Bruce Gilden

Bruce Gilden était à Zurich pour l’exposition Photo13 qui se termine ce mardi à Zurich. Je l’ai découvert par cette interview dans le Tages Anzeiger, où le reporter de Magnum, 66 ans, ne mâche pas ses mots. Ce qu’il pense des autres travaux exposés? "Je suis déçu. Toute cette profondeur de champ hyperréaliste, ces contrastes impressionnants, ces portraits léchés peuvent impressionner pendant quelques secondes, pas plus. Je ne vois aucune âme."

Gilden est un photographe de rue né, trempé, forgé à New York. Il a une façon bien à lui d’aller vers les gens: grand angle et flash dans la gueule, à cinquante centimètres, sans crier gare, engueulant presque le passant qui sursaute de surprise. Sa méthode de travail très rentre-dedans apparaît dans cette vidéo. "Je connais la rue, son monde interlope, ses codes et ses signaux d’avertissemnent. Je suis l’un d’entre eux et pour cette raison assez streetsmart."

"Trou du cul ou génie?" s’interroge un autre photographe de rue, Erik Kim. Gilden répond à sa façon, en provoquant. "L’éthique? Oh give me a break - fichez-moi la paix!" Et pourtant si, il a son éthique à lui: "J’aime les gens que je photographie, et ils le sentent. Je flashe des gens loufoques parce que je les trouve beaux et que je m’intéresse à eux".

Bruce Gilden a souvent travaillé en Haïti, y compris après le tremblement de terre. "Bien sûr que c’est affreux, j’ai vu des souffrances infinies, de quoi te briser vraiment le coeur. Mais je ne sais pas pourquoi je ne photographierais pas cela. J’aime ce pays, ses gens. Je montre la réalité, raconte des histoires, that’s it." Le journaliste lui demande si la photo éveille la compassion, les consciences. "Je ne crois pas, en tout cas ce n’est pas mon intention. Si je veux aider, je pose mon appareil photo et je retrousse mes manches. C’est aussi simple que cela."

L’an dernier, Bruce Gilden a passé quinze jours avec d’autres photographes (Martin Parr, Larry Towell, Bruce Gilden, Donovan Wylie, Paolo Pellegrin, Alex Webb, Alec Soth, Susan Meiselas, Jim Goldberg et Alessandra Sanguinetti) dans une maison de Rochester. La ville qui a vu grandir et mourir Kodak. Une partie de son travail est visible ici.

Perso, je n’aurai jamais le quart du cinquième du culot de faire ce qu’il fait, n’ayant pas grandi dans la Grande Pomme mais dans les rues plus tranquilles de Renens. Dans ce qu’il dit, je trouve qu’il y a néanmoins un fil rouge pour tous les photographes de rue: toujours savoir au fond de si pourquoi on photographie les gens. Si dans la fraction de seconde qui précède l’image la personne comprend qu’il est question de sympathie, d’intérêt, et non d’arrière-pensées moqueuses ou commerciales, c’est gagné. Une fraction de seconde, c’est très court, et comme dit Gilden, "il faut des couilles".

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