Le trop photogénique Barack Obama

Posted: 12 octobre 2012 in International

Une semaine après le premier débat télévisé désastreux (pour Barack Obama) contre Mitt Romney, ce dernier vient de prendre une légère avance sur le candidat démocrate, à moins d’un mois des élections. Avez-vous lu les gros titres de la presse francophone signalant ce renversement de tendance pas banal? Moi pas, pas encore en tout cas.

Tout comme il a fallu attendre quelques jours avant que les journaux européens encaissent le fait que Barack Obama, tendu et peu inspiré, s’était planté face à son adversaire: ils avaient tellement annoncé que le président sortant allait sortir vainqueur de la confrontation! On avait même pu lire des sondages conférant à cette pure hypothèse une sorte d’autorité mathématique. Patatras, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, les journaux ont mis du temps à prendre acte de cet écart entre la réalité et leurs prévisions. Ou leurs voeux.

Car il y a un biais pro-Obama évident. Je le dis sans acrimonie, ne faisant pas partie de ceux qui jugent son bilan désastreux. Mais il y a là matière à réflexion médiatique. Obama est Noir, de centre-gauche, un peu écolo. Il a une femme formidable et un photographe attitré encore plus formidable: Pete Souza. Souza a documenté la montée en puissance de Barack Obama, dont il a tiré un livre en 2008, et poursuit depuis avec l’exercice de la puissance. C’est un excellent professionnel, intelligent, qui sait capter l’instant, donner une touche humaine à un job inhumain. Evidemment, toutes ses images sont contrôlées avant leur diffusion. Le coup de génie de ce mandat restera sans doute la photo prise dans la « situation room » pendant la phase finale de la traque d’Ousama ben Laden. Il faut presque y chercher le président, coincé entre un officier décoré comme un sapin de Noël et Joe Biden. Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur cette image, je n’en rajouterai pas, sinon pour admirer l’utilisation de « l’understatement »: l’homme le plus puissant de la planète, regardant l’ennemi No 1 de l’Amérique se faire tuer, a les épaules légèrement voûtées, l’air humble. Quel meilleur message envoyer au monde, et en particulier aux très susceptibles Musulmans? « J’ai fait ce que j’avais à faire, en m’entourant des meilleurs professionnels, mais croyez-moi, je n’y ai pris aucun plaisir ». Parfait.

Il y a toutes ces autres photographies de la Maison Blanche au quotidien - touchantes, ironiques, surprenantes, le plus souvent décontractées. Barack Obama est un président cool, that’s the message guys.

Vraiment? Peut-être, au fond je n’en sais rien. Depuis bientôt quatre ans qu’il est à la Maison Blanche, j’ai toujours l’impression de ne pas connaître cet homme. Je vois défiler les images, sympathiques, intéressantes, impressionnantes, bien composées, mais à quoi correspondent-elles vraiment? Ce moment de complicité familiale avec ses filles sur le canapé est-il représentatif? La course avec le chien a-t-elle été répétée? Tout est si lisse, tellement sans défaut que le doute s’instille. Le « moment authentique » peut-il devenir une recette, un dérivé publicitaire de la photo humaniste des années 60? Je me rends compte que dans le flot d’images qui nous vient des personnages publics, j’en viens à préférer les ratées, celles qui les montrent dans une posture ou sous un éclairage pas forcément flatteurs. Non que je veuille me moquer deux, au contraire, je me sens plus proche d’eux, imparfaits humains que nous sommes tous.

Sauf Barack, bien sûr. Barack est parfait, toujours bien sapé, jamais vulgaire, jamais ricanant comme ce bon vieux Joe Biden qu’on envoie servir les slogans simples et ses gaffes aux ouvriers de General Motors. Et si c’était justement ça, le problème de Barack Obama, cette image hyper-contrôlée qui l’éloigne du vulgum pecus? C’est comme ses discours. Le soir de l’investiture, j’avais trouvé son intervention classieuse et l’avais même écrit. Aujourd’hui, je ne vois plus que ses yeux qui passent d’un écran de teleprompter à l’autre, comme dans un match de ping-pong. J’aimerais plus de tripe, de sueur, des moments d’oubli, pourquoi pas quelques failles et contradictions? Je peine à m’intéresser à ce président trop parfait d’un pays dont je me sens de moins en moins proche.

Commentaires
  1. ph11 dit :

    Je trouve que dans la situation room, il a surtout l’air dépassé par les évènements et est mis de côté par les personnes compétentes.

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