« Pa capona »

Posted: 7 septembre 2012 in Local

L’affaire Varone nous aura au moins appris ce dicton (« Ne pas capituler ») de la commune de Savièse, 7000 habitants, dont 7 à 800, selon les compte-rendus de la presse, avaient fait le déplacement à Conthey jeudi soir pour les assises du Parti radical valaisan (on ne savait pas que cette formation comptait autant d’adhérents dans la commune…) . Au total, plus de 2000 délégués pour choisir le candidat au Conseil d’Etat, des dimensions de convention démocrate américaine! Ce sera donc Christian Varone, commandant de la police cantonale, élu avec une confortable majorité malgré (à cause de?) ses ennuis avec la justice turque pour avoir ramené dans ses bagages un morceau de chapiteau. L’assemblée n’a pas hésité à huer le père spirituel, l’ex-conseiller fédéral pascal Couchepin, qui faisait part de ses doutes face aux garanties données par le candidat Varone.

On sentait monter ce type de réaction victimaire depuis quelque temps dans le Nouvelliste et sur les réseaux sociaux. L’enjeu n’est plus de savoir si Christian Varone a commis une peccadille ou un délit en ramassant son « caillou », ni même de savoir s’il ferait un meilleur conseiller d’Etat que les deux candidats qui lui étaient opposés. C’est le sursaut d’une région, voire d’un canton qui se sent agressé sur différents points qu’il considère comme vitaux: initiative Weber, loi sur l’aménagement du paysage, renégociation des concessions hydrauliques, révision du droit des successions. Sursaut contre le reste de la Suisse, contre les médias et en particulier la radio-télévision, accusée d’avoir savonné la planche de Christian Varone. Le message envoyé hier soir était le suivant: « On reste encore maîtres chez nous! » Ce qu’il en adviendra dans les semaines à venir est moins clair. Si Christian Varone est blanchi par la justice turque ou s’en sort avec un sursis, ses chances remonteront en flèche, ses partisans triompheront contre la mauvaise foi de leurs adversaires. Dans le cas inverse…

Pendant que plus de 2000 radicaux valaisans s’enflammaient à Conthey, le Grand Vieux parti radical vaudois a peiné à réunir quelque 300 de ses délégués la veille à Payerne pour se faire hara-kiri et renaître fin septembre sous la bannière du parti libéral-radical. Le contraste est saisissant. Faut-il admirer la mobilisation démocratique valaisanne face au déclin vaudois? Je n’étais pas à Conthey, mais un collègue qui s’y trouvait me dit qu’il a vu une démocratie dirigée à la baguette militaire, dont un effet probable sera de diviser le parti radical valaisan au lieu de l’unir derrière un candidat.

Actualisation le 9 septembre. « L’affaire Varone » a désormais deux composantes. La première oppose un canton, ou une partie de canton, au reste de la Suisse romande et surtout aux médias. On s’échange des noms d’oiseaux - journalistes vautours et malhonnêtes contre « Corses de la Suisse » prompts à poser en victimes.

C’est grave, docteur? Non. Ce genre de clichés à toujours existé. Il est simplement instructif de les voir ressurgir si facilement sous le vernis de la modernité, à l’âge d’internet et de la globalisation. Finalement, l’appartenance clanique - je parle aussi bien des journalistes que des Saviésans - continue de jouer un rôle important. Qu’il en résulte des rugosités ne me dérange pas. Le fédéralisme serait ennuyeux s’il se réduisait à une mécanique bien huilée, il est aussi fait de ces petits choc culturels. Personnellement, j’apprécie aussi les Valaisans pour leur fort caractère, y compris la bonne conscience avec laquelle ils affichent parfois leur mauvaise foi. Certes, il est malpoli et antidémocratique de huer une personne dont on ne veut pas entendre l’avis, mais j’espère que les intéressés auront fait leur autocritique à tête reposée.

Reste, à part ça, Christian Varone au milieu de toute cette agitation. Deux principes simples nous guident. Le premier est la présomption d’innocence. Le commandant de la police valaisanne n’a pas encore été jugé en Turquie pour avoir ramassé un fragment de vestige archéologique. Patience, donc. Jusqu’à preuve du contraire, on n’a pas affaire à un criminel endurci, mais au contraire à un homme dont les médias vantaient les qualités il n’y a pas si longtemps. S’il y a un reproche à leur faire, c’est d’ailleurs cette façon de plus en plus superficielle qu’ils ont de construire et déconstruire des héros, sans tenir compte de la fragilité des intéressés soumis à ces mouvements de yo-yo.

Le deuxième principe est celui de la responsabilité, il concerne Christian Varone. Malheureusement pour lui, le commandant de la police et désormais candidat radical au Conseil d’Etat valaisan donne des signaux inquiétants à ce sujet. Sa prestation télévisée à mi-août a été un désastre. Celle de vendredi soir ne rassure pas. Christian Varone est peut-être présumé innocent, mais tient à propos de ses ennuis en Turquie des propos ahurissants. Il déclare ainsi que « la page est tournée », alors qu’elle ne l’est manifestement pas. Il ajoute qu’il prendra ses responsabilités « par rapport à un éventuel jugement ». Cherche-t-il à l’éviter? Négocie-t-il en coulisses, alors que d’un autre côté, il joue les naïfs, dit n’avoir reçu aucune « convocation officielle », aucun document écrit précisant ce qu’on lui reproche? Mais bon sang, ce juriste de formation a une avocate en Turquie, le téléphone et le courrier électronique ou physique existent! Arrêtez de nous prendre pour des imbéciles, monsieur Varone. Quand on lui demande s’il se rendra en Turquie pour assumer ses responsabilités, cet « homme de valeurs » commence à louvoyer, dit qu’il est « beaucoup trop tôt pour répondre », revient sur ses engagements précédents.

C’est cela qui ne va pas. C’est à cause de cela que cette affaire s’enlise. Christian Varone, « dont la peau vaut cher puisque certains la veulent », brigue un poste beaucoup plus exposé que ne l’est celui qu’il occupe aujourd’hui. S’il est élu, il sera forcément attaqué sur divers dossiers, avec bonne ou mauvaise foi, il devra afficher un profil clair et cohérent, des arguments solides. Son image de bon type qui lui a servi jusqu’ici ne tiendra pas un mois. Elle est déjà en train de se dissoudre, laissant la place à celle d’un homme hésitant, influençable, pas très net sur ses intentions. Mauvais début pour une campagne.

Commentaires
  1. Jean-Claude Praz dit :

    …dans le cas inverse, tout le Valais romand le soutiendra peut-être.

  2. Le passant ordinaire dit :

    Je n’ai pas trop de soucis pour le PLR valaisan car ses membres sont jeunes et capables de tenir tête aux caciques du parti. Le parti radical c’était Martigny et ses environs. Aujourd’hui c’est fini car le centre dispose de tant de forces vives aussi bien chez les PLR que les PDC et le PS.

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