lundi 31 mai 2010

Gaza, un rappel utile...

... tiré du communiqué du Département fédéral étrangères en réaction à l'interception sanglante de la flotille humanitaire pro-palestinienne:
"Conformément aux Conventions de Genève, Israël a l'obligation d'assurer le ravitaillement de la population civile afin de répondre à ses besoins en vivres, fournitures médicales et autre bien humanitaire nécessaire. La Suisse estime qu'il est nécessaire de trouver une solution afin d'améliorer de façon durable le ravitaillement et la reconstruction de Gaza. Dans ce contexte, elle a proposé à plusieurs reprises la mise en place d'un mécanisme international permettant un accès régulier à la Bande de Gaza, tenant compte des besoins de sécurité d'Israël."

Quand le Financial Times fait du mauvais journalisme à force d'être aveuglé par son réflexe anti-européen

Ce message pour inciter à la lecture du blog de Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles. Il décortique comment le quotidien de la City a publié le 27 mai dernier un article affirmant que les Chinois cherchaient à se débarrasser de leurs euros - information qui a effectivement fait plonger la monnaie unique, mais reposait sur du vent. Le FT s'est bien gardé de s'en excuser auprès de ses lecteurs qui, de toutes façons ne le demandaient pas: nombre d'entre eux partagent l'anti-européanisme viscéral du journal saumon.
C'est ainsi que les "faiseurs d'opinion" économiques ronronnent entre eux, renforçant réciproquement leurs clichés au lieu de pratiquer la discipline de base de l'esprit, qui est de mettre en doute ce qui paraît évident. C'est ainsi qu'on crée la prochaine crise économique en faisant semblant de réfléchir à la précédente.

dimanche 30 mai 2010

Ma ville natale... au temps de ma naissance

La Venoge à la nuit tombante

samedi 29 mai 2010

Michael Ringier serait-il intéressé, malgré tout, à acheter un ticket pour le "triste spectacle" du quotidien Le Monde?

La nouvelle exclusive des Echos fait évidemment gamberger le petit monde des médias. Le groupe suisse Ringier a demandé à avoir accès au dossier de cession du quotidien Le Monde.
«Nous sommes historiquement partenaires du «Monde» à travers le quotidien suisse en langue française «Le Temps», dont nous détenons 47 %, et «Le Monde» 2 %. C'est donc naturellement que nous avons demandé à avoir accès à la data room (sic). (...) Nous déciderons d'ici quelques jours de l'opportunité de faire une offre», dit Jean-Clément Texier, président de Ringier France.
Le Monde a pris, si ma mémoire est bonne, 5% du capital du Temps il y a près de dix ans, quand le quotidien français avait l'ambition de créer un réseau européen de titres "de qualité", pressentant les concentrations à venir. Pour diverses raisons - dont la perte d'influence de la France et des médias français n'est pas la moindre - le réseau ne s'est pas réalisé. Il en est néanmoins resté la participation au Temps, qui a fondu à l'occasion d'une recapitalisation à laquelle Le Monde n'a pas participé, et un accord de reprises d'articles (plutôt dans le sens Le Monde repris par Le Temps que l'inverse).
Le "partenariat historique" évoqué par Jean-Clément Texier existe donc bel et bien, mais il a été jusqu'ici plus passif qu'actif du côté Ringier, qui n'a aucune expérience dans la presse quotidienne française, qu'elle soit "de qualité" ou non. Investir dans Le Monde n'est donc pas évident à première vue. En 2008, j'avais évoqué l'hypothèse avec le big boss de Ringier, Michael. La question et la réponse valent d'être reproduites intégralement:
- Votre famille est d'origine française. Investiriez-vous dans Le Monde?
- Ce qui s'y passe est un triste spectacle. Nous n'avons aucune raison d'y investir vu sa structure capitalistique actuelle. Les médias contrôlés par ceux qui y travaillent, ça ne marche pas, ni au Monde, ni au Spiegel. Le personnel doit avoir son mot à dire, mais je ne crois pas à la «démocratie actionnariale» dans ce secteur. D'une manière générale, la presse française est beaucoup trop centrée sur elle-même et affaiblie par le pouvoir excessif des syndicats. C'est aussi un marché très protégé. Si un groupe régional est à vendre, il sera repris par des Français. Le corollaire de cette situation est l'insigne faiblesse des médias français à l'étranger, par exemple dans les pays de l'Est, avec lesquels les liens culturels étaient pourtant forts."
Bref, ça paraissait assez clair. Que je sache, la structure du Monde par rapport à ses salariés-propriétaires n'a pas fondamentalement changé, et le marché de la presse française reste aussi marécageux qu'avant. Il est vrai que Michael Ringier a toujours eu la coquetterie de s'intéresser à des titres qui rehaussaient l'image de Ringier, plutôt connu comme groupe de presse populaire. Il est vrai aussi que cela n'a jamais donné une politique conséquente. Au Temps, Ringier s'est même fait doubler par Edipresse qui, mettant la clef sous le paillasson pour se concentrer sur la gestion de patrimoine, est allé vendre sa part au concurrent alémanique Tages Anzeiger. Ringier a peu apprécié. Avant d'aller chasser sur les terres françaises, les trois propriétaires ou partenaires alémaniques du Temps (Ringier et TA Media comme actionnaires, NZZ pour la pub) devront apprendre à s'apprivoiser mutuellement dans cette configuration inédite et riche en conflits potentiels.
Je relève au passage que le site du Monde ne pipe mot des rumeurs et discussions autour de sa recapitalisation (cela intéresserait pourtant ses lecteurs). Je ne suis pas le seul, à en croire cette réaction du dénommé Caton: "Aucun article sur l'éventuel rachat du Journal Le Monde qui a cependant conduit à un communiqué inquiet signé, entre autres, par la société des réacteurs que j'ai lu dans un autre organe de presse. L'inquiétude avait trait à une éventuelle perte d'indépendance éditoriale de ce quotidien. Quid en terme de partialité éditoriale?"
En revanche, Le Monde nous apprend que Libération veut aussi se recapitaliser à hauteur de 3-5 millions d'euros pour se développer sur internet. Le quotidien a perdu 1 million d'euros l'an dernier, affiche une dette de 12 millions, son tirage continue de baisser. "Il parvient à équilibrer ses comptes grâce aux subventions versées par l'Etat. Libération bénéficie notamment des aides à la presse à faibles ressources publicitaires", précise Le Monde.
Actualisation le 2 juin: Eric Fottorino, président du directoire du Monde, explique la situation du quotidien aux lecteurs

jeudi 27 mai 2010

La preuve est faite: qualité swisss = top! qualité chinoise = caca!

Le pavillon suisse est une des attractions les plus courues de l'Exposition universelle de Shanghaï, lit-on.
"Etait", faut-il dire désormais, jusqu'à mi-juin en tout cas. En effet, le télésiège sur le toit dudit pavillon qui attirait des visiteurs (250 000 en trois semaines) ne fonctionne plus, a communiqué l'entreprise Swissrides. Motif: le câble (de fabrication chinoise) qui soutient les sièges donne des signes de fatigue. Si ça ne pose pas encore de problèmes de sécurité, on pourrait y arriver vite. La société va donc le remplacer par un bon et solide câble made in Switzerland qui, précise-t-elle, permettra ensuite d'augmenter la capacité de 20%.
Et c'est ainsi que la Suisse est grande - on ne le répétera jamais assez. Reste à croiser les doigts et espérer qu'après avoir perdu la face de façon si spectaculaire devant la planète entière, les Chinois vont encore vouloir négocier un traité bilatéral de libre-échange avec nous.

Apple devant Microsoft

Début janvier, ce blog signalait qu'avec un chiffre d'affaires approchant les 50 milliards de dollars, Apple s'apprêtait à devancer Microsoft en termes de revenus. C'est fait désormais en termes de capitalisation boursière (une valorisation plus volatile, c'est vrai), nous apprend le Financial Times. Le fabricant d'iToutessortesdechoses "pèse" 222 milliards de dollars, juste derrière Exxonmobil mais devant Microsoft (219 milliards de dollars).
A ce propos, j'aime bien la citation d'Alan Deutschman, auteur du livre "The Second coming of Steve Jobs":
“Bill Gates was recognised for being a great businessperson but wanted to be seen as visionary. Steve Jobs was recognised as visionary but wanted to be seen as a great businessperson."
Maintenant qu'Apple est le No 1, la cohorte grandissante de ceux qui dénoncent ses systèmes fermés, son contrôle tâtillon sur les logiciels va pouvoir s'en donner à coeur joie.

mercredi 26 mai 2010

Vive Nathalie, et le Moover SPD!

Nathalie Wenger (photo), coursière de la Vélopostale Genève, a remporté le 15ème championnat d’Europe de sa profession, lundi dernier à Budapest. Elle a déjà été championne Suisse et troisième aux championnats d’Europe 2009, 5ème des championnats du monde de Toronto en 2008, meilleure Suissesse et finaliste à Tokyo la même année. Pas mal, non?
J'avoue avoir un faible pour les coursiers à vélo, surtout depuis que mon propre entraînement laisse à désirer. Bon, me voilà bientôt mûr pour le vélo assisté. Mais 'tention: pas les tanks hideux qui défigurent nos rues. Electrique ne veut pas forcément dire moche, lourd, encombrant. La preuve par Moover.ch. OK, c'est encore cher (4500 la bête de course). Mais... 18 kilos seulement avec moteur et accu, et jusqu'à 80 km d'autonomie selon un test NZZ. Je suis sûr qu'on peut arriver à quinze.

BP aimait bien Obama, en 2008

Extrait de l'article du Monde paru ce jour:
"L'industrie pétrolière est l'un des donateurs les plus généreux (aux Etats-Unis), juste derrière les grands laboratoires pharmaceutiques. En 2009, elle a dépensé 174 millions de dollars en lobbying au Congrès (contre 22 millions pour les associations de défense de l'environnement). A lui seul, BP a dépensé 16 millions pour faire valoir son point de vue. Traditionnellement, "Big Oil" donne plus aux républicains qu'aux démocrates.
Pour l'élection présidentielle de 2008, John McCain et Sarah Palin ont reçu 2,4 millions de l'ensemble de l'industrie, contre 900 000 dollars pour le tandem Obama-Biden. C'est l'inverse, néanmoins, si l'on ne retient que BP. Curieusement, Barack Obama a été le principal bénéficiaire de la compagnie…"
Amusant, au moment où Mister President refait le pélerinage vers les côtes polluées et où BP admet devant les enquêteurs du Congrès avoir ignoré les résultats de tests montrant que le puits qui fuit aujourd'hui présentait un problème manifeste.
On apprend aussi que des employés du Minerals Management Service, l'agence supposée surveiller les activités de forage, se sont vus offrir par l'industrie des billets pour des manifestations sportives, des repas et autres petits cadeaux. D'autres regardaient des sites porno sur les ordinateurs du bureau (tiens, comme cela se passait aussi à la SEC, le gendarme boursier). Evidemment, il est plus excitant de se brancher sur "Midget Fucks Babysitter in Crib" que sur une caméra sous-marine filmant la prise du ciment autour d'un puits.

"Le bonheur, c'est...

... simplement avoir une bonne santé et une mauvaise mémoire", selon Ernest Hemingway. Une définition que Jürg Schmid avait faite sienne. Schmid avait dirigé pendant 10 ans l'organisation Suisse Tourisme avant de passer aux CFF, où il devait devenir le 1er juin le big chef de l'importante division "Voyageurs" (2,8 milliards de francs de chiffre d'affaires en 2009, 327 millions de passagers transportés, 13 000 employés).
Il lui est resté juste assez de mémoire pour se souvenir qu'il était plus heureux dans son job précédent. Il est redevenu directeur de Suisse Tourisme, après une des carrières les plus express qui soient aux chemins de fer fédéraux.

mardi 25 mai 2010

"Nous sommes tous keynésiens" (disaient-ils)

Les gouvernements européens n'auront pas eu le temps de vérifier si leurs plans de relance plus ou moins bidon ont relancé la machine économique. L'heure est désormais au serrage de ceinture. 24 milliards d'euros pour l'Italie annoncés ce mardi, 3,2 milliards d'euros pour le Danemark, 15 milliards d'euros pour l'Espagne, 7,2 milliards d'euros pour la Grande-Bretagne (tous ces chiffres ne sont pas comparables, certains portent sur un an, d'autres sur deux).
C'est beaucoup, en apparence. Mais ces mesures sont juste suffisantes pour ramener les déficits publics sous la barre des 3%, il ne s'agit pas encore de rééquilibrer dépenses et recettes.
Les marchés sont peu impressionnés pour l'instant. Ils s'intéressent davantage à des études comme celle du chef économiste de Royal Bank of Scotland, Jacques Cailloux, qui estime que les montants de dette publique grecque, portuguaise et espagnole détenue hors de ces pays par diverses institutions financières atteignent 2000 milliards d'euros.

jeudi 20 mai 2010

"Si ça ne dépendait que de moi, je me paierais moins"

La NZZ résume un discours de Daniel Vasella, patron de Novartis, devant l'assemblée générale Swiss Holdings. Pour mémoire, Daniel Vasella a empoché 20,5 millions de francs l'an dernier.
"Si j'avais pu déterminer moi-même mon salaire, dit-il en substance, celui-ci aurait été plus bas."
Son raisonnement est le suivant: la responsabilité partagée ne fait pas baisser les salaires, mais au contraire monter. Dans plusieurs pays, la durée moyenne de détention d'actions est de trois à six mois. Contrairement à ce qu'affirment ceux qui défendent la "démocratie" des actionnaires, poursuit-il, celle-ci ne favorise pas le long terme, mais le court terme. Déposséder le conseil d'administration de ses responsabilités, et à fortiori la direction, poussera l'un et l'autre à demander davantage en contrepartie.
Supprimons donc les assemblées d'actionnaires, et pourquoi pas les comités de rémunération des conseils d'administration. Laissons les CEO's fixer librement leurs salaires. Vous allez voir: leurs bonus vont s'effondrer.
Comme dit dans le message précédent, on ne guérit jamais de la naïveté.

Le dopé et le berné

Je n'ai suivi qu'un Tour de France comme journaliste (et cyclosportif amateur). Celui que Floyd Landis a gagné au terme d'une étape incroyable. "Chapeau bas, Monsieur Landis!" avais-je titré.
Incroyable était le mot. Il aurait dû m'interpeller davantage. Deux jours après, Landis était suspecté de dopage. Quatre ans après, il avoue tout. Mieux vaut tard que jamais. La naïveté, en revanche, on n'en guérit jamais ;-)
P.S.: Con peut-être, mais curieux! Je tombe sur cet article du Wall Street Journal qui dit ceci à propos d'Andy Rhis, patron suisse de l'équipe suisse Phonak (en photo ici avec Landis:
"In the email sent on April 30 to Mr. Johnson, Mr. Landis said that in 2006, after leaving the U.S. Postal Service team for a team sponsored by Swiss hearing aide manufacturer Phonak, he said he told Andy Rihs, the team's owner, that he had been involved in a blood doping program in the past with his old team and wanted to continue doing so with Phonak. He said Mr. Rihs, who is the chairman of Sonova Holding AG, the Switzerland-based parent company for Phonak, agreed to pay for the same doping operations at Phonak. After Mr. Landis's positive test—which was for testosterone and not blood doping—the team disbanded in 2006. Mr. Rihs and a Sonova spokesman could not be reached for comment."
Je revois encore Andy Rhis jouer devant moi la scène XVII des grands amoureux trahis. "Le dopage, dans mon équipe? Jamais! J'ai toujours été clair là-dessus. Celui qui rompt la règle, c'est la porte."
Pour la Suisse, cette in fo du WSJ est une bombe!!! On se réjouit d'entendre les explications d'Andy Rhis.
P.P.S: Le démenti d'Andy Rhis est tombé ce jeudi après-midi: "Lors de son entrée dans notre groupe de sport cycliste, Floyd Landis a personnellement signé qu'il respecterait notre Code et qu'il ne commettrait aucune pratique illégale", précise Rihs. Jusqu'à la connaissance de son cas de dopage au tour de France 2006, toute l'équipe était d'avis qu'il avait respecté cet engagement. Ni moi-même ni la direction de l'équipe ne savions que Floyd Landis se dopait. Ses allégations actuelles, selon lesquelles j'aurais été informé de ces faits, sont des mensonges. Il s'agit sans doute d'une dernière et tragique tentative de Landis de faire parler de lui en public, après avoir perdu de son importance graduellement. Il est triste de devoir constater un tel phénomène."
Je ne sais pas qui dit vrai, mais trouve assez sympa cette façon d'enfoncer son ex-coureur vedette. "Une tragique tentative de faire parler de lui". Parce qu'Andy Rhis, lui, n'aime pas qu'on parle de lui? L'autre jour encore, il se pavanait dans un magazine, montrant le vignoble qu'il s'est payé, grâce aux bénéfices de Phonak que son marketing cycliste lui a rapportés.
P.P.S.: Lance Armstrong (aussi mis en cause), à propos de Landis:
"I'd remind everybody that this is a man that's been under oath several times and had a very different version. This is a man that wrote a book for profit that had a completely different version. This is somebody that took, some would say, close to $1 million from innocent people for his defense under a different premise. Now when it's all run out the story changes.''

La citation du jour

"Je suis réellement convaincu que les marchés sont hors de tout contrôle"
Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances

mercredi 19 mai 2010

Chez Goldman Sachs, le client continue d'être le roi (des cons)

L'enquête sur la première banque d'affaires de Wall Street suit son cours, comme on dit.
Je crains, hélas, que la messe soit dite. D'ailleurs, qui met la pression sur GS du côté des actionnaires ou des clients? Pas grand monde, relève mon collègue Sylvain Cypel, du Monde.
A croire que les clients aiment se faire tordre. Tenez, voici la dernière sur Bloomberg. Alors que GS a encaissé des revenus record de 7,9 milliards de dollars au premier trimestre 2010, et que la banque se vante d'avoir perdu de l'argent sur onze jours seulement au cours des douze derniers mois, les gogos qui ont suivi ses conseils ne peuvent en dire autant: sept des neuf "recommended top trades for 2010" de Goldman Sachs se sont soldés par des pertes, selon les calculs de l'agence financière.
Quant au New York Times, il revient sur les hypothèques pourries que GS fourrait dans le gosier de Washington Mutual (la plus grande faillite bancaire de l'histoire américaine en septembre 2008), alors qu'elle-même se débarrassait à toute vitesse des mêmes titres. Extrait:
"A former Goldman partner, who spoke on condition of anonymity, said that the company’s view of customers had changed in recent years. Under Lloyd C. Blankfein, Goldman’s chief executive, and a cadre of top lieutenants who have ramped up the firm’s trading operation, conflict avoidance had shifted to conflict management, this person said. Along the way, he said, the firm’s executives have come to see customers more as competitors they trade against than as clients." Longue enquête, intéressante.

Plus fort

Mardi, Economiesuisse a donné le "la": pour les prochaines années (le lobby économique ne précise pas combien), la voie bilatérale est la meilleure pour la Suisse face à l'Union européenne.
Mardi encore, la radio-télévision suisse s'est donné un nouveau patron en la personne de Roger de Weck. Le parti UDC traite ce dernier de traître à la patrie (et Blick en fait un gros titre) parce que de Weck a osé soutenir l'adhésion de la Suisse à l'UE il y a 18 ans...
"Euroturbo" est déjà une insulte dans le vocabulaire politique suisse. Quand cela deviendra-t-il un délit pénalement répréhensible?
Meanwhile, le Parlement s'apprête à accepter docilement l'accord UBS avec les Etats-Unis, qui livre en pâture des citoyens suisses au fisc américain. Les parlementaires que j'ai interrogés sont un peu gênés aux entournures, mais comme le dit le radical vaudois Charles Favre, "ma foi..., c'est la loi du plus fort".
La Suisse a toujours préféré courber l'échine face au plus fort d'Outre-Atlantique et faire semblant de monter sur ses ergots face au plus fort de Bruxelles.

mardi 18 mai 2010

Godard, dans les Inrockuptibles

"Un auteur n'a aucun droit. Je n'ai aucun droit. Je n'ai que des devoirs"
"Je ne cherche plus à subvertir un certain processus de télévision. A l'époque, j'y croyais un peu. Je ne pensais pas que ça pouvait changer quoi que ce soit mais que ça intéresserait des gens de faire autrement. Ca les intéresse trois minutes. Il y a encore des choses qui m'intéressent é la télévision: les émissions sur les animaux, les chaînes d'histoire. J'aime bien Dr. House" aussi."
...le reste dans les Inrock ou dans 24 Heures du jour. Lisez les journaux!

dimanche 16 mai 2010

Rivaz, et l'ouverture du "Vinorama"


Au fond, j'aime assez ce temps d'orage qui traîne, il donne d'assez belles lumières en fin de journée.
Pris mon vélo et la route des vignes jusqu'à Rivaz, village moins connu que son voisin Saint-Saphorin et qui mérite tout autant le détour (notez que les premières images ont été prises à Grandvaux). En revenant par la route cantonale, je suis tombé sur le Vinorama de Lavaux, inauguré ce samedi. A cet emplacement, il y avait des moulins, pendant plus de cinq siècles. Le dernier - qui était en fait un grand silo à blé assez vilain - a fermé en 2001.
De l'extérieur, la nouvelle construction est assez discrète. La nature a regagné ses droits, avec la belle casacade du Forestay. Un passage a été aménagé sous la route pour descendre jusqu'au lac, c'est assez plaisant - à condition qu'on enlève les horribles tuyaux posés à côté de la cascade du Forestay.
Pour le reste, quelques remarques et questions:
La signalisation est quasi inexistante. Il faut vraiment savoir qu'il y a là un endroit pour déguster les vins de Lavaux. Décidément, les gens de la région savent faire du vin, mais trois ans après l'inscription du site au patrimoine mondial de l'Unesco, ils pataugent toujours avec la promotion. Ce qui ne me déplaît qu'à moitié, car il n'y a pas la place pour accueillir les cars de touristes.
A l'intérieur du Vinorama, on arrive dans une salle garnie de casiers à bouteilles. Au centre se trouve un comptoir où l'on croit naïvement pouvoir déguster un verre ou deux. Ah non!... Au comptoir, on reçoit, moyennant un dépôt de cinq francs, une carte électronique que l'on charge de la somme qu'on veut. Muni d'icelle, on se rend dans un étroit couloir noir, vers une sorte d'automate encastré dans me mur. Comme il fait sombre et que les boutons, tout petits, ne comportent aucune indication, on ne sait pas où peser pour 1/2 décilitre, un décilitre ou plus d'une des bouteilles en vitrine. Comme tout le monde est paumé, une dame est là en permanence pour expliquer comment ça fonctionne - vive le progrès et l'automation!
Verre en main, on se bouscule pour sortir au plus vite du couloir et étroit. Donc on revient dans la salle d'accueil.
Pour le reste, tout est noir, à peine éclairé, et donc casse-gueule pour les personnes âgées qui se risquent au sous-sol pour le film sur le métier de vigneron. Pas mal fait, d'ailleurs, le film. Une dame avait la larme à l'oeil en sortant. Mais un couple a failli ne pas trouver son siège, tellement il fait sombre.
Je me demande pourquoi les concepteurs on cru nécessaire de créer une ambiance de sarcophage pour célébrer les coteaux ensoleillés de Lavaux, et si quelqu'un a réfléchi aux circulations à l'intérieur du bâtiment.
P.S.: Le Monde consacre un article aux "Vignes du vertige". Pas super-original dans les adresses conseillées. Mieux vaut flâner une fin d'après-midi dans les caves de Savuit ou de Rivaz.

samedi 15 mai 2010

Le prieuré de Montcherand, l'Orbe vers la "passerelle bleue"


Les Les fresques de l’église de Montcherand, découvertes en 1902, sont les plus anciennes peintures murales de Suisse romande. Elles ont vraisemblablement été exécutées lors de la reconstruction de l'église, à la fin du XIe siècle.

vendredi 14 mai 2010

Un gros contrat pour Chinafrique

Sur le site du Wall Street Journal, cette info: la Chine construira trois raffineries de pétrole au Nigeria, pour 23 milliards de dollars. Même pour les blasés de la montée en puissance sur le continent noir, c'est un très, très gros contrat. Le paradoxe du Nigeria est que c'est le plus gros producteur de l'Afrique sub-saharienne, mais qu'il doit importer des produits raffinés, faute d'installations ad hoc. Les sociétés américaines ou européennes ont toujours estimé que les conditions offertes par le gouvernement n'étaient pas assez attrayantes. Les Chinois étaient apparemment moins gourmands.

C'est vendredi, fais-moi peur

Je ne parle pas de la nouvelle dégringolade des bourses, mais de l'inquiétude sous-jacente qui la provoque. Elle est toute entière dans le dernier rapport du Fonds Monétaire International intitulé "Fiscal Monitor". Le graphique intéressant est à la page 14. On y voit la dette publique des pays riches passer de 73% du produit intérieur brut en 2007 à 110% en 2015, tandis que celle des pays pauvres suit le chemin inverse: de 83% du PIB en 2000 à 40% à l'horizon 2015.

jeudi 13 mai 2010

Le caporal Barroso, torse bombé sur les ruines fumantes de la Grèce

Peut-être est une de ces démonstrations d'audace démesurée dont sont parfois capables les grands timides.
Toujours est-il que la Commission Barroso bis, qui n'a pas vu venir la crise grecque et a laissé sa gestion à d'autres, veut contrôler presto subito les budgets nationaux. "Les gouvernements de l'Union doivent avoir le courage de dire s'ils veulent une union économique ou non, parce que s'ils ne la veulent pas, autant oublier l'union monétaire, a-t-il déclaré mercredi. Nous devons montrer que nous sommes sérieux à propos des réformes fondamentales nécessaires. Nous devons aller à la racine du problème."
Fortes paroles. Le même ton volontariste utilisé il y a dix ans pour lancer la "stratégie de Lisbonne" de l'UE. Késako? Il s'agissait d'un plan ambitieux pour renforcer la compétitivité des Etats-membres face aux Etats-Unis et aux puissances émergentes. Un plan qui a lamentablement foiré.
Or là est la "racine du problème" dont parle le caporal Barroso. Le fond de la crise grecque, ce n'est pas le déficit public qui grimpe au-dessus de 10% après une grave cassée de figure de la finance mondiale, ce n'est même pas la dette qui dépasse 100% du produit intérieur brut. Le fond du problème, c'est la confiance qu'ont (ou non) les investisseurs finançant cette dette dans la capacité du pays à rebondir.
Les Etats-Unis, eux aussi, ont un déficit public qui explose, une dette moindre en pourcentage du PIB mais bien plus gigantesque en montants absolus. Or les marchés gardent leur confiance dans ce pays. Pourquoi? D'abord parce qu'ils n'ont pas le choix, à cause du nouvel "équilibre de la terreur" Chine-Etats-Unis (la première trop engagée dans ses prêts aux seconds pour les secouer imprudemment). Ensuite parce que les investisseurs croient dans la capacité qu'ont les Américains de rebondir, les faits semblant leur donner raison pour l'instant.
Tandis qu'ils ne croient pas en la capacité des Grecs en particulier, des Européens en général (à part l'Allemagne et un ou deux autres pays) de secouer leur inertie. La stratégie de Lisbonne devait leur prouver le contraire. Elle a échoué, et aucun bilan critique n'en a été publiquement discuté.
Et voici que sur les décombres de la crise grecque, le caporal Barroso a une idée. Puisque les Etats sont indisciplinés, on leur imposera dès 2011 un examen préalable des budgets - avant même que ceux-ci aient été présentés aux parlements respectifs. C'est la méthode des militaires bornés: quand un soldat rentre saoûl à la caserne, toute la chambrée est privée de sortie.
Elle fait déjà hurler la Suède, et d'autres.
En Grèce, selon L'Humanité, les mesures d'austérité imposées par le plan FMI-UE seront prises par décret, sans vote au parlement qui sera seulement informé. Cela ne me choque pas. Il faut s'assurer, dans ce cas, que les milliards allongés par la communauté internationale ne tombent pas dans un tonneau des Danaïdes. Une restriction temporaire de souveraineté peut se justifier, dans la mesure où elle est clairement communiquée et limitée dans le temps.
Mais ce que propose le caporal Barroso est autre chose. Une restriction de souveraineté permanente, imposée dans l'urgence, par centralisation, sans aucune garantie d'efficacité. Si le modeste exemple suisse peut servir à quelque chose, ce n'est pas ainsi que l'on obtient des résultats. La Confédération helvétique garde ses finances publiques sous contrôle parce qu'elle a adopté, depuis toujours, la démarche inverse: la décentralisation. Chaque canton est libre de s'endetter comme il l'entend, mais il y a concurrence fiscale entre eux, les plus laxistes s'exposent à la sanction des marchés et des contribuables. Certains - et la Confédération - ont adopté des mécanismes d'ajustement automatique en cas de déficit public. Dans l'ensemble, ça marche plutôt bien.
Un examen préalable des budgets nationaux par "Bruxelles" est le plus sûr moyen de hérisser des opinions publiques déjà hostiles. Quant aux politiciens nationaux, ils trouveront toujours moyens de finasser avec les chiffres et l'application des budgets. On a mis du temps à réaliser la gravité de la situation grecque parce que les autorités trichaient avec les statistiques.
Avant d'inventer de nouvelle sanctions, de nouveaux contrôle, que la Commission européenne commence par appliquer les instruments déjà à sa disposition et à convaincre par son action qu'elle peut jouer un rôle préventif, ce qui n'a pas été le cas ici.

Au Ya Foy, où on ne prépare pas la Coupe du Monde de football

Des nouvelles du "pays où tout va bien", un peu comme en Suisse, dont la sélection annoncée il y a deux jours fait à peine lever nos sourcils endormis - n'est-ce pas Sylvain?

mercredi 12 mai 2010

Mais que fait Madame sur le trottoir?

Premier discours de David Cameron dans la peau de premier ministre britannique. Comme il n'y a pas de quoi tomber les chaussettes, le regard s'égare et tombe, à droite, sur Madame, dans son discret tailleur de grossesse bleu, mains croisées sous son ventre rebondi, sagement immobile devant les grilles du 10, Downing Street. A la fin, bise discrète, et le couple rentre en se tenant par la main.
L'observateur attentif aura remarqué que Gordon Brown a également utilisé sa femme, en tailleur bleu elle aussi, et ses deux enfants pour donner une touche humaine à ses adieux.
Quand Lady Potiche fait de la figuration sur le trottoir, c'est que le premier ministre n'a pas grand chose à dire.

In memoriam, la marquise de Brinvilliers

Sans rapport aucun avec le message précédent, sinon que Marie Madeleine Dreux d'Aubray, marquise de Brinvilliers, fut une contemporaine de Blaise Pascal, ce petit clin d'oeil à Michèle, avec qui nous admirions dimanche la façade extérieure de la maison où vécut une des plus célèbres empoisonneuses de France.
Violée à 7 ans, pratiquant l'inceste avec un de ses frères à 10 ans, mère de sept enfants, dont quatre illégitimes, la Brinvilliers empoisonna (entre autres) son père, ses deux frères et sa sœur pour s'approprier leur part d'héritage. Elle tenta aussi d'empoisonner son mari, ce qui provoqua la méfiance de son amant et la perte de la marquise, jugée, torturée et exécutée en juillet 1676. "La marquise est en l'air", écrivit Madame de Sévigné quand les cendres de l'incinérée se furent dispersées sur la foule nombreuse venue la voir finir sur le bûcher.
J'ai trouvé par hasard sur un blog cette image de la cage d'escalier de l'hôtel particulier où vécut la Brinvilliers, dans le Marais. Elle a été prise le soir, quand l'ombre mouvante de la balustrade projetée par un chandelier peut faire croire que la marquise rôde encore pour distribuer sa "poudre de succession".
P.S.: Si vous cherchez un guide très vivant pour faire revivre ces morts, Philippe Brinas-Caudie est au +336 85 17 13 38 ou à cette adresse.

mardi 11 mai 2010

Comme disait Blaise Pascal

Il faudrait parler de la crise grecque et de ses suites. Sans doute. Mais quand le bruit et la fureur remplace l'intelligence, il est parfois plus sage de s'éloigner un peu, d'attendre que la poussière retombe et que le paysage montre un peu plus de clarté. Ce qui est encore loin d'être le cas.
Sur ce qui s'est passé ces derniers jours, je trouve assez stimulante l'analyse de Rue89, intitulée "La zone euro allait-elle vraiment exploser?". Elle a le mérite de relativiser certaines affirmations assénées récemment avec la finesse du marteau sur l'enclume.
J'observe pour ma part, une fois de plus, la très grande relativité des chiffres maniés par les économistes. On l'avait déjà constaté lors de la crise bancaire, où les quelque 100 milliards de dégâts évoqués au début étaient montés à plus de 3000 milliards en quelques mois, avant de redescendre récemment. C'est la même chose avec la dette publique des "PIGS" (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne). Il y a deux mois, 30 milliards pour aider les Grecs passaient pour une somme généreuse. Puis 110 milliards ont paru insuffisants. Même les quelque 1000 milliards débloqués par l'Union européenne pour créer un état de "choc et stupeur" hypnotisant les marchés suscitent une moue dubitative chez certains commentateurs.
Il y a quelque chose d'irréel dans cet enchaînement d'évènements et de paniques financières. Les sommes avancées ne sont pas réellement dépensées, ce sont des hypothèses de travail, des prêts reconduits, des projections. Les économistes unanimes n'en annoncent pas moins avec une sorte de joie carnassière - je me demande parfois quels en sont les ressorts profonds - que les pays d'Europe vivaient au-dessus de leurs moyens, que cette fois il n'y a plus le choix, qu'ils vont devoir se serrer la ceinture, que ce sera très, très dur, blood sweat and tears y mucho dolor e tutti quanti. D'où, spirale infernale, le scénario d'une contraction sans fin de l'activité économique, de faillites en cascade.
Je ne dispose pas d'outils intellectuels affûtés pour démonter leur scénario de spirale infernale. Mais je ne crois plus les économistes qui raisonnent sur le base de deux ou trois variables très sommaires, comme des enfants déplaçant quelques poids sur les plateaux d'une balance qui bascule une fois à gauche, une fois à droite, alors que l'économie réelle se comporte davantage comme la mécanique des fluides. Elle s'adapte, résulte de milliers de micro-stratégies dont la plupart sont ignorées par les experts. Elle dépend surtout de son environnement. Or l'environnement mondial (au sens économique du terme, s'entend) n'est pas mauvais - tant que la bulle chinoise n'aura pas explosé.
Je ne cherche pas à renforcer le camp décimé des europtimistes. Je ne sais pas encore comment l'Europe sortira de ces semaines agitées. Renforcée malgré elle, grâce à l'électrochoc des marchés, ou condamnée à terme par ses lourdeurs et contradictions?
A ce stade, ce qui m'interpelle est l'écart croissant entre le rythme de la finance et celui des démocraties, amplifié par une surinformation qui échappe à tout contrôle. Jean-Louis Servan-Schreiber, qui avait écrit "L'Art du temps" en 1983, vient de publier un nouveau livre intitulé "Trop vite". En soi, ce n'est ni nouveau, ni original. Paul Virilio a aussi consacré sa vie à s'intéresser au phénomène de la vitesse, aux effets de la technologie sur la société. Dans l'interview que Servan-Schreiber a donnée au Monde, je relève néanmoins cette réponse à la question: la démocratie est-elle menacée?
"Plus qu'il n'y paraît. Notre système a été bien conçu au XVIIIe siècle, avec les équilibres de pouvoir chers à Montesquieu. Le fonctionnement de notre société hyperinformée et réactive rend ces institutions traditionnelles inadaptées aux problèmes à résoudre. Comment n'y aurait-il pas de remise en cause ? En outre, la démocratie est contestée par des pays importants, au premier rang la Chine, qui expliquent que chez eux, sans démocratie, ça tourne mieux. Ce qui est souvent vrai. Pour nous qui sommes pétris de démocratie, son horizon reste indépassable. Mais elle bute de plus en plus contre le mur de l'efficacité."
Des problèmes importants qui se posent à l'humanité, "les deux les plus importants, et presque à l'opposé dans leur tempo, sont la finance qui fonctionne à la vitesse de l'électronique, et l'écologie dont le temps se compte en décennies, voire en siècles. Interpellés, les gouvernements, dans les deux cas, affirment vouloir accomplir les réformes nécessaires. Mais ils ajoutent qu'ils ne pourront le faire que si tout le monde est d'accord. Ils reconnaissent ainsi leur impuissance qui s'est cristallisée dans les deux ou trois dernières années avec la crise de la finance mondiale et l'échec de Copenhague.
Devant ces problèmes transnationaux, le monde n'est toujours pas gouverné puisqu'un consensus reste inaccessible. Car pour résoudre la question écologique, il faudra prendre des décisions qui mettront en cause certains de nos conforts et libertés. Quant à la finance, sa réforme supposerait porter atteinte à l'idéologie libérale encore dominante."
Jean-Louis Servan-Schreiber n'est pas très optimiste sur la capacité des gouvernements à surmonter ces décalages de rythme. Il l'est toutefois involontairement en citant Blaise Pascal: "Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir".
Nous courons donc à notre perte depuis quatre siècles au moins.

"Mais que fait la police?": la réponse!

Pas beaucoup d'activité sur ce blog ces derniers jours. D'abord parce que j'ai le droit de découvrir le Paris moyen-âgeux avec ma soeur sans m'emmerder avec un ordinateur, non mais des fois!
Ensuite parce que j'apprivoise mon nouvel environnement professionnel (toujours au Temps, mais dans la rubrique suisse). Un des changements les plus évidents se produit dans ma boîte aux lettres électroniques. Je me suis désinscrit des groupes "rubrique internationale" et "économie". Fini les communiqués vengeurs de résistants congolais et la douzaine d'analyses bancaires sur la crise grecque (toutes pessimistes, rassurez-vous). En échange, la police genevoise m'offre désormais un moment de bonheur quotidien avec son "bulletin journalier". Extraits:
"Un homme né en 1975, originaire d'Algérie, sans domicile fixe, a été prévenu d'infraction à l'article 19 LStup. L'intéressé a été interpellé lundi 10 mai 2010, à la hauteur du débarcadère des Mouettes genevoises situé au quai Général-Guisan, alors qu'il venait de vendre un morceau de haschisch à un individu, moyennant la somme de CHF 40.--. Le prévenu a reconnu avoir vendu cette drogue. Il reconnaît, depuis sa dernière affaire, soit au mois d'octobre 2009, avoir vendu une autre fois du haschisch pour un montant de CHF 20.- Il admet  consommer également quotidiennement de ce produit. Il ne travaille pas mais s'arrange pour recevoir de cette drogue sans la payer. Vu ce qui précède, l'Officier de Police de service l'a fait conduire à la prison, à la disposition du Juge compétent."
Plus loin, "un homme né en 1984, originaire du Sénégal, sans domicile connu (...) a été interpellé à proximité du Quai du Seujet suite à une vente de 2.6 grammes de marijuana. (...) Notons que le prévenu a déjà été arrêté à 5 reprises depuis octobre 2008 pour des motifs similaires."
Ma préférée du jour, c'est cet "homme né en 1965, originaire de Berne, domicilié à Genève (...) interpellé par le service de surveillance d'un grand magasin suite à un vol à l'étalage de plaques de chocolat. Précisons que le prévenu est interdit d'accès dans cet établissement. De plus, l'homme est mis en cause pour le vol de produits de beauté pour femmes à trois reprises, représentant un montant total de CHF 1'908,90, qu'il revendait aux péripatéticiennes des Pâquis afin de pouvoir financer sa consommation d'héroïne."
Et enfin, ma préférée d'hier, l'homme "né en 1987, originaire du Proche Orient, sans domicile fixe, interpellé à la rotonde de la place de Cornavin, où il a été trouvé porteur de 0.8 gr. de haschich. Il était également porteur de 3 montres de marque de provenance douteuse. Le prévenu fait l’objet d’une interdiction d’entrée en Suisse prise à son encontre valable jusqu'au 31 décembre 2099".

vendredi 7 mai 2010

Flegme

Discours de David Cameron après la victoire (mitigée) des Tories en Grande-Bretagne:
Quand il commence à parler, l'indice Dow Jones est dans le rouge à - 47 points.
Quand il lâche que sa première priorité est de "rassurer les marchés", le Dow inverse sa tendance et pointe bientôt à + 37 points.
Quand Cameron, tendant une perche aux libéraux-démocrates, annonce qu'il faut "réduire les impôts pour les plus faibles", l'indice redescend autour des + 20 points.
Et quand il lâche, peu après, que l'urgence est de "s'attaquer au déficit public", l'indice rebondit à + 56 points.
A part ça, dear lady Hupplewitherdingeringmore, les marchés sont tout ce qu'il y a de plus flegmatiques.

Le résultat du "contrôle-toi toi-même"

A signaler, cette enquête du Wall Street Journal sur le Minerals Management Service (MMS), la petite agence gouvernementale qui surveille, aux Etats-Unis, l'activité des sociétés qui font des forages offshore. La principale conclusion est qu'elle a progressivement laissé l'industrie fixer et appliquer elle-même les règles de sécurité, se contentant de fixer des objectifs généraux.
Autre conclusion, la sécurité sur les plateformes américaines a été nettement moins bonne que sur les plateformes européennes ces cinq dernières années. Ajustée au nombre d'heures travaillées, la statistique montre qu'un employé américain avait cinq fois plus de chances d'être tué qu'un européen, et 23% plus de chances de subir un accident grave.
Le MMS dispose de 14 hélicoptères pour inspecter 38 000 puits et plateformes dans tout le Golfe du Mexique. Le nombre de puits inspectés est tombé de 1292 en 2005 à 760 en 2009. "Notre travail n'est pas de jouer aux baby sitters", dit un responsable de l'agence, dont le rôle est double: veiller à la sécurité, mais vérifier aussi les quantités pompées et, de ce fait, les rentrées fiscales pour l'Oncle Sam. Le budget de MMS (342 millions de dollars pour 2010) est financé pour moitié par les royalities que verse l'industrie. Est-il besoin de préciser que l'agence semble avoir montré plus de zèle pour l'aspect fiscal de sa mission que pour la sécurité?
Quant à l'industrie, elle s'est opposée en 2009 à un durcissement des règles environnementales.
En Suisse, nous avions un système similaire d'auto-surveillance, pour les fonds gris ou franchement noirs aboutissant dans les coffres des banques. Il a fallu des scandales à répétition pour que la Suisse adopte une loi sur le blanchiment d'argent et, aujourd'hui, adapte celle sur le secret bancaire.

Genève-plage, 8 degrés. Le courage à l'état brut

"Un roc dans la tempête"

Qui ça? Mais la Suisse, bien sûr, selon le dernier bulletin fraîchement livré de l'institut de prévisions économiques KOF (qui met un point d'interrogation, quand même). Extrait:
"La majorité des secteurs ont fait état d’un accroissement de leurs activités durant les trois derniers mois. Dans bien des cas, la croissance s’est même accélérée. Mais, plus que l’appréciation de la situation actuelle, ce sont les perspectives qui se sont améliorées. La confiance est de retour: dans tous les secteurs, la part des appréciations positives s’est accrue en ce qui concerne l’évolution future de la demande. Cela se répercute aussi sur les prévisions d’embauche, qui sont désormais plus optimistes dans toutes les branches à l’exception des assurances."
Le KOF revient aussi sur le chiffre qui a constitué la grosse surprise du printemps: la progression de 2,6% enregistrée dans les salaires réels en 2009 - la plus forte depuis huit ans, alors que nous étions en plein e criiiiiiise. Rien de très étonnant pour l'institut zurichois, les salaires réagissent toujours avec un temps de retard à la relance économique. S'y ajoute une stagnation des prix, voire un frisson de déflation l'an dernier.
Bref, la Suisse sort de la crise financière sans avoir creusé sa dette publique (Marie-Hélène Miauton ricane, non sans raison, à propos des bonnes âmes de gauche qui exigeaient, fin 2008, des mesures de relance spectaculaires, ici et maintenant), un pouvoir d'achat à peu près intact, et des perspectives plutôt bonnes, selon le KOF.
Tutto bene! A moins que l'euro...
(P.S.: la photo a été prise dans le lit de la Veveyse)

Le cadeau inattendu de la Grande Jamahirpyjama arabe libyenne populaire et socialiste à deux confrères du Spiegel


Dernier jour à la rubrique internationale. J'emporte un seul regret: ne pas avoir pu interviewer Mouammar Khadafi. Pourtant, j'avais envoyé un fax poli à l'ambassade de Libye en Suisse, avant le quarantième anniversaire de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Les goujats n'ont même pas répondu.
Je le regrette deux fois, car j'aurais ainsi pu gagner un pyjama. C'est en effet le cadeau qu'ont reçu mes deux collègues du Spiegel qui, eux, ont réussi à rencontrer Khadafi et ont recueilli ces propos historiques: "La Suisse est une mafia". Bernhard Zand et Volkhard Windfuhr ont attendu quatre jours à Tripoli avant d'être emmenés par jet privé à Syrte, son village natal, où ils ont encore poireauté une nuit avant d'être reçus par le Guide suprême, nous apprend la Weltwoche. C'est pour cette dernière nuit qu'on leur a gracieusement offert un pyjama.
Dommage qu'ils ne l'aient pas gardé pour l'interview, qui s'est déroulée sous la tente du chef, naturellement. On remarquera au passage les chaises de plastique blanches, comme dans n'importe quelle vulgaire pizzeria de Vuisternens-en-Ogoz. Peut-être que si la Suisse offrait à Mouammar des sièges design de chez Vitra, il serait moins fâché?

jeudi 6 mai 2010

La bourse de New York ce jeudi

Moins 998 points (ou -9,2%) en quelques minutes pour le Dow Jones, avant qu'il se reprenne aux alentours de -4% au moment où ces mots sont écrits.
Qui aurait cru la Grèce capable d'assommer Wall Street? Pas moi, en tout cas.
... A moins que, comme cela commence à sortir sur FT Alphaville, une erreur d'ordre sur Procter & Gamble (billions au lieu de millions), par la banque Citi, ait déclenché les votes-panique, hi! hi!
Le site financier Bloomberg.com est planté. Tout cela ne serait-il pas un coup d'al Qaeda? On vit une époque formidable :-))
(Au fait, et sans aucun rapport, les premières traces de pollution pétrolière ont enfin été confirmées sur l'île Freemason dans le Golfe du Mexique. On commençait à s'impatienter...)
Bon, pour revenir à Wall Street, voici le commentaire le plus pertinent que j'ai lu jusqu'ici:
"I suspect that this is only the beginning of a new era of volatility. Markets are a bit like volcanoes, or earthquakes: they’re inherently unpredictable, but if they’re quiet for a while, the magnitude of the next big event is likely to be that much bigger. The trigger for this particular move could have been anything; the lesson to learn is that given the complexity of contemporary financial markets, correlations can pop up anywhere, and a relatively small uptick in something like Portugese CDS spreads can combine with a glitch somewhere in the equity markets to get magnified into an event which wipes out hundreds of billions of dollars in capitalization in the blink of an eye. Or maybe it was the UK election, or a butterfly flapping its wings in Kuala Lumpur: there’s no way of ever knowing."
En clair, la finance globalisée est menacée d'implosion par excès de vitesse et d'information.  Il suffit d'un contexte vaguement anxiogène et incertain (la Grèce, l'euro, les élections anglaises) dans lequel surgit une anomalie d'information. Celle-ci est répercutée instantanément, sans le moindre recul, par les écrans de trading et les médias du monde entier. Ainsi amplifiée, elle déclenche les actions instantanées d'ordinateurs programmés pour réagir à la milliseconde, échappant à tout contrôle humain. Dans "2001, Odyssée de l'espace", le robot Hal pétait les plombs et tuait l'un après l'autre les cosmonautes embarqués dans la mission spatiale. Là c'est le massacre général, immédiat. Banzaï!!!
Au passage, je donne 19 sur 20, au chapitre humour, pour le commentaire suivant:

Tourist07 | May 6 8:33pm | Permalink
Goldman are just hoping they didnt make any money, else they are toast

mardi 4 mai 2010

Islamiste, tendance Blancho

Star des plateaux TV, des radios et des journaux de Suisse romande depuis qu'il répand ses propos ambigus sur la lapidation de la femme et la nécessité, selon lui, d'écoles séparées pour les musulmans, le biennois Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse (CCIS), n'est pas le bienvenu pour l'administration fédérale. Il se fait sèchement remettre à l'ordre ce matin par l'Office fédéral des migrations (ODM) dans un communiqué intitulé "Dialogue avec la population sans le concours du CCIS", pour mieux mettre les points sur les "i".
Le CCIS est une association au sens de l'article 60 et suivants du code civil, créée en octobre 2010, qui se targue de compter aujourd'hui un millier de membres.  Ses objectifs sont "la promotion active de projets d'éducation islamique sunnite en Suisse; la diffusion active de connaissances sur l'islam sunnite en Suisse, dans le but de réduire les préjugés dans la population à l’encontre de l'islam; la constitution d'une identité islamique sunnite sur la base du Coran, la tradition prophétique authentique (Sunna) et de la jurisprudence classique (fiqh) dans le cadre juridique de la Confédération Suisse; la représentation publique des positions islamiques sunnites en Suisse, dans le respect de la Suisse."
Le directeur de l'ODM, Alard du Bois-Reymond, n'a pas l'air convaincu que le CCIS respecte, dans les faits, le cadre helvétique, puisqu'il lui rappelle que "l'ordre juridique suisse s'applique à toutes les personnes qui vivent dans notre pays. Le CCIS a donc été invité à se distancier explicitement de la lapidation des femmes". 
Le directeur de l'ODM ajoute "qu'il n'est pas possible de négocier sur certaines valeurs comme l'égalité entre hommes et femmes. Il est également hors de question d'introduire un conseil de la fatwa. Il importe effectivement d'éviter l'émergence de sociétés parallèles. (...) Une participation du CCIS au dialogue avec la population musulmane est impensable dans les conditions actuelles."
A bon entendeur...
On notera par ailleurs dans les statuts du CCIS que ses rentrées financières sont constituées par "les contributions des membres actifs et passifs (au maximum 50 francs, selon un article), les contributions patronales; les dons de toutes personnes physiques ou morales, ainsi que par les dons des personnes de confession musulmane; le produit de manifestations." 
L'article 18 précise que les six membres du conseil éxécutif, dont le président,  "peuvent obtenir jusqu'à un montant de CHF 100'000 .- pour des transactions individuelles".
C'est beaucoup ça, 100 000 francs, pour une association qui compte mille membres cotisant chacun à hauteur de 50 francs maximum (= 50 000 francs, si je sais compter). L'autre jour à l'émission de débat  Infrarouge, quelqu'un a demandé à Nicolas Blancho comment était financée son association. Il n'a pas répondu.
Actualisation: Le CCIS a promptement réagi à la décision du Grand Conseil argovien d'interdire le port de la burqa, avec une image-choc sur sa page d'accueil et un appel à peine voilé, si j'ose dire, à la mobilisation, que voici dans sa traduction d'origine: "Les minorités de tout acabit ont tout intérêt à s'organiser professionnellement dans une telle situation. Les musulmans suisses se sont réveillés au plus tard le 29 Novembre de leur inaction apparente presque obsessive. Les sœurs belges viennent d'avoir leur 'expérience «Choc et Peur", d'autres sont susceptibles de suivre bientôt."
Tout cela n'augure rien de bon pour le dialogue des cultures. Comme pour les minarets, l'interdiction de la burqa est la meilleure façon de transformer un non-problème en abcès de fixation. Les partis démocrate-chrétien, par la bouche de leur président Darbellay, et libéral-radical par le vote argovien d'hier, portent une part de responsabilité dans la détérioration du climat. Ils encouragent des mouvements plutôt rigides, comme le CCIS. Les perdants sont les modérés - islamistes ou chrétiens. Comment sortir de cette logique?

Investissez dans le bois


Parution, ce matin, d'un rapport fédéral intitulé "Bois, matière première et source d'énergie". Je vous passe tous les scénarios envisagés - les experts adorent diluer leurs conclusions dans moult cas de figure, ce qui leur permet de dire "je l'avais prévu", quelle que soit l'évolution. Il n'en reste pas moins que:
"Tous les scénarios indiquent que l'utilisation du bois augmentera nettement par rapport à 2005. Il faut en déduire que les quantités de bois mort inutilisé diminueront. Il paraît clair qu’une bonne partie du bois qui se dégrade dans les forêts en 2005 servira de bois énergie à l’avenir."
Et que:
"Le volume de bois énergie dépassera son niveau en 2005, année de référence, de 62% (scénario «Tendance pour 2025») à 73%. L’exploitation maximale du potentiel, évaluée à 7,65 millions de m3, représente plus du double de sa valeur en 2005. La participation à la couverture de la demande totale d’énergie passerait ainsi de
3,5 à 7%. Parmi les agents renouvelables, la part du bois augmentera donc vraisemblablement de 21% à 35-50% d’ici 2025. Ainsi l’objectif fixé par l’Office fédéral de l’énergie, de doubler à terme le recours à l’énergie du bois, pourrait être atteint. Pour ce faire, il faut poursuivre la politique actuelle de la forêt et de l’énergie."
J'avais déjà signalé ici que la forêt suisse se porte plutôt bien. Si en plus elle se met à rapporter...
P.S.: "Promenons-nous dans les bois" - c'est le titre d'une exposition des oeuvres du graveur Pierre Aubert, mises en résonance avec celles de Vincent Kohler et Nicole Hametner, à l'Espace Arlaud, Lausanne, jusqu'au 30 mai.

J'veux voir un cormoran englué !!!!

Je plains les envoyés spéciaux en Louisiane. Caméras au poing, téléobjectifs braqués, ils attendent depuis trois jours, comme le lieutenant Drogo du "Désert des Tartares", les pitoyables victimes de la maréenoiredusiècle qui fixeront de leur oeil agonisant et accusateur les téléspectateurs du monde entier.
Moteur, on tourne! Euh..., attendez chef: on a retrouvé 21 tortues mortes, mais faut encore les envoyer au labo, parce qu'on sait pas trop bien ce qui les a fait trépasser. (Nota bene: quant au pauvre zoziau ci-dessus, il a été photographié en Corée, pas dans le Golfe du Mexique)
Mais ce n'est pas possible, ça! On parle bien d'une ca-ta-stro-phe écologique "sans précédent", non? Obama s'est bien rendu sur place, non? Où sont les marais de Louisiane clapotant lamentablement sous une nappe noirâtre, les alligators sur le dos, même plus bons pour en faire un sac à main?
Le léger problème, c'est qu'on ne sait à peu près rien. Ce qui causé l'accident? Mystère. Combien de barils glougloutent quotidiennement depuis le fond? 1000, 5000, 25000? On a tout lu, tout entendu, sauf un chiffre fiable. Combien de kilomètres de côte touchés? Il semblerait que la maréenoiredusiècle prend son temps pour arriver, que les vagues la dispersent un peu - zut alors.
Fâcheux contretemps car, comme le relève la revue de presse de la TV romande, "les inquilétudes liées à la marée noire aux Etats-Unis continuent de s'étendre dans la presse". Noires d'inquiétudes, qu'elles sont, les pages des journaux. Qu'elle se grouille, cette fichue maréenoiredusiècle!
Et voiilà qu'on tombe dans le New York Times de ce matin un article intitulé: "Gulf oil spill is bad. But how bad?" La conclusion est prudente. Beaucoup de choses dépendront du temps qu'il fait, de la capacité de BP à boucher la fuite, etc. Mais pour l'instant, les pêcheurs et autres locaux qui pleurent misère devant les caméras du monde ont surtout trouvé un job à dix dollars l'heure pour nettoyer des plages qui ne sont pas encore polluées.
Si on me paie le billet d'avion, je veux bien aller les aider, j'apporterai même mes bottes en caoutchouc.
Sauf que, attendez, attendez... Il semblerait que le volcan islandais Unjafördsikollayatolsmfrötsinklabüll se réveille. Un nouveau nuages de cendres risque d'interrompre à nouveau les vols.
"Seigneur, donnez-nous notre catastrophe quotidienne!"

Les travaux de Grübel

2,2 milliards de francs de bénéfice net au premier trimestre: UBS confirme les prévisions et "dépasse même légèrement les attentes", comme on dit en jargon d'analyste. Après la descente aux enfers de cette banque sauvée deux fois par l'Etat et trahie par ses anciens dirigeants, il faut saluer le redressement opéré par Oswald Grübel - même si le gaillard me laisse un souvenir mitigé. Quand il dirigeait Credit Suisse, je me suis trouvé assis un jour à côté de lui lors d'un de ces repas "rencontre informelle avec les journalistes". A un moment, il a évoqué le grrrrand souci des banquiers: la bureaucratie, la lenteur des politiciens. Ah là, là, pauvre Suisse-escargot... Ce n'est pas comme à Singapour, a-t-il ajouté: là, je peux rencontrer le premier ministre sans délai. Et il a claqué du doigt, juste au-dessus de mon nez, du geste qu'on fait quand on appelle les larbins.
Bon, ben voilà, peut-être que Owsald Grübel a appris les bonnes manières. En tout cas, il a eu le mérite de sortir de sa retraite dorée pour prendre un gros risque.
Côté positif, les actifs pourris d'UBS reprennent de la valeur (+230 millions) au fur et à mesure que le marché reprend quelques couleurs.
Côté neutre, les expositions de la banque en Grèce et au Portugal sont "insignifiantes", selon le chef des finances Jim Cryan (retenez bien ce mot et ce nom, on ne sait jamais). En Espagne, les risques sont un peu plus élevés, mais pas énormes, ajoute-t-il.
Côté négatif, les sorties nettes de fonds se poursuivent - 18 milliards de francs au total. L'hémorragie diminue, mais elle n'est pas enrayée.

lundi 3 mai 2010

Pour se changer les idées de la Grèce

Les bulles finissent toujours par exploser. Mais quand, that's the question. Sur Bloomberg, l'investisseur Marc Faber se risque à un pronostic à propos de la chinoise: ce sera dans les douze prochains mois. Kenneth Rogoff, Jim Chanos, Citi, BNP Paribas, Blackrock: les fonds, banques et analystes qui pensent que l'immobilier chinois sent le roussi commencent à être nombreux.
Je me souviens de ce que disait l'un d'entre eux il y a quatre ans. Le gouvernement chinois fera tout son possible, et même l'impossible pour éviter un accident majeur tant que les JO et l'Expo universelle de Shanghai n'auront pas eu lieu.
Les JO sont derrière nous et l'Expo de Shanghai en cours. La question est: quel effet(s) aura l'éclatement d'une bulle immobilière chinoise sur les autres marchés financiers, sur l'économie mondiale?

dimanche 2 mai 2010

Deux jours de pluie, une heure de soleil (sur Lavaux) :-))

Confessions d'une "chérie-tiroir"

Jérôme Kerviel, ça vous dit encore quelque chose? La Société Générale, les milliards partis en fumée lors de la crise financière...
Dans un peu plus d'un mois, Jérôme Kerviel sera jugé. Alors il prépare le terrain, va publier un livre intitulé "L'Engrenage, mémoire d'un trader" (yeah! man, ça sonne bien!) et, en attendant, se confie au Journal du dimanche. Extrait:
"J'évoluais dans un milieu complètement déconnecté de la réalité, et par certains aspects irresponsable. Le seul leitmotiv, c'est de faire le maximum d'argent dans le minimum de temps, et peu importe comment. Il faut faire de l'argent pour la banque. On brasse des sommes phénoménales. On perd la notion des montants, ça va tellement vite qu'on n'a plus le temps de réfléchir. Oui, j'étais partie prenante de se système. (...) Pour nos chefs, on est des "gagneuses". A la fin de la journée, on entendait la phrase: "Relevé des compteurs!". "Combien t'as fait? T'as été une bonne gagneuse aujourd'hui !". Tous les traders ont entendu ça."
C'est-y-pas joli, ça? Des gagneuses... Des putes, quoi. De luxe, bien sûr, mais qui ne savaient plus très bien ce qu'elles faisaient, comme si on leur avait fait aspirer des lignes de coke.
Hier au Salon du Livre et de la presse, il y avait un chouette débat sur le "français jubilatoire d'Afrique". Ainsi, l'écrivain béninois Florent Couao-Zotti rebaptise les prostituées "chéries-trottoir", "chéries-foutoir" ou "chéries publiques".
Pour les traders, on pourrait imaginer "chéries-tiroir".
"Une chose est sûre, je ne retournerai pas dans une salle de marchés", continue Jérôme Kerviel.
Et Fabrice Tourre, la gagneuse de chez Goldman Sachs qui témoignait l'autre jour, tout rose, tout frais dans son costard et bien droit dans ses pompes cirées, face à une commission du Sénat américain? Il ne respirait pas la contrition, Fabulous Fab. Bien drillé par la banque, le style "j'assume et je me défendrai".
Le Wall Street Journal ne donne pas cher des chances de l'Etat face à GS. Le WSJ est le journal des banquiers. Quant à Warren Buffett, il a apporté son soutien au patron de GS Lloyd Blankfein devant ses fidèles massés à Omaha dans l'Eglise du Fric. Et il a joué du ukulele pour les motiver.
"Honolulu baby, sure know your stuff
Honolulu baby, gonna call your bluff"

samedi 1 mai 2010

Fiscalement zen

Pour ceux qui s'intéressent à l'actualité économique suisse et à ses dessous, le blog d'Yves Steiner, journaliste à l'Hebdo, mérite le détour. Désormais référencé à droite de cette page. Le même Yves Steiner a enquêté dans L'Hebdo sur la lutte des cantons romands contre la fraude fiscale. Enfin, la lutte...
Environ 80 inspecteurs pour toute la Suisse romande, 120 millions de francs récupérés en 2009, soit 0,8% des recettes cantonales: ce n'est pas ce qu'on appellera un Etat policier fiscal.
L'avocat fiscaliste Xavier Oberson fait semblant de s'étonner: "C'est vrai que leurs effectifs ne sont pas énormes". Au fait, combien la Suisse romande compte-t-elle d'avocats d'affaires, conseillers fiscaux, fiduciaires et autres Ersnt & Young ou KPMG optimisant les déclarations de ceux qui n'ont pas le bonheur d'être de simples salariés? On serait dans un rapport 30 contre 1 par rapport aux inspecteurs que je ne serais pas étonné. Et je ne parle pas des salaires.
Oberson poursuit dans la veine philosophique chère à sa profession: "Contrairement à d'autres pays, le fisc suisse n'a heureusement pas ce côté répressif. Cela crée un climat plus serein entre administrations fiscales et contribuables".
C'est beau, la sérénité. La zénitude fiscale. Un havre de paix et de compréhension dans ce monde de suspicion et de hargne.
Sauf que j'avais mis la main, à l'époque où je travaillais à la rubrique éco, sur une des très rares études concernant la moralité fiscale des Suisses - si rare que je n'arrive pas à remettre la main dessus, scrongneugneu. La conclusion en était que, côté moralité fiscale, les Suisses sont tout juste dans la moyenne européenne, plutôt en-dessous.
Faut-il donner du clairon et partir sabre au clair contre les fraudeurs? Tactiquement, ce ne serait pas malin, voir l'analyse de l'avocat Philippe Kenel publiée l'autre jour. La Suisse a en ce moment un problème à régler vis-à-vis de l'extérieur avec les clients de ses banques, ce n'est pas le moment de semer la confusion en chamboulant le système à l'intérieur. Mais cela n'empêche pas de renforcer progressivement les contrôles à un niveau qui les rende crédibles.