L’écart entre le salaire le plus bas et le plus élevé d’une même entreprise ne peut être supérieur à 1:12. C’est sur ce principe que voteront les Suisses le 24 novembre. Une première mondiale ?
Pas tout-à-fait, a déniché la NZZ, le quotidien des affaires zurichois qui n’est évidemment pas très favorable à cette « police des salaires ». Un pays a essayé avant nous : la Chine. Et même là-bas, ça n’a pas marché, constate la NZZ avec un certain soulagement.
Elle se réfère à une étude menée par deux chercheurs de l’Université Griffith en Australie. Apparemment, Pékin a introduit en 2002 la règle salariale 1:12 – pour les entreprises d’Etat uniquement, qui représentent tout de même un tiers de l’activité économique. Ce corset a été desserré trois ans plus tard, en passant à un rapport 1:14. Dans la pratique, relève l’étude, les écarts étaient plus élevés. Depuis 2009, la règle veut que le salaire le plus élevé ne doit pas dépasser cinq fois le salaire moyen de l’entreprise. Et le bonus (même la Chine connaît les bonus, sourit la NZZ) est limité à trois fois le salaire de base. Au total, la rémunération la plus élevée ne peut excéder 20 fois le salaire moyen.
En acceptant l’initiative 1:12, la Suisse damerait donc le pion aux Chinois, damned !
L’étude australienne s’est aussi intéressée aux effets de ces règles salariales sur 760 entreprises d’Etat. Elle conclut qu’ile st négatif, dans la mesure où plus l’écart est faible, plus le rendement du capital et la valeur de marché de ces entreprises diminuent, plus les chefs changent et plus il y a de corruption. Seul lot de consolation (du point de vue des initiants 1:12), le salaire moyen dans ces entreprises augmente.
Bon prince, la NZZ reconnaît que, la valeur des statistiques chinoises étant ce qu’elle est, il n’est pas possible de transposer les résultats de l’étude dans un pays dont la structure économique est par ailleurs fondamentalement différente. Sa conclusion n’en est pas moins sèche : « même les dictateurs communistes chinois n’ont pas osé aller si loin que l’initiative 1:12 », qui concerne toutes les entreprises.
En cas de oui, je ne vois plus qu’une solution : déplacer la rédaction de la NZZ à Pékin et éditer le « Drapeau rouge » à Zurich.