Couvent de Königsfelden, Brugg

Jura1Voici, en guise d’apéritif pour une randonnée sur les crêtes du Jura, quelques images de Brugg, dont celle-ci du couvent de Königsfelden.

Où tout commence par un assassinat, et où l’on découvre que les Habsbourg ne furent pas seulement les lointains et puissants adversaires de la Suisse originelle, mais en quelque sorte des voisins, presque des cousins.

Albert 1er de Habsbourg, duc d’Autriche et de Styrie, fit comme on dit quelques jaloux en prenant du pouvoir et des terres. Il fut empoisonné une première fois en 1295 et survécut en étant suspendu par les pieds, mais perdit un oeil dans l’aventure. En 1308, il n’échappa pas à l’épée de son neveu Jean de Souabe aidé de quelques complices et périt près de son château fort de Windisch. Sa veuve Elisabeth commença la construction du couvent en sa mémoire quelques années plus tard. Sa fille Agnès poursuivit son oeuvre, non sans venger la mort de son père en ordonnant la mort d’un millier de personnes plus ou moins parents des meurtriers, raconte la chronique.

Ensuite, elle se calma et vécut très chichement dans l’enceinte du couvent, sans toutefois prononcer ses voeux de nonne. Elle l’enrichit notamment d’extraordinaires vitraux, les plus beaux que l’on puisse voir aujourd’hui en Suisse, sept cents ans plus tard. Si Agnès ne mena pas une vie de recluse, c’est qu’elle participait encore activement aux affaires de l’empire, ayant des talents de financière et de négociatrice pour jouer les médiatrices dans les conflits entre villes, ou avec les Confédérés. Elle mourut en 1364 et fut inhumée dans l’enceinte du couvent.

« Avant, on pouvait voir le couvent depuis ici », dit la serveuse d’un air dépité. Aujourd’hui, un va-et-vient de cars postaux devant la gare de Brugg, un tunnel routier et un campus plutôt massif de l’autre côté des voies empêchent d’en deviner la présence, alors qu’il se trouve à dix minutes à pied. Devant nous, deux requérants d’asile érythréens sortent du Denner en se partageant les anses d’un gros sac de plastique rouge à croix blanche. La place de la gare de Brugg est surmontée d’un hideux meccano rouge dans le style EPFL des années 70, en plus raté; l’hôtel du Gothard ne semble pas avoir été rafraîchi depuis la même époque.

Mais allons voir ce couvent. Nous nous trompons d’entrée et nous retrouvons dans les imposants couloirs d’une vaste clinique psychiatrique dont l’architecture inspirerait un film. Peu importe, cela nous permet de rejoindre l’édifice par le côté jardin. L’intérieur est vide, nous sommes les seuls visiteurs. Une demoiselle aimable nous fournit deux audio-guides, et nous restons une bonne demie-heure à écouter l’histoire d’Agnès et celle de ces vitraux dont les couleurs flamboient même en ce gris après-midi d’octobre.

Proches de nous, disais-je des Habsbourg, Quand nous quitterons Brugg pour notre première étape le lendemain matin, nous ne verrons pas, parce que noyé dans le brouillard, le petit village de… Habsburg, avec son château, qui est le berceau de la grande famille impériale. Comme quoi ces tyrans dominateurs contre lesquels se sont battus les premiers Confédérés étaient un peu Suisses eux-mêmes. L’ennemi est toujours un concept.

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