"Je le jure", va dire Brady

70-millionen-bonus-fuer-cs-chef-brady-dougan-7456388"Cela ne finira donc jamais?" demande le journaliste de la RSR à l’ex-procureur tessinois Paolo Bernasconi à propos de l’audition du patron de Credit Suisse Brady Dougan ce mercredi aux Etats-Unis et des accusations d’aide à la soustraction fiscale lancées contre sa banque. Et le journaliste de souligner son incompréhension en rappelant que la Suisse et les Etats-Unis avaient pourtant signé une déclaration commune l’an dernier. Méchants Américains, va!

Non, le confrère a mauvaise mémoire. Cette déclaration ne faisait que constater le désaccord entre les deux pays, après qu’un projet de règlement présenté par la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf eut été refusé par le Parlement suisse. La suite logique de ce refus est que les Etats-Unis procédent selon leur législation, et que chaque banque helvétique concernée s’arrange comme elle peut avec les juges américains.

Voilà une intéressante leçon de choses en temps réel pour les souverainistes suisses. Quant à ceux qui clament que tout ceci n’est que pression commerciale sournoise pour affaiblir la place financière suisse (ce qui est peut-être un composant de l’attitude américaine, mais certainement pas le principal), je conseille la lecture de cet article du Tages Anzeiger qui résume le rapport d’enquête concernant Credit Suisse.

On y apprend que la banque servait 22 000 clients américains totalisant une fortune de 12 milliards de francs suisses - pour l’essentiel non déclarée. Credit Suisse n’a livré que 238 noms de fraudeurs fiscaux. On apprend aussi deux détails piquants sur les méthodes de Credit Suisse. La banque avait ouvert une filiale à l’aéroport de Zurich, nom de code SIOA5, pour que les clients paranoïaques puissent traiter leurs affaires sans se déplacer en ville et y laisser des traces compromettantes, en s’inscrivant dans un un hôtel par exemple. Des extraits de comptes leurs étaient envoyés dans le magazine Sports Illustrated.

On se réjouit d’entendre Brady Dougan affirmer devant la commission du Sénat américain qu’il n’était au courant de rien de tout cela, avec le même aplomb qu’il manifestait lors d’une rencontre de presse à laquelle j’eus le privilège d’assister. A son crédit (suisse - pardon, je n’ai pas pu m’empêcher), on notera qu’il va assumer la casse personnellement, en tant que big boss, tandis qu’UBS avait délégué un sous-fifre, Mark Branson, lequel a été bien récompensé de son dévouement puisqu’il dirige aujourd’hui par interim la FINMA, autorité suisse de surveillance des marchés financiers. Vous passez une bonne retraite, M. Marcel Ospel?

Pour mémoire, Credit Suisse vient d’annoncer le paiement d’une amende de 196 millions de dollars aux Etats-Unis tandis qu’UBS négocie une amende de 200 millions d’euros en Allemagne. Celles-ci s’ajoutant à une liste déjà longue. Ainsi se "solde le passé", au cas par cas et la tête basse, sans intervention gouvernementale - ce que je préfère, personnellement. Pendant ce temps, l’OCDE accélère la mise en place de l’échange automatique d’informations, auquel la Suisse finira par se plier. "Rubik", la "stratégie de l’argent propre" et autres lignes Maginot inventées par l’Association suisse des banquiers meurent dans l’indifférence générale.

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