Hier mercredi, le ministre de la santé Alain Berset est venu présenter, tout fiérot, 36 (!) mesures pour une stratégie de la santé plus "solidaire", plus "transparente", et patati et patata. Du vague, de la fumée, des grands principes dont la fabrication alimente la puissante machinerie fédérale.
La crédibilité de ces principes est égale à zéro tant que l’injustice des primes d’assurance-maladie payées en trop par les Genevois, les Vaudois, les Neuchâtelois et les Zurichois ne sera pas réglée. Je rappelle qu’elle porte sur près de deux milliards de francs. Cela fait 955 francs par habitant pour les Vaudois, 880 pour les Genevois, 362 pour les Zurichois (je n’ai pas les chiffres neuchâtelois). Je rappelle aussi que l’affaire n’est pas enterrée puisque seule la commission de la santé publique des Etats s’est prononcée à ce jour. Celle du National doit encore prendre position. Il ne faut pas lâcher l’os. C’est aussi l’avis du médecin genevois Bertrand Buchs, dont je reproduis ci-après le billet posté sur son blog. Egalement député PDC, il a déposé une motion invitant le Conseil d’Etat à «étudier toute possibilité menant à un remboursement des primes». Y compris le gel de la contribution à la péréquation financière, à hauteur de 350 millions. L’urgence est demandée, selon la TdG. Dans le même journal, Mauro Poggia, député MCG, président de l’Association suisse des assurés, compare le vote de la commission à celui d’une «assemblée de voleurs majoritaires et de victimes minoritaires à qui l’on demande s’il faut rendre le butin. (…) Une action judiciaire est peut-être envisageable, ajoute-t-il. Je demanderai aux assurés de tous les cantons victimes de contester les hausses de primes devant les tribunaux.» (voir son blog ici)
Voici le blog de Bertrand Buchs:
"Comment le dire et l’écrire avec élégance et retenue.
Ras la patate.
Cela fait des années que nous payons trop de primes d’assurances maladie.
Cela fait des années que les réserves des assurances gonflent à Genève.
L’argent, votre argent, notre argent est ensuite redistribué dans d’autres cantons pour permettre à ces derniers de limiter la hausse de leurs primes.
Quelle drôle de péréquation financière !
Et hier la commission de la santé du Conseil aux Etats a balayé toutes solutions pour permettre de récupérer une partie de la somme.
Trop compliqué. Tu parles…
« Allez on efface l’ardoise et on repart sur des bases plus saines »
Intéressant comme solution.
Cela suffit et nous ne devons pas nous laissez faire.
Je demande au Conseil d’Etat, dans sa séance de ce jour, de prendre une décision ferme.
Cet argent a été utilisé comme dans un système de péréquation.
Alors si la somme ne peut ou ne veut pas être rendu, on peut considérer à juste titre que Genève a payé 351 millions en trop au titre de la RPT (Réforme de la Péréquation et de la répartition des Tâches de la confédération).
Pour mémoire en 2012, Genève a déboursé 250 millions au titre de cette péréquation financière.
Conclusion : nous ne devons plus rien pour 2013."
Sur Facebook, ça réagit pas mal aussi:
Nadia Ou ne payons plus nos primes, simplement. Seulement il faut que tout le monde s’y mette. Ça c’est une autre histoire…
Patricia Gelons surtout les augmentations sur notre cantons pendant au moins 10 ans… Non?
Une amie neuchâteloise est prête à se mobiliser en cas d’action collective, un ami vaudois aussi. Comment? La réflexion est ouverte: une page FB pour lancer la discussion? Un comité?
Actualisation: la prise de position de ce jour de la Conférence des directeurs cantonaux de la santé publique.
Pourriez-vous expliquer le mécanisme de l’assurance pour que les "étrangers" puissent comprendre ?
Merci d’avance.
Oui, c’est un peu abscons pour un non-Suisse. En quelques mots, l’assurance maladie de base (abrégée LaMal) est obligatoire en Suisse depuis 1994. L’assuré paie une prime mensuelle, qui est calculée selon son âge et le bassin de population auquel il appartient. Le niveau des primes varie selon les cantons, et même à l’intérieur des cantons. La méthode de calcul est complexe, en principe vérifiée par l’administration fédérale.
C’est ce mécanisme qui a dysfonctionné pendant des années. Les assurés de certains cantons (Vaud, Genève, Neuchâtel, Zurich surtout) ont payé des primes trop élevées par rapport aux coûts réels de la santé qu’ils engendraient, tandis que les assurés d’autres cantons (Berne notamment) ont payé des primes trop basses. Il a fallu l’insistance de quelques politiciens des cantons lèsés pour que le problème soit reconnu - et son ampleur: le surplus de primes non-justifiées se monte à près de deux milliards de francs (1,5 milliard d’euros).
Cela fait trois ans que l’on recherche une solution pour restituer aux assurés des cantons lèsés l’argent versé en trop, sans succès jusqu’ici. Quant aux cantons qui ont profité de ces erreurs, ils rechignent évidemment à les corriger, ce qui y entraînerait une augmentation des primes. La Confédération ne s’engage que mollement, et les assurances (privées) s’en lavent les mains. La décision prise par la commission de la santé publique du Conseil des Etats mardi (c’est la Chambre haute) reviendrait à tout laisser tomber: les lèsés ne seraient jamais remboursés.
Il faut savoir en toile de fond que les primes d’assurance-maladie obligatoire sont élevées en Suisse. Elles peuvent représenter près de mille francs par mois (800 euros) pour une famille de quatre personnes. Elles ont constamment augmenté depuis l’introduction de la LaMal, bien plus rapidement que le coût de la vie et même plus que les coûts de la santé souvent. Nombre de Suisses de classe modeste n’arrivent plus à les payer et doivent être aidés par l’Etat pour cela.
Vu le problème du découpage cantonal et de la péréquation, pourquoi n’avoir pas établit un système fédéral dès le départ ?
Un problème de compétence ?, de susceptibilité cantonale ?, de cantonnement des sommes gérées ?
Financièrement, la pratique révèle que le mutualisme (dans le sens mise en commun) est toujours moins cher que le forfait individualisé, surtout si c’est une collectivité associative ou territoriale qui gère.
Mais bon, le choix d’une structure plutôt qu’une autre est politique, idéologique.
Merci pour vos explications.