Réflexions
Quand les photos ratées en disent plus que la bonne
La NASA vient de mettre en ligne (début octobre 2015) sur Flickr les archives photographiques de ses missions Apollo, dont celles sur la Lune. J’y suis allé voir, par curiosité, et il m’est arrivé quelque chose de surprenant.
Au début, j’ai été un peu déçu. D’abord, ces images sont bleutées, leurs couleurs déjà passées. La plupart sont répétitives et sans intérêt pour le non spécialiste. Même quand les photos montrent les cosmonautes, le module lunaire et la petite jeep qu’ils utilisaient, on découvre qu’il y en a beaucoup de ratées, mal cadrées, à contrejour. On commence à lâcher un léger soupir d’ennui, comme quand le cousin Georges ramenait les diapositives de ses dernières vacances en Tunisie et qu’il en infligeait trois pleins paniers à la famille affalée en pleine digestion sur le canapé…
…Sauf qu’ici, on ne parle pas de plages de sable fin mais de la Lune, d’un endroit foncièrement hostile à l’homme, où les chances de survie sont nulles si un équipement vital rencontre ne serait-ce que le plus petit problème. Du coup, on se prend à regarder les images autrement. Surtout celles qui sont de guingois, peu spectaculaires à première vue. Le module lunaire ressemble à une tente de camping qu’une saute de vent suffirait à emporter. L’antenne paraît extrêmement friable. La poussière semble s’infiltrer partout. Les gants des astronautes sont énormes, les choses qu’ils manipulent si minces et peu pratiques…
Aux antipodes des images bien léchées, parfaitement cadrées, aux couleurs retravaillées que la NASA avait diffusées à l’époque pour célébrer son triomphe technologique, cette suite de photos sans apprêt, ce fouillis apparent donne tout d’un coup, quarante après, un sentiment d’authenticité qu’il était plus difficile de percevoir à l’époque.
Oui, tout cela a bien eu lieu, et c’était foutrement dangereux. Derrière la visière dorée de leur casque, dans leurs énormes scaphandres, ces gars prenaient des risques certes calculés, mais des risques énormes quand même pour en savoir plus sur le monde qui nous entoure. Elle était bien loin, la Terre. Même un Christophe Colomb avait un océan pour poser son bateau. Là, il y avait un océan de vide entre l’éphémère découverte et la possibilité d’une vie.