Grâce à mon collègue François, revenu d’Asie délesté de 1200 dollars, mais avec un Sony NEX 7 équipé de son zoom standard 18-55mm en poche, j’ai pu brièvement essayer la bête. Pas avec le zoom standard, assez moyen, mais avec une optique bien plus alléchante… Avant d’y venir, une précision s’impose: ceci n’est pas un de ces tests professionnels où toutes les caractéristiques de l’appareil sont passées au crible, il s’agit juste une prise en main par un amateur de photographie de rue. François et moi partageons la même passion pour les images précises, très piquées, et les les beaux objectifs Leica ou Zeiss. Cela tombe bien, il a dans sa besace un Zeiss Biogon 35mm f2, une merveille d’optique et de douceur quand il s’agit de mettre au point - manuellement, bien sûr. Une petite bague d’adaptation et hop, le voici sur le NEX 7.
Car l’acheteur du Sony NEX 7 est confronté à un dilemme. Le boîtier est superbe, le capteur de première classe, les commandes bien conçues. Mais côté optiques, il n’y a guère que le Zeiss Sonnar 24 mm f 1.8 qui soit à la hauteur du boîtier, pour le prix aussi, d’ailleurs. Ceux qui ont eu la bonne idée de conserver de “vieux” objectifs Zeiss ou Leica se posent donc la question: que donnent ces jolis cailloux sur le NEX 7? En combinant les uns et l’autre, puis-je atteindre le Graal des photographes de reportage, à savoir une définition irréprochable pour un encombrement et un poids réduits au minimum?
Après ma prise en mains, ma réponse est oui, au prix d’un (ré)apprentissage.
Pour mon test comparatif, je me suis baladé aux mêmes endroits avec deux concurrents offrant une légèreté et un encombrement comparables:
- Le Nikon D5100 avec l’objectif Nikkor 35mm f 1.8.
- Le Sony NEX 7 avec le Biogon 35 mm f 1.8 (+ bague d’adaptation).
Les capteurs sont de même taille (APS-C). Celui du NEX 7 est un peu plus récent et condense davantage de pixels que celui du D5100 (24 mios contre 16 mios). Mais de l’avis général des testeurs, le second, repris du Nikon D7000, affiche des performances très honorables. Je ne m’attarde pas sur la conception différente et les possibilités des deux boîtiers, amplement décrites ailleurs. Soulignons au passage que l’investissement n’est pas le même: un D5100 se trouve aujourd’hui à moins de 800 francs avec le zoom du kit, tandis que le seul boîtier du NEX 7 coûte plus de mille francs en Suisse.
J’ai réglé la sensibilité à 400 ISO pour les deux appareils, et en route Simone. D’emblée, l’autofocus du Nikon est bien plus familier au photographe paresseux que je suis devenu que le réglage manuel de la distance du Biogon sur le NEX 7. Je me rends vite compte qu’avec des objectifs d’une telle qualité et précision, l’à peu près ne pardonne pas. Au début, on gâche donc pas mal d’images, on tâtonne et on peste. Le viseur électronique du NEX 7 a beau être le meilleur de sa catégorie - affirment les experts - il n’en est équivaut pas moins à des pneus de tracteur sur une Ferrari quand il s’agit de régler finement la distance avec le Biogon. Il est possible de se faciliter la vie en programmant une touche de commande qui actionne l’effet loupe sans quitter le viseur de l’oeil, mais rien ne vaudra jamais la clarté et la finesse du viseur optique Leica (repris en partie pour le viseur hybride du Fuji X100 et X-Pro).
En revanche, le dos-écran du Sony basculant vers le haut et le bas tout en restant derrière le boîtier grâce à deux petits bras articulés est une bonne surprise. Contrairement à celui du D5100, qui se déploie sur le côté et demande d’actionner la touche “live view”, celui du NEX 7 permet de pratiquer une visée discrète à hauteur de hanche, en regardant l’image d’en haut, tête baissée, comme on le faisait avec les vieux Rolleiflex ou Yashica. C’est un coup à prendre, mais il ouvre de nouvelles possibilités pour l’instantané. Cela étant, il faut aussi actionner l’effet “loupe” sur l’écran pour mettre au point finement le Biogon, et ce n’est pas toujours aisé. Au début, les commandes ne tombent pas très naturellement sous les doigts. En plus, il m’arrive d’actionner sans y prendre garde la mollette de compensation d’exposition. En une phrase comme en cent, le NEX 7 équipé d’un objectif à mise au point manuelle demande un temps d’adaptation pour donner tout son potentiel.
Une façon alternative de procéder pour déclencher rapidement sans s’énerver avec la loupe du viseur ou de l’écran consiste à mettre au point par anticipation, “à l’ancienne”. C’est-à-dire prérégler la distance, sur 4 mètres par exemple, et prévoir une profondeur de champ suffisante (5.6 ou 8 minimum) pour être dans la cible. Le reste est affaire de pratique.
J’allais oublier un détail important: la prise en mains du NEX 7 est très satisfaisante, et le Biogon 35 mm ne déséquilibre pas trop le boîtier très mince.
Venons-en au principal, à savoir la qualité d’image. Je le répète: je n’ai pas mitraillé des mires ou multiplié les prises de vue sur trépied; il s’agit juste un petit duel en situation réelle. J’ai pour cela photographié le même paysage lausannois, dans des conditions de lumière et des réglages comparables, avec les deux appareils (photo ci-dessus). Le temps de pose était de 1/4000è de seconde et la focale réglée à f 4, soit de bonnes conditions pour éviter le bougé ou le léger flou dû à une grande ouverture. J’ai ensuite agrandi un détail, la zone entourant le panneau du poste de police en bas à droite de l’îmage.
Le verdict ne souffre pas de discussion. Côté rendu des couleurs, l’image du NEX 7 est un peu plus “jaune” et un peu plus plate que celle du D5100, mais je ne m’attarde pas sur ce point, car ce sont des choses qui se règlent aisément en post-production. En revanche, le piqué de l’image ne s’améliore pas a posteriori, et là, le NEX 7 l’emporte haut la main sur le D5100. Je reproduis ci-dessous les deux images, en haut le détail tiré du Sony, en bas celui tiré du Nikon.
Les lettres “police” se lisent nettement mieux sur le NEX 7 que sur le D5100, il suffirait d’un rien pour qu’on puisse même déchiffrer les numéros de plaque des voitures passant par là, alors que cela paraît hors de portée du D5100, même en tripatouillant les réglages de netteté en post-production.
Les 24 millions de pixels et surtout la qualité du Biogon 35 mm font la différence. Cela se vérifie aussi sur d’autres images que je n’ai pas reproduites ici. Le Nikon D5100, dont les résultats semblent tout-à-fait corrects en eux-mêmes, apparaît soudain un peu “mou” face au NEX 7. On peut donc dire que ce dernier tient ses promesses pour ce qui est de concurrencer les reflex haut de gamme tout en gardant un format (presque) compact. Reste à espérer que Sony livrera bientôt les objectifs autofocus d’une qualité égale à celle du boîtier, ou à se mettre en chasse de beaux “cailloux” manuels au fonctionnement soyeux et réapprendre à s’en servir!
