Lloyd Blankfein, survivant du Titanic. Jusqu’à quand?

Posted: 19 avril 2011 in Non classé

Un prix Pulitzer a été décerné, pour la seconde fois, à Pro Publica, un site qui ne diffuse ses enquêtes que sur internet et se finance auprès de quelque 1300 donateurs. La série intitulée « The Wall Street Money Machine » décortique les méthodes obscures, éthiquement si ce n’est légalement condamnables, des milieux financiers pour engranger un maximum de profits en un minimum de temps.

Fort bien. Mais combien de ces personnages ont-ils rendu compte de leurs actes devant un juge? Très peu. Une des figures les plus emblématiques de cette mentalité prédatrice est Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, un des deux seuls directeurs de grandes banques américaines qui a survécu à la crise, et y a même gagné de l’argent par les méthodes plus que douteuses pratiquées à large échelle dans son établissement. Une enquête de la Securities and Exchange Commission les avait déjà dénoncées l’an dernier mais, comme souvent aux Etats-Unis, les choses s’étaient conclues par un arrangement et une amende.

Plus ennuyeux pour Goldman Sachs est l’énorme pavé (650 pages) intitulé « Wall Street and the financial crisis: anatomy of a financial collapse » publié la semaine dernière par une sous-commission d’enquête du Sénat américain - et approuvé par les deux partis. Elle est dirigée par le sénateur Carl Levin, dont les banques suisses ont appris à connaître la ténacité. Il est fidèle à sa réputation ici. Je n’ai pas lu les 650 pages du rapport, celles concernant Goldman Sachs sont dans le dernier quart. On y lit, avec luxe de détails, comment les golden boys GS faisaient le forcing pour refiler en urgence à leurs clients des tombereaux de produits structurés basés sur de l’immobilier pourri dont ils savaient qu’ils allaient imploser - ce qui est effectivement arrivé. Leurs échanges de courriels montrent de façon incontestable qu’ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient et refusaient systématiquement aux quelques clients méfiants les informations qui auraient permis à ces derniers de connaître la vérité sur les titres dont on voulait les gaver. C’est le signe d’une culture d’entreprise fondamentalement malhonnête, et comme dit le proverbe, le poisson pourrit par la tête.

Voici, page 611 du rapport, ce que dit Carl Levin à Lloyd Blankfein:

Senator Levin: You are betting against the very security that you are selling to that
person. You don’t see any problem? You don’t see that you have to disclose, when you
have put together a deal and you go looking for people to buy those securities, it just adds
insult to injury when your people think it is a pile of junk.


Lloyd Blankfein: I don’t believe there is a disclosure obligation, but as a market maker, I

am not sure how a market would work if it was premised on the assumption that the other 
side of the market cared what your opinion was about the position they were taking.

Vous avez compris sa réponse (au-delà d’éventuels problèmes de traduction)? Moi non plus. « Je pense que s’ils pensaient que nous pensons qu’ils pourraient penser… » En clair, cela veut dire: la finance est un jeu d’échecs où nous avons toujours un coup d’avance sur l’adversaire, dont le destin est d’être tordu par nous.

La suite du dialogue est du même tonneau. Levin insiste: « Vous pariez contre le produit même que vous êtes en train de vendre, et cela ne vous dérange pas. C’est votre dernier mot. Il n’y a aucun trouble dans votre esprit. » Blankfein: « Sénateur, je suis désolé, je ne peux accepter la façon dont vous me caractérisez. » Levin: « C’est une question, pas une caractérisation. Je vous demande si vous n’êtes pas troublé. » Et Blankfein de répondre: non, il n’est pas troublé, en tant que « market maker » de prendre des paris contre ses clients.

Voilà qui est clair. Mais tout n’est peut-être pas joué. Selon le site Mediapart, Lloyd Blankfein pourrait être poursuivi en justice « pour avoir menti devant la commission sénatoriale qui enquêtait sur les événements à la suite de la faillite de Lehman Brothers ».

Coïncidence? Lundi paraissait dans le New York Times un article qui s’interroge sur la succession de Lloyd Blankfein. « Il ne s’est jamais senti aussi plein d’énergie et n’a aucune intention de se retirer », assure son porte-parole. On prend les paris?

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