C’est, paraît-il, un amateur suisse alémanique qui a racheté ce moulin à aubes qu’actionna jadis Georges Paupe, aujourd’hui envahi par la végétation.
Il n’y avait personne quand je suis arrivé dans ce coin à l’écart du village, un peu hors du temps. Tandis que je photographiais, un vieil original s’est approché. Apprenant que j’étais Vaudois, il m’a dit qu’il avait travaillé à Cossonay, probablement aux câbleries. J’avais de la peine à le comprendre. Visiblement, il ne doit pas recevoir beaucoup de visites. Comme cette dame âgée qui m’a interpellé de sa fenêtre tandis que je photographiais l’ombre de branchages sur la façade de sa maison au Boéchet. En quelques minutes, elle m’avait raconté sa vie. « Mon ami est mort il y a un mois. Il ne se sentait pas très bien, il s’est installé dans le canapé, je lui a pris la main, et il était parti. Le Bon Dieu m’a beaucoup pris: ma maman, ma deuxième maman (??), mon mari, mon fils mort dans un accident. » Elle a tenu un hôtel et se trouve aujourd’hui seule dans une grande maison paysanne, avec l’infirmière à domicile pour principale compagnie. Elle m’a même précisé, à l’intention des commères du village, qu’elle et son ami faisaient chambre à part. Elle avait un beau visage, accoudée à sa fenêtre, et j’allais lui proposer de faire son portrait quand elle s’est mise à tousser, m’a dit au revoir et a refermé la fenêtre aussi vite qu’elle l’avait ouverte.