription du secret bancaire dans la Constitution la dépeint sous ses traits véritables, yeux globuleux et langue vipérine. "Dooooors, je le veux…", on la devine ricanant sous cape, l’horrible dame en noir!

Bon.

Je me demande comment nous regarderons toute cette agitation dans vingt ans. Voyez ce parlement dont les députés courent dans tous les sens, harcelés par des journalistes frustrés. Alors, vous avez des détails sur l’accord avec les Etats-Unis? Vous votez quoi? Hein? Hein?

Ils votent plutôt non, mais pour des raisons totalement disparates, voire contradictoires. A droite, c’est pour ne pas jouer les carpettes face aux exigences américaines, et ne pas céder au chantage du "il n’y a pas de plan B". A gauche, c’est pour que les banques coupables boivent la coupe jusqu’à la lie, que leurs dirigeants soient condamnés aux Etats-Unis et aussi en Suisse. Au milieu, c’est par tactique, en espérant grappiller des informations supplémentaires, un délai, une contrepartie.

Reste que tout cela fait une majorité de non pour l’instant, et que le Conseil fédéral devra se montrer persuasif pour convaincre ce Parlement boudeur. Je dis bien le Conseil fédéral, car c’est de sa décision qu’il s’agit, pas de celle d’Eveline Widmer-Schlumpf. Nous avons aussi un ministre de l’Economie et un autre des Affaires étrangères, une ministre de la Justice aussi. Que ne s’engagent-ils davantage, s’ils sont convaincus que la "Lex USA" présentée est la meilleure solution? Mardi, l’ex-conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey rappelait avec une pointe de perfidie que son département avait joué un rôle leader pour arracher le premier accord avec les Etats-Unis (à propos d’UBS), ce qui n’allait pas de soi. Cette fois, on laisse Eveline Widmer-Schlumpf sortir seule du Chemin des Dames et on baisse la tête tandis que sifflent les obus. C’est modérément élégant.

Peut-être que contrairement aux premières hypothèses optimistes, le Parlement finira par refuser définitivement la Lex USA, peut-être que ce ne sera pas l’apocalypse annoncée, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’il ne faut pas confondre le messager porteur de mauvaises nouvelles avec les responsables de la débâcle, c’est-à-dire les banques et leurs avocats qui s’égosillent tant aujourd’hui, ayant réalisé que c’est aussi leur bout de gras qui est menacé.

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