Poutine le magnanime

edward-snowden2Qui parle d’un retour de la guerre froide à propos de l’espion repenti Edward Snowden, actuellement en transit à l’aéroport de Moscou? Mardi, l’ex-agent américain a formellement demandé l’asile politique temporaire à la Russie. En d’autres temps, cela aurait suffi à déchaîner le gouvernement et les médias américains. Mais écoutez la réaction officielle: "Nous ne nous attendons pas à des problèmes à long terme avec la Russie suite à cette demande d’asile", a déclaré hier un porte-parole de l’administration Obama.

Vladimir Poutine a fait encore plus fort aujourd’hui. "Les relations bilatérales (Russie/Etats-Unis, ndlr.) sont bien plus importantes que les remous autour de l’activité des services de sécurité", a-t-il répondu à un journaliste qui l’interrogeait sur cette affaire à l’occasion de manoeuvres militaires dans la région du lac Baïkal. Le président russe s’est montré encore plus obligeant envers les States: "Nous avons averti M. Snowden que toute activité de sa part susceptible de perturber les relations russo-américaines sont inacceptables pour nous".

N’est-ce pas touchant? Les Russes seraient disposés à accorder l’asile temporaire à Edward Snowden, à la condition expresse que celui-ci se tienne à carreau et ne crée surtout pas de problèmes avec Washington. "C’est un jeune homme, a poursuivi Poutine magnanime. En fait, je ne comprends pas vraiment comment il envisage de bâtir son avenir. Mais c’est son destin et son choix. Et nous avons nos propres objectifs nationaux."

Snowden réduit au rôle de doux rêveur inconsistant. Au temps de la vraie guerre froide, on éliminait les espions, repentis ou non, d’une balle dans la tête. Aujourd’hui, il existe des méthodes plus douces et tout aussi efficaces pour les rendre inoffensifs. D’ailleurs l’intéressé l’a bien compris et semble surtout soucieux de négocier son éventuel retour au pays aux meilleures - disons plutôt aux moins mauvaises conditions. Depuis sa première interview-choc au Guardian, il n’a plus rien lâché de consistant (même ses révélations initiales étaient assez générales, manquant d’exemples concrets à part le fameux exemple du banquier saoûlé par la CIA à Genève). Il y a deux jours, il menaçait de lâcher de nouvelles bombinettes mais s’est bien gardé de le faire. Tout cela sent la monnaie d’échange.

L’espionnage a encore de beaux jours devant lui. Pour les relations russo-américaines, le temps est plus variable mais pas si orageux que ça.

P.S.: L’opposant russe Alexei Navalny n’a pas eu droit à la même mansuétude qu’Edward Snowden et vient d’être condamné à cinq ans de camp.

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