La Confédération suisse est prête à débourser 30 millions de francs pour soutenir la candidature des Grisons aux Jeux olympiques d’hiver de 2022. On parle bien de la candidature uniquement, car l’organisation des Jeux elle-même entraînerait des dépenses de 2,8 milliards de francs - selon un budget qualifié de modeste par rapport à ce qui se fait ailleurs - dont le découvert serait assumé à hauteur de un milliard de francs par la Confédération. Le piquant, dans cette affaire, est que la majorité des habitants des Grisons voteraient non à l’organisation de JO sur leur territoire si on leur posait la question aujourd’hui, écrit le Tages Anzeiger. Les officiels vont donc dépenser beaucoup d’énergie - et sans doute d’argent - dans les prochains mois pour que le peuple change d’avis, au motif que les Jeux sont bons pour l’image et le moral d’un pays, comme on l’a vu à Londes récemment.
Je ne conteste pas cet argument. Mais j’observe que pendant ce temps, l’avion solaire de Bertrand Piccard et André Borschberg, dont les premiers vols réussis suscitent l’enthousiasme partout où ils se déroulent, cherche toujours 30 millions de francs - coïncidence - pour boucler son budget de 130 millions et effectuer en 2015 le tour du monde sans une goutte de carburant. Une commission des finances, dont c’est le travail certes, leur cherche des poux pour l’utilisation d’un hangar militaire et veut que toute prestation publique, de la main d’oeuvre au petit four, figure dans un contrat dûment officialisé.
Je veux bien. Mais quelle différence d’attitude - large et généreuse quand il s’agit de la mafia olympique, tâtillonne et comptable face à un projet novateur!
Qu’est-ce qui est le plus valorisant, le plus neuf, le plus médiatiquement porteur pour l’image de la Suisse: le silo à riches de St-Moritz, connu pour ses sports d’hiver depuis plus d’un siècle, ou Solar Impulse, un mode de locomotion qui fait rêver, un pari sur le renouvelable qui représente un défi mondial?