Combien d’argent Daniel Vasella, le président du conseil d’administration de Novartis, a-t-il touché en contrepartie de son engagement à ne pas travailler pendant cinq ans pour un concurrent du groupe pharmaceutique? Jusqu’ici, la somme était un des secrets les mieux gardés de Suisse, surtout au moment où les citoyens s’apprêtent à voter sur l’initiative Minder contre les rémunérations abusives.
Le site Inside Paradeplatz, généralement ben informé, a révélé vendredi matin un montant qui amène des tonnes d’eau au moulin des partisans de Thomas Minder. Selon ce texte, Novartis a ouvert en 2010 un compte doté de 75 millions de francs auprès de la banque Wegelin (aujourd’hui Notenstein). Cette somme correspond à cinq indemnités annuelles de 15 millions de francs chacune et sera débloquée en faveur de Daniel Vasella au moment où celui-ci quitterait sa fonction, ce qu’il a annoncé le 23 janvier.
Le compte aurait été ouvert par le célèbre avocat d’affaires zurichois Peter Nobel (qui fut aussi celui de Philipp Hildebrand, ex-président du directoire de la BNS), un vieille connaissance de Daniel Vasella via l’avocat de Novartis Thomas Werlen. Ce dernier a quitté le groupe en 2012. Peter Nobel est lui-même un vieil ami de Konrad Hummler, associé principal de Wegelin.
Ni Peter Nobel, ni Konrad Hummler n’ont répondu aux questions de Inside Paradeplatz. Quant à Novartis, il s’est refusé à communiquer jusqu’ici sur le montant accordé à son ex-CEO et bientôt ex-président du conseil. Sans doute la question sera-t-elle posée par des actionnaires curieux lors de la prochaine assemblée générale, le 22 février à Bâle.
Ces 75 millions s’ajoutent au salaire plus que confortable déjà touché par Daniel Vasella et aux actions qu’il détient. C’est un très, très beau cadeau pour demander à l’ex-boss de ne pas vendre les secrets d’entreprise à gauche et à droite sitôt après son départ, une attitude de réserve qui devrait aller de soi - et sans dédommagement préalable - dans un monde doté d’un zeste de sens moral. Mais comme le déclarait récemment Daniel Vasella, le sens moral évolue dans la vie.
Le méga-cadeau que s’octroie le président sortant de Novartis contraste avec le sort réservé aux actionnaires. Comme le relève Inside Paradeplatz (et Thomas Minder dans l’interview qu’il a accordée au Matin Dimanche), ceux-ci n’ont pas été à la fête depuis plus de dix ans, période où Captain Vasella était aux commandes. Le cours de Novartis a perdu 2,4% depuis 1998, tandis que celui de Roche grimpait de 35% pendant la même période.
La fondation Ethos, qui représente de nombreuses caisses de pension, s’est prononcée contre le système de rémunération de Novartis. En 2011, cela avait aussi été le cas de 38% des actionnaires présents à l’assemblée.
(P.S.: Confirmation ce soir, à la télévision suisse alémanique, que Daniel Vasella touchera 72 millions au titre de la clause de non-concurrence. Il affirme qu’il ne le gardera pas pour lui, pas complètement en tout cas. Que pouvait-il dire d’autre, pris la main dans le sac?)
Question: Combien de millions Economiesuisse devra-t-elle ajouter aux huit déjà engagés dans la campagne anti-Minder pour limiter les dégâts de cette débâcle médiatique? Et si l’initiative passe, ira-t-elle demander des dommages et intérêts sur les 72 millions de D.V.?
Actualisation le 19.02: Pour calmer la tempête déchaînée, Novartis et Daniel Vasella renoncent d’un commun accord à la clause de non-concurrence à 72 millions. Petite suggestion: que Novartis consacre une somme équivalente, comme D. V. l’avait promis, aux bonnes oeuvres…
Der wahre Grund für den überraschenden Rücktritt von Daniel Vasella - so kurz vor der Abzockerinitiative: http://polizei24.ch/vasellas-abgangs-entschadigung-ware-kriminell/