Crépuscule vénitien

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Un homme prévenu n’en vaut pas toujours deux. Pas à Venise. Même pas en novembre. Parties du Best Western, de joyeuses Chinoises tapent dans les mains à la balade cha-cha-cha du gondolier (si!) comme si elles accompagnaient la danse des canards. Des touristes photographient les Chinoises, des photographes photographient les touristes photographiant les Chinoises. Des résidus élégants de Biennale jettent un oeil distrait aux vitrines des antiquaires. Les magasins de souvenirs soldent tout à 50%, y compris les masques « not made in China, home made, 50 euros for one hour photos with costumes ».

Comment éviter le cliché? Venise EST un cliché. Dans la librairie « Acqua Alta », qui est un cliché de librairie foutoir avec son libraire crachant ses poumons au milieu des piles de bouquins, invitant chaque visiteur à voir dans la cour l’escalier fabriqué avec des livres, la gondole pleine de livres, des labyrinthes de livres partout, je suis tombé sur un livre de Régis Debray intitulé « Contre Venise ». Il y crache sur une petite centaine de pages le venin que lui inspire une cité qui fut une grande puissance de l’Histoire, aujourd’hui reconvertie en autel de la niaiserie globalisée.

Pour ne pas avoir l’air trop niais, il faut se lever tôt matin. Mais ça aussi, d’autres l’ont déjà fait. Par exemple le photographe Christopher Thomas dont je feuillette le livre « Venice in solitude » dans la même librairie. Il a vécu ici plusieurs mois, faisait ses repérages à l’aube avec GPS et boussole, revenait avec sa chambre Linhof et a réalisé un lot d’images laiteuses, pauses longues, dans la grande tradition des photographes « vedutistes » du XIXème siècle. Lui-même ne faisait en somme que citer ses classiques. Ses paysages de la place Saint-Marc déserte ne manquent néanmoins pas d’allure.

C’est vrai que le matin, on rencontre des Vénitiens, des vrais. Des gamins qui font les fiers à l’entrée de l’école. Des gens qui vous adressent spontanément la parole comme cette dame qui me donne rendez-vous pour la procession des reliques d’un saint - zut, ce sera en décembre. Des messieurs qui boitent en promenant leur chien et à qui le marchand de journaux économise quelques pas en venant leur tendre le « Gazzettino ». Les kiosques sont nombreux et jolis, leurs bulbes répondent, en plus petit, à ceux des églises.

Une ville de canaux, de ruelles et de ponts pose quelques problèmes logistiques, me dis-je en observant les activités matinales. Le ramassage des ordures par exemple. Le concierge décroche les sacs comme on cueille des fruits, les mets dans un conteneur qu’il amène au bord du canal. Tiens, un bateau-ambulance passe avant le bateau-poubelle. Près de Fundamente Nuove, deux costauds en habit bleu, croix-rouge sur le dos, hissent un petit vieux en chapeau assis sur sa chaise, le trimbalent d’un pont à l’autre pour l’amener chez le docteur, à l’asile de vieux, que sais-je. Partout, des gars suent en tirant des chariots à roulettes en haut des marches, malgré le vent glacial du nord. Certains hésitent reviennent sur leur pas, regardent le numéro et le nom de la rue. Ah bon, je ne suis pas le seul à m’être égaré.

Je tape ces lignes en profitant de la wifi du « Hollandais volant », un resto sur Campo San Lio tenu par des Asiatiques dont la TV projette un feuilleton chinois. Très Vénitien, en somme.

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