"Nos amis suisses"

Il y a un moyen assez sûr de déceler la condescendance chez un interlocuteur français quand il parle du voisin helvétique. C’est quand il utilise l’expression "nos amis suisses". La séquence du téléjournal d’hier soir à propos de la convention de double imposition entre Berne et Paris en est un assez bon exemple.

"Nos amis suisses" recouvre souvent une bienveillante indifférence ou, plus récemment, un agacement mal déguisé. Les Français qui roucoulent du "nos amis suisses" seront intéressés de savoir qu’ici, ces mots sont généralement compris comme un synonyme de "bande de bouseux". Oh, c’est sans amertume ni jalousie, juste un sourire un peu las.

Citoyen suisse de père français, je suis désolé de voir s’effilocher les relations entre les deux pays. La convention de double imposition rejetée hier par le Conseil national n’est qu’un épiphénomène. C’est un mauvais texte, déséquilibré comme je le relevais il y a plus d’un an, et mieux vaut assumer un désaccord qu’avaler n’importe quelle couleuvre. Cela étant, le malaise est plus large. Si on s’en tient au domaine fiscal, il y a les moulinets de Pascal Broulis avec de son sabre de bois à propos de l’imposition des frontaliers. Il y a les récriminations - en bonne partie justifiées - des autorités françaises sur la lenteur de l’entraide administrative suisse. Il y a la différence de philosophie entre un pays qui réclame l’échange automatique d’informations et un autre qui veut s’en tenir aux standards de l’OCDE. Comme l’a dit le président de la Confédération Didier Burkhalter hier, un dialogue général au plus haut niveau serait souhaitable sur ces questions.

Au fond, les histoires de gros sous ne sont pas celles qui me frappent le plus, mais davantage une sorte de désintérêt réciproque qui laisse resurgir les clichés. A l’arrogance de certains Français répond celle de certains Suisses qui se gaussent facilement d’une France ingouvernable et "incapable de se réformer". Les Romands vont moins à Paris; même pour eux, Berlin et Londres sont devenus plus "in". Les liens littéraires se distendent, la culture globalisée nous fait oublier nos racines communes.

Je trouve cela dommage. Un de mes projets pour 2014 est de prendre mon vélo et de sillonner, longuement, les routes de province françaises, jusqu’en Bretagne peut-être. En attendant, je souhaiterais que, d’un côté comme de l’autre, on s’explique franchement mais sans aigreur. Nous sommes dans le même bateau, il n’y a finalement pas de si grandes différences dans le niveau de réussite des deux pays que l’un ait des leçons à donner à l’autre.

 

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