Bienne, musée Neuhaus et autres prises de tête aux Journées de la Photographie

Journées photographiques de Bienne - la dernière en fait. Une question, après des heures à flâner dans des salles essentiellement désertes disséminées dans la ville: n’est-ce pas le chant du cygne de ces expositions conceptuelles, de ces prétendues "réflexions sur l’omniprésence de l’image dans notre société", "le vu et l’être vu", la mise en abîme de l’autoportrait tourné en dérision, rision , sion-sion?

Concrètement, cela donne une série de portraits dont le photographe a soigneusement "grillé" le visage à la lampe de poche jusqu’à en faire un trou blanc car - ha! ha! - il a voulu que le reconnaissable ne le soit plus et que nous questionnassions cette représentation du moi/surmoi/contre-moi. Plus loin, Joan Foncuberta a empilé les projecteurs pour faire tourner en boucle des centaines d’autoportraits d’amateurs dans des miroirs. Le propos est d’attirer l’attention sur la vacuité existentielle de ces poses à quatre sous - que les intéressés n’auraient sans doute jamais eu l’idée de contester d’ailleurs. Ivars Gravlejs photographie et fait photographier les clients d’un grand magasin qui casse les prix des appareils. Même propos. Haus am Gern, couple d’artistes, se fait flasher volontairement par un radar de police ou prend des poses conventionnelles dans des studios de photographes professionnels: on se tord de rire devant tant d’humour décalé. Visages floutés, paysages pixellisés, visiteurs-photographes de monuments photographiés d’en haut, images verbeuses et prét entieuses, surtout ne rien montrer qui suggère un vague plaisir, une rencontre, une émotion.

De cette soupe émergent tout de même quelques travaux intgéressants: Liu Bolin bien sûr, aussi présent au festival Images de Vevey; les portraits voilés et troublants de Amir Hossein Keihani; les miradors végétaux d’Erwan Fichou; les images de Myr Muratet dans la banlieue parisienne, exposées dans la cave d’une maison que la ruine menace. Je ne résiste pas au plaisir de citer cet extrait traduit de sa fiche de présentation: "Il s’agit de dresser et de dépasser la figée photographique d’une concaténation systématique de systèmes de contre-insurrection: les intersections de ces différentes séries cristallisent les enjeux de domination et d’abus de tous les pouvoirs, numériques, éc0onomiques, es-thétiques: dérisoires TOUJOURS effectifs, soit un chant de condensation pour les espaces meurtris et les espèces qui les habitent."

Quant à la dame ci-dessus, elle monte la garde dans une caisse de cinéma reconstituée au musée Neuhaus. Très conceptuelle, elle aussi, je l’adore.

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