mardi 29 juin 2010

Sur les traces de Garibaldi

«Il croit au «temps glorieux pour notre Sicile», comme il dit; ce qui nous été promis à l'occasion de chaque débarquement, une centaine depuis Nicias, et qui n'est jamais arrivé. Et d'ailleurs, pourquoi cela devrait-il arriver?»
Le Guépard


Dans le train, longeant le lac Léman, mais cette fois direction Brigue, Milan et Gênes. Demain soir à 21 heures, j'y embarque sur « L'Excellent », de la compagnie Grandi Navi Veloci, pour Palerme.
Il y a 150 ans, à sept semaines près, Garibaldi a fait la même traversée à la tête de ses mille Chemises Rouges, sur deux vapeurs réquisitionnés pour la circonstance. Il a débarqué avec ses soldats à Marsala, sur la côte ouest de la Sicile, et, de là, a entrepris la conquête du Royaume des Deux-Siciles, ce qui aboutit neuf mois plus tard à l'unité formelle de l'Italie. Pour le meilleur et pour le pire.
En ce cent-cinquantième anniversaire, il est peut-être exagéré de dire que le pire qui domine, mais ce n'est en tout cas pas l'enthousiasme. Début mai, j'ai eu l'oeil attiré par une déclaration du ministre de la simplification des lois (sic) Roberto Calderoli. Je n'irai pas aux célébrations du 150è en 2011, a-t-il dit, parce qu'il n'y a rien a fêter. C'est ainsi que m'est venue l'idée de ce voyage sur les traces de Giuseppe Garibaldi. Quelle est la colle qui tient l'Italie aujourd'hui? Quels sont ses projets au-delà des affrontements entre Berlusconi et ses ennemis? Comment va le Sud, dont on parle peu?
L'idée est donc de faire dialoguer le passé et le présent. Pour cela, parmi les quatre livres historiques qui constituent la moitié de mes bagages, j'ai l'exemple d'un maître: Alexandre Dumas en personne. Le créateur du personnage de Monte-Christo, véritable PME littéraire et journalistique du 19ème siècle, était en train d'affréter une goélette pour un voyage méditerranéen quand il a appris par Garibaldi, qu'il connaissait un peu, que celui-ci se lançait dans l'expédition des Mille pour voler au secours du soulèvement populaire sicilien contre les Bourbons.
Ni une, ni deux: Dumas a laissé tomber son périple méditerranéen pour rejoindre le chef des Chemises Rouges. Et tant pis pour l'objectivité journalistique, il lui a servi de messager, d'enrôleur et à l'occasion de transporteur d'armes, car les fusils des « flibustiers » garibaldiens étaient plutôt des vieilles pétoires. La goélette de l'écrivain français est arrivée devant Palerme en ruines, après une bataille épique.
On a peine à imaginer la stature qu'avait Garibaldi à son époque. Condamné à mort par contumace lors des soulèvements populaires de 1830, exilé en Amérique du Sud, il s'y était illustré comme guérillero au service de la liberté, y avait été emprisonné, torturé. Le héros qui revenait dans son pays natal pour se mettre au service de Victor Emmanuel II et de la cause de l'unité était précédé d'une réputation d'incroyable résistance, sinon d'invincibilité. New York l'avait acclamé.
Après l'expédition de Sicile, sa gloire ne connut plus de limites. A Londres, il fut ovationné par des foules immenses, on battit monnaie à son effigie; la royauté dut le prier poliment de plier bagages, car on craignait la contagion de son verbe simple et puissant.
Dumas n'a pas peu contribué à forger le mythe. La réalité, comme toujours, est plus complexe. Mais je vais m'arrêter là, car le récit de ma propre expédition sur les traces de Garibaldi et de Dumas, sous le pavillon du Temps, est d'abord réservé à ses lecteurs, à partir du 26 juillet prochain et pour une semaine. Il y aura des photos, du son, des rencontres (je l'espère), la mer et le soleil.
Si j'alimente ce blog pendant la quinzaine de jours que durera le reportage, ce sera en marge du sujet principal, pour ne pas émousser la curiosité.

lundi 28 juin 2010

Hayek, sacré farceur, si près du mouvement perpétuel

Coïncidence. J'apprends pendant l'apéritif de départ de ma collègue Joëlle Kuntz la mort de Nicolas Hayek à l'âge de 82 ans. Et dans les messages de mon iPhone, Solar Impulse annonce que le premier vol sur 24 heures - nuit comprise - de l'avion solaire sera tenté dans les trois prochains jours.
Swatch Group est un des sponsors de Solar Impulse. J’imagine le clin d’œil du vieux Nicolas au moment de passer l’arme à gauche: je mets le nom de ma société sur ce qui ressemble de plus près à l’éternité telle que l’homme peut la rêver - le mouvement perpétuel, le vol sans carburant et sans limite de temps.
Bien sûr, Hayek n’est - de loin - pas le seul à avoir parié sur l’aventure de l’avion solaire. Il n’était même pas parmi les premiers sponsors, si ma mémoire est bonne. Opportuniste, fleurant le bon coup, à son habitude. C’est d’abord là qu’il a été grand, inimitable. Le «sauveur de l’horlogerie suisse» était à l’origine un consultant venu de l’automobile. Quand les horlogers en pleine déconfiture lui ont demandé d’ausculter le dossier du «made in Switzerland», il a compris que l’outil et le savoir-faire étaient uniques, des produits remarquables prêts au lancement commercial. Il était venu regarder, il a décidé de reprendre, à bon compte, les usines qui tournaient au ralenti face à la concurrence électronique japonaise. A ce moment crucial, les dessins de la Swatch et la façon unique, simplifiée, de la produire, n’attendaient plus qu’un ultime feu vert. Une montre bon marché, amusante et fiable. Il manquait néanmoins l’essentiel: un bon vendeur.
Nicolas Hayek a été cet homme-là. Il croyait tellement en lui qu’il se désolait que son pays d’accueil (il était Libanais d’origine, et discret sur ces années-là) n’en fasse pas de même. Il a pris la Suisse à bras le corps, il l’a engueulée, secouée, encouragée, flattée, tirée, cajolée, motivée. Certains lui cherchaient querelle sur la paternité de la Swatch; ils n’avaient pas compris qu’il ne suffit pas de faire un enfant, encore faut-il communiquer l’avis de naissance, susciter l’émotion et la joie.
Hayek savait faire la fête. Je me souviens de l’invitation tous azimuts qu’il avait lancée pour la 20 millionième Swatch vendue. Il avait littéralement squatté la station de Zermatt pour les VIP’s et journalistes du monde entier. Ski acrobatique, light show, discours de Jean-Pascal Delamuraz: il ne faisait pas les choses à moitié.
Je me souviens aussi de son stupéfiant numéro d’acrobate quand Expo.01 menaçait de défunter par excès d’états d’âme et de problèmes financiers. A bout de souffle et à court de solutions, les autorités ont fait appel à Nicolas Hayek, une fois de plus. Il est venu devant son public, comme le dompteur entrant dans la cage aux lions. Il a commencé par dire toutes les raisons pour lesquelles cette expo nationale devait inévitablement, lamentablement échouer. Puis il a fait claquer son fouet: cette expo, il fallait la faire, justement parce que c’était une mission impossible, parce que plus personne n’y croyait à part lui. L’Expo.01 a eu lieu, en 02 certes, mais en gros, le coup de fouet Hayek a claqué dans les consciences.
Il n’a pas réussi tout ce qu’il entreprenait - son rêve de mini-voiture écologique par exemple. Là, même un Hayek ne suffisait pas à remuer le mammouth de l’industrie automobile. Il pouvait aussi être odieux. Je l’ai vu dans son bureau faire le pitre ou le geignard devant des journalistes, dont j’étais, tandis qu’il laissait poireauter au bout du fil le maire de Bienne, la commune du siège de Swatch, et s’en moquait par des mimiques expressives.
Commediante, tragediante! Un seul livre a été écrit sur sa vie - de commande, bien fait mais qui ne lève pas tous les mystères du personnage. Il voulait contrôler sa biographie jusqu’au bout. Il l’a fait, jouant de cette impression d’éternité qu’il aimait diffuser autour de lui, son auréole.
Et puis, pfuit, plus de Nicolas Hayek. L’immortel s’en est allé dans un pied de nez. Sur les ailes d’un avion qui invente le mouvement perpétuel.
(écrit dans l'intercity Genève-Lausanne, paru dans Le Temps du 29 juin).

dimanche 27 juin 2010

Lac Taney (happy birthday, Chris!)

jeudi 24 juin 2010

Le journalisme d'enquête, c'est dans Rolling Stone

Un général qui s'emmerde au bar, boit un coup de trop et se lâche devant un journaliste, parce qu'il le côtoyait depuis des jours, qu'il le trouvait peut-être sympa ou intéressant - va savoir. On a beau être gradé, on reste un homme.
Aujourd'hui, Stanley McChrystal a perdu son commandement des forces US en Afghanistan, parce que le président des Etats-Unis ne pouvait décemment laisser un militaire traiter des hauts responsables politiques de cons (en gros). L'erreur a été de baisser sa garde, même un soir de fatigue ou d'ennui, même face à un gars peut-être sympa ou intéressant. Quand on fait la guerre, c'est 24 heures sur 24. Ce n'est pas drôle, la vie de général (de président non plus, d'ailleurs).
A côté, la vie de journaliste paraît plus intéressante, malgré la mort annoncée du métier. A condition d'oser la rendre un peu rock'n roll. Car c'est dans Rolling Stone qu'est sortie l'enquête dite "d'immersion" qui a abouti à la démission forcée de McChrystal. C'est encore dans Roling Stone qu'est sortie il y a quelques mois l'enquête ravageuse sur Goldman Sachs qui a autant secoué la banque que celle du gendarme boursier américain.
C'est quoi, être rock'n roll? C'est être prêt à se laisser surprendre par rapport à son objectif initial, à sortir de la route qu'on s'était tracée pour musarder sur un chemin de campagne. C'est ce qu'a fait Michael Hastings, le journaliste de Rolling Stone, bloqué à Paris avec le général américain à cause des cendres du volcan islandais. On lui a proposé, au débotté, d'aller voir sur place en Afghanistan, il est allé. Il faut de la fraîcheur, de la confiance en soi (et la compréhension du rédchef) pour oser ça. C'est probablement ce qui manque au journalisme gris muraille que nous pratiquons en général. Ceci est une autocritique.
L'autre leçon de l'affaire concerne la guerre en Afghanistan elle-même. Car il ne faut pas oublier l'essentiel. Au moment où les médias anglo-saxons dominants, comme le Financial Times il y a quelques jours, publient des articles lénifiants pour tirer un bilan présentable de l'action US-OTAN au pays du pavot, l'enquête de Rolling Stone raconte une toute autre histoire. C'est celle-là qui doit nous interpeller, au-delà de la culbute d'un général trop franc. Car, en renvoyant McChrystal, Barack Obama a réaffirmé qu'il n'y avait pas de désaccord sur la stratégie et que celle appliquée jusqu'ici est la bonne. Ce qui reste à voir.

mercredi 23 juin 2010

Mouammar Khadafi dit merci à la Suisse

Pour qui connaît l'histoire des services secrets helvétiques, la seule idée que des James Bond im Emmental aient pu, ne serait-ce qu'une seconde, envisager de ramener par la force ou la ruse les deux otages suisses retenus en Libye relève de la science-fiction. Vu la médiatisation mondiale de cet enjeu, on n'ose imaginer les conséquences qu'aurait entraîné une opération "hit and run" si elle avait été tentée et ratée ou, pire, si elle avait réussi.
Le secret d'Etat a parfois du bon, et il eût mieux valu que ce projet farfelu reste enfoui dans les cartons du gouvernement. Mais c'était compter sans les désormais proverbiales fuites parmi les conseillers fédéraux. Les voici donc qui s'entre-déchirent (une nouvelle fois) pour savoir qui n'avait pas informé qui, et qui a cafté à la presse.
Pendant ce temps, un personnage brille par son silence: Mouammar Khadafi lui-même. On l'a connu plus éructant, et il tenait là une merveilleuse occasion de dénoncer la duplicité de la Suisse et de réclamer son émiettement en autant de confettis qu'il en faut pour arroser d'une main aussi allègre que respectueuse Sa Seigneurie Révolutionnaire du Désert.
Peut-être Mouammar se désintéresse-t-il de la question, maintenant que l'honneur de son Hannibal de fiston est vengé. Mais peut-être rit-il sous cape en remerciant le Conseil fédéral de ses inimitables pitreries. Car, si les médias suisses n'avaient pas été occupés à reconstituer les projets de nos Rambos au petit pied, ils auraient peut-être donné plus d'écho au rapport d'Amnesty international sur les violations des droits de l'homme en Libye, sorti ce mercredi 23 juin.
Les médias étant ce qu'ils sont (ne pas lasser le lecteur, varier les sujets), ils ont suivi l'affaire de l'exfiltration des otages et largement zappé le rapport. Pour les trois lecteurs de ce blog, en voici donc un extrait:
"Des centaines de détenus continuent à languir dans les prisons libyennes après avoir purgé leur peine ou avoir été innocentés par la justice, bien que des centaines d’autres aient été libérés ces dernières années, notamment des personnes dont la détention était illégale. Malgré une augmentation modeste du degré de tolérance des autorités libyennes à l’égard des critiques, les militants continuent à être la cible de manœuvres de harcèlement.
Lors de son passage à la prison de Jdeida en mai 2009, une délégation d’Amnesty International a trouvé sur place six femmes déclarées coupable de zina (infraction définie dans le droit libyen comme des rapports sexuels entre un homme et une femme en dehors du mariage). Quatre d’entre elles avaient été condamnées à des peines de trois à quatre ans d’emprisonnement, et deux à 100 coups de fouet. Trente-deux autres femmes attendaient l’ouverture de leur procès pour zina.
Le rapport indique que les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile, en grande partie originaires de toute l’Afrique et essayant de gagner l’Italie et le reste de l’Union européenne, se trouvent en butte aux arrestations, à la détention illimitée et aux violations. Début juin, les autorités libyennes ont ordonné au bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de quitter le pays.
La Libye continue à recourir régulièrement à la peine capitale. Ce châtiment peut être imposé pour un large éventail d’infractions, notamment certaines activités assimilables à un exercice pacifique des droits à la liberté d'expression et d'association. En mai 2009, on recensait 506 condamnés à mort, parmi lesquels 50 % de ressortissants étrangers."

mardi 22 juin 2010

La démocratie, telle que la pratique le premier parti de suisse

L'Union démocratique du Centre, premier parti de suisse avec près de 30% des voix aux élections de 2007, sacralise volontiers le peuple et la démocratie. A l'interne, c'est une autre histoire. Voici ce qu'en dit, dans Le Nouvelliste, le conseiller national valaisan Oskar Freysinger, qu'on ne classera pas parmi les militants UDC portés aux états d'âme:
"A l'UDC suisse, les décisions élémentaires sont prises par un groupe qui ne recoupe pas les instances démocratiquement élues. Même pour moi qui suis élu fédéral, ce groupe et son fonctionnement restent nébuleux. Je ne sais pratiquement rien des négociations qui ont eu lieu entre ce groupe et l'économie et entre ce groupe et les partis centristes sur l'accord UBS."
Mais qui tire donc les ficelles: Christoph Blocher? demande le journaliste.
"Bien sûr. C'est même lui qui a le plus de pouvoir là-dedans. Ce groupe est ancré sur la Bahnhofstrasse zurichoise. Le problème est que la communication de ce groupe est catastrophique. J'en ai parlé avec Blocher et il ne comprend pas. Lorsqu'il était au Conseil fédéral déjà, il avait un problème de communication. Il n'a pas réussi à faire savoir ce qu'il a réussi. Maintenant c'est encore pire."
Christoph Blocher a toujours dit qu'il se considérait plus efficace en marge du pouvoir officiel qu'y participant. Il n'avait pas précisé qu'il pratique, y compris avec les siens, des méthodes habituellement réservées à la franc-maçonnerie. Et encore, les francs-maçons semblent plus transparents en ce moment.

dimanche 20 juin 2010

Vallon du Nozon


Pour autant qu'elle ne tombe pas trop fort, obligeant à essuyer constamment le devant de l'objectif, la pluie est la compagne du photographe. Elle épure l'atmosphère, les nuages atténuent les contrastes. Il existe d'ailleurs, quand on y fait attention, d'infinies variétés de couvertures nuageuses, dont certaines ont la particularité d'aviver les couleurs et ainsi conférer une tonalité plus dramatique au paysage.
La pluie fait aussi gonfler les rivières. Elles en ont besoin. Malgré les précipitations de ces derniers temps, le Nozon n'a pas encore retrouvé son niveau normal de saison. Peut-être les gens ont-ils l'impression que "l'été est pourri", mais en réalité, la pluviométrie n'avait rien d'exceptionnel jusqu'ici. Et l'année passée était très sèche. Il faut donc encore de l'eau.
Tout ça pour dire que je n'étais pas vraiment mécontent de me faire arroser ce samedi entre Pompaples et la cascade du Dard. En fait, mon objectif n'était pas ce qui figure sur ces images: je m'intéressais aux feuillages mouillés. Il faut dire que la luxuriance de la végétation est exceptionnelle cette année. Le vallon du Nozon ressemble en ce moment à une vraie petite jungle.
Mais je n'ai pas trouvé l'angle ou la manière de rendre ce qui avait d'abord attiré mon regard. Je l'ai reporté sur les branchages, leurs imbrications, les effets de flou et de net autour de quelques magnifiques specimens. Et puis, bien sûr, le Dard, tout au fond, toujours magique, avec des oiseaux qui faisaient du rase-mottes sur la rivière.

jeudi 17 juin 2010

Une nouvelle de l'Agence télégraphique SUISSE (sic)

Voici:
"Berlin (ats/afp) Knut, l'ours polaire du zoo de Berlin élevé au rang de célébrité internationale, souffre de graves troubles du comportement, selon une étude de l'organisation de défense des animaux Peta. Le mammifère, âgé de trois ans, est notamment la proie d'attaques de panique. «Lui et sa compagne Gianna souffrent définitivement de troubles du comportement», a indiqué mercredi l'expert de Peta spécialisé dans les ours polaires, Frank Albrecht. Sa démarche ne suit pas d'objectif précis mais il «erre ici et là» comme un fou, selon l'expert. Il n'a toutefois pas confirmé les informations de presse sur les tendances à l'automutilation du plantigrade."
Je ne publie pas cette nouvelle parce que je me passionne pour le sort de Knut (que je plains, néanmoins), mais parce que cette dépêche, comme d'autre faits divers internationaux, se retrouvent de plus en plus sur le fil SUISSE de l'Agence télégraphique du même nom. Pourquoi? Parce que l'ATS ne fait plus son travail dans son pays de base, pardi! Alors, elle bouche les trous, de plus en plus souvent, avec des services de presse, des dépêches répétées trois ou quatre fois selon leur stade de préparation (du "flash" au "développement"), et du ballast étranger qui n'a rien à faire dans l'information nationale.
Avant, il y avait un peu de concurrence en Suisse avec l'agence Associated Press. C'est fini. Donc l'ATS se laisse aller. Il se passe des week-ends où elle ne diffuse qu'une ou deux nouvelles, en tout et pour tout, sur son fil en français. Je n'ai pas comparé avec l'alémanique, ce serait d'ailleurs intéressant.
C'est gentil de nous parler des tendances à l'automutilation de Knut, mais il me semble que celles à l'automutilation de l'agence nationale (re-sic) de nouvelles deviennent alarmantes.
Conséquence de cette situation: les journalistes, dont l'ATS est en principe un outil de travail, payant bien sûr, sont souvent mieux renseignés en surfant sur des sites gratuits, mais en allemand, comme celui du Tages Anzeiger ou de la NZZ.

U(ne) B(onne) S(oumission)

J'aime beaucoup la première phrase de l'article du Wall Street Journal annonçant que le parlement suisse a finalement voté l'accord UBS, sans référendum, pour livrer 4450 dossiers de clients au fisc américain:
"UBS on Thursday clinched approval from Swiss lawmakers to hand over confidential data on suspected tax dodgers to U.S. officials, ending months of political wrangling over a settlement struck between the U.S. and Swiss governments in August 2009."
"To clinch" veut dire "conclure", selon mon traducteur en ligne Reverso. Dans la phrase ci-dessus, cela donne donc ceci: "UBS a conclu (obtenu?) l'accord des députés suisses pour transmettre etc. etc."
C'est plus qu'une figure de style. La phrase dit bien qui a mené le jeu. L'accord, qu'une grande majorité d'élus désapprouvaient pour des raisons diverses et opposées, a été obtenu au forceps au terme d'un intense lobbying des milieux bancaires et économiques. Et qu'a entrepris UBS, en échange de cette complaisance politique, pour poursuivre ses anciens dirigeants qui ont mis la Suisse dans une telle situation, au regard duquel les 1,5 million de francs payés à Khadafi ne sont que roupie de sansonnet? Rien jusqu'ici, malgré la recommandation pressante de la commission d'enquête parlementaire. Oswald Grübel, boss d'UBS, donne une interview au Temps cet après-midi. Suspense...

mercredi 16 juin 2010

Nos rivières sont dans la merde, mais c'est pas grave

La Tine de Conflens (ci-dessus) est un des endroits les plus sauvages et magiques de la Venoge. Mais des amis de cette rivière qui voulaient y faire trempette, alertés par la mousse et les bulles qui faisaient masse au pied de la chute, ont fait des prélèvements. Résultats: une concentration anormalement élevée de matières fécales.
Ils ont fait part de leurs analyses au service vaudois de la protection des eaux, qui a pris la chose avec philosophie: "Il existe sept stations d’épuration en amont de La Tine de Conflens, au bord du Veyron ou de la Venoge. Il est donc normal que ce type de concentrations augmente lorsqu’il y a peu d’eau", dit benoîtement son responsable à 24 Heures.
Y'a de la merde? C'est normal, braves gens. Parce que, voyez-vous, nos stations d'épuration ne fonctionnent pas bien (c'est du moins ce que laisse supposer la réponse du fonctionnaire). Et quand y'a peu d'eau, y'a plus de merde, c'est mathématique, on va quand même pas s'énerver pour ça.
Au fait, monsieur le rond-de-cuir, pourquoi y a-t-il toujours moins d'eau dans nos rivières, donc toujours plus de merde? Et cela même quand la pluviométrie est à peu près normale, comme ces temps? Parce que sur certaines (ce n'est pas le cas de la Venoge), les autorités - les mêmes qui sont censées veiller sur la santé des rivières - ont longtemps laissé les barrages au fil de l'eau en relâcher un minimum. Plus sournoisement, et là la Venoge est directement concernée, les prélèvements se multiplient dans les sources voisines, parce qu'on construit de nouvelles maisons, ou pour l'agriculture. Le débit, lui, ne cesse de baisser.
Pour se donner bonne conscience, les autorités votent de temps en temps quelques millions pour "renaturer" un bout de rivière, comme on dit. Ce sera le cas de la Venoge. Mais qu'est-ce qu'on renature? Un filet d'eau où deux truites n'ont plus la place pour croiser.
L'autre jour, des amoureux du Doubs et de la Loue ont fait un constat de pollution encore plus alarmant dans le Jura, qu'a répercuté le Quotidien Jurassien. Des chèvres ont crevé d'avoir bu l'eau de la rivière. Là aussi, le fonctionnaire est resté totalement zen. Ses analyses à lui ne montrent rien d'anormal. Et on décrète le Doubs "parc naturel" pour attirer un peu plus de touristes.
Les constructeurs de villas ont leur lobby, comme les paysans et les hôteliers. Les rivières, elles, n'ont que les pêcheurs et quelques promeneurs inoffensifs pour constater qu'elles vont mal. Quant aux poissons, ils disparaissent sans faire de bruit, sans déranger les fonctionnaires roupillant au milieu de leurs éprouvettes indiquant que tout est pour le mieux.

dimanche 13 juin 2010

BP, the trrrrrrrrrrrrrrue story (thanks Magali)

Le problème du Monde...

... est moins le fait que Nicolas Sarkozy interfère ouvertement dans ses affaires - on n'en attendait pas moins de l'irascible roitelet de France - que l'absence de véritable alternative à une main-mise politicienne sur le capital du grand journal. La semaine dernière, dans une succession trop peu médiatisée me semble-t-il, les trois candidats étrangers se sont retirés de la course ou ont soudain fait part de leur hésitation.
Le groupe suisse Ringier, dont le patron avait déjà qualifié la situation économique du journal de "triste spectacle", a fait savoir qu'il n'avait pas assez de temps pour étudier le dossier en profondeur. Manière polie de dire que ce qu'on y a découvert ne plaît pas. L'italien L'Espresso s'est retiré aussi. Et l'espagnol Prisa, qui est déjà dans le capital du Monde, a demandé un délai pour réunir la somme nécessaire. Après tout, il y a 100 millions d'euros de dettes à éponger  au Monde, et celles du groupe Prisa se montent déjà à 3 milliards d'euros.
A noter que les dettes du Monde datent de l'époque où le journal rêvait de constituer des alliances et partenariats à l'échelle de l'Europe. Projet en soi intéressant, mais qu'il faudrait animer d'un souffle journalistique avant d'y engloutir des capitaux. Les journalistes étant ce qu'ils sont - conservateurs et jaloux de leur chasse gardée - Le Monde a échoué et se trouve ramené aujourd'hui à un enjeu hexagonal.
La semaine dernière toujours, le patron d'Orange Stéphane Richard a déclaré qu'il était prêt à investir "quelques dizaines de millions d'euros" dans Le Monde, sur le ton "une aumône? pourquoi pas?". Visiblement, il n'a aucune idée de ce qu'il veut. La participation de la filiale de France Telecom devrait rester minoritaire a-t-il ajouté - probablement pour ne pas effaroucher ceux qui relèvent déjà que l'Etat français contrôle directement ou indirectement 27% du groupe que dirige Stéphane Richard. La tentative de main-mise indirecte par les amis de Nicolas Sarkozy est transparente.
Car les autres candidats à la reprise - le trio Pierre Bergé-Xavier Niel-Matthieu Pigasse - sont des gens que le président n'aime pas, mais alors pas du tout. Il traite Xavier Niel "d'homme du peep-show" parce que ce dernier a introduit le Minitel rose. Niel a surtout investi dans Mediapart, un site de journalisme d'enquête qui ne ménage pas l'Elysée. Mathieu Pigasse, un banquier de Lazard, a été un conseiller personnel de Dominique Strauss-Kahn, l'actuel patron du FMI et possible candidat contre Sarkozy en 2012. Quant à Pierre Bergé, il est connu pour avoir créé ou soutenu plusieurs titres de gauche, et la campagne de Ségolène Royal.
Si la situation financière du Monde le permet - un grand "si" - le mieux serait de retarder le bouclage de la recapitalisation à l'automne pour ouvrir le tour de table. Sinon, le titre va devenir le joujou du théâtre guignol politique français.

Montheron, coupes de bois, etc.

jeudi 10 juin 2010

"Faites votre coming-out fiscal à Vaduz"

Intéressante dépêche de Bloomberg, où l'on apprend que les banques liechtensteinoises draguent les riches Anglais en leur proposant de se mettre en règle avec le fisc de leur pays, moyennant une amende tout ce qu'il y a de plus raisonnable.
Le traité négocié entre Vaduz et Londres fixe le montant des pénalités à un quart du niveau qu'elles atteindraient selon les normes usuelles. Voilà qui n'est pas cher - à peine plus que le prix des somnifères - pour dormir du sommeil du juste. Des arrangements similaires sont négociés avec les Etats-Unis, la France, l'Allemagne et l'Italie.
Les autorités britanniques espèrent rapatrier ainsi 1 milliard de livres (1,7 milliard de francs suisses). On peut mettre ce chiffre en regard des 535 millions de francs versés par la Suisse en 2009 à l'ENSEMBLE de l'Union européenne au titre de retenue à la source - le système défendu par Berne pour conserver le secret bancaire. On notera au passage que ce montant a chuté de 200 millions de francs par rapport à l'année précédente - la faute à la crise, sans doute... Sur ce montant, 43,6 millions de francs sont allés à la Grande-Bretagne. On est assez loin des "milliards de francs par année" que l'Association suisse des banquiers fait miroiter devant les yeux fatigués des Européens.
Parce qu'il a été attaqué plus tôt et plus fort que la Suisse sur l'évasion fiscale, parce qu'il est plus petit, "le Liechtenstein a dû réagir de façon plus créative", dit Katja Gey, qui a aidé le gouvernement à négocier les nouveaux accords fiscaux. Du coup, il a pris une bonne longueur d'avance sur la Suisse, "qui a perdu deux ans dans ces discussions", estime Adolf Real, président de l'association des banquiers du Liechtenstein.
Pour Philip Marcovici, un avocat d'affaires de Baker & McKenzie à Zurich, également enseignant dans plusieurs universités, "la Suisse semble en train d'échouer misérablement à jouer un rôle de leader mondial sur cet enjeu global". Nombre de banques suisses s'enferment dans "un déni de réalité en croyant qu'après la crise, les gouvernement vont oublier tout cela. C'est un non-sens."
Pendant que le Liechtenstein se retire tranquillement de la ligne de mire, l'Allemagne achète un CD volé de données-clients de Credit-Suisse.

Transhumances


Dix photographes valaisans exposent à la Médiathèque de Martigny leurs travaux, étalés sur quatre ans, concernant les formes contemporaines de la transhumance. Dans le Nouvelliste, je tombe sur cette image de Gilbert Vogt, qui a suivi un employé de banque genevoise dans ses déplacements quotidiens en train. La légende dit ceci: "Autrefois, on amenait le bétail brouter des pâturages plus verts. Aujourd'hui, chacun doit aller chercher son salaire là où il se trouve."
Cela m'a fait penser à un livre (dont j'ai oublié le titre) que je feuilletais un jour sur un rayon de la FNAC. Un pendulaire Lausanne-Genève y racontait - trop au premier degré, hélas - ses états d'âmes et les bribes d'incidents émaillant ces trajets répétitifs. Je n'ai pas acheté le bouquin, mais j'ai trouvé très adéquat qu'il fût publié par les Editions d'En Bas. Le bétail ferroviaire, dont je fais partie, est la version postmoderne du prolétariat, avec jacuzzi et barbecue en plus, pour se remettre des courbatures le week-end.
A propos, ce matin dans le wagon enfants de l'intercity Lausanne-Genève, une jeune femme assise par terre contre une fleur molle en plastique jaune faisait des exercices d'assouplissement en passant alternativement son pied gauche et droite derrière la nuque. Je n'ai pas essayé de l'imiter.

Un mocassin vieux de 5500 ans...

Il a été découvert dans une caverne située dans la province arménienne de Vayotz Dzor (frontière Iran-Turquie) par Ron Pinhasi, un archéologue du College Cork en Irlande. La taille est un 37 européen, précise-t-il. La datation a été établie au radiocarbone par deux laboratoires. Pour ceux que cette découverte fascine, interview de Ron Pinhasi et much more sur le site PlosOne, que je découvre à cette occasion et qui semble être une mine de sujets scientifiques.

mercredi 9 juin 2010

BP, le Cenovis et la communication de crise

Selon l'agence Science-Presse, "BP a acheté plusieurs mots-clefs sur Google et Yahoo, une stratégie qui permet habituellement à celui qui l’utilise de voir son site web figurer en haut des résultats de recherche, en tant qu’item séparé des résultats «normaux», mais bien visible. C’est ainsi qu’«oil spill» vous conduit au site de BP... et à sa manchette qui, le 7 juin, était «Apprenez comment BP est en train de vous aider»."
Ce qui fait dire à une collègue facebookée: "Si j'étais BP, j'achèterais aussi les mots "innocent, c'est pas vrai, non c'est pas vrai du tout et c'est pas du petrole c'est du cenovis"."
Ah, le poids des mots... BP en avait trouvés deux, excellents, pour se présenter comme une compagnie résolument tournée vers l'avenir: Beyond Petroleum. Le slogan fait un peu cucul maintenant que la compagnie pédale dans le Cenovis. A propos de cul, Barack Obama, lui-même un peu englué dans cette histoire, avait déjà incendié la compagnie dimanche en soulignant ses dix milliards de dividendes versés aux actionnaires et 50 millions en campagne d'image. Il a fait plonger de presque 5% le cours de l'action mardi* en clamant sa démangeaison de "botter le postérieur" aux responsables et en déclarant que si Tony Hayward, le big boss de BP, travaillait pour lui il aurait déjà été mis à la porte.
Sur le Net, Beyond Petroleum a cédé la place à des slogans plus actuels, dont voici le florilège dans le Financial Times: Biggest Polluter, Broken Promises, Beyond Patience, Boycott Please.
Le concours est lancé. Dans la catégorie "langue de Molière", je propose Branquignol Pathétique.
Et comme il faut quand même être un peu sérieux dans la vie, je signale à ceux que cela intéresse cette enquête de ProPublica, (un groupe de journalistes indépendants) qui a été publiée notamment dans le Washington Post. Elle montre que les négligences de BP en matière de sécurité ne datent apparemment pas d'hier. Pire, selon des documents d'enquête remontant aux années 2001 à 2007, des employés qui dénonçaient le mauvais état des installations (en Alaska notamment) ont été mobbés. En 2002, en Californie, il a été avéré que BP avait falsifié des documents internes d'auto-contrôle, affirmant que 99% des point vérifiés étaient en ordre, alors que 80% étaient en réalité non conformes. La société a tout fait pour empêcher les enquêteurs extérieurs de voir ses installations. En 2008, l'ingénieur Kenneth Abbott, engagé comme con sultant sur la plateforme Atlantis dans le Golfe du Mexique, a découvert que des dessins essentiels aux mesures de sécurité manquaient, a signalé ce manquement. Il a perdu son contrat avec BP.
Une autre enquête du Wall Street Journal publiée le 27 mai, consacrée spécifiquement au cas Deepwater Horizon et basée sur des documents obtenus par le quotidien, fait apparaître une succession de décisions risquées, voire franchement contraires aux normes de sécurité, pour limiter les pertes sur cette plateforme qui avait connu pas mal de problèmes et du retard à l'exploitation. L'ingénieur de BP supervisant les travaux sur Deepwater, Robert Kaluza, était surtout expérimenté dans le forage terrestre et avait été envoyé dans le Golfe du Mexique pour "apprendre au sujet du forage en eau profonde", selon ses déclarations aux enquêteurs.
*Mercredi: encore - 16% suite à de nouvelles déclarations du gouvernement selon lesquelles BP devrait assumer tous les coûts de la catastrophe, y compris les salaires des ouvriers du forage mis au chômage technique pendant des mois. L'action a perdu la moitié de sa valeur depuis le début de l'affaire. Du coup, les investisseurs de la City londonienne accusent Obama - qui ne parle jamais de "BP" mais toujours de "British Petroleum" - de mettre sur la paille les retraités britanniques, dont les fonds de pension ont investi une part de leur magot en actions BP. Qu'est-ce qui fait le plus pitié: un pélican mazouté ou une vieille dame anglaise qui n'a plus les moyens d'acheter une paire de ciseaux pour tondre son gazon? La réponse à la vieille dame est: soyez attentive où votre caisse de pension investit vos économies, exigez des garanties éthiques, éliminez les sociétés douteuses.

mardi 8 juin 2010

Un document du Spiegel: comment la Chine a contribué à l'échec du sommet de Copenhague sur le climat

Quand le sommet de Copenhague a capoté en décembre 2009, les ONG ont immédiatement mis la faute sur les Etats-Unis et "les pays riches égoïstes". Puis, au fur et à mesure que les langues des participants se déliaient et qu'étaient publiés des documents sur le dernier jour de négociations, il est apparu que les pays émergents, la Chine en particulier, avaient joué un rôle plus que trouble dans cet échec, où les Européens furent relégués au rang de figurants.
En janvier, j'avais reconstitué dans Le Temps le suspense final de la conférence d'après ce qui était disponible. A ce moment, le gouvernement protestait encore de son innocence et affirmait que tout cela n'était que calomnies et calambredaines.
Cela lui sera plus difficile maintenant que le Spiegel a mis la main sur le protocole de la séance-clé où Barack Obama subit une double humiliation des Chinois: l'absence du premier ministre Wen Jiaobao d'abord, puis l'attitude d'un diplomate de second rang pointant son doigt vers le président américain, avant de quitter la salle sans façons pour prendre les ordres d'en haut.
Le protocole publié par le Spiegel confirme les soupçons que l'on avait sur l'intransigeance, voire l'arrogance de Pékin. En prime (et en anglais), quelques déclarations bien senties de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel.

Même pour ceux que le Mondial laisse froid, un texte d'amour

Vivre et mourir en belle intelligence
(par Mohamed Hamdaoui, Journal du Jura, Bienne, 5 juin 2010)

A la veille du début de la Coupe du monde de football, hommage à un parent humaniste bien trop tôt disparu. C'était mon oncle.

Souviens-toi. Ce sinistre mercredi après-midi, il faisait un temps splendide. A croire que le ciel avait décidé d’ouvrir ses volets pour mieux t’accueillir. Assis à ton chevet d’agonisant, je te suppliais de te battre et de tenir le coup pour que nous puissions vivre ensemble ce moment dont je pressentais la venue prochaine. Inéluctable. Mais tu ne m’as pas fait confiance et préféré t’envoler. Quel dommage. Car huit ans plus tard, l’événement auquel nous rêvions tant est sur le point de se réaliser : pour la première fois de l’histoire - et peut-être la dernière ! - nos deux pays participeront ensemble à la Coupe du monde de football. Le premier, l’Algérie, nous a donné la vie ; le second, la Suisse, nous l’a sauvée.

Souviens-toi. Lorsque nous parlions politique ou religion et que nos conversations devenaient disputes, pour nous réconcilier, nous évoquions notre passion commune du ballon rond. Dans ce domaine aussi, il nous arrivait d'ailleurs de diverger. Pour toi, le meilleur footballeur du monde était Heinz Hermann, l’élégant milieu de terrain de la Nati et de GC, trop gentil pour devenir ensuite un bon entraîneur ; tandis que moi, je ne jurais que pour Salah Assad, le génial ailier gauche des Fennecs et du PSG, victime des années plus tard comme des milliers d’autres Algériens du régime militaire en place.

Souviens-toi. Musulman croyant, pratiquant et fervent, tu étais surtout un fin érudit capable de réciter chaque sourate du Coran et d’en expliquer la signification. Pourtant, tu n’as jamais essayé de me convertir, moi, musulman mécréant. Tu respectais le fait que je fréquente davantage les bistrots que les mosquées. Que penserais-tu, aujourd’hui, de ce monde devenu un peu fou où on tue au nom de Dieu ? Ce monde sans raison où, sur tous les continents, des fondamentalistes de tous poils répandent leur intolérance et vont jusqu’à tenter de remettre en cause des acquis sociaux conquis au terme de longues et douloureuses batailles, comme cellles qui ont permis aux femmes de disposer du droit élémentaire de disposer de leur corps ? Et bien sûr aussi de leur visage, quelle stupide polémique.

Souviens-toi. Sur le champ politique, aussi, nos désaccords étaient profonds. Toi, employé d’une grande banque qui a failli mettre notre pays sur la paille, tu étais un libéral - un authentique libéral. Et moi, disciple de Bakounine et de Jean Ziegler, je n’ai jamais eu de compte bancaire. Souviens-toi de cette franche et amicale engueulade tournant autour des seules élections législatives libres jamais organisées en Algérie. Tu essayais, en vain, de me convaincre de ne pas voter pour le Front des Forces Socialistes tandis que je t’exhortais, sans réussite, de cesser de soutenir le Front de Libération Nationale. N’empêche, nous étions convaincus de la nécessité de vivre tous en bonne intelligence. Quelques jours plus tard, nous étions pareillement effondrés quand le pouvoir en place a eu l’affront d’interrompre le processus démocratique sous prétexte que le peuple allait virer de leurs palais et de leurs luxueuses villas les généraux et les hommes d’affaires véreux.

Souviens-toi. Nous avions projeté de mettre sur pied une petite agence de voyages à but non lucratif. Afin de permettre aux gens d’ici de venir là-bas Et réciproquement. Un pont entre les deux plus belles régions du monde : le Parc Chasseral et le Hoggar. Permettre en quelque sorte à deux peuples menacés, les Jurassiens bernois et les Touareg du sud algérien, de mettre en valeur ce qui leur ressemble: amour du travail bien fait, ténacité et caractère un brin taciturne. Hélas, hélas, trois fois hélas. En enlevant et en égorgeant des touristes qui nous avaient fait l’honneur de se rendre sur notre terre natale, une poignée d’illuminés ont brisé notre rêve. Et pour espérer venir passer quelques jours de vacances ici, les hommes bleus doivent désormais montrer patte blanche et prouver qu’ils sont fortunés. En ces temps-là déjà nous étions pris en otage entre quelques fous de Dieu et des formations populistes prêtes à toutes les outrances pour engranger quelques voix supplémentaires.

Souviens-toi. Grâce à toi, j’ai découvert des artistes comme Hadj El Anka, Farid el Atrache ou encore Fairouz et me suis mis à dévorer avec gloutonnerie des auteurs algériens tels Rachid Boudjedra, Kateb Yacine ou Mouloud Mammeri. Grâce à moi, tu as connu et apprécié Michel Bühler, Emil et les Yellow Snow. Je t’ai même surpris un jour à secouer la tête de dépit en lisant Le Matin… J’en ris encore.

Souviens-toi. Sur ton lit d’agonisant, nous nous étions promis de vivre ensemble ce moment historique : une Coupe du monde de football où nous deux pays seraient représentés. Par une étrange coïncidence, nos deux équipes favorites ont effectué leur stage de préparation au même endroit : à Crans-Montana. Oui ! Dans la station où il t’arrivait de participer à des séminaires d’entreprise et où il m’arrivait d’écumer certains carnotzets. Par une étrange coïncidence, nos deux équipes favorites ont livré des matches de préparation catastrophiques. Par une étrange coïncidence, elles vont sans doute se ramasser de belles casquettes en Afrique du Sud. Pour qu’ils se rencontrent, la Nati et les Fennecs devraient arriver en finale. Ce rêve, pas plus que les précédents, nous ne le réaliserons sans doute pas. Mais si, par miracle, il devait malgré tout se produire, je suis sûr que ce jour-là, tu te souviendras de nous…

Comment se faire virer à 89 ans


La réponse sur Israël qui a coûté son poste (faisandé) à la doyenne des correspondantes à la Maison Blanche, Helen Thomas.
Actualisation le 9 juin: Le professeur d'histoire Mark LeVine fait une analyse intéressante de ce dérapage.

L'accord UBS et les trois petits cochons

Réaction de l'Association des banquiers au rejet de l'accord UBS par le Conseil national:
"L’ASB s’attend néanmoins à ce que le Conseil national l’accepte durant cette session. Une décision négative ne serait pas justifiée dans les faits, provoquerait de grandes incertitudes et mettrait en péril l’avenir de la place économique suisse."
Réaction d'Economiesuisse à propos de ce "refus provisoire" (sic):
"Economiesuisse espère que l’intérêt du pays prévaudra sur les intérêts partisans et que le Parlement soutiendra l’accord. La ratification de l’accord est conforme à la Constitution et permet d’éviter la reprise du contentieux fiscal avec les USA."
Voilà qui est clair.
Quant à l'article sur le site du FT, il montre à quel point la politique suisse est compliquée à expliquer à un étranger. "Un amer combat autour du secret bancaire a refait surface mardi quand la chambre basse du parlement a rejeté un accord crucial", écrit le quotidien britannique. En quoi il se plante, car le vote de ce jour n'est pas le fruit d'un débat sur l'avenir du secret bancaire, ni sur celui d'UBS si le refus est confirmé. C'est l'addition hasardeuse et contre nature des "non" socialistes (qui conditionnaient leur soutien à une limitation des bonus) et des "non" UDC (qui ne voulait à aucun prix de cette limitation). Croire, comme le font nos collègues du FT, que le parlement suisse pourrait mener un débat sérieux et constructif sur le secret bancaire relève d'une grande naïveté. Le parlement s'offre une crise de nerfs sans rapport avec le sujet et finira par mettre le doigt sur la couture du pantalon au son de la fanfare ASB-Economiesuisse.
Reste la question de fond: quel est le risque réel vis-à-vis des Etats-Unis en cas de refus définitif (et fort improbable) de l'accord sur UBS? Voici d'abord la réaction d'un ex-banquier que je viens de recevoir et partage. C'est une lettre ouverte à l'ASB:
"Vous faites pression sur le parlement de manière éhontée, de surcroit toujours avec les mêmes arguments laissant croire que l'intérêt de la Suisse se confond tout bonnement avec celui de ses banques, voire d'UBS seule. Rien n'est plus faux, tout comme le slogan jamais étudié, jamais approfondi, jamais prouvé de "too big to fail" attaché à UBS ou CSG.
Pour reprendre vos propres termes, c'est précisément l'acceptation de cet accord qui jetterait un voile d'incertitude très durable sur la sécurité juridique suisse et nuirait à la crédibilité de sa place financière. Alors que son rejet ne provoquerait qu'un durcissement passager avec les Etats-Unis. Et si ceux-ci en venaient à la représaille extrême de retirer sa licence bancaire à UBS (rien n'est moins sûr) et que ceci risque de la mettre en faillite, qu'elle fasse faillite! La Confédération pourrait l'organiser, vendre par tranches des pans entiers dans le monde et en Suisse. La secousse serait bien réelle mais ne mettrait en aucun cas en péril ni la Suisse, ni sa place financière, ni ses habitants dans leur ensemble. Et enfin, il y aurait l'avantage de supprimer l'aléa moral."
J'ajoute, pour en avoir discuté avec plusieurs parlementaires directement concernés, qu'AUCUN député n'a reçu une information digne de ce nom sur les conséquences d'un refus et les fameux risques systémiques constamment invoqués. Quand la commission d'enquête sur UBS a évoqué le sujet, c'est avec... Martin Naville, le président (américain!) de la chambre de commerce Suisse-Etats-Unis. C'est comme si les trois petits cochons invitaient le grand méchant loup pour lui demander une analyse objective des dangers qu'ils courent. La Banque nationale, à qui j'ai posé la question, m'a demandé de circuler, y'a rien à voir. C'est ainsi que les affirmations péremptoires et non argumentées de l'ASB et d'Economiesuisse acquièrent force de vérité au pays des petits cochons.

Concours d'austéri(beau)té

C'est à qui serrera la ceinture un cran de plus que l'autre, à qui trouvera la mine la plus catastrophée pour annoncer aux chers concitoyens les sacrifices à venir. Lundi, Angela Merkel a dévoilé un paquet d'économies de 80 milliards d'euros, dont 15 000 suppressions d'emplois dans l'administration. La chancelière a toujours cru davantage dans les chiffres que dans les mots.
A Londres, David Cameron parle d'une situation "pire que tout ce que nous avions imaginé" et dit aux Anglais qu'ils entrent dans un "l'âge de l'austérité" qui durera des années, "voire des décades".
Peut-on parler de courage politique quand tous les moutons vont dans le même sens, bêlant à qui mieux-mieux pour couvrir la voix du voisin? Quand à une politique qui s'applique pendant "des décades", on attend encore le super-homme d'Etat capable d'une telle obstination.
Impression qu'il entre une part de marketing dans tout cela. On annonce la fin du monde pour pouvoir dire ensuite à l'électeur: "vous voyez, grâce à moi, il n'y a eu qu'une demi-apocalypse". Sinon, comment expliquer l'apathie des gens concernés?

dimanche 6 juin 2010

Gorges du Gottéron, source vive

jeudi 3 juin 2010

Vous avez aimé la pataugée du secret bancaire?...

... préparez-vous à goûter la galugée autour des rabais fiscaux accordés par certains cantons suisses aux multinationales.
"De source diplomatique", nous dit l'AFP, l’Union européenne "compte accentuer la pression sur la Suisse et le Liechtenstein la semaine prochaine" sur la question de la "concurrence fiscale dommageable". Sont notamment visés "les régimes fiscaux de certains cantons suisses (...) qui favorisent les délocalisations d’entreprises".
Cela fait plusieurs années que l'UE fait monter la pression sur ce dossier. La mauvaise nouvelle, c'est que côté suisse, il est entre les mains du ministre des finances Hans-Rudolf Merz. Autant dire, nulle part.
Ceux qui ont des insomnies peuvent poser leur roman noir et empoigner à la place le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur UBS publié lundi (les pages 133 à 318 suffiront). Le rôle de Hans-Rudolf Merz y est décrit de façon éloquente (pour les flemmards, je l'ai résumé dans Le Temps). Je sais: on ne tire pas sur une ambulance. Mais aussi, la place d'une ambulance est à l'hôpital - pas au Palais fédéral.
Or Merz ne se décide pas à partir. C'est un invertébré politique. L'archétype du conseiller fédéral qui s'entoure de scénarios, options, variantes et autres analyses - jusqu'à épuiser ses collaborateurs - et les laisse pourrir sur son bureau, évitant surtout d'en discuter avec ses collègues: il risquerait de se forger une opinion.
Sur l'évasion fiscale organisée par UBS à léchelle industrielle, Hans-Rudolf Merz a mis six mois a réaliser que l'affaire était grave, et six autres à en informer le Conseil fédéral. Sitôt fait, son coeur a lâché. Triple pontage coronarien. Trois mois plus tard, le gouvernement a décidé... de passer la patate chaude à la Commission fédérale des banques. C'est à elle qu'a été courageusement déléguée la responsabilité de transmettre les noms de clients UBS aux Américains et de placer ainsi une bombe à retardement sous le secret bancaire.
Telle est la méthode Merz. On peut craindre le pire en sachant qu'elle s'applique aussi à la fiscalité des multinationales qui placent leur siège en Suisse. Il y a plus de trois ans, Hans-Rudolf Merz, qui se sentait mal aimé des Romands, était venu faire une conférence à Genève, et j'avais eu l'honneur insigne d'être ensuite assis à côté de lui. Il parlait déjà, dans les termes les plus alarmistes, de l'assaut européen sur les rabais fiscaux des cantons et annonçait qu'un groupe de travail avait été créé entre les départements des finances, de l'économie et des affaires étrangères. Une autre spécialité bernoise ça, les groupes de travail. Toute la question est de savoir qui est "federführend" - qui est le pilote. Dans ce cas-là, c'est encore lui.
Plusieurs années se sont écoulées. L'Union européenne a plus d'une fois fait savoir qu'à ses yeux, les choses n'avancent pas assez vite - comme les Américains avec UBS. De la mauvaise volonté? Je crains que ce soit pire que cela: une incapacité à formuler le problème en choix politiques, à dégager des solutions concrètes, des principes clairs.
Pin-pon, fait l'ambulance au loin.

Dr. House opère pour pas cher

Dans un récent épisode diffusé sur la TV romande, on voit la directrice sexy du toubib grognon se battre (avec succès) pour augmenter de 12% les forfaits payés par la compagnie d'assurance, car l'hôpital dont elle a la charge est au top du top des soins...
Ca, c'est pour la version servie aux téléspectateurs. Dans les coulisses où se négocient les séries américaines, ça se passe un peu différemment. "Un épisode de Dr. House sur la TSR s'achète 5000 francs suisses pour deux diffusions", écrit Gilles Marchand, directeur de la radio-TV romande dans une tribune libre de L'Hebdo.
On comprend mieux pourquoi les NCIS, Experts, Ménagères désespérées et autres docteurs caractériels sont devenus le ballast de nos chaînes colonisées par le divertissement industriel américain.
Cela dit, le propos de Gilles Marchand est de répondre à une attaque de Jacques Pilet dénonçant la SSR-mammouth (la redevance la plus chère d'Europe, des programmes tous azimuts pour un marché minuscule). "L'affaiblissement de l'audiovisuel public ne profitera pas à une offre privée", écrit Marchand, qui se dit néanmoins d'accord pour que la SSR établisse des priorités plus claires. Il enchaîne sur un projet qui a aussi été esquissé par le nouveau directeur de la SSR Roger de Weck: développer des partenariats entre la SSR et les éditeurs au lieu de se bouffer le nez autour des plateformes internet, où TV et journaux se heurtent frontalement (sur la question de la pub notamment).
Un embryon de partenariat existe en Suisse alémanique, rien en Suisse romande. Une des idées agitées par Marchand est que la Radio-TV produise "des capsules audiovisuelles qui pourraient être mises à disposition sur les plateformes web des journaux."
Comme on jette des miettes de pain aux pigeons?
Les sites web de la SSR n'ont "actuellement pas d'objectifs commerciaux", précise le directeur de la RTS. J'aime beaucoup le "actuellement".

"Travailleurs, unissez-vous!", recommande un journal du PC chinois


"Au cours des trois décennies d'ouverture économique, les ouvriers sont ceux qui ont reçu la plus petite part de la prospérité. L'arrêt de travail sur quatre lignes de production Honda souligne la nécessité d'une force du travail organisée dans les usines chinoises."
Ces mots sont extraits d'un éditorial du Global Times, un tabloïd dépendant du Quotidien du Peuple, et repris par le Financial Times. Ainsi, même les pontes du parti communiste chinois en arrivent à reconnaître l'utilité des syndicats, ce qui relevait de l'anathème jusqu'ici puisqu'au pays du bonheur rouge, les ouvriers sont forcément les mieux lotis.
Le quotidien britannique conclut peut-être un peu rapidement que "les années d'offre infinie de forces de travail bon marché touchent à leur fin". Il y a encore des dizaines, des centaines de millions de paysans chinois qui sont prêts à l'exode et à accepter à peu près n'importe quelles conditions de salaire. Mais il est vrai aussi que la politique "un seul enfant par famille" assèche les jeunes générations. Deuxième facteur, une main d'oeuvre qualifiée est à terme plus intéressante que des manoeuvres mal payés. Or celle-ci est très mobile, peu fidèle à l'employeur. Troisième facteur, les consommateurs occidentaux n'aiment pas découvrir que leur iPad ou leur iPhone est fabriqué dans des usines chinoises où l'on se suicide à la chaîne, comme le montrent les ennuis récents de Foxconn, dont les employés viennent de décrocher une jolie augmentation de salaire de 30%.
Travailleurs chinois, maintenez la pression!

mercredi 2 juin 2010

Pour un Tour de France de l'innovation cycliste

Mais qu'ont-ils tous à se déchaîner contre les vélos de course assistés? Depuis que circule sur Youtube la vidéo ci-dessus qui fait un rapprochement (plutôt scabreux) entre un moteur miniaturisé monté à l'intérieur d'un cadre et les récentes performances de Fabian Cancellara, le petit monde cycliste hoquète d'indignation. "Si cette triche était avérée, ce serait plus bas que tout, plus grave que le vrai dopage", dit l'ex-directeur sportif Jean-Jacques Loup à la Tribune de Genève. "C'est pire que le dopage. De la triche de bas niveau. Une moto au milieu du peloton. C'est affreux", ajoute Davide Cassani. "Pire que la drogue", insiste Patrick Lefevere, directeur sportif de Tom Boonen.
Ah bon? Améliorer la performance d'un vélo grâce à l'innovation technologique, c'est pire que de détruire des hommes en les bourrant de produits dopants?
La triche, c'est vilain, je suis d'accord là-dessus. Cela étant, ces réactions me paraissent assez typique d'une confrérie passéiste qui continue de carburer à la "légende du Tour" et aux récits d'Antoine Blondin vieux d'un demi-siècle, à maintenir dans le formol une fiction du cyclisme de compétition à laquelle plus personne ne croit.
"Ce n'est pas Floyd Landis qui était dopé, mais son vélo!", avais-je répondu à mon fils Vincent qui se fichait de moi quand l'Américain avouait avoir triché. Puisque la réalité rattrape le mauvais gag, réfléchissons un peu et relisons les livres d'histoire du cyclisme. Qu'était le Tour de France à ses origines, sinon un tam-tam médiatique pour valoriser un nouveau moyen de transport qui concurrençait, alors, le cheval? Il y avait d'ailleurs d'autres épreuves opposant des cavaliers aux vélocipédistes. Le 20è siècle naissant était curieux, ouvert à la technique et au progrès.
Depuis, la bagnole a pris le dessus, et le vélo de course - passé l'interruption de la Deuxième guerre mondiale - s'est figé dans le passé ressassé. A part des changements de vitesse plus performants et un gain de poids, il n'a connu pratiquement aucun progrès technologique en cinquante ans. L'Union cycliste internationale a fait tout ce qu'elle a pu pour aggraver la situation. Quand les nouveaux matériaux ont permis de fabriquer des vélos d'un poids inférieur à six kilos et pas plus dangereux à utiliser que les autres, elle les a interdits.
Les fonctionnaires du cyclisme qui ont si longtemps gardé le silence quand des Tom Simpson ou des Pantani mouraient d'avoir trop drogué leur corps glapissent aujourd'hui parce qu'on a trouvé un moyen d'aider le cycliste sans détruire sa santé - et sans le dispenser d'un effort qui reste important. Je ne trouve pas cela très logique.
Soyons fous. Je propose un Tour de France dont le règlement serait modifié par l'article suivant: "Tous les moyens d'aide au pédalage intégrés au vélo, ne présentant pas de danger et dont le poids ne dépasse pas trois kilos sont autorisés". Quoi? Ce ne serait plus la sueur du héros magnifique qui ferait seule la différence dans le Tourmalet? Ben non, plus seulement - de toutes façons, nous avons des doutes irrémédiables sur la composition chimique de cette sueur. Le vainqueur du Tour serait un athlète affûté aidé par une équipe technique dernier cri, ce qui ne le rendrait pas moins honorable, car ce n'est pas demain qu'un petit moteur suffira à pousser le cycliste paresseux en haut des cols.
L'avantage de cette formule est qu'on ôterait du même coup au Tour de France le côté décourageant qu'il a pour le commun des mortels. Franchement, à part une petite minorité de fondus qui se lancent sur les traces de leurs "héros", qui se sent inspiré par les exploits du peloton? La plupart des gens aiment bien le vélo mais trouvent que ça fatigue quand même un peu vite à la montée. En faisant renouer une compétition majeure avec l'innovation, on la diffuserait inévitablement à plus large échelle, d'abord par des produits coûteux pour les mordus, puis par des versions grand public. Cela favoriserait le retour en grâce, déjà constaté, d'une petite reine version XXIè siècle, la mobilité douce et la santé du plus grand nombre.
Je signalais il y a peu un modèle de vélo de course électrique bien plus léger et élégant que les tanks qui circulent actuellement en ville et pariais sur un poids total de 15 kilos maximum. J'étais trop prudent. Grâce aux moteurs et batteries miniaturisées, on peut viser des engins assistés de 12 kilos maxi qui feraient fureur. Bien sûr, il faudrait encore pédaler, l'assistance ne s'enclencherait que pour les montées - et cela suffirait.
Y a-t-il d'autres amateurs pour un Tour de France de l'innovation cycliste?

mardi 1 juin 2010

Pssssssss, fait la bulle chinoise

La bulle immobilière chinoise annoncée par plusieurs économistes aurait commencé à se dégonfler, selon Bloomberg, qui a analysé la performance d'obligations de quelques géants immobilier. L'écart de rendement avec les autres obligations dépasse déjà 2%, ce qui est le signe qu'elle peinent à trouver preneur et doivent offrir une rémunération plus attractive.
Li Daokui, membre du comité de politique de la banque centrale chinoise, estime que la bulle immobilière dans son pays est un problème "bien plus fondamental, bien plus sérieux qu'aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne avant la crise financière". Enfin, c'est ce qu'il dit dans le FT, et on sait qu'il ne faut pas toujours prendre pour argent comptant ce qui y est écrit.