vendredi 30 avril 2010

Haiku ferroviaire

Sur le tampon graissé
de la locomotive
arrivée,
deux oiseaux,
ailes frétillantes,
déjeûnent

CS

29% de refus et 5% d'abstentions pour le rapport sur les rémunérations: encore un effort, messieurs les actionnaires de Credit Suisse!

Jean Ziegler et ses fans dans leurs oeuvres

50 ans d'indépendances africaines, quel bilan? se demande le Salon africain à Genève. Jean Ziegler se chauffe, s'élance, serre le micro, ça y est, il est parti. Il dénonce "la société Ajax à Lausanne qui, pour cultiver l'huile de palme et la canne à sucre, expulse 11 000 cultivateurs de riz".
Traduction: il s'agit de la société Addax Bioenergy, à Genève, qui ne cultive pas d'huile de palme et dont j'ai visité la plantation-pilote en Sierra Leone, où aucun cultivateur de riz n'a été expulsé pour ce projet.
Et il se trouve encore des gens pour applaudir Ziegler. Dans la foulée, il s'en prend aux "kleptocrates assassins" au service du "capitalisme prédateur", comme le burkinabé Blaise Compaoré. "Et Laurent Gbagbo?", lui suggère le modérateur (plusieurs morts ou disparitions suspectes, dont celle du journaliste Guy-André Kiefer, mènent au proche entourage du président ivoirien).
- Ah non, répond Jean, c'est mon ami. Un vrai homme d'Etat.
Et il se trouve encore des gens pour applaudir Ziegler. Parmi eux, des expats congolais qui ont distribué un tract courageusement anonyme pour empêcher le journaliste Stephen Smith de prendre la parole au Salon. Smith a eu le tort de publier il y a sept ans un livre intitulé "Négrologie: pourquoi l'Afrique meurt". Il y dit quelques vérités désagréables aux colons, ex- ou néo-, mais aussi aux Africains eux-mêmes.
Certains n'ont pas envie de dépasser leur statut d'éternelles victimes. N'ayant pu censurer Stephen Smith, ils monopolisent le micro et déversent leur complainte. Ils ont très grande gueule, ils crient, ils trépignent.
Smith, contrairement à Ziegler, a pénétré au coeur des pays dont il parle, pas seulement dans les salons des potentats idéologiquement corrects. Son dernier livre s'intitule "Voyage en postcolonie". La Françafrique ressemble plus à un "fantôme" qu'à une vraie menace, dit-il, "les pays africains ont aujourd'hui une marge de manoeuvre".
Au Salon africain, il y a des écrivains comme Florent Couao-Zotti (prix Kourouma 2010), qui utilisent cette marge de manoeuvre pour créer. Il en résulte une littérature vivante, mordante et colorée. Et il y a des intellectuels qui continuent de s'accrocher au drap du fantôme Françafrique, comme s'ils avaient de perdre cette ultime référence pour justifier leur posture d'imprécateurs.
L'Afrique avancera sans eux.

L'après-secret bancaire, vu par un spécialiste

Petit coup de pub pour la page "Forum" du cahier économique du Temps. L'avocat Philippe Kenel y esquisse de façon clair, précise, la stratégie que devrait, selon lui, suivre le gouvernement suisse à propos de secret bancaire. En gros:
- entrer en négociations avec l'Union européenne pour un échange automatique d'informations fiscales.
- demander un délai d'adaptation de 8 à 10 ans.
- appliquer pendant cette période le système du prélèvement à la source.
- demander en échange l'accès sans restriction aux marchés financiers européens.
- exiger que tous les Etats soient traités de la même manière (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui avec les trusts anglo-saxons, comme l'analyse Myret Zaki dans son dernier livre).
L'intérêt de ces propositions est qu'elles viennent d'un professionnel, confronté quotidiennement aux besoins et demandes des clients étrangers, ce qui n'est pas le cas de la "stratégie de l'argent blanc" préconisée par une partie du parti libéral-radical.

jeudi 29 avril 2010

Septante ans après, Coco va parler!...

Bienvenu Mbutu Mondondo, 41 ans, comptable de son état, veut faire interdire la BD de Hergé Tintin au Congo, pour propagation de stéréotypes racistes.
C'est une vieille polémique recuite à laquelle Hergé lui-même avait déjà répondu. Ben oui, quand il a publié cet album en 1930, il était influencé par la vision dominante du "nègre" qui prévalait en Europe. Il a retouché l'album, dont la première version comprenait - si ma mémoire est bonne - une scène où un petit noir découvrant les bienfaits du savon voit sa peau blanchir (ou suis-je moi-même victime de stéréotypes racistes contaminant jusqu'à mes souvenirs?).
Même dans sa version corrigée, Tintin au Congo est en effet une oeuvre emblématique du colonialisme. Au fait, vous souvenez-vous du nom du "boy" qui accompagne Tintin dans cette aventure?
Sur cette question, j'ai séché. Et pour cause: Coco - c'est son nom - ne dit pas un mot de tout l'album.
Ce matin au Salon Africain - dont je vous recommande les débats, vous ne pouvez pas le manquer à l'entrée de Palexpo, sur la droite, au Salon du Livre et de la Presse - j'ai rencontré Barly Baruti (photo), qui a une idée géniale. 
Barly est congolais, comme monsieur Mondondo, mais dessinateur de BD et non comptable. Peintre aussi, un peu, fan de foot. Bref, un artiste. 
Et il a eu l'idée suivante: écrire une BD où Coco, après 70 ans de silence, ôte le sparadrap de sa bouche et se met à parler. Coco va dire ce qu'il pense du "toubab" dont il porte les bagages, ses sentiments, ses envies. Bref, il va devenir un être humain à part entière.
Je trouve que c'est une bien meilleure initiative, au moment où 17 pays africains marquent un demi-siècle d'indépendance au compteur, que d'interdire Tintin au Congo, qui fait partie de l'Histoire.
Barly Baruti avait dû quitter son pays à cause de certaines caricatures, il est revenu à Kinshasa, où il a financé un centre culturel, avec son argent. Celui-ci a été fermé par les autorités, qui convoitaient les lieux. C'est un de ces nonmbreux Africains qui se bat, tous les jours, pour que la vie aille son bonhomme de chemin.
Puisqu'on parle d'Afrique, petit coup de pub au site du Temps, qui a fait une belle infographie sur les 17 pays devenus indépendants en 1960. Elle a été réalisée par Richard Etienne, qui fait un stage web au journal et tient un blog où il suit d'assez près l'actualité africaine.
Sur quoi, la pensée du jour: "Le pire n'est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien" (elle est d'un journaliste Camerounais dont le nom s'est perdu dans le brouhaha. Ce Salon du Livre ressemble parfois à la plus grande garderie romande!)

mercredi 28 avril 2010

Et maintenant, cher public, le fameux duo Hans-Ruedi et Michi dans leur désopilant numéro: sus au bonus!

Après le parti libéral-radical, le Conseil fédéral n'a pas de mots assez durs pour fustiger les bonus élevés qui mettent en danger la cohésion du pays, si l'on en croit les propos tenus par Hans-Rudolf Merz et Micheline Calmy-Rey.
Mais qu'ont fumé nos ministres? Ils se croient au Forum social de Porto Alegre? Hans-Ruedi va-t-il arriver aux prochaines conf'de presse revêtu d'un T-shirt à l'effigie du Che?
Calmons-nous. Tout cela n'est que de la grosse ficelle politicienne. Un duo en savates percées.
D'abord, les mesures proposées  ce mercredi sont loin d'être aussi mordantes qu'elles le paraissent à première vue, comme l'analyse le site du Tages Anzeiger. Retenons deux points.
1) Le droit de regard de l'Etat sur les bonus des entreprises qu'il aide n'est pas rétroactif; UBS peut dormir tranquille.
2) L'impôt supplémentaire sur les bonus supérieurs à 2 millions de francs sera payé par les entreprises elles-mêmes, par par le récipiendaire. Celles-ci trouveront un moyen de contourner cette gêne, a suggéré un journaliste en conférence de presse. Il n'a pas été contredit.
Mais alors, pourquoi ce cirque? Là aussi, il y a deux points à retenir.
1) Le Conseil fédéral veut à tout prix couper l'herbe sous les pieds de l'initiative populaire, dite Minder, contre les rémunérations abusives. Le gros nez rouge de Merz et les joues fardées rouge-colère de MIchi font partie de cette stratégie.
 2) Il veut à tout aussi ardemment faire avaler par le parlement l'accord qui lui permettra de transmettre aux Américains les 4450 noms de clients UBS fraudeurs du fisc. Cela mettra un terme, espère-t-il, aux menaces qui pèsent encore sur la banque. Mais la majorité des votes n'est pas gagnée, reste à amadouer les socialistes. D'où, encore une fois, la pantalonnade de ce jour - qui n'a pas complètement déridé le PS, semble-t-il.
L'aspect le plus amusant de ce numéro concerne Credit Suisse. Si cette banque continue de verser d'aussi gras bonus à ses dirigeants, elle paiera éventuellement plus d'impôts - à cause des pitreries fiscales de sa concurrente UBS. Brady Dougan doit rire un peu jaune ce soir.

Goldman Sachs, le silence des agneaux

Regardé un moment les auditions de Goldman Sachs au Sénat hier soir. Frustrant. C'était un passage plutôt technique. On connaît bien la tactique des commissions d'enquête américaines: poser beaucoup de questions, les plus pointues possibles, ne jamais laisser celui qui est sur le grill se perdre en méandres, l'interrompre, lui faire préciser, répéter. Glisser au milieu de tout cela une bonne grosse question de principe, du genre: "Mais alors, vous recommandiez à vos clients des produits que vous qualifiez vous-même de merde dans les courriels internes. Cela ne vous dérange pas?"
C'est un combat de nerfs, une suite de touchettes sur le ring. On compte les points au bout, mais je ne suis pas sûr qu'on se soit beaucoup approché de la vérité. Pour cela, il faudrait introduire dans les débats un acteur central: les clients de la banque. Ce sont après tout eux qui ont perdu des sommes colossales, eux qui subissaient le marketing de GS - ou le sollicitaient -, eux qui peuvent dire s'ils estiment avoir été trompés ou non.
Dans tous les articles que j'ai lus jusqu'ici, ou hier au Sénat, ils brillent par leur absence. Pourquoi?

Journalisme d'investigation, post-post-scriptum

Fathi Derder, "journaliste romand" de l'année 2009, le monsieur satisfait qu'on voit ici (merci Facebook), écrit dans sa chronique hebdomadaire de 24 Heures que le journalisme dit "d'investigation" n'existe pas. Il n'y a que du journalisme tout court, consistant à rechercher et vérifier les faits, qu'il s'agisse d'une brève ou d'une page entière. Point à la ligne.
Qui sont donc les journalistes autoproclamés "d'investigation"? Une bande de flemmards qui prennent beaucoup plus de temps que leurs collègues pour faire le même boulot, poursuit-il. Comme les éditeurs ont fini par s'en apercevoir, ces "barons" (sic) se sont constitués en association pour défendre leurs privilèges, et c'est ainsi qu'ils se retrouvaient la semaine dernière en congrès mondial à Genève, tandis qu'un modeste journaliste - tout court - du Matin sortait scoop sur scoop à propos du détenu mort étouffé dans la prison de Bochuz, sous l'oeil goguenard des gardiens.
Sur le bon travail du Matin dans cette affaire, je suis d'accord.
Pour le reste, dans les couloirs du centre de conférences genevois où se tenait le congrès, qu'ai-je vu pendant trois jours? Des collègues norvégiennes, slovène, marocain, brésilien, salvadorien, ghanéenne, ougandais, somalienne, etc. qui font leur boulot de façon efficace, modeste, sans se la péter ni inscrire les mots "grand reporter" sur leur carte de visite.
Un certain nombre d'entre eux n'ont pas les moyens de faire entretenir leur "paresse" par un éditeur, simplement parce qu'ils travaillent en indépendants. Ainsi ce journaliste slovène qui a dû se battre deux fois: pour enquêter sur un scandale de pots-de-vins liés à des ventes d'armes, en collaboration avec un collègue finlandais, puis pour placer son article - car il a été la cible d'une campagne de diffamation de la part du gouvernement, relayée par la presse officielle. Les faits ont fini par lui donner entièrement raison.
Je pourrais aussi parler de l'éditeur marocains de Tel Quel (pas un journaliste paresseux) qui s'est fait saisir son hebdomadaire pour avoir eu le culot d'enquêter sur le roi.
Voilà ce qu'aurait pu voir Fathi Derder s'il avait assisté à un des ateliers genevois. Mais, tiens, c'est curieux, je ne l'ai pas vu une seule fois en trois jours. Sans doute ai-je dû mal regarder.
Paresseux comme je suis, je n'ai pas fait d'enquête approfondie sur ce "journaliste romand de l'année". Mais je n'aime pas qu'il insulte des gens qu'il ne s'est pas donné la peine de rencontrer. Fathi Derder est un con.
C'est dommage, parce que sur le fond, je partage en partie sa réserve sur le côté fanfaron du mot "investigation". C'est un mot qu'on devrait réserver à la police scientifique. Mais affirmer que l'enquête est la même sur tout, les brèves et le reste, kif kif bourricot, c'est juste afficher une méconnaissance totale du métier. Perso, je ne me considère pas comme un journaliste "d'investigation": trop touche-à-tout, trop empathique, trop mesuré, pas assez culotté. Mais je sais en reconnaître un, avec son côté pitbull, cette passion du changement qui l'entraîne. Et cela n'est pas donné à tout le monde.

mardi 27 avril 2010

Une lettre d'entrepreneur à Credit Suisse

Crédit Suisse Private Banking, Genève
à l'attention de M. XXXX, conseiller
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copie :
- M. Brady Dougan, CEO Crédit Suisse Group
- M. Manuel Jetzer, responsable Crédit Suisse Private Banking
- M. Bernhard Lippuner, responsable régional Crédit Suisse

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Vésenaz, 27 avril 2010
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Cher Monsieur XXX,
Comme vous le savez, je suis un entrepreneur, et je crois que ceux qui prennent des risques avec un bien qui leur appartient, doivent pouvoir en récolter les fruits.
Ainsi, si votre CEO, M. Dougan, avait été le fondateur et propriétaire unique du Crédit Suisse Groupe, sa rémunération de 90 millions m'aurait laissé indifférent.
Mais M. Dougan n'est ni le fondateur, ni le propriétaire du Crédit Suisse (sauf pour ses quelques options), mais un salarié qui justifie son bonus par ses extraordinaires performances depuis 2003.
J'ai appris que sa rémunération a été déterminée par le conseil d'administration selon un plan de "motivation" très créatif - utilisant comme base de référence le cours de l'action à une date en 2003.
A court terme, le cours d’une action est plus aléatoire que lié aux performances d'une entreprise. Ainsi, fixer une base de référence pour calculer un bonus, sous forme d'un strike d'une option, quand les cours d’actions dans tout le secteur financier sont historiquement très bas (comme en 2003) est une pure folie. Si vraiment le conseil d'administration avait souhaité inciter et mesurer la création de valeur des actionnaires par un bonus, il aurait fallu fixer cette base de référence à une date quand l’action était historiquement haute (comme en 2000)…
Je constate d'ailleurs qu'en 10 ans l’action Crédit Suisse à même perdu de la valeur, pendant que la rémunération octroyée au CEO a augmenté d'environ 1000% !
Pour ma part, je suis très heureux de ne pas être actionnaire du Crédit Suisse.
Mais même en tant que client, je ne peux cautionner ce comportement économiquement insensé.
C’est donc avec regret que je vous demande de fermer mes comptes auprès de votre établissement.
En tant que contribuable, je déteste l’idée qu’un jour mes impôts pourraient de nouveau être détournés pour réparer les conséquences d'un comportement d’un M. Dougan.
Pour cette raison, j’inciterai mes connaissances à faire de même.
Je vous remercie encore pour vos services et pour vos conseils professionels, et tout en vous souhaitant une bonne continuation, je vous adresse mes meilleures salutations,

Wouter van der Lelij
1222 Vésenaz

Journalisme d'investigation, post-scriptum

Une collègue qui a assisté à la Conférence globale sur le journalisme d'investigation à Genève en sort (sur Facebook) "enchantée, reboostée, motivée près avoir pu constater que la grande et belle famille du journalisme d'investigation est toujours vivante".
"La famille, oui! Mais le journalisme d'investigation, lui, est-il toujours vivant?", lui répond une autre collègue. "On verra ce que ça donne dans la pratique! Des sujets?", ajoute un autre. "Euh...où est son fief? Ai perdu l'adresse", demande une troisième intervenante.
Ben alors, c'est quoi ces persiflages cyniques? Le journalisme d'investigation existe, et en plus il fait vendre. La preuve dans Le Soir du week-end dernier. Notre collègue Colette Braeckman, fine connaisseuse de l'Afrique, répond sur trois pages à la question: "La Belgique a-t-elle pillé le Congo?", qui marque son demi-siècle d'indépendance, comme 16 autres pays africains.
Ce qui m'a frappé en première page du journal est le surtitre, en gros caractères: "Une semaine d'enquête".
Qu'un journaliste consacre cinq jours pleins de travail au même sujet est devenu un scoop.

lundi 26 avril 2010

Twit! twit! font les banquiers suisses

L'Association suisse des banquiers (ASB) actualise sa "Stratégie pour la place financière suisse à l'horizon 2015", tenant compte des quelques bricoles survenues autour du secret bancaire juste après la parution de la première mouture de ce texte fondamental.
Oyez, oyez donc: "les banques suisses se focaliseront à l’avenir sur l’acquisition et la gestion d’avoirs déclarés" et appliqueront l’article 26 OCDE qui prévoit l’entraide administrative au cas par cas pour tous les délits fiscaux. Ce qui revient, pour la clientèle étrangère, "à abandonner la distinction entre fraude fiscale et soustraction fiscale".
Le communiqué de presse nous apprend aussi que l'ASB a "ouvert un compte twitter par le biais duquel nous allons désormais publier des communiqués de presse, des prises de position et des informations intéressantes sur la place financière suisse".
Alors ça, c'est grave cool! Avec Twitter, nos gnomes zurichois et genevois sautent à pieds joints dans le XXIème siècle. Finie, la langue de bois sur trois pages A4. Désormais, ce sera concis, au fait, sans fioritures inutiles. Djeûne, quoi.
Je vois déjà le message que découvriront les clients sur leur Blackberry ou leur iPhone la prochaine fois qu'un employé indélicat vendra un disque dur (volé) de données confidentielles au fisc allemand:
"Ca craint Outre-Rhin. Déclarez ou dégagez :-(("
A part l'Association suisse des banquiers, une autre institution assiégée a décidé de contre-attaquer plus rapidement grâce à Twitter, nous apprend Bloomberg ce lundi: le président vénézuélien Hugo Chavez.

Coup de pub: Charlie Brooker, ou l'actu décapée

Si vous jetez un coup d'oeil à ce blog de temps à autre, vous consommez probablement les médias "avec une pincée de sel".
Sinon, c'est vous n'avez pas encore découvert Charlie Brooker et son émission Newswipe. Sur BBC 4, il décrypte sans ménagement l'actualité telle que la restituent TV et journaux, avec leurs tics et leurs biais. Hygiénique et hautement salutaire. Merci Kevin de m'avoir signalé le morceau d'anthologie ci-dessous sur la mise en scène du crrrrrredit crrrrrrrunch, in english of course (trois séquences, mais il s'agit de la même émission).



No 2:


No 3:


Et maintenant, comme dirait Charlie, "go away!"

Asperges

Promené ma maman dimanche à la Fête de la Tulipe de Morges. Cela lui a bien plu, et à moi aussi, bien que je ne sois pas un grand fan de tulipes en général. Celles-ci avaient un petit air mutin et froufroutant qui les rendait fréquentables.
Il y avait aussi, dans un coin du parc, un stand vendant des asperges, du Valais. Je suis un grand fan des asperges en général, du Valais en particulier. Une pancarte-argumentaire a retenu mon attention: "Si vous achetez des asperges mexicaines, elles auront parcouru 11 000 km en avion et occasionné une dépense énergétique de 5 litres de pétrole par kilo. Tandis que les nôtres engendrent une dépense énergétique de 0,3 litre."
L'argument est imparable. J'allais sortir mon porte-monnaie pour en acheter une botte quand j'ai vu le prix: 18 francs le kilo. Si on tient compte du fait qu'une petite moitié de l'asperge reste trop dure et filandreuse pour les gourmets (surtout les premières du printemps), on arrive à un prix approchant 30 francs le kilo consommable.
A ce prix, je me sens prêt au compromis avec les haricots marocains.

Revolucion!

Le comité central du parti libéral-démocratique suisse - surnommé "le parti de l'économie" pour ceux qui connaissent mal l'échiquier politique helvétique - vient de publier un communiqué qui n'est pas piqué des hannetons. Il dénonce les rémunérations "démesurées" de certaines entreprises , "qui minent par leurs bonus excessifs le soutien de la population à notre système économique libéral". Et de citer noir sur blanc les 70 millions de francs reçus par le patron de Credit Suisse, Brady Dougan
"Il faut que ça change", tonne le PLR dans son communiqué. Tenons-nous bien: il recommande aux actionnaires de Credit Suisse de REFUSER LA POLITIQUE SALARIALE de la banque lors de la prochaine assemblée des actionnaires.
Extraits de la suite:
"Les banques doivent utiliser leurs bénéfices pour renforcer leur capital en vue des mauvaises périodes futures, au lieu de payer des bonus extravagants."
"Les actionnaires doivent participer activement aux assemblées et pouvoir VOTER DE FACON CONTRAIGNANTE (verbindlich über das Vergütungssystem und Boni-Plänen) sur les systèmes de rémunération et les bonus."
Merci à Thomas Minder d'avoir lancé son initiative sur les rémunérations abusives. Merci à Brady Dougan d'avoir - involontairement - soufflé tellement de vent dans les voiles de cette initiative que le parti bourgeois entre tous se sent obligé aujourd'hui de rallier le camp de ceux qu'il qualifiait hier de populistes.

Does Gilles kill the radio star?

Gilles Marchand est depuis cette année directeur d'une entité romande nouvellement créée qui se nomme Radio-Télévision Suisse (RTS). Jusqu'ici, radio et télévision faisaient lit séparé, et Gilles Marchand tapotait l'oreiller du second (celui de la TV, donc).
Désormais, il doit convaincre la radio qu'elle ne va pas se faire violer aussi sec dans le grand lit commun. Un travail d'explication qui ne va pas sans mal, suscitant moult organigrammes à passerelles et séances dites de convergence.
Las! Comme l'a relevé un participant samedi au Congrès du journalisme d'investigation, Gilles Marchand a saboté en vingt minutes d'exposé des mois de travail d'approche en ne mentionnant que la télévision dans "l'entreprise qu'il dirige". Silence radio sur le partenaire.
Manque de pot, le congressiste en question travaille justement à la radio. Pas besoin d'investiguer longtemps pour conclure que le lit matrimonial ne s'en est pas trouvé réchauffé.

dimanche 25 avril 2010

Blankfein, comme Frankenstein

Ce qui semblait impensable il y a encore un mois le devient: le siège de Lloyd Blankfein, directeur général de la plus futée banque d'affaires de Wall Street, Goldman Sachs, pourrait vaciller ces prochains jours.
Deux actionnaires ont porté plainte contre lui à la fin de la semaine dernière. Et les nouveaux courriels du trader de GS Fabrice Tourre dévoilés ce week-end, s'ils ne constituent pas des preuves formelles que la banque a délibérément induit certains de ses clients en erreur et agi contre leur intérêt dans la période menant à la crise hypothécaire, révèlent un état d'esprit d'un cynisme absolu. Extrait, à propos d'un des produits créés par Fabulous Fab:
Janvier 2007: "Cela fait mal au coeur de le voir exploser en plein vol. C'est un peu comme si Frankenstein se retournait contre son inventeur."
En quoi Fabulous Fab démontre son manque de culture, car Frankenstein, dans le roman de Mary Shelley, est le nom de l'inventeur du monstre, pas celui du monstre lui-même.
Mai 2007: "Ce marché est totalement mort, et les pauvres petits emprunteurs d'hyopthèques subprime n'en ont plus pour longtemps!!!" (les points d'exclamation sont de lui).
Juin 2007: Fab annonce à sa petite amie qu'il vient d'atterrir à Bruxelles et se vante d'y avoir "vendu à quelques veuves et orphelins rencontrés par hasard à l'aéroport des obligations Abacus"(le produit GS qui a "explosé en plein vol" et contre lequel le fonds spéculatif Paulson avait parié, après l'avoir créé avec le concours de GS).
Les documents fournis par la banque elle-même montrent que GS se protégeait contre une chute du marché immobilier dès la fin de 2006. "Je pense que cela peut être un très gros problème, bien pire qu'on ne l'imagine en ce moment", écrit un des directeurs, Jon Winkelried (sic! les Suisses férus d'histoire apérécieront...) en mars 2007.
Voici le résumé de la réponse de Goldman Sachs aux accusations lancées contre elle. La banque estime qu'on a sélectionné les mails qui la chargent et donnent une mauvaise image d'elle. De la même manière que le fonds spéculatif Paulson avait sélectionné les hypothèques pourries, ficelées par GS, pour parier sur leur effondrement tandis que la banque les vendait à des gogos?
Dans ce contexte, le livre de Charles D. Ellis sur Goldman Sachs, "The Partnership", est décidément précieux. A la fin des années 70, y apprend-on, John Whitehead, alors senior partenaire, fait part d'un de ses soucis majeurs lors de la conférence annuelle d'investissement:
"J'ai quelque chose qui me tracasse ce soir, et je ne sais pas trop comment y réagir. Quelque chose qui a fait beaucoup de tort à nos concurrents et pourrait faire beaucoup de tort à Goldman Sachs aussi. Ce qui me tracasse sont les premiers signes d'une maladie grave qui peut s'avérer très destructrice dans une entreprise de services. Nous devons tous être attentifs et veiller à l'éradiquer ici, dans notre société. Cette maladie a un nom que nous n'aimons pas prononcer, mais nous le devons. C'est... l'arrogance. Si l'un d'entre vous a quelque suggestion que ce soit, à quelque moment que ce soit, pour prévenir l'arrogance, vous savez que j'apprécierai son aide. Qui aimerait commencer la discussion?"
Une main se leva. Whitehead se tourna vers le jeune banquier qui se manifestait. "Que suggérez-vous de faire?"
"John, il n'y a qu'un moyen vraiment efficace de mettre un terme à ce qui vous tracasse."
"Et c'est?"
"Recruter des gens médiocres."
Fin de la citation du passage du livre de Ellis (p. 565). J'ajoute ce commentaire: la réponse du jeune banquier montre que l'arrogance avait déjà gagné à la fin des années 70.
Le dernier chapitre du livre montre aussi comment Lloyd Blankfein a joué un rôle central dans l'évolution récente de Goldman Sachs qui, de monteur d'opérations financières pour ses clients, s'est muée de plus en plus en investisseur pour compte propre. La proximité des deux activités ne pouvait que générer des conflits d'intérêts, l'avertissait-on. Nous sommes de grands professionnels et saurons élever les "murailles de Chine" nécessaires pour éviter cela, répondait-il. C'est ce qu'il devra démontrer la semaine prochaine devant la sous-commission d'enquête permanente du Sénat, dirigée par le redoutable Carl Levin. Quoi qu'il dise, après les révélations des dix derniers jours, le soupçon est installé, le dégât réputationnel gigantesque.
Comme Frankenstein, Blankfein a créé un monstre qui, aujourd'hui, se retourne contre son inventeur. Et les composants du monstre ne sont pas les produits comme Abacus, mais les petits génies comme Fabulous Fab.

samedi 24 avril 2010

La finance et la fesse

Une quarantaine de réseaux de journalismes d'enquête ont vu le jour, plus de la moitié après l'an 2000.
Un des nouveaux modèles d'affaires pour les médias? C'est le sujet discuté ce samedi matin à la Conférence du journalisme d'investigation à Genève. Sur le podium, entre autres participants, Stephen Engelbert, du réseau Propublica.
Un des sujets qu'on trouve ce matin sur leur site concerne, indirectement, ma préoccupation chérie du moment: le bras de fer entre le gendarme boursier américain, la SEC, et Goldman Sachs. Un des gros titres de l'actualité d'hier est qu'une trentaine d'employés de la SEC, pour moitié des cadres supérieurs payés entre 100 000 et 220 000 dollars par an, passaient l'essentiel de leurs journées sur des sites pornos lors de la crise financière. Etonnons-nous qu'ils ne se soient guère intéressés à Bernard Madoff...
Ce que révèle le rapport d'enquête publié vendredi est lamentable.
Cela étant, se demande ma collègue de Propublica Marian Wang, pourquoi cette affaire sort-elle précisément maintenant, quelques jours avant des auditions historiques du patron de Goldman Sachs devant une commission du Sénat? Le journalisme d'enquête consiste parfois simplement à avoir de la mémoire. Propublica avait publié, il y a deux ans déjà, un article dénonçant les dérapages pornos d'employés de la SEC. Cela avait été repris par les médias traditionnels, la SEC elle-même a mené de nombreuses enquêtes. A l'époque, les politiciens ne semblaient pas s'indigner de ces faits.
Cette fois, des Républicains montent au créneau. Pour décrédibiliser la SEC au moment où celle-ci ose, enfin, s'attaquer à Goldman Sachs, la banque modèle de Wall Street? La question se pose, comme celle de savoir si la plainte déposée par la SEC contre GS est "motivée politiquement", comme l'affirment la banque et ses amis politiques.
Par ailleurs, le goût de la fesse n'est pas l'apanage des régulateurs financiers. Il habite aussi les banquiers, avocats et traders spécialisés dans la fabrication des produits complexes qui ont provoqué l'implosion du système financier en 2008. Réunis cette semaine en congrès à San Francisco, pour étudier les risques systémiques de leur activité, ces messieurs se sont retrouvés jeudi soir dans un bar-restaurant, le Supperclub, où ils ont profité des massages maison et, parfois, du salon sado-maso, révèle le New York Times. Sans doute pour diminuer leur stress après les mois difficiles qu'ils ont traversé.

vendredi 23 avril 2010

Le journalisme d'enquête à l'ère glaciaire des journaux

J'avoue ne pas éprouver la solidarité automatique qui saisit parfois la corporation quand les journalistes sont attaqués. J'avoue que je n'allais pas sans prévention à la 6ème Conférence globale du journalisme d'investigation qui se tient jusqu'à demain à Genève. Quelle était ma crainte? Affronter la Confrérie des Enquêteurs évoquant le Watergate avec des trémolos dans la voix? Me sentir jaloux de leur talent?
Fausses craintes. D'abord, c'est un miracle que l'événement ait eut lieu (environ 500 participants) deux jours après la pagaille aérienne due au volcan islandais. Très peu d'ateliers annulés, des gens de tous continents, pas bégueules pour un sou.
Voici le message central: le journalisme d'investigation fleurit aujourd'hui dans les pays dits émergents, et il se féminise. Ce sont deux bonnes nouvelles.
Chapeau à Fatuma Noor, qui travaille pour le Nairobi Star. Cette jeune Somalienne a fait un reportage incognito dans un bordel tenu par les seigneurs de guerre de son pays. Du culot, du sérieux.
Chapeau à Synnove Bakke et Kjersti Knudsson. Ces deux Norvégiennes courtes sur pattes, un peu rondelettes, se marrent tout le temps... Mais en six mois d'un travail acharné, elles ont démonté avec une précision horlogère, dans un reportage télévisé de 50 minutes, les ruses du négociant pétrolier Trafigura, qui a non seulement déversé illégalement ses déchets toxiques à Abidjan en 2006, mais trafiqué en 2007 le même pétrole bourré de soufre dans un dépôt norvégien. La république bananière, en l'occurrence, n'était plus un pays africain, mais la sérieuse Norvège, dont les autorités ont fini par avouer qu'elles ne vérifient plus depuis des années l'application des règlements qu'elles édictent.
Les faits ont été recherchés avec une ténacité de pitbull, puis présentés avec un humour décapant et un sens didactique impeccable. Quelqu'un demande à Synnove et Kjersti si, à un moment de leur longue enquête, elles ont eu un moment de découragement. Elles éclatent de rire: "Plus c'est difficile, plus nous nous amusons!" On les croit sur parole, tant elles respirent la santé.
Signalons au passage que Trafigura, dont le cofondateur Claude Dauphin se cache dans une luxueuse propriété genevoise à côté du parc des Eaux-Vives, a réalisé en 2009 un bénéfice d'un milliard de dollars, selon le FT de jeudi. La société s'étant refinancée récemment sur le marché obligataire, elle a publié une brochure qui donne un peu d'information sur ses activités.
Ne comptons pas sur les investisseurs qui lui prêtent de l'argent pour l'interroger sur ses pratiques plus que douteuses. Money über alles.
Retour à la conférence sur le journalisme, pour tirer un troisième coup de chapeau, à Seymour Hersh, le vétéran qui a enquêté sur le massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam et plus récemment sur le torture pratiquée dans la prison américaine d'Abu Graib en Irak. A 73 ans, c'est lui qui a apporté le message d'espoir le plus fort - "The future is bright!" Pas pour les journaux et des éditeurs dont l'horizon se confond avec les perspectives de rentrées publicitaires. La recherche de vérité et de contre-pouvoir passera par d'autres canaux, encore embryonnaires. L'essentiel, dit Hersh, reste la passion du métier, c'est-à-dire "a passion for truth, integrity, and changing things".
Le salut, ajoute-t-il passe notamment par l'enquête locale et régionale. La plus délicate, parce que les pressions y sont les plus fortes - le danger aussi, comme l'expliquent les collègues russes. Actuellement, elle est délaissée. Les politiciens étant ce qu'il sont, c'est-à-dire enclins à l'abus de pouvoir et aux combines, il faut s'attendre à une augmentation des abus dans les temps à venir, par manque de surveillance. "Politicians lie, we don't. We make mistakes, but we don't lie", lance Seymour Hersh.
Par ailleurs, "there is nothing marvelous about us journalists". Il n'y a pas de recettes-miracles spécifiques au journalisme dit d'investigation. Pendant ces deux jours, plusieurs orateurs que j'ai trouvés particulièrement convaincants ont utilisé la même expression: "old school journalism".
D'abord se préparer. Beaucoup lire, pas seulement sur le sujet étroit de la recherche, mais plus généralement sur le contexte, sur les gens qu'on rencontre. Internet facilite grandement ce travail.
Que faire face aux bouches cousues? Trouver d'autres acteurs indirects. Seymour Hersh a souvent recours aux retraités (souvent des généraux, dans son cas). On sous-estime tout ce que savent - et tout ce qu'ont envie de raconter - des gens qui étaient au coeur des décisions, ne le sont plus et le regrettent un brin au fond d'elles-mêmes, tout en restant très bien renseignées.
Refuser obstinément le journalisme "embedded", toute compromission avec le pouvoir, même pour les bonnes causes.
Lors des interviews, ne pas se contenter de tirer les vers du nez, mais donner aussi - une information, ou son point de vue honnête et humble sur une situation. Un journaliste qui ne fait que pomper de l'info ou se perd en bavardage devient vite barbant pour son interlocuteur.
Ne jamais rien noter dans son ordinateur (les bons vieux carnets...), éviter les lignes téléphoniques et les adresses électroniques facilement repérables pour les contacts, éviter d'une manière générale d'être trop précis dans ces échanges et privilégier le face-à-face. Prendre plutôt deux précautions qu'une pour protéger une source, éviter toute ambiguité avec elle.
Enfin, ne pas survendre son histoire. Laisser les faits et les mots parler d'eux-mêmes.
Simple, à première vue. A partir de là, l'obstination, l'imagination et le talent font la différence.
Je n'ai jamais vraiment cru à l'excuse classique ("Ma rédaction ne me laisse pas le temps...") avancée pour baisser les bras. Bien sûr que la pression commerciale et productiviste existe, mais je connais peu de rédacteurs en chef qui ne se laissent convaincre par une piste intéressante exigeant quelques jours de travail supplémentaire pour une confirmation.
Le temps se négocie et se gagne. C'est l'envie qui compte.

Pourquoi le cas Goldman Sachs est important

La puissante Goldman Sachs a-t-elle intimidé les agences de notation, théoriquement indépendantes, au point que celles-ci ont mal fait leur travail à propos des hypothèques "subprime" sélectionnées par le fonds spéculatif Paulson (qui pariait sur leur effondrement), ficelées par GS et vendues ensuite à des clients comme la banque allemande IKB?
Ce qui est frappant, dans les documents disponibles, est la vitesse et la simultanéité avec laquelle les notes de ces hypothèques ont été dégradées.
A cela s'ajoutent depuis hier des courriels troublants desdites agences, dont la sous-commission d'enquête du Sénat américain a eu connaissance. Extraits en anglais, tels que repris par Reuters:
"I am worried that we are not able to (give) these complicated deals the attention they really deserve..." (Moody's)-
"I am getting serious pushback from Goldman on a deal that they want to go to market with today" (Moody's encore, avril 2006).
S&P;, de son côté, trouve des défauts ("flaws") "in pretty much all Abacus trades" - Abacus étant le nom du produit structuré sous lequel étaient vendues les hypothèques pourries. La nature du "défaut" n'est pas précisée.
Ces mails suggèrent que les agences étaient mal à l'aise avec ces produits, manquaient de temps pour les analyser correctement et/ou subissaient une pression de Goldman Sachs.
Ce qui permet de souligner une anomnalie fondamentale du système révélée par la crise financière et non corrigée à ce jour: les agences de notation étant rémunérées par ceux qui fabriquent les produits financiers - et non par ceux qui les achètent, comment le voudrait la logique consistant à éviter les conflits d'intérêts - elles ont, de fait, caché la qualité réelle des hypothèques.
Goldman Sachs, et les agences, devront s'expliquer sur cela aussi.
Par ailleurs, le Financial Times signale un autre conflit d'intérêt possible dans le rôle qu'a joué GS dans le refinancement de Lloyds l'an dernier, une accusation d'autant plus ennuyeuse que la gouvernement britannique possède 41% de Lloyds, et que Londres, ainsi que Berlin, ont annoncé leurs propres enquêtes sur GS. Or la banque américaine fait de grosses affaires avec les gouvernements européens depuis deux décennies. Même si aucune sanction n'est prise, le dommage réputationnel va probablement faire fondre ce portefeuille.
On peut s'attendre à d'autres révélations du même genre ces prochains jours, les concurrents de GS étant trop ravis de voir trébucher ce premier de classe qui leur mange des parts de marchés. N'oublions pas, cependant, qu'ils ont tous couru après GS et imité ses méthodes.
S' l'affaire Goldman Sachs revêt une telle importance, c'est précisément à cause du rôle modèle que jouait cette banque. Si elle a piétiné certains clients, violé les règles éthiques et peut-être la loi, elle n'était pas la seule.

mercredi 21 avril 2010

Marron à adopter

Juan Antonio Samaranch est mort à l'âge de 89 ans. Je ne sais pas s'il avait encore sa chambre réservée en permanence au Lausanne-Palace. Ce dont je me souviens en revanche, c'est du marron qu'il sortit de sa poche et tritura d'une main pendant tout le temps que dura l'interview que je fis de lui en 1999, en plein scandale de corruption du mouvement olympique. Un vieux tic, m'apprit alors ma collègue Myriam Meuwly, qui m'accompagnait et rédigea pour Le Temps un portrait nuancé du Catalan.
Ancien franquiste, comme le dénonçait le journaliste britannique Andrew Jennings, grand pourfendeur du CIO? Tendance molle, corrigeait Myriam.
Samaranch était d'abord un homme de réseaux, sautant sur les opportunités. Un diplomate éminemment flexible. Patron de l'olympisme de 1980 à 2001, il a fait d'un mouvement assez confidentiel la machine médiatique et marketing qu'il est devenu, pour le pire et le meilleur. Tandis que la presse, américaine surtout, se déchaînait contre lui et les petits cadeaux aux notables corrompus du CIO, il semblait regarder au-delà se ses accusateurs, l'air de dire: "Quand vous aurez vu le monde, comme moi..."
Lausanne, devenue capitale mondiale du sport en bonne partie grâce à lui, n'a jamais osé lui offrir la bourgeoisie d'honneur qu'elle accordait ric-rac à Maurice Béjart: trop explosif politiquement. Samaranch en fut blessé, dit-on, mais n'en parla pas. C'était au fond un homme assez secret, triturant son marron.
A choisir, je le préfère encore à Brian Ecclestone, grand évadé fiscal devant l'éternel avec la complicité d'un avocat genevois.

De bonne source...

La 6ème Conférence globale du journalisme d'investigation (GIJC) s'ouvre ce jeudi à Genève. La question est évidemment: avec qui, compte tenu des légères perturbations aériennes de ces derniers jours?
Le site de la Conférence nous tient en haleine. "Le ciel suisse rouvrira mardi 20 avril à huit heures!", dit une dépêche, dont le texte précise: "La GIJC a vérifié l'information auprès d'un porte-parole de l'Office fédéral de l'aviation civile".
On est investigateur ou on ne l'est pas.
Mais qui vient ou ne vient pas, au fait? "Ah, nous n'appelons pas chaque invité pour savoir où il en est, disait un organisateur lundi. De toutes façons, hein, ce sont des journalistes d'investigation."
On est démerde ou on l'est pas.

Fabulous lâchage

Comme Salvador Dali, j'adôôôôre le glissement sémantique de Goldman Sachs à propos de Fabrice Tourre, alias "Fabulous Fab", son trader français qui a vendu les hypothèques pourries sélectionnées par le fonds américain Paulson à la banque allemande IKB.
La réaction initiale de la banque fut de couvrir son employé, sur le ton de l'indignation vertueuse: "Si quelqu'un avait pu agir contre l'intérêt de nos clients, nous aurions été les premiers à le dénoncer!"
Sur quoi Fabulous Fab a été mis en congé payé indéfini (voir message précédent). Etape suivante: on apprenait hier que GS l'a désinscrit auprès de l'autorité financière britannique (le jeune homme travaillait à Londres), "puisqu'il n'a plus de contacts avec les clients".
Ce matin, un avocat de GS cité par Bloomberg fait un pas de plus: "Ce sera une dispute factuelle entre ce dont se souvient cet employé (Fabrice Tourre, donc) et ce dont se souvient l'autre partie". Et: "Si nous avions la preuve que quelqu'un a essayé de tromper quelqu'un, ce n'est pas quelque chose que nous approuverions, et nous serions les premiers à intenter une action".
Remarquez le passage du conditionnel passé au conditionnel tout court et le recentrage du discours sur Fabulous Fab. GS ne semble plus aussi sûre de son coup qu'il y a trois jours. Et si ce crétin de petit frenchie à l'ego hypertrophié allait nous charger pour attendrir le juge? se demandent les avocats de la banque.
Le New York Times fait aussi une analyse intéressante du rôle central que va jouer le vacancier forcé Fab dans la suite de l'affaire.
La "french connection" couvre de nuages les résultats ensoleillés de GS au dernier trimestre, titre Forbes.
O, le vilain petit canard, qu'il s'agit désormais de flinguer avant qu'il ne lâche sa fiente sur Goldman Sachs!
P.S.: La lecture des principes de Goldman Sachs rédigés en 1970 par John Whitehead reste une source permanente d'illumination (voir message précédent). Principe No 5: "Nous faisons un effort particulier pour identifier et recruter la meilleure personne pour chaque poste."

mardi 20 avril 2010

Des nouvelles de "Fabulous Fab". Le principe No 1 de Goldman Sachs

Pour ceux qui l'ignoreraient encore, Fabrice Tourre, 31 ans, est le génie de la finance et du négoce qui vaut à Goldman Sachs d'être aujourd'hui dans une merde noire, sous enquête du gendarme boursier américain. Le Financial Times nous annonce que le petit veinard été mis en vacances longues durées (payées) par son employeur.
D'autres ayant bien raconté son histoire pendant que je me dorais la pilule au sud de la Bourgogne, je renvoie à leurs blogs, dont celui de Rimbus, qui nous montre le jovial visage de Fab et traduit les courriels un tantinet mégalo qu'il écrivait à sa copine, et celui de Paul Jorion, avec des vidéos de Velvet Underground en prime - un homme de goût!
Il se trouve que je suis en train de terminer la lecture d'un pavé de 600 pages (en anglais), consacré précisément à Goldman Sachs: "The Partneship - A History of Goldman Sachs", de Charles D. Ellis. C'est un livre plutôt empathique, néanmoins riche d'enseignements, car Ellis a eu accès à de nombreux partenaires présents ou passés de la société.
Quoi qu'on pense de GS aujourd'hui - et je n'en pense pas beaucoup de bien, comme j'ai eu l'occasion de l'écrire plusieurs fois dans ce blog - cette banque n'a pas construit sa réputation sur du vent et des fripouilles. Ces outsiders juifs d'origine allemande (les Goldman et les Sachs se déchirèrent d'ailleurs à propos de l'Allemagne pendant la guerre de 14-18) ont fait leur place à Wall Street parce qu'ils étaient bosseurs, agiles, prenaient à bras le corps des dossiers que d'autres délaissaient, parce qu'ils ont su explorer les nouveaux territoires de la finance avant les autres et les nouveaux territoires tout court, essuyant parfois des pertes énormes pour montrer qu'ils savaient penser long terme.
Parmi les fortes personnalités qui ont fait GS se trouve John Whitehead. A la fin de l'année 1970, il a soudain réalisé que vu la forte croissance de la banque, même avec un faible tournus du personnel, la moitié de celui-ci serait composé de nouveaux venus au bout de trois ans. Il a donc couché sur le papier quatorze principes essentiels que chaque employé devrait intégrer dans ses gènes. Le premier dit ceci:
"Les intérêts de nos clients viennent toujours en premier. Notre expérience montre que si nous servons bien nos clients, notre propre succès suivra."
Toute la question posée par les exploits de Faboulous Fab - et la crise bancaire en général - tourne autour de ce principe. Quand l'ami Fab vend à une banque allemande (et à d'autres) des produits financiers basés sur des hypothèques pourries, tout spécialement sélectionnées et assemblées par le fonds spéculatif de John Paulson qui voulait prendre des paris à la baisse sur lesdits produits, GS trompe-t-il ses clients? La SEC (le gendarme boursier américain) semble le penser. La banque le dément "vigoureusement". Le FT est sceptique sur les chances qu'a la plainte d'aboutir. Simon Johnson estime sur son blog que l'impact est surtout politique, au moment où se précisent les projets de régulation bancaire.
Juridiquement, la position de GS semble en effet assez solide. Rien ne l'oblige à divulguer à ses clients le nom d'autres clients qui prennent des paris inverses sur les produits qu'elle vend. D'après ce que j'ai lu, il semble quand même y avoir eu astuce et manoeuvre délibérée pour éviter que le nom du fonds Paulson, requin notoire de la finance, apparaisse dans tout le processus de vente.
Ce qui gêne aussi est que l'initiative même de ces produits est venue du fonds spéculatif Paulson pariant sur la baisse (il sera d'ailleurs intéressant d'entendre son témoignage). La banque a obligeamment vendu ses compétences techniques pour ficeler l'opération (contre rémunération de 15 millions de dollars) et trouver des gogos acheteurs. Elle argumente qu'elle a elle-même perdu 90 millions de dollars dans l'affaire pour prouver sa bonne foi.
Lloyd Blankfein, patron actuel de GS, a toujours fait valoir dans sa ligne de défense que les clients de sa banque sont des "professionnels". Autrement dit, des gens à qui on ne la fait pas. C'est là qu'est la faille. En réalité, il y a plusieurs catégories de clients. Au sommet se trouvent les "smart", les malins comme le fonds Paulson, avec qui on prend le café régulièrement dans les bars select de Wall Street. En dessous, il y a la piétaille, le client moyen, pas trop futé, qui ne comprend pas forcément tous les schémas qu'un vendeur lui power-pointe comme un charmeur de serpents.
Passé une certaine taille, GS est devenue too big to be fair avec tous ses clients. Elle avait besoin de la piétaille pour faire du volume, mais privilégiait les marioles, dont elle avait besoin pour conserver avec eux une longueur d'avance sur la concurrence. Elle a ainsi été amenée à "interpréter" de façon différenciée son principe No 1, à le violer en fait.
Ce qui est arrivé n'est pas seulement le fait de la tête à claques Fabulous Fab. Comme le montre un article du New York Times, la hiérarchie était au courant et poussait à la roue. C'est pour cela que GS semble un peu groggy depuis vendredi dernier. Et aussi un peu parce que derrière elle, toute l'industrie faisait peu ou prou la même chose.
Finance utile à la société contre finance nuisible: tel était l'enjeu posé par la crise. On est ici clairement dans la seconde catégorie. On n'a toujours pas trouvé le moyen d'arracher cette mauvaise herbe sans griller le champ de maïs avec.

La lente faillite du Japon

C'est, pour quelque temps encore, la deuxième économie de la planète. Un pays qui continue de fasciner par sa culture et son histoire.
Mais il se passe quelque chose d'étrange au Japon. Comme un grand naufrage dans une brume ouatée, sous le regard indifférent des observateurs et, dirait-on, des Japonais eux-mêmes.
La nouvelle qui me frappe ce matin est la chute vertigineuse du premier ministre Yukio Hatoyama dans les sondages: plus qu'un quart d'avis favorables, contre 71% au moment de son élection en septembre 2009 (on parlait alors de "victoire historique" face au parti libéral-démocrate qui tenait le pays depuis 55 ans). Je ne me souviens d'aucun chef de gouvernement d'un grand pays industrialisé qui ait dégringolé aussi vite.
Le Japon vit avec une dette publique (230% du PIB) qui fait passer la Grèce pour un modèle de vertu. Le gouvernement emprunte grosso modo un franc sur deux pour boucler son budget - dont un cinquième sert à payer les intérêts de la dette, justement. Si les marchés ne s'affolent pas encore, c'est que les Japonais, contrairement aux Grecs, sont plutôt fourmis: ils épargnent. Ou, plus précisément, ils grignotent gentiment leur épargne en vieillissant. Comme leur économie flirte depuis vingt ans avec la déflation, leur capital ne s'écorne pas trop vite.
Toyota n'est plus le modèle de fiabilité qui l'avait propulsé au sommet. En janvier, Japan Airlines a signé la plus grande faillite non bancaire de l'histoire de l'archipel.
Les Japonais ne sont plus très copains avec les militaires américains et protestent avec une belle régularité pour l'évacuation des bases US sur l'île d'Okinawa. Le gouvernement laisse pourrir le dossier, ne sachant pas trop comment naviguer entre une opinion hostile et un gouvernement américain à bout de patience. Les Japonais ne sont pas très copains avec les Chinois non plus, même s'il faut bien commercer avec cet incontournable partenaire et sous-traiter chez lui. En fait, les Japonais ne sont pas très copains avec grand monde. Ils n'ont pas l'air particulièrement malheureux non plus - du moins par les échos qu'on en a ici. On dirait qu'ils se laissent glisser.
On peut s'en désintéresser. Ou se dire que cette société du troisième âge sans volonté, sans projet, en préfigure d'autres, plus proches de nous.

Pour les geeks...

Le nouvel iPhone, présenté sur le site de Gizmodo - thanks Vinch for the link. L'engin, qui semble trop bien fini dans le détail pour être un des nombreux attrape-nigauds circulant sur le net, aurait été trouvé "dans un bar de Redwood city". Un poil plus anguleux sur les bords, plat derrière, mais surtout: une batterie 16% plus grosse que l'actuelle.
Chic, on peut viser une autonomie de deux jours, en consultant plus souvent les sites météo pour savoir si les avions émergent du nuage de cendres!

lundi 19 avril 2010

Douce France... (La Seille, près de Louhans)


Voyagé dans le temps au sud de la Bourgogne sur un affluent de la Saône. Pas une nouvelle pendant trois jours, téléphone débranché, des amis sur un bateau, quelques écluses encore un peu grippées, la terrasse du Café Prunelle sous les arcades. Et des mets, des mets!...
Le France n'est peut-être plus une grande puissance, mais elle reste un grand pays.

jeudi 15 avril 2010

mardi 13 avril 2010

Un mort peut encore servir à enterrer l'euro

Slawomir Skrzypek n'a pas de chance: le président de la Banque nationale de Pologne était à bord du Tupolev qui s'est ramassé les sapins à sa quatrième tentative d'atterrissage à Smolensk, peut-être parce que Lech Kaczynski - le président polonais embarqué dans le même avion - était le genre de chef volontaire qui n'appréciait pas les pilotes couilles molles hésitant à se poser à la moindre contrariété. Il en avait engueulé et menacé un en août 2008, se souviennent les journaux polonais. On ne saura probablement jamais ce qui s'est dit dans les minutes précédent le crash, à moins que la boîte noire...
Lech Kaczynski était un eurosceptique, tout comme Slawomir Skrzypek. Avant de s'envoler pour commémorer le massacre de Katyn, ce dernier avait envoyé au Financial Times un texte où il se félicite que la Pologne n'ait pas fait partie de la zone euro pendant la dernière crise. Ainsi, le zloty a pu se déprécier tranquillement de près de 20% en 2008-2009 par rapport à la monnaie unique, ce qui a stimulé la compétitivité des produits polonais et allégé la charge publique. Et le produit intérieur brut polonais, qui n'était que la moitié du PIB européen en 2004, s'en est rapproché à 60%, tandis que les réserves de change augmentaient de 20 milliards de dollars. Que du bonheur.
Ces considérations amenaient le défunt président de la Banque centrale à se demander s'il était vraiment dans l'intérêt de la Pologne de passer sous les fourches caudines d'un taux de change fixe par rapport à l'euro comme précondition à une entrée dans ladite zone. Du miel pour le quotidien britannique, qui n'a cessé d'annoncer la décadence de la zone euro depuis le début de la crise grecque.
Lundi, les 16 pays de la zone euro ont confirmé leur paquet d'aide à la Grèce, ce qui a fait remonter la monnaie unique et baisser le coût du service de la dette grecque, comme on pouvait s'y attendre. Et le Financial Times - "avec l'accord de la femme de M. Skrzypek, Dorota, et de la Banque centrale polonaise", précise le distingué quotidien - a décidé de publier le testament monétaire du regretté Slawomir.
Comme quoi un mort peut toujours à enterrer autre chose que lui-même.

lundi 12 avril 2010

Sa semaine

Le compliment est signé Dmitri Medvedev: "La chose la plus importante qui distingue Barack Obama des autres - et je ne nommerai personne - c'est que c'est quelqu'un qui réfléchit".
Evidemment, on aimerait bien savoir qui sont "les autres". En attendant, le mot du président russe ne passe pas inaperçu, d'autant plus qu'il ajoute: "Il n'y a pas eu un moment au cours de nos entretiens où il n'était pas parfaitement au courant de ce qui était sur la table. C'est très bien. Après, je dirais que c'est un homme très agréable avec qui c'est un plaisir de travailler".
C'est la semaine des gentillesses pour l'hôte de la Maison Blanche. Celle qui suit ne vient pas d'un homme d'Etat, mais d'un éditorialiste influent, comme on dit. Philip Stephens, du Financial Times, était de ceux qui craignaient la faiblesse du nouveau président. Eh bien, "Obama n'est pas Jimmy Carter, après tout", écrit-il. Il a plutôt l'air d'un leader qui maîtrise son agenda. Que ce soit sur le dossier nucléaire au plan international ou sur la réforme de la santé aux Etats-Unis, il garde le cap, sans (trop) se laisser déranger par les remous quotidiens et inévitables de la politique politicienne. On n'en dira pas autant de Nicolas S., président-pompier qui court d'un incendie à l'autre pour y verser parfois un seau d'eau, parfois un bidon de kérosène quand il s'agit des rumeurs sur son couple.
Alors, Obamania, le retour? Pas aux Etats-Unis en tout cas, où le soutien aux démocrates (41%, contre 55% début 2009) est le plus bas depuis 18 ans. Mais avec le répit économique qui se dessine, il y a de la remontée dans l'air.

UBS, ou l'art de distiller les bonnes nouvelles

UBS "anticipe la publication d'un résultat avant impôts d'au moins 2,5 milliards de francs au premier trimestre", dit le communiqué publié ce lundi matin, deux jours avant un vote serré sur la décharge des administrateurs qui ont failli couler la banque.
Il y a quinze jours, suite à une fuite (mais d'où? mais d'où? chers plombiers...) la banque s'était vue "contrainte par les règles de la bourse" de confirmer que, oui, son unité de revenus fixes (celle qui avait bu la tasse avec les hypothèques pourries) avait repris du poil de la bête et allait annoncer un bénéfice pour la même période de 2010.
Que d'heureuses coïncidences! Quel baume pour les actionnaires! Face à une météo si encourageante, ces derniers seraient décidément très, très imprudents de ne pas voter la décharge, ce qui aurait pour effet de ramener quelques cumulo-nimbus dans ciel UBS (Un Bleu Soutenu), et de faire ressortir les parapluies.

Internet pollue même le Valais

Jean-Marie Fournier (Télénendaz, Téléveysonnaz, Le Nouvelliste), décrit le Valais de ses rêves dans Le Matin Dimanche: "C'est le Valais tel qu'il existe.On y trouve de vrais hommes et je dis aussi ce mot pour les femmes. On n'est pas des aseptisés qui vont sur Internet et qui ne savent plus ce qu'est le contact humain."
Sauf que, côté contacts humains, ceux entre la commune de Bagnes et le tsar de Télénendaz dégagent une petite odeur de friture. Ainsi, nous apprend le Nouvelliste du 7 avril, "le conseil communal de Bagnes a décidé de ne pas soutenir l'entrée d'un représentant de Télénendaz au conseil d'administration de Téléverbier". Et qui était candidat? Jean-Marie Fournier, bien sûr. Il a donc retiré sa candidature, tout déçu, d'autant plus que le but n'était que de "renforcer les relations entre les partenaires des 4Vallées", une démarche "absolument amicale".
Mais voilà qu'au pays des amis et des contacts humains, «les attaques se sont multipliées et un florilège de mails a arrosé la commune de Bagnes", poursuit Jean-Marie dépité.
Vade retro, Internetas!

dimanche 11 avril 2010

Les Angliches sont décidément pressés d'enterrer la Grèce et l'euro

Il arrive aux meilleurs de se tromper, ce qui rassure les médiocres dont je fais partie. Ainsi, dans son édition de vendredi dernier, The Economist explique pourquoi les marchés sont repartis à l'assaut de la Grèce et de l'euro la semaine dernier. L'hebdomadaire souligne que "tout soutien de l'Union européenne doit être approuvé par les 16 membres de la zone euro" et que "la colère allemande contre les Grecs dépensiers pourrait facilement retarder la distribution du cash" si les marchés obligataires venaient à bouder Athènes. Et The Economist d'aligner toutes les raisons pour lesquelles la Grèce est en chute libre et incontrôlée.
Sur quoi, on apprend ce dimanche que les 16 Etats de la zone euro ont mis à disposition de la Grèce, avec le Fonds monétaire international, 30 milliards d'euros à un taux d'intérêt de 5% (contre un peu plus de 7% sur les marchés récemment). C'est au gouvernement grec de dire s'il veut actionner ou pas ce mécanisme.
Le fait est qu'avec cette bouée, il pourra passer les deux mois délicats d'avril et mai où il doit trouver plus de dix milliards d'euros pour refinancer une partie de sa dette.
N'en déplaise aux pythies de la City, la chute d'Icare n'est pas encore pour demain. Evidemment, cela ne signifie pas non plus qu'il est sorti d'affaire. La dette grecque tourne autour des 300 milliards d'euros, et ce boulet continuera encore longtemps de tirer le pays vers le bas.

jeudi 8 avril 2010

Le cerf-volant et le lièvre

Vu s'envoler Solar Impulse hier matin. Un avion? Un planeur? Presque un cerf-volant vu d'en bas, tant l'aile géante semblait avancer à peine face à la brise légère de la Broye. A un moment, un lièvre arrêté dans sa course par le treillis métallique autour de la piste a contourné notre butte à grands bonds, pris de panique: il allait plus vite que l'avion.
"Aucune application commerciale possible", écrit ce matin un lecteur sur le courrier électronique. Peut-être, à part, éventuellement, le vol à voile de plaisance. Mais ce n'est pas le plus important, semble-t-il. Le message de Piccard est que les énergies renouvelables ne nous renvoyent pas à un quelconque moyen-âge du confort mais font au contraire progresser la technologie.
Et puis voir ce grand moustique silencieux dans le ciel de Payerne, un siècle après les exploits d'Ernest Failloubaz dans un avion qui semblait construit avec des allumettes, je trouve que c'est cela, le vrai esprit pionnier. Pas les moteurs hurlants de jets ou fusées toujours plus énormes.

mercredi 7 avril 2010

Quand Nestlé se fait piéger par Greenpeace

Décryptage intéressant sur ce lien de la campagne menée par l'organisation écologiste contre un sous-traitant indonésien de Nestlé qui lui livre de l'huile de palme en ne respectant pas les conditions minimales pour une agriculture durable. Je ne connaissais pas "l'effet Streisand": quand une institution victime d'une attaque se cabre en adoptant une attitude étroitement juridique pour toute défense - dans ce cas, une atteinte à la propriété intellectuelle - et tente de censurer le message, il en résulte un effet multiplicateur sur l'efficacité de l'attaque.
Je suis plus sceptique sur les conseils que donne cet article, à la fin, aux entreprises attaquées: "prévoir en amont les conflits potentiels, mettre en place une équipe expérimentée, offrir un espace de discussion spécifique, dialoguer", etc.
C'est ce que font déjà la plupart des multinationales, Nestlé compris. Or leur puissance même les met en position de faiblesse dans ce genre de situation, en particulier si leur credo affiché ("nous mettons en oeuvre une politique de développement durable", par exemple, ou, en version Nestlé, la "création partagée de valeur") entre en contradiction avec leur action ou inaction sur le terrain. Les géants de l'agro-alimentaire peuvent faire tout ce qu'ils veulent, ils restent des géants, et à ce titre soupçonnés de faire passer les populations locales après leurs actionnaires. Ce n'est pas qu'un problème de communication, c'est un problème de fond.

mardi 6 avril 2010

Tarifs variables

Payer son billet de train plus cher quand le confort le justifie: c'est l'idée émise par le directeur des Chemins de fer fédéraux Andreas Meyer dans le magazine maison "Via".
Et quand le train a dix minutes de retard comme ce matin, qu'il est si bondé de vacanciers qu'on y voyage debout, à dix, dans le compartiment vélos, quelle réduction propose Monsieur  Andreas Meyer?

Etang de Bressonne, mouille Saugeon, etc.

lundi 5 avril 2010

Mine de rien...

...le pétrole approche les 86 dollars par baril, son prix le plus élevé depuis 18 mois. Faudra-t-il qu'il repasse la barre des 100 dollars pour que les politiciens sortent de leur coma post-Copenhague?

dimanche 4 avril 2010

samedi 3 avril 2010

Joyeuses Pâques!

vendredi 2 avril 2010

L'air pur aime la crise


Les gaz à effet de serre émis par les usines et centrales électriques enregistrées dans le programme européen qui vise à les limiter ont diminué de 11% en 2009, selon le site (payant, sauf les titres) Point Carbon. C'est une bonne nouvelle, due à une moins bonne: les efforts vertueux de l'industrie ne sont pas responsables de la baisse, mais la crise et la réduction de l'activité économique qui en résulte. Qu'est-ce qui permet de l'affirmer? Le fait que des pays comme l'Estonie (-24%), la Roumanie (-22%), l'Espagne et l'Italie (-16%), qui ont tous un secteur secondaire plus important et une grosse activité de sous-traitance, ont enregistré les plus fortes diminutions.
Le résultat est que de nombreuses entreprises vont se retrouver avec un stock de permis de polluer inutilisés (c'est déjà le cas), qu'elles écouleront progressivement quand l'activité repartira. Ce qui explique que le prix de la tonne de carbone stagne autour de 13 euros sur le marché européen ETS, d'autant plus qu'après l'échec de Copenhague, les gouvernements manifestent moins de zèle à introduire le système "cap & trade" (aux Etats-Unis et en Australie par exemple) ou la taxe carbone, comme en France. Je décrivais ce coup de froid dans un article paru cette semaine dans Le Temps et en ai discuté avec Henry Derwent, le président de l'International Emissions Trading Association qui est basée à Genève. Lui reste assez optimiste (il est payé pour cela, aussi). Il a peut-être raison en ce qui concerne les Etats-Unis: si les choses semblent mal barrées au Sénat en ce moment, l'EPA (l'agence nationale de l'environnement) a reçu mandat de la Cour suprême de réduire la pollution, et les calculs politiciens ne changent rien au fait qu'il faudra trouver un moyen d'atteindre l'objectif.
On peut néanmoins faire deux observations. Primo, le système "cap & trade", qui avait été utilisé avec succès pour lutter contre les pluies acides aux Etats-Unis il y a une vingtaine d'années, est plus compliqué à mettre en oeuvre quand il s'agit de maîtriser l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre, et sa variante actuelle reste peu contraignante. L'Allemagne distribuera gratuitement près de neuf permis sur dix cette année et la prochaine. Les chiffres que vient de publier Point Carbon montrent que la conjoncture influencent bien plus les émissions que la volonté politique. Avec le recul, les discussions de Copenhague pour savoir s'il faut viser 20 ou 30% à d'ici 2020 ou 2050 paraissent un peu absurdes. On ferait bien d'améliorer d'abord la fiabilité de l'instrument (toute relative jusqu'ici, comme le montrent plusieurs scandales que j'évoque dans l'article), la vérification des données et des résultats obtenus.
Ce qui me rend assez confiant est la conviction qu'il y a convergence entre l'efficacité économique et écologique. Consommer moins d'énergie et polluer moins se répercute favorablement, tôt ou tard, sur les comptes des entreprises. Le frein est qu'il n'y a pas d'argent pour investir dans de nouvelles technologies en période de crise, et la résistance du "on-a-toujours-fait-comme-ça-et ça-marche" quand les affaires roulent. D'où la nécessité de maintenir une pression extérieure.

jeudi 1 avril 2010

Haïti et Credit Suisse

Dans un message précédent, je compare les 10 milliards de dollars que la communauté internationale a promis hier pour Haïti en râclant ses fonds de poche aux 3 milliards de francs de bonus distribués par Credit Suisse à 400 cadres.
Dix milliards pour Haïti, diront les cyniques, c'est beaucoup trop! De toutes façons, ces malades du vaudou seront incapables de les dépenser correctement. Eh bien, que les sceptiques se rassurent: ce sera sans doute beaucoup moins au bout du compte, comme le montre le bref historique des mobilisations humanitaires que fait la NZZ. En 2003, un tremblement de terre avait dévasté la ville iranienne de Bam. Emotion dans les chaumières. Plus d'un milliard de dollars d'aide avaient été promis. Deux ans plus tard, moins de 2% de cette somme avaient effectivement été versés.
L'Afghanistan a suscité pas moins de trois conférences de pays donateurs, en 2002, 2004 et 2006. Résultat des courses, les Etats-Unis ont payé la moitié de l'argent promis, l'Inde et la Banque asiatique de développement moins d'un tiers, l'Allemagne et l'Union européenne les deux tiers.
Au Liban, les dons annoncés aux conférences de Paris I et Paris II ont été, eux aussi, à moitié concrétisés. Même le tsunââââmi de 2004 qui mettait en extase le patron du Forum de Davos, Klaus Schwab, lequel ne se tenait plus de réchauffer le coeur de ses global leaders, s'est soldé par un trou de 100 millions par rapport aux promesses globales de dons (je ne parle même pas de la pitoyable opérations "moustiquaires pour l'Afrique" tentée lors d'un précédent Forum, avec la complicité de Sharon Stone, qui fut un flop monumental).
On peut donc compter sur la mémoire défaillante des populations et les caisses percées des Etats pour que Haïti reçoive en réalité la moitié, le tiers peut-être des sommes annoncées mercredi. Si on arrive au tiers, la parité parfaite aura été réalisée entre Haïti et Credit Suisse - 3 milliards pour 10 millions de miséreux et une fois pour toutes, autant pour 400 banquiers et pour 2010. La seule différence, c'est qu'il n'y a pas de déperdition pour les seconds.
Avant-dernière remarque: je ne suis apparemment pas le seul à penser que l'obscénité des bonus annoncés mercredi par CS apporte des dizaines de milliers de voix à l'initiative de Thomas Minder contre les rémunérations abusives - voir le Tages Anzeiger.
Dernière remarque: le "Performance Incentive Plan" ou PIP (c'est joli ça, on dirait le pépiement du poussin Régis adopté par Le Matin) qui vaut aux cadres de CS d'être noyés sous le fric avec cinq ans de décalage est le modèle qu'ont adopté nombre de banques, suite à la crise financière, pour fidéliser leurs petits génies. On peut donc s'attendre à d'autres déluges de ce type.

Il y a 50 ans, un vent d'espoir sur le continent noir...


Travaillant présentement sur les 17 pays africains qui célèbrent leur indépendance en 2010, je suis tombé sur ce tube des années 60...